‹ Résumé de l'histoire de l'étate et comté souverain de ProvenceChapitre 13 sur 20 · II. . I · texte numérisé non relu

II. . I

156 RÉSUMÉ DE L'mSTOIRE

Le roi de Naples ayant quitté Bordeaux et repris le chemin de son royaume» reçut la nouvelle que l'amiral de Sicile avait fait prisonnier son fils et son successeur, Charles, prince de Salerne, et qu'ensuite il avait poussé la ville de Naples à s'insurger contre lui. Le roi n'eut qu'à paraître devant Naples pour apaiser ces mouvemens. Il punit du dernier supplice cent cinquante citoyens, et épargna la ville sur les prières du légat. Char- IS85. les mourut accablé de chagrins, à Foggia, dans la Fouille,

^ en prononçant ces paroles : « Sire Dieu, je crois vrai- » ment que tu es mon sauveur, et comme je fis la proie » du royaume de Sicile plus pour servir sainte Eglise » que pour mon profit ou autre convoitise, pardonne- » moi mes péchés. » Il était âgé de soixante-six ans, et ^n avait régné dix-»euL II laissa de fiéatrix de Provence, sa première femme , morte en 1 266 , quatre fils et trois filles, et n'eut aucune postérité de Marguerite de Bourgogne, sa seconde femme. Son corps fat porté dans la cathédrale de Naples.

Après la mort de Charles , son fils Charles II , surnommé le Boiteux , était toujours prisonnier en Sicile. Martin IV, seigneur suzerain du royaume , envoya à

^Naples un de ses cardinaux , et Philippe-le-Hardi , roi de France , y dépécha , avec un corps considérable de troupes, Robert comte d'Artois. Le comte d'Artois se vit contraint d'évacuer les places que les Provençaux avaient encore en Sicile. Cependant Honorius IV remplaça sur le siège apostolique Martin IV ; Philippe-le Bel succéda

DE PROVEAcB. * 187

à son père Philippe-le- Hardi, roi de France , et Pierre III d'Aragon mourut aussi» doonani TAragon à soo fils Alfonse, la Sicile à son fils Jacques, et substituant Jacques à Alfonse pour l'Aragon, et, le cas échéant de cette substitution, son troisième fils Frédéric à Jacques pour la Sicile. Bien que le pape ne fut pas d'origine française, il désirait un prompt accommodement, et prenait en viTe afEectioQ le sort du roi prisonnier* fils de Char- /^^^ les-le-Boiteux , les seigneurs et les yilles de ProTence recherchaient aussi avec ardeur Toccasion de sa délivrance. Trois des princes provençaux , Robert, Louis et Raimond Bérenger écrivirent à Edouard » roi d*Angleterre , leur parent et l'ami de leur père , et les Etatsgénéraux du cooité uni de Provence et Forcalquier, assemblés dans la ville de Sisteron , députèrent pour le même objet , vers le prince anglais, Isnard d*AgouU et Faucher de Sabran-Forcalquier.

Le roi d'Angleterre se chargea volontiers de la négodation , quelques difficultés quil pût y avoir pour obtenir de la maison d'Aragon l'abandon de la Sicile et la délivrance du roi-comte, et pour enlever à la France les droits sur le royaume d'Aragon , qu'elle pensait tenir de la bulle de Martin IV. Le l*" mai 4287, le roi d'Aragon et le médiateur s'abouchèrent à Oleron , dans le 4287. Béarn. Conme on ife pouvait conclure une paix défini* tive , on conclut une paix provisoire et conditionnelle, qui devfiit amener la paix définitive. On signa donc les articles suivans : Cbarles-le- Boiteux s'engageait à ob-

RÉSiniÉ DE L'mSTOmE

tenir du souverain ponlife, du roi de France et de Charles de Valois, roi nommé d!AragoQ » une trêve de trois ans, et an bout de trois ans une paix solide. Il devait, avant de sortir de prison, donner en ôtage ses trois ûls puînés, et les fils atnés, les uns disent de trente, les autres de soixante seigneurs ou principaux bourgeois. Dans les dix mois de sa mise en liberté, son fils aîné Charles Martel remplaçait auprès du roi Alfonse son quatrième fils. Il donnait au roi d*Aragon trente mille marcs d'ar^ gent, et promettait vingt mille autres marcs cautionnés par le roi d'Angleterre. La paix ne se faisant point , le roi de Sicile retournait en prison , et si, dans ce cas, il violait sa parole , la Provence retombait sous Tautorité de la maison d'Aragon ; à raison de quoi les seigneurs et les villes du pa} s engageaient condilionnellement leur hommage, et étaient condition nellement aussi déliés de leurs anciens sermens. C'était là encore un dernier regard que les successeurs de RaimondBérengerl" jetaient sur la Provence. Nicolas IV, successeur d'Honorius IV, rejeta ces conditions, el les conférences furent rompues. Mais, sur la fin de Tannée suivante, on reprit les bases de ce projet, les seules possibles , à Champfranc , dans les Pyrénées. Malgré Topposition continuée du souverain pontife, elles furent décidément admises, et le roi-comte quitta sa prison d* Aragon, où les Aragonais l'avaient fait transporter de Sicile pour prévenir une exécution po-, pulaire sur sa personne.

Aussitôt que Charles-le-Boiteux fut libre, il s'empressa

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DE PKUVExNCE.

d*aUer voir » à Paris , le roi Philippe-le-Bel et le comte

Charles de Valois, pour obtenir d*eux Tabandon de leurs droits prétendus sur T Aragon. Ses instances furent inutiles. Etant ensuite passé en Italie, \Yy trouva Nicolas IV également inflexible sur les concessions indispensables envers le roi d*Aragon. Le pape voulut même, en vertu de son pouvoir divin de lier et de délier, casser le traité entre le roi d'Aragon et le médiateur, relever Charles du serment qu'il avait fait d'aller reprendre ses fers , et le couronner roi des Deux-Siciles. Charles ne crut pas devoir refuser son couronnement; mais il n'accepta point la faculté de rester libre sans exéciter les conditions du traité de Champfranc. Après avoir fait prévenir le roi d'Aragon, il se rendit sans armes sur les frontières de la Gaule et des £spagnes. Personne ne s*étant présenté pour le recevoir prisonnier» Charles quitta la place et se ci:ul libre.

Le. roi s'occupa alors de régler la succession de . La- «sdo. dislas , roi de Hongrie , qui , par la mort de ce prince sans.enfons, était dévolue à sa femme , Marie « sœur de Ladislas. Ayant senti que Tunion, sur la même téte, des couronnes de Hongrie et des Deux-Siciles, répugnait à la nature des choses et à la saine politique , il lit couronner roi. de. Hongrie , par le légat du pape » son fils ainé Charles Martel , après Tavoir reçu chevalier dans une nombreuse assemblée de prélats et de barons napolitains. Cependant Charles ne perdait point de vue le traité de Champfranc^ D'abord il aplanit toutes les difii-^

460 RÉSUMÉ DE L'IMSTOIRE

culiés qui pouvaient Tenir de la cour de France , en

donnaot sa fille Marguerite, avec les comtés de Maine et d*Ânjou,au comte de Valois» roi nommé d'Aragon, pour obtenir de lui l'abandon de ce vain titre. Le roi-comte relira même quelques aTanfages particuliers à la Provence de celte cession ; car le roi de France, seigneur de la moitié de la ville d'Avignon , comme comte de Toulouse, lui résigna sa portion de seigneurie sur celte an- . cienne commune. Ce premier objet étant rempli, on tint des conférences, d'abord dans la ville de Tarascon, puis dans celle de BrignoUes ; on arrêta qu'il y aurait une paix solide entre le roi de France, le comie de Valois, le roi des Deux-Siciles et le roi d'Aragon ; qu'Alfonse mettrait en liberté les enfans et les otages du roi-comte, et casserait les cautionnemens donnés par le roi d'Angleterre, médiateur du traité de Champfranc; et qu'enfin, touchant la Sicile, on intimerait à Jacques d'Âragon les ordres du souverain pontife , et que, s'il rasait de s*y soumettre , son frère le roi d'Aragon ne lui donnerait aucun secours. Nicolas IV approuva ces accords, et l'on avait l'espoir fondé de finir la guerre , lorsque Alfonse mourut sans enfans. Dans ce cas, selon le tt^tament du père commun , l'Aragon passait à Jacques et la Sicile à Frédéric. Un accommodement parut plus di£Bcile que jamais.

Au milieu de toutes les guerres qu'avaient soutenues, tant Charles II que Charles V\ ils n'avaient point oublié , l'un et l'autre , l'ancienne politique des comtes.

Ainsi Charles I*' avait détroit la souveraineté de révéque de Digne dans sa ville épiscopale, et avait enlevé à Tar* chevéqae d*Arles le serment de fidélité du viguiar et des autres officiers » le domaine de la cité par indivis avec le comte , Tappel des causes criminelles , la juridiction sur les juifs, la création des notaires (environ 12177). Charles II reçut l'hommage diknard, de la maison prin^ cipale d'Apt, seigneur de la vallée libre de Sault, hommage qui ; comme celui du seigneur de Grignan et de l'abbé de Tile Barbe, seigneur de la vallée de Cornillon, appartenait plutôt ou au roi de France, comte de Tou'* louse , ou au pape, marquis de Provence. Le seigneur de Sault stipula l'exemption de toutes charges , même pour les cas impériaux ; le mairUien de sa pleine juridiction civile et criminelle » sauf le cas de déni de justice et des délits du seigneur lui-même et de ses enfans; le droit de faire la guerre, restreint toutefois à certains cas ; la prohibition pour le roi-comte d'acquérir aucun droit domanial dans l'étendue de la vallée : vaines stipulations qui ne pouvaient sauver l'indépendance de la branche de Sault, de la maison principale d'Apt.

La paix était toujours vivement désirée ; le nouveau mit roi d'Aragon , Jacques , frère et successeur d'Alfonse, consentit A abandonner la Sicile lorsqu'on lui eut donné en mariage Blanche, autre fille de Charles-le-Boiteux ; mais la nation sicilienne ne voulut pas de cet arrange- , ment , et porta sur le trône Frédéric, frère puîné d'Alfonse et de Jacques. Il y eut donc unis nouvelle guerre

eDtre le pape Boniface VIII , successeur de Nicolas IV, après Célestia V, le roi de Naples, roi inféodé de la Si« cile , et Frédéric d'Aragon, chef national de Tinsurreciiou sicilienne. Le comte Charles de Valois , ancien roi nommé d'Aragon, vint soutenir les intérêts de l'Eglise

^^^^ et de la maison de France. Ce prince, après avoir perdu sa première épouse , Marguerite , fille de Charles-le- Boiteux, avait épousé Catherine de Courtenai, à laquelle étaient échus tous les droits de la branche capétienne de Courtenai , chassée du trône impérial de Conslantinople par Michel Paléologue. Le comte de Valois devait seconder l'Eglise et le roi des Deux-Siciles dans l'expédition de Sicile , et ensuite l'Eglise et le rot devaient à leur tour le seconder dans la conquête de l'empire d'Orient. L'orgueil de l'Eglise et l'ambition de la France échouèrent encore contre la prudunce de la maison d'Aragon et le patriotisme des SiciUens. On fut obligé, pour avoir la paix , de traiter avec Frédéric. Une princesse de Provence , Eléonore , fille de Charles il , qu'on lui

4302. donna en mariage , fat le gage de la réconciliation , et on lui donna le royaume de Sicile sa vie durant.

4305 Le roi-comte vint alors en Provence pour visiter le nouveau pape, d'origine française , Clément V, successeur de Boniface VIII, après Benoit XI. Ce pontife dut son élévation au roi de France , Philippe-le-Bel , qui voulait, au moyen de l'influence pontificale , obtenir la dignité d'empereur , non pour le roi des Deux-Siciles, mais pour lui-même et pour la couronne de France.

DE PROVENGE.

Pendant son séjour en-deçà des Alpes , Charles résolut 4306. de oonstilaer en £tat particulier les villes et les fiefs du Piémont , acquis soit par son père , suit par lui. De là vint le comté de Piémont, qui fut perpétuellement attaché au comté uni de Provence et de Forcalquier, ayant toutefois son sénéchal et ses officiers propres. L'année suivante, Charles créa deux sénéchaux, au lieu d'un seul, pour le comté uni. L'un d'eux, dont le siège fut établi à Forcalquier, eut dans son ressort la vallée de Cornillon , les bailliages de Sisteron et de Digne , la viguerie de Forcalquier , la ville d*Avignon , les bailliages d'Apt et de Pertuis , la viguerie de Tarascon , la ville d'Arles, le bailliage de Notre-Dame-de-la-Mer , près d'Arles ; l'autre sénéchaussée, de résidence à Aix, comprit la viguerie d'Ail, la ville de Marseille, les vigueries d*Hyères, de Draguignan et de Grasse, la ville de Nice et les bailliages de Toulon, de Saint-Maximin, de Brignolles , de Vintimille , du Puget-le-Théniers , de Castellane et de Moustiers.

Ces nouvelles divisions territoriales de la Provence, contestée à la féodalité , représentent assez bien les anciennes divisions romaines, sauf les changemens introduits par cette féodalité même. Qu'était-ce en effet que la viguerie d'Aix, sinon la plus grande portion de Tancien comté d'Aix , celle située en-deçà de la Durance ; la viguerie d'Hyères et le bailliage de Toulon , sinon l'ancien comté de Toulon ; les vigueries de Draguignan et de Grasse, sinon les anciennes cités de Fréjus et d'An-

tibes , dont les chefs-lieux avaient été déplacés ? Pareillement, le bailliage de Castellane était établi sur les territoires confondus des cités de Sénez et de Salines ; les TÎgueries de Moustiers et de Digne» sur les dlés de Riez et de Digne. De même, au-delà de la Durance , les habitans du bailliage d'Apt pouvaient se oroire encore membres d'une cité romaine. Ce sunt là des choses qui changent moins qu'on ne le pense « parce qu'elles ont aussi leurs conditions et leurs lois.

4309. Charles-le-Boiteui mourut âgé de soixante*trois ans. n a?ait, en 1S97, institué héritier de son royaume et de ses comtés son second lils Robert, parce que la branche ainée de sa descendance occupait le trône de Hongrie, Parmi sa nombreuse postérité il nous suflU de mentionner Charles Martel, auteur de la branche d'Anjou-Hongrie ; Robert , son successeur dans le royaume et les I comtés ; Philippe , prince de Tarante , tige des princes d'Anjou Tarente, et Jean, duc de Duras, tige des princes d'Anjou-Duras. Le corps du roi-comte fut apporté à Aix, dans l'église des Dames-de-Nazarelh, qu'il avait , fondée. Là, chaque année, les consuls d'Aix, procureurs I du pays, nouvellement élus, venaient visiter et honorer ses reliques. La municipaljlé constitutionnelle de 4790 a été la dernière qui ait rempli envers elles cet hommage accoulumë. Depuis lors le temple a été renversé, le tombeau brisé et les cendres jetées au vent.

Charles-le-Boileux étant mort, Carobert, roi de Hongrie , fils et successeur de Charles ilartel » réclama la

succession des Deux-Siciles et des comiéSt comme chef de la branche atnée des descendans du feu roi. Dans

celle querelle, la Provence el le Piémont devenaient un accessoire par rapport à Naples, et c'était le pape, suzerain du royaume, qui devenait le juge suprôme du litige. Robert vint à Avignon auprès de Clément V, et obtint gain de cause. Il fut couronné dans la même ville roi des Deux-Siciles, et prêta Thommage. Le souverain pontife lui fit remise de treize millions huit cenl mille livres qui lui étaient dus par la maison de Naples. Robert ayant ensuite reçu les sermens des trois comtés, repartit pour Naples.

L'Italie offrait la continuation du drame politique qui la balançait entre lé pape et Vempereur, les guelpbes et les gibelins, sans lui laisser Tespoir d'une existence vraiment nationale. Alors un simple comte de Luxembourg portait la couronne des rois germains, sous le nom de Henri VII. Clément V avait lui-même amené son élévation sur le trône impérial, après la mort d'Albert-le- Triomphant, pour empêcher Philippe-le-Bel d'y monter, et il avait encore pressé l'empereur de faire un voyage en Italie, où il devait à la fois rétablir les droits du siège de Rome et de l'empire. Mais lorsque l'empereur eut passé les Alpes et déployé toutes les prétentions de la cour germanique, qu'il eut surtout témoigné Tintention de se créer en Italie un établissement héréditaire, le pape changea de conduite. Le roi de Naples, chef naturel des guelphes , fut nommé gouverneur de Rome et

vicaire-général de Toscane. Cependant Henri VII, favorisé par le comte de Savoie , accueilli avec, satisfaction dans Milan et dans plusieurs communes lombardes, reçu de force dans les communes de Crémone, de Parme» de Yicence, de Plaisance et de Padoue , honoré de grands présens par les Yénitiens , prit à Milan la couronne de fer des rois italiens , et de là , ayant traversé les Apennins » fut admis dans Gènes et dans Pise , et toucha enfin le sol de Rome , où il posa sur sa téte la couronne d'or des empereurs. Henri VII donna dans Rome des lettres par lesquelles l'archevêque d'Arles avait la faculté de porter ses causes devant rarcbevéque d'Embrun et révêque de Digne. Etant ensuite retourné à Pise, il y convoqua les feudataires d'Italie, et cita Robert devant sa cour. Faute de comparaître, Robert fut mis au ban de l'empire , et ses Etats furent confisqués. L'empereur fit alliance avec Frédéric, roi de Sicile, à qui les derniers traités n'accordaient que la souveraineté viagère de rile ; et tandis qu'il entrait sur le territoire de Naples par l'Italie , Frédéric débarqua ses troupes sur les côtes. La mort de Tempereur , arrivée à Bouen-Couvento, changea subitement la face des affaires. Les troupes impériales reprirent le chemin d'Allemagne, et Frédéric celui de son lie.

Sur ces entrefaites arriva la mort de Clément V, à Roquemaure, diocèse d'Avignon, où il s'était fait transporter de sa ville de Carpentras , siège ordinaire de sa cour. Après un interrègne de deux ans , les cardinaux

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placèrent sur la ctiaire apostolique un français, Jean 431^ XXII, qui, comme son prëdéoeaseor, négligeant la ?iUe de home , maintint la résidence papale en-deçà des monte. Le pontife confirma à Robert toutes les dignités ^3^^ que celui-ci avait reçues de Clément V. Jamais les affaires de la maison d'Anjoa n'avaient été aussi prospères. Le chef théocratique de l'Europe était un Français, qui résidait dans une ville gauloise, à la portée de Tinfluence du roi de France et du roi-comte. Robert demi* nait dans le royaume de Naples, dans Rome et son territoire « dans la Lombardie , dans le Piémont , dans la Toscane, et enfin dans la Ligurie, par la seigneurie de la commune de Gènes, que les guelpbes venaient de lui livrer pour dix ans , en lui associant le pape. Mais les gibelins se réveillèrent. Le roi Frédéric de Sicile, et Visconti , seigneur de Milan , vinrent assiéger Robert dans Gènes. Après avoir soutenu le siège pendant quelque temps, Robert en laissa le soin à un de ses officiers, et passa les monts pour voir le pape, qui s'occupait de pacifier ritalie.

Tandis qu'il visitait son comté de Provence , Robert ^^^i ne perdait point de vue les affaires dltalie. Le souve- ■ rain pontife lui conféra alors par indivis, avec Philippe, fils de ce comte de Valois égalemant malheureux dans ses projets sur TAragon et dans ses projets sur Tempire d*Orient , la dignité de vicaire-général de Tempire en Italie. La politique de Jean XXIÏ et des vicaires- généraux consistait principalement à entretenir la division

168 RÉSUMÉ Iffi LIOSTOIRE

entre les deux candidats Frédéric , duc d*Aulridie , el Louis , duc de Bavière . élus empereurs par des partis di^Ts, après la mort de Henri VU. Pendant son séjour

4349. en-deçà des moûts, le roi-comte acheta» d'une veuve de la maison d*Âpt, sa part dé juridiction sur celte ville. Il

4320. confirma le conseil que les hommes de la cité d'Aix avaient organisé pour les affaires communes , et qui se composait de trente notables, gentilshommes ou simples bourgeois. Ce conseil ne concernait , je pense , que le quartier d'Aix proprement nommé la Cité ; car alors la ville capitale du pays était divisée en trois quartiers, ayant chacun ses murailles et sa juridiction : la Cité, la ville des Tours et le bourg Saint-André. En même temps Robert, au souvenir de son enfance passée dans le châ-

4314 teau de Barjols, détacha des bailliages voisins plusieurs territoires pour en former le bailliage de ce nom; et, jusqu'à la révolution française, le bourg et le bailliage de Barjols ont été appelés et admis , tant dans les assemblées des communautés que dans le^ assemblés générales des ordres.

4327. Robert alla joindre, au delà des Alpes, Philippe, fils du comte de Valois , qui , ayant fait lever le siège de Gènes, avait affermi la domination de l'JËiglise et de la maison de France dans cette commune. Lés Florentins suivirent alors l'exemple de Gênes , el déférèrent au roi de Napks la seigneurie de leur ville pour dix ans. Cependant Louis de Bavière , qui , depuis la bataille de Muhldorf, gagnée le S8 septembre 4 322 sur le duc d'Au-

DE PROVEKCE. 469

triche, jouissait de la dignité impériale, passa en Italie, se fit couronner roi a Hilàn, et prit, malgré tous les efforts du pape et du roi de Naples , la couronne impériale dans la basilique de Saint-Pierre de Rome. L'empereur , ayant fait juger et condamner Jean XXII , fit élire un autre pontife à sa place. Il renouvela Talliance d^ la cour germanique avec le roi Frédéric de Sicile. Mais la campagne qui s*ouyrit fut funeste pour Taigle germanique. Partout battu , l'empereur quitta enfin la \ ville de Rome au milieu des cris populaires : Meurent les hérétiques et vive la sainte Eglise f

La joie de ce triomphe fit bientôt place chez Robert à une grande douleur domestique , par la mort de son fils unique, Charles, duc de Calabre, âgé de trente et un ans. Le malheureux père prononça ces paroles du prophète : La couronne eU tombée de ma tête ; malheur à moi ! malheur à voui f C'était un excellent prince. Le roi l'ayant nommé, pendant son voyage en Provence, gouverneur du royaume de Maples , il si^eait assidûment au tribunal de la vicairerie. Une çloche placée au dehors du palais encourageait la timidité des pauvres gens. Un jour ce fut le vieux cheval abandonné du seigneur Capecce , qui , se traînant le long du mur, agita la sonnette. Le prince alla au fond de Tavenlure , toute risible qu'elle pouvait paraître , et obligea Capecce à nourrir l'animal, sur le rapport du fondement de justice entre l'homme et les animaux. Charles était enclin à l'amour, passion qui s'allie souvent avec de grandes ver-

tus. Il fut marié deux fois, d'abord avec Catherine d'Autriebe, qui ne lui donna point d*enfiins, et ensuite ayec Marie de Valois, de laquelle il eut deux filles seulement, Jeanne et Marie.

Le roi'Comte, plein do sa douleur, laissa le roi Frédéric de Sicile paisible dans son royaume » et négocia des traités avec le comte de Savoie et le marquis de Montferrat , qui profitaient de toutes les circonstances pour entamer ]es frontièresdu Piémont. En même temps,

4331. Robert régla la succession au royaume et aux comtés. Selon la substitution que Charles-le-Boiteux avait faite de la Provence en faveur de ses descendans mâles, faute de postérité masculine chez Robert , le pays passait en première lieu à la branche d'Anjou-Tarente , en second lieu à la branche d'Anjou-Duras , la branche d'Anjou- Hongrie étant réduite à la Hongrie. Au contraire , les filles n'étaient point exclues de la couronne des Deux- Siciles. llobert changea cet ordre. Il unit à perpétuité le royaume et les comtés, sur lesquels il établit héritière la princesse Jeanne , avec substitution de la princesse Marie , et leur fit prêter hommage par les seigneurs et les villes de Provence. Pour affermir cet arrangement,

4333 Robert proposa à son neveu , le roi Carobert de Hon-> grie, fils de Charles Martel, de marier Jeanne avec André, son second fils , et Marie avec Louis, prince héréditaire. Le roi de Hongrie ayant amené à Naples le jeune André, âgé de seize ans, le prince et Jeanne furent fiancés , et demeurèrent , Pun et Pautre , dans le palais de Naples.

Bfi aOVENCB.

Quelques années après , Robert revint en Provence 133g. combiner avec le pape Benoit XII » socoeesair de Jean XXII , et d'origine française comme lui , une nouvelle attaque contre la Sidie, que retenait , nonobstant la foi des traités , Pierre , fils du dernier roi Frédéric. Etant retourné à Naples « le roi-comte fit une nouvelle tenta- 4339. live sur la Sicile , qui eut de beaux commencemens et une issue malheureuse. I/antipathie naissante entre Jeanne et André remplit d'amertume ses vieux jours. Le roi I après avoir ordonné que Von terminerait le mariage de Jeanne et d*André, et que, dans le cas où Ma- 4343 rie ne pourrait pas épouser le prince héréditaire de Hongrie, elle épouserait le plus âgé des enfans mâles du duc de Normandie, héritier présomptif de France» mourut le 19 janvier 1343, âgé de soixante-quatre ans» au bout d'un règne de trente-trois ans.

Lorsque ce prince fut descendu dans la tombe , le frère Robert, moine venu de Hongrie avec André, s'empara par ses intrigues de Tautorité publique ; et, ayant chassé les Napolitains des places, il remplit de ses créatures les conseils et les tribunaux. Nécessairement alors il se forma dans le palais et dans tout le royaume un parti national opposé aux étrangers. Â la téte des Napolitains parurent deux personnes parvenues du dernier rang aux premiers emplois par le vil manège des cours: Philippine , dite la Calanoise, et Raimond de Cabanes son mari. La Catanoise , simple lavandière , ayant été chargée de nourrir un jeune prince , mort presque au

RÉSUMÉ DE L'UlSTOUUS

berceau, Louis, fils de Robert et de sa première femme Yolande d'Aragon, avait successivement captivé la faveur de cette princesse, puis de Sancie de Mayorque, seconde femme de Robert , de Catherine d'Autriche et de Marie de Valois, première et seconde épouses de Charles, duc de Calabre, fils du roi , et enfin elle s'était fait nommer gouvernante des princesses Jeanne et Marie , sur lesquelles elle avait pris un empire absolu. Raimond de Cabanes était un esclave sarrasia que son maître avait Tendu à Raimond de Cabanes, seigneur provençal, majordome de la cuisine sous Charles-le-Boiteux. Le seigneur de Cabanes avait pris son esdave en affection, Tavait fait baptiser , lui avait donné la liberté , et fait porter son nom selon l'ancienne coutume romaine. Le Sarrasin devint ensuite intendant de la cuisine de Charles-le-Boileux, fut armé chevalier, et parvint enfin, sous Robert, aux postes de sénéchal et de grand-maltre d'hôtel. Ces deux personnes , d'un crédit si grand et d'une si humble naissance , s'étaient mariés ensemble avant l'année 1311. Tels furent les chefs du parti napolitain, le frère Robert , qui poursuivait ses projets , résolut de placer la couronne sur la téte de Louis, roi de Hongrie depuis la mort de son père Carobert, en terminant son mariage avec la princesse Marie. Ce dessein ayant été connu par les Napolitains , Charles, duc de Duras , fils de Jean, duc de Duras, enleva du château de l'OEuf la princesse Marie, et l'épousa après avoir obtenu des dispenses de parenté de Clément VI , successeur de Benoit

DE PROVENGE. 473

XII ; et en même temps on fit résoudre Jeanne à refuser à André son époux le titre de roi.

Au moment où le roi de Hongrie allait porter ses armes sur le territoire de Naples, Elisabeth sa mère inter- . posa sa médiation. Il fut convenu que le roi de Hongrie, la reine de Naples et le conseil de régence napolitain enverraient , chacun de leur côté » des ambassadeurs au pape , pour lui faire agréer le couronnement d'André. Le conseil de régence agissait avec sincérité ; mais les ambassadeurs de Jeanne avaient ordre de trainer Tafïaire en longueur, et ceux du roi de Hongrie de ' deiiiaiidtr le couronnement d'Andru, non du chef de sa femme, mais de son chef propre» comme descendant de Cbarles Martel. Le haut-souverain du royaume crut . possible et convenable de se placer entre les partis. Il annula en conséquence tous les actes faits depuis la mort du feu roi, produits la plupart par la façtion hongroise; . interdit à Jeanne Texercice du gouvernement ; nomma, pour gouverneur suprême, le cardinal Aimeric de Cbastelus, natif du diocèse de Limoges en France, et permit le couronnement d'André , du chef de Jeanne , sous la condition de son adhésion préalable aux volontés pontificales. Ce n'était point là ce que voulait la jeune prin- 4345 cesse et le parti qui la dominait. On ne permit point au légat du pape de s'immiscer dans le gouvernement , et comnote on jugeait difficile d'empêcher le couronnement d'André , on résolut de frapper un coup décisif en as- sassinant le prince , soit que la reine eût approuvé ce

meurtre, soit qu'elle fût totalement étrangère à celte tragédie domestique. La cour se trouTàit à Averse dans la nuit du 18 septembre 1345. Tandis que André étail a?ec sa femme, les conjurés le firent prier de quitter la chambre, pour lui communiquer, disaient-ils, quelque dépêche de la plus haute importance ; le prince élant sorti à demi habillé, une femme ferma la porte sur lui; les assassins s*emparèrent de sa personne, le pendirent à une croisée , et jetèrent ensuite son corps dans le jardin.

La voix publique accusa de ce crime la reine , les princes des deux branches de Tarente et de Duras , la Catanoise et ses enfans (son mari étant mort), et quelques autres personnages. On opposa à la reine son aver<sien bien connue pour son époux, ses anciennes galanteries avec le duc de Duras, ses galanteries actuelles avec le prince de Tarenle. Sur les plaintes réitérées du roi de Hongrie, le pape Clément VI, qui agissait très-lentement dans cette affaire, envoya à Naples, pour informer, Tarchevéque d'£mbrun, et ce prélat ayant éprouvé de grandes difficultés de la part de la reine et de ses ministres, le pontife commit des sujels napolitains : Ber* tranddes Baux, grand-justicier , et deux notables an choix de la ville de Naples. L'information devait rester secrète pour le cas où , soit la reine, soit les princes du sang seraient compromis. Le grand-justicier fit saisir la catanoise, son fils Bobert grand-sénéchal, sa fille Sancie et plusieurs autres grands du palais, les fit conduire

DE PROVENGE. 475

sur la place de Naples , un bâillon à la bouche , et les livra à la lorlure, ayant soin de tenir le peuple éloigné derrière des palissades. La Catanoise périt dans la question. Son fils et sa fille furent tenaillés , écorchés avec des rasoirs, jetés dans le feu un bâillon à la bouche, et mis en pièces par le peuple.

L'année 4346 ne finit point que Jeanne n*eût donné la main à son cousin le prince de Tarente. A celte nouvelle, le roi de Hongrie menaça la reine de toute sa vengeance. Cependant les deux cours de Hongrie et de Naples consentirent à traiter judiciairement TafCaire devant Rienzi , tribun de la r^ublique romaine. Dévorée de ses souvenirs , agitée par la vue des communes d'Italie, Rome» que les pontifes suprêmes n^avaient point entièrement conquise, s'essayait* de temps en temps à l'antique liberté. Sa carrière n'est point terminée , et à moins qu'elle ne soit effacée dans quelque grand désastre, elle est encore appelée à devenir la capitale de Tltatie glorieuse et libre. La cause fut solennellement plaidée devant le tribun, en présence du peuple romain. Il 4347 n'y eût point de décision dans cette affaire , où , selon quelques-uns , Kieuzi voulait acquérir la Provence au peuple romain. Le roi de Hongrie marcha sur le royaume de Naples , précédé d'un étendard sur lequel on voyait TeSigie de son frère étranglé. Il était appuyé par l'empereur Lo is et par la cour de Sicile. Les armes de Hongrie renversèrent tous les obstacles, et la reine, ne pouvant plus se soutenir dans son royaume , s'embar- ^

434S. qua pour la Proyence , où elle aniTa après cinq jours de traversée.

Le pays était dans une grande agitation. Les Génois venaient d'enlever le comté de Yintimille. Le seigneur de Milan et le marquis de Honiferrat formaient des attaques continuelles sur le Piémont. Mais ce qui irritait profondément les esprits , c'était le projet conçu par la cour de France et la reine, d'un échange de la Provence avec quelque autre domaine, en faveur du duc de Normandie, fils de Philippe de Valois et prince héréditaire de France. Il parait que le Dauphiné de Viennois et la Provence étaient également alors Tohjet de l'ambition des Français , et que Tun et l'autre pays craignaient également la perle de leur existence nationale. Les seigneurs retirèrent leur obéi^noe à la reine-comtesse, la constituèrent prisonnière, et même s'allièrent avec Humbert , dernier prince de la dernière dynastie viennoise. La comtesse s'étant engagée solennellement à abandonner ce projet d'échange , entre les mains des seigneurs et des syndics de la capitale , elle recouvra sa liberté, et partit ensuite pour Avignon , où son mari, le prince de Tarenle, vint la joindre. Clément VI approuva leur mariage. Quelques cardinaux furent chargés d'informer contre la reine. Jeanne plaida elle-même, en plein consistoire , sa cause , sur laquelle le pape différa de prononcer, pour ménager le roi de Hongrie.

Cependant le royaume de Naples vit un de ces changemens de scène qui, depuis lors, devinrent si ordinai-

m. Le roi de Hongrie $*élail aliéné les coMirs de diverses manières » surtout en faisant mettre à mort le duc de Duras , époux de la princesse Marie , et en retenant

ks autres princes prisonniers , parce qu'il les accusait tous d'avoir trempé dans le meurtre de son frère. Ayant eu besoin de retourner en Hongrie, le lieutenant qu'il laissa à Naples augmenta le mécontentement, et ses troupes se débandèrent. Les barons napolitains envoyèrent à Jeanne une ambassade pour la rappeler. C'est alors que , pressée par le-besoin d'argent , elle vendit à Clément VI , déjà seigneur de Tancien marquisat de Provence, au prix de quatre- vingt inille florins d'or réellement comptés , la ville et la banliaie d'Àrignon. Cette vente maudite, comme nous avons le droit de qualiûer après nos ancêtres , était nulle selon les maximes du pays et les capilulalions de la ville. La reine ayant donc touché le prix de l'aliénation , et s'étant en outre procuré quelques secours par l'engagement de ses bijoux et la levée d'un emprunt, partit pour tapies, où elle fut accueillie avec des transports d*allégresse.

Le roi de Hongrie , après s'être plaint au pape de cette brusque arrivée, reporta la guerre sur le territoire de ]\aples. Dans celle grave conjoncture, la maison des Baux , cette maison éloignée de la dignité comtale par les armes des Bérengers , voulut encore essayer si la fortune lui serait plus favorable qu'aux temps anciens. La garnison d'Averse allait se rendre au roi de Hongrie, qui , de là , devait inarcher sur Naples* Reynaud des

478 RÉSUMÉ DE LTHISTOIRE

Baux , amiral , s'étani chargé de transporter la famille

^ royale de Naples à Gaëte , s*empara de la personne de Marie , sœor de la reine et veuve du duc de Duras » la força à épouser son fils Robert , et même à consommer le mariage. Il cingla ensuite vers la Provence , où, à l'aide de son crédit et des droits de Marie, il prétendait ressusciter les projets de ses ancêtres. Le moment semblait favorable, soit parce que beaucoup de seigneurs et de villes étaient fatigués des sacriiices continuels du pays en faveur du gouvernement de Naples, soit en^re parce que la reine venait d'enfreindre un privilège formel en nommant un étranger à la dignité de sénéchal. Mais le prince de Tarenle, mari de la reine, ayant atteint la galère qui portait sa belle-sœur, tua Tamiral de sa main , et fit prisonnier son fils Robert. La position de la reine s'améliora ensuite. Le roi de Hongrie fut obligé d'évacuer Naples, et de se réfugier dans la Fouille. Clément VI saisit cette occasion de traiter avec lui pour avoir la paix. Toute la difficulté fut réduite à la question de Tinnocence ou de la culpabilité de Jeanne. Cour pable» le roi de Hongrie gardait le royaume de Naples; innocente , la reine rentrait dans tous ses droits , sauf une indemnité de guerre de trois cent mille florins. Le souverain pontife procéda donc au jugement de la cause, et, soit justice, soit politique, il acquitta la reine. Aussitôt le roi de Hongrie quitta le royaume de Naples ; il refiisa même l'indemnité , disant qu'il ne vendait point le sang de son frère ; et Jeanne s'empressa de faire couronner roi son époux, le prince de Tarante.

Cependant une haine violente éclata entre les princes de la maisoQ 4e Duras , qui étaient éloigoés des affaires, et ceux de la maison de Taren(e, qui y ayaient !a principale part. Louis de Duras , comte de Graviaes» demeura à Naples pour fomenter les troubles ; Robert son frère vint en Provence, et rallia à sa personne tous les partisans de rindépendance provençale. Philippe de Tarenle, gouverneur de Provence, moyonna la paix enles deui parties ; mais celte paix ne fut pas de longue durée. Les princes de Duras, Amiel des Baux, et Raimond jdes Baux , comte d'Avelio , appelèrent dans le pays Arnaud de Servole, surnommé l'Archiprélre , qui, après la bataille de Poitiers , où le roi Jean fut battu et pris par les Anglais, avait organisé une troupe de soldats débandés, s'en était déclaré le chef et le capitaine, et, faute de trouver de l'emploi, faisait, à la tête de ses troupes , le métier de brigand. Le princé-gouverneur, après avoir arrêté par un traité d'alliance le progrès des armes de Savoie dans le Piémont , s'appliqua entièrement aux soins de la guerre ; mais il ne put empêcher l'Archiprétre de passer la Durance, et les brigands mar* quèrent leur route par le meurtre, le pillage et Tincendie. Le gouverneur ayant affamé le pays, l'Archiprétre se replia sur Avignon, où le pape innocent VI, successeur de Clément YI, composa avec lui. « L'Archiprétre, » dit Froissard, fut aussi révéremment reçu, comme s'il » eût été fils do France , dina plusieurs fois devers le » pape et les cardinaux , et lui furent pardonnés tous

480 RÉSUHÉ DE LUISTOIIŒ

» ses péchés , el au départ on lui livra quarante mille » écus. » Cette guerre civile , entreprise , selon toutes les apparences , pour séparer la Provence du royaume de Maples » et où tant de calamités accaUère»t .le pays,

^360. ne cessa qu*en. Tannée 1360 , époque de la mort du comte d'Àvelin.

Les malheurs publies ne finirent pas là , et l'amour du brigandage produisit seul des résultats aussi funestes que le désir de Tindépendance nationale. Cette même année on vit arriver d'autres brigands, appelés les lardvenus. C'étaient des soldats débandés des compagnies anglaises qui venaient d'évacuer les places fortes de France, après le traité de Brétigni, où TAngleterre et la France avaient terminé une longue guerre, et où Ton avait iiié la rançon du roi Jean. Le chef des tard-venus se faisait appeler Tami de Dieu et l'ennemi de tout le monde. Heureusement, le marquis de Montferrat, ayant besoin de troupes contre le seigneur de Milan , les engagea à son service , moyennant l'absolution de leurs péchés et soixante mille florins qu'ils reçurent du pape. Aux tard-venus succédèrent les compagnies d'un certain Jean Guccio , qui sedonnait follement le titre de roi de France , et ravageait sous ce nom les divers territoires des Gaules ; aux bandes de Jean Guccio , d'autres bandes venues d'Espagne , sous la conduite du comte de Transtamare. Les premiers avaient été détruits par les

436^. troupes provençales; les Etats assemblés ft Draguignan composèrent avec les autres pour dix mille florins , dix mille septiers de blé et deux mille brebis.

La reine-comtesse avait perdu son époux , le prince de Tarente , usé , dit«on, par les excès de sa tendresse» le 16 mai 1362. Urbain V, successeur d'Innocent VI, et le roi Jean de France, voulurent la marier avec Philippe de France , devenu plus tard duc apanage de Bourgogne. position de la France , par rapport aux descendans de Charles I*', éiant alors changée, et ceuxci lui étant devenus presque étrangers , elle voulait soit la Provence, soit encore le royaume des Deux-Siciles et l'espérance de l'empire , sinon pour elle-même , du moins pour des princes capétiens plus rapprochés du trône. La reine préféra Jacques d'Aragon , prince sans patrimoine, dont le père avait été dépouillé du royaume de majorque et des comtés de Roussillon et de Cerdagne, par Pierre IV, roi d* Aragon. Le prince , borné au rôle d'époux, devait ne point prendre le titre de roi, ne recevoir aucun hommage , n'avoir aucune place forte, et ne se mêler en rien des affaires. Cependant , dans la situation où se trouvaient tant le royaume que les comtés , il aurait fallu un gouvernement d'homme et non de femme. Diverses bandes, pour lesquelles le brigan- ^3^3^ dage était devenu un méti^ et un délassement, insultèrent encore le pays , et , comme il arrive toujours dans les temps d'anarchie, l(»s prétentions ennemies se réveillèrent. L'empereur Charles IV, successeur de l'empereur 4305. . Louis , ayant 'passé les monts pour conférer avec Urbain V des affaires d'Italie, se fit couronner roi à Arles, et regut les hommages de divers évéques et du sénéchal

RÉSUMÉ DE rUISTOmB

de Provence. La ville célébra en son hooiieur la féle des fous, solenoité bîzarret où/ entre autres choses , ou | voyait un enfant de chœur, élu évéque des fous, officier dans l'église , et les clercs Tassister» la figure masquée, ' et habillés de diverses manières. Le pape et l'empereur ayant fait ensemble une alliance pour recouvrer les terres usurpées sur l'Eglise et suf l'empire , se séparèrent avec la promesse de se joindre plus tard en Italie.

L'Angleterre et la France parurent encore sur la scène. Les rois anglais , maîtres de la Guyenne , du Poi-* tou, etc., ne visaient à rien moins qu'à envahir la Gaule. Déjà Richard, roi d'Angleterre, avait obtenu de l'empereur la cession du royaume de Bourgogne ou d'Arles. Eléonore, fille du dernier Bérenger et femme de Henri III d'Angleterre , s'était &it inféoder le comté uni de Pro-

1367, Yence et de lorcalquier. Edouard III réclama pareillement le pays , du chef de la même Ëléonore , pour son second fils le duc de Lancaslre. Aux prétenlioiis de l'Angleterre ,'la France opposa sa vieille poUtique , quoiqu'elle eût échoué , une première fois, dans l'échange proposé en faveur du duc de iNormandie , une seconde fois dans la négociation du mariage de la reine avec Philippe duc de Bourgogne. Le frère de Charles V,

f 36S Louis I"", duc d'Anjou , gouverneur du Languedoc, passa le lihône, et vint attaquer les villes de Tarascon et d'Arles. Il se fondait, à ce qu'on assure, sur une cession du royaume d'Arles à lui faite par l'empereur Charles IV, * comme une gracieuseté à la suite d'un repas qu'il en

DE PROVENGE. 483

avait reca. Le souverain pontife ménagea des trêves, eoit avec TAnglelerre , soit avec le duc d'Ânjou. Mais la France ne s*en tint point là. Ayant connu le méconten-

teii\.ent de Louis roi de Hongrie, causé par la renoncia- 4374 tion ^définitive que Jeanne avait faite de ses droits sur la Sicile , et par l'acte royal qui assurait la succession de la reine à Charles de Duras, époux de Marguerite, troisième fille de la princesse Marie, elle s'aboucha avec lui, et Ton traita d'un mariage entre Catherine , princesse de Hongrie , et Louià , comte de Valois , second fils du roi Charles Y de France , auxquels on aurait donné le royaume et les comtés, mariage que la mort de la jeune princesse de Hongrie fit manquer.

Jeanne venait , après la mort de son troisième mari, <376. d'en épouser uo quatrième, le prince Othon de Brunsvrick , lorsqu'un schisme religieux la plongea dans de nouveaux malheurs. Urbain Y, quoique français , avait résolu de rétablir dans Rome le siège de la papauté, et son successeur , Grégoire XI, aussi français, exécuta ce dessdn si convenable aux intérêts du gouvernement • théocralique et à la dignité des pontifes universels. Grégoire XI mourut à Rome, le 27 mars 4378, et les cardinaux élurent un napolitain , rarchevêque de Barri, Urbain YL Le nouveau pape , qui haïssait profondémenl l'influence française, montra un souverain orgueil envers la reine de Inaptes et tout le sacré collège. La cour deNaples et les cardinaux se concertèrent dans un péril commun. Sous prétexte de certeines violences po-

pulaires, anrÎTées lor9 de l'élection d'Urbain VI, les car*

dinaux s'élant assemblés à Fondi , ville du royaume de Naplea, cassèrent cette élection» et portèrent sur le trône pontifical Uoberl de Genève, le plus puissant et le mieux apparenté des cardinaux (Clément VU). Il y eut alors deux papes , Urbain VI, qui resta à Rome , et Clément VII, qui vint à Avignon. L'Europe se divisa» non selon des convictions intérieures , mais selon la ligne habituelle des intérêts matériels. L'Aragon» le Saint-£mpire» ritalie, l'Angleterre embrassèrent le parti d'Urbain Y! ; JXaples, la Provence^ l'Ecosse» la Castiile se déclarèrent pour Clément VIL

Le pape de Rome excita , contre Jeanne , Charles de Duras» le même qui avait été déclaré son héritier^ et qui vivait alors à la cour de Hongrie. Les premières avances du pontife en.vers ce prince n'eurent aucun succès» mais il les renouvela. Celui-ci , voyant augmenter le crédit d'un autre prince capétien» Robert d'Artois» aussi marié avec une fille de la sœur de Jeanne , ne résista plus » et résolut , à l'aide de son cousin » Louis roi de Hongrie , de marcher sur Naples. Alors la reine se jeta entièrement dans les bras de la France en adoptant Louis I", duc d'Anjou, frère de Charles V, adoption que le pape d'Avignon» Clément VII» se hâta de confirmer. Ce dernier acte de la reine, qui menaçait le royaume et le comté uni de la domination fra*nçaise » diminua le nombre de ses partisans. Charles de Duras, après avoir été CQurouné roi à Rome » par Urbain VI , entra sans

DE PROVENGE. 185

difficulté dans la ville de Naples , et bloqua le château ^334 de rOEuf , où la reine s'était réfugiée. La malheureuse princesse, pressée par la faim-, parce (juc, avec sa facilité ordinaire , elle avait admis tous ceux qui avaient cherché un asile auprès d'elle, ne voyant point arriver les galères de Provence qu'elle avait mandées pour la prendre , fit une trêve de cinq jours avec Charles de Duras , et promit de se rendre si , pendant ce délai , le . prince Othon, alors cantonné dans Averse, ne venait la secourir. Le cinquième jour , Othon parut devait Naples ; il fut battu et pris , et la reine se livra au vainqueur. D'abord Charles traita sa tante avec toutes les marques d'un sincère et profond respect ; ensuite, Jean* ne ayant eu la permission d'entretenir les commandans des galères de Provence , qui étaient arrivées , et leur ayant solennellement ordonné de ne reconnaître pour leur seigneur que son âls adoptif le duc d'Anjou , le prince irrité fit enfermer séparément la rdne et son mari.

Le duc d*Anjou , pressé par les instances de Clément mi VII , et déterminé par l'opinion du conseil de France, résolut d'aller secourir la reine. Il reçut à Avignon, où il arriva le S2 février 1382, le serment du sénéchal de Provence , des villes de Marseille et d'Arles , du prince d'Orange , du seigneur de Sault. Mais la communauté d'Aix , à la tête de la majorité des seigneurs et des villes, refusa de le reconnaître. Parmi les chefs de l'union d'Aix on remarquait Raimond de Beaufort, vicomte de

BÉSUMÉ DE L'UlSTOmE

Turenne, dont la famille, originaire du Limousin, s'étant transportée en Provence à la suite de Télévaiion au souverain pontificat de deux de ses membres , Clément VI et Grégoire XI , avait obtenu de la reine un grand nombre de terres » dédarées bien et valablement séparées du domaine comtal. Cependant le parti de Jeanne, qui espérait recevoir un prompt secours du duc d'Anjou, remua dans Naples. Charles de Duras, après avoir consulté le roi de Hongrie , fit étouffer la reine , et, ea vertu de son droit légal de succession , il se déclara roi sous le nom de Charles lil. Le duc d'ÂnJou ignorait encorè ces événemens lorsqu'il passa les Alpes à la <é(e de quinze mille chevaux et de trois mille cinq cents arbalétriers, et suivi d'un grand nombre de mulets cbar« gés d'or et d'argent.

En même temps que le fils adoptif de la reine attaquait le royaume de Naples , il continuait la guerre en JProvénce. Le seigneur de Bellegarde , sénéchal de Languedoc, mit le siège devant la capitale. Les Marseillais, s'étant emparés des châteaux d*Oriol, de Roquevaire, de Bouc et de Gardanne, qui assuraient leur communication avec les assiégeans, envoyèrent au seigneur de Bellegarde un secours de mille hommes et de deux cents arbalétriers. De son côté , Charles ill avait dirigé , sur la Provence , Spinola , nommé sénéchal , et quelques troupes italiennes. La mort du duc d'Anjou , arrivée dans le royaume de Naples le 80 septembre 1384, après ^' une campagne qui s^ouvrit glorieusement par une grande

DE PROVENGE. 497

yictoire, et se termina honteusement par la désertion de

Tarmée , ne changea poial les desseins de la Fronce. Marie de Blois son épouse était auprès du roi de France, avec son fils et son héritier encore enfant, Louis duc d'Anjou, que nous appellerons Louis II , ayant appelé son père Louis P', pour nous conformer à l'usage des ancêtres, bien que le fils adoptif de Jeanne n*ait jamais été de fait ni de Jruil comte de Provence. La ville d'Aix, qui était à la téte des patriotes , la ville de Marseille et le parti angevin , députèrent chacun de leur côté à la cour de France. Tandis que les envoyés angevins pressaient la veuve de Louis I" et le jeune Louis II de venir en Provence, les envoyés de Tunion refusèrent nettement de les Yoir , et ne voulurent conférer qu*avec le roi de 1 rance. Selon quelques-uns, il fut même question alors de la réunion du pays à cette couronne. Marie de Blois et son fils, ayant quitté la cour de France, arrivèrent à ▲vignon le 24 avril 4385. Le pape Clément VII investit < le jeune prince du royaume de Naples , aux anciennes conditions. La duchesse s'occupa ensuite de visiter les villes d'Arles et de Marseille , et de miner le parti de Tunion par la force des armes et par les intrigues. Quel* ques seigneurs et quelques rilles , assemblés dans la ville d'Apt, se prononcèrent pour le duc d'Anjou à certaines conditions, savoir, que les comtés de Provence et de Forcalquier et les terres adjacentes , c'est-à-dire les villes d'Arles, de Marseille et de Nice, la vallée de Sault, la seigneurie de Grignan, etc., seraient perpétuellement

unis ; que le domaine resterait inaliénable ; que les franchises et louables coutumes du pays seraient maintenues ; qu'il n*y aurait point de nouveaux subsides; et qu*on n'évoquerait point les causes à un tribunal étranger* Le roi de France fit conclure, entre les deux parfis, une trêve de six mois. Marie renouvela , contre la ville d'Âix, une ordonnance de Louis P% qui transférait à Marseille les cours de justice et le gouvornement.

4386 La mort de Charles III, assassiné en Hongrie , où U s'était rendu pour s'emparer de la couronne , après la mort du roi Louis, disposa le pays a s'accommoder avec la nouvelle maison d'Anjou. Cependant il se passa encore une année sans que l'union d'Àix fit sa soumission, et qu'elle cessât de reconnaître, oomme seul comte, le jeune Ladislas, ûls et héritier de Charles IIL

^^^^ Enfin la capitale et la plupart des seigneurs et des * villes de l'union se déterminèrent à faire la paix. Vaureille, Tressemanes et Verdoin, syndics d'Àix, traitèrent avec la régente, et Ton dressa deux capitulations, l'une pour le pays , l'autre pour la ville. Le comté uni de Provence et de Forcalquier , et les terres adjacentes, étaient transférés au fils du duc d'Anjou , Louis II, duc d'Anjou , par le principe du testament et de l'adoption de Jeanne, nonobstant tous les titres des descendans de Charles I*'. Les privilèges des trois Etats étaient maintenus ; les biens sur eux saisis, dans la guerre, rendus; la mémoire des derniers événemens abolie. Les Provençaux bannis des communautés de l'union , les ennemis

de ces communautés ne pouvaient, de dii ans, y exercer des offices. On ûe devait oonslruite aucun fort sur le territoire de ruiiion , ni y changer en rien le régime public. La régente s'engageait à ne point aliéner le do* maine , et à révoquer les anciennes aliénations. Le sénéchal et autres officiers entrant en charge juraient TobsenraCion de ce pacte. Quant à la ville d'Aix , elle conservait la cour royale et les chambres des archives et du fisc. Le sénéchal et ses officiers ne quittaient le palais que pour visiter le pays , suivant les statuts. Le conseil de ville avait le droit de lever des taxes. Il était autorisé à entretenir et k faire garder les fortifications de la ville et les tours du territoire. Le lieutenant du vi* guier d'Aix était assisté , en faisant le guet , de deux prud'hommes nommés par le conseil. Les habitans pouvaient, de leur propre autorité, avec ou sans armes, par eux ou par d'autres, se défendre et défendre leurs eon* citoyens de toute capture et exécution illégale. Le serment de iidéUté n'était fait aux successeurs du comte qu'au préalable ils n'eussent juré l'observation de ces choses. Les oiliciers contrevenant à la teneur des articles devaient , sur la réquisition des syndics ou des députés de la ville, révoquer leurs actes, et à défaut ils n'étaient plus tenus pour vrais officiers , et la ville leur retirait son obéissance.

La ville de Nice * les vigueries de Puget-le-ïhéniers ^

et de BarceloneUe n'entrèrent point dans cet accord. Marguerite» mère de Ladislas et régente de Mapies» leur

190 RÉSUMÉ DE LUISTOIIŒ

ayant permis d'adopter provisoirement un souverain quelconque, le duc Anjou excepté , à charge de revenir sous son obéissance si, dans trois ans , elle était en état de se faire respecter chez eux, ces peuples se tournèrent vers la maison de Savoie , qui déjà avait obtenu de Louis V la cession du comté de Piémont. Si les Provençaux d'outre-Var et de la vallée de Barcelonette eus* sent jugé cette séparation définitive, ils n'auraient point consenti un traité par lequel ils brisaient de chères habitudes, et devenaient un peuple à part, également étranger à la Savoie , au Piémont , à la Ligurie et à la Provence. Le baroiji de Beuil , de la maison des Grimaldi, sénéchal du pays pour Ladislas, qui conclut cette afiai* re, eut bien plus en vue les vingt-cinq villages des dio- <ièses de Nice et de Glandèves , dont il fut gratifié , que rintérét des descendans de Charles I" et le^ maximes de la succession légitime.

Ici se termine cette première maison d* Anjou , qui a essuyé de si terriples catastrophes. Sa fin , où Ton remarque les tragédies des assassinats d'André, de Jeanne, de Charles III , ressemble assez à son commencement, où se montrent les échafauds de Conradin et du prince d'Antioche , la prison de la famille de Mainfroi et les représailles nationales de la Sicile. Charles 1^ fut Tauteurdes infortunes de sa race, parce que, dans son projet de se former un établissement héréditaire, il dépassa continuellement le but. Ce n'est point qu'il eut eu tort

d'accepter de l'Ëglise romaine le royaume des Deux-

Siciles. Mais le vainqueur de Mainfroi derait» bornant son ambition aux Deux-Siciles» ne point jeter son regard sur Tempire et sur Tltalie. £t alors, se déclarant Sici* lien de cœur et d'Ame » en gouvernant ses peuples avec bonté et fermeté, en secourant TEglise romaine contre les empereurs, plutôt en apparence que sérieusement, il eût utilement employé au dedans, pour la consolidation de sa dynastie, ces travaux qui , au dehors , ne pouvaient parvenir à fixer le fantôme errant de la royauté italienne. On n'aurait vu alors ni le meurtre de Conradin et de ses parens , ni la séparation de la Sicile d'avec le royaume de Naples , ni la captivité de Charles IL Sous un gouvernement régulier et sous une dynastie bien assise, la sagesse de ce Robert, qui fut surnommé le Salomon de son siècle, eût plus feicilement assuré le trône de Naples contre les prétentions de la branche d'Anjou- Hongrie, et les événemens du règne de Jeanne eussent perdu quelque chose de leurs couleurs sombres ou de leur funeste importance. Le pays aurait encore plus gagné à cette direction d*une meilleure politique. Les jalousies des deux maisons principales de Xarente et de Duras, Torgueil des seigneurs des Baux, n'eussent point été si bien servis par l'amour de l'indépendance natio^^L nale et la fatigue des sacrifices étrangers. La maison de Savoie , toujours si attentive à profiter de nos malheurs et des fautes de nos princes, n'aurait point ruiné l'autorité provençale dans le Piémont, et séparé du pays les peuples d'outre-Var. D'ailleurs les desseins de Charles

4M RÉSOIIÉ DE L'HISTOIRE

P n'eussent été qu'ajournés. 1^ Prorence , le Piémont

et les Deux-Siciles auraient formé , aux deux bouts de ritalie i de solides barrières , par lesquelles on eût , de proche en proche et avec le temps, enveloppé la papauté et atteint la ville de Rome , où pouvait se faire encore un empereur. Mais il n'en fut point ainsi, et celle fausse politique du comte d'Ânjou perdit sa race. Malgré tous les efforts de runion d'Aix, la Provence passa de la première maison d'Anjou à la seconde, des descendansdu frère de saint Louis aux descendansdu frère de Charlesle-Sage, d'une branche capétienne plus éloignée à une branche moins éloignée et toute française encore ; et sauf les graves différences qu'amenèrent les chapgemens sur* venus dans la Germanie et dans l'Italie , sauf Tétat de dépendance où la faiblesse de cette nouvelle dynastie les tint plus particulièrement envers la France , la seconde maison d'Anjou se trouva placée, par rapport à la papauté, à l'empire et à l'Italie » dans la même situation que la première.

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