‹ Résumé de l'histoire de l'étate et comté souverain de ProvenceChapitre 14 sur 20 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

' Les bériliers adoplifs de Jeaime troHvèreat le royaume de Naples occupé par le prince légitime, et la Provence démembrée par Télranger. Après que le pape d'Avignon, GémentVII.eat couronné le jeune Louis II, 43^9 âgé de douze ans , roi des Deux-Siciles , la duchesse d Anjou donna toute son attention aux manœuvres de la Savoie, et aux derniers efforts du parti de Charles III. Une trêve de douze ans , qui maintenait le êialu quo^ entre la Provence et la Savoie, ou sujet des vigueries séparées» lui permit de s'occuper de la paciiicalion intérieure. Le vicomte Raimond de Turenne , irrité de ne pouvoir rentrer dans la possession des terres que Jeanne lui avait données, et que Louis P avait réunies au domaine, continuait la guerre ; uji grand nouibre de sujets provençaux , entre autres plusieurs officiers du pays, soutenaient le vicomte, qui leur semblait être le défenseur de la bonne cause.

Le 20 juillet 1390 , le jeune comte s'embarqua pour ^^^^^ Naples , où rappelait un parti considérable , laissant la conduite des affaires à ses lieulenans et au conseil des

Etats. La situation du pays était épouvantable ; on se

croyait , par les malheurs inouïs de la guerre , par les pillages, les viols, les meurtres et les erobrasemens, retourné aux invasions des barbares. Les ruines des bourgs et des villages détruits ont longtemps attesté , à défout de chroniques nationales , la grandeur des maux publics. Le vicomte fut appelé le fléau de la Provence. Pour surcroît dinfortune , des étrangers à la solde des Etats s'emparèrent de plusieurs châleaui , qu'ils firent ensuite chèrement payer. La* contagion se joignit aux brigandages inlérieurs et à la disette des choses de la vie. Les imaginations épouvantées , qui n'attendaient plus aucun secours de la terre , en cherchèrent dans le ciel. De tous côtés , des procesdons composées d'hommes, de femmes et d'enfans, allaient chantant des cantiques lamentables, se prosternant de temps à autre, et criant par trois fois, dans cette humble situation : Paix et miséricorde.

Le conseil des Etats , réuni k Aii , pour chercha un

^ remède à ces calamités , ordonna une levée d'hommes, et frappa une imposition générale sur les trois ordres. Il y eut, dans cette assemblée, quatorze évéques , entre autres , Tévéque de Gap , trois abbés ; deux commandeurs de 1 (;rdre de Sainl-Jean , au nom de tous les commandeurs ; environ quarante-quatre seigneurs , stipulant pour eux et pour leurs terres ou pour leurs hommes ; et trente-deux communautés domaniales. Les ha-

. bilans des fiefs seigneuriaux n'entraient pas alors dans

rassemblée du pays» le comte n'ayant pas encore suffisamment altéré sa oonstilution aristocratique, qui faisait de chaque seigneurie un yéritable co-Etat, et c'était aux seigneurs à comparaître et à traiter en leur nom personnel et au nom de leurs hommes. Au contraire, quoique régulièrement les anciennes villes consulaires eus-* sent seules le droit de se présenter, et que le comte dût porter la voix de tous les autres Jx)urgs et villages domaniaux , on avait déjà introduit ces derniers dans le conseil national , pour obtenir une administration plus facile, et pour balancer la puissance des seigneurs ; révolution mémorable qui annonçait la venue prochs^ine aux Etats, des bourgs et des campagnes de tout le pays.

La guerre civile n'avait pas cessé , lorsque Louis II ^ revint du royaume de Naples, en août 4399. L'expédition du comte, semblable à celle de son père, avait commencé par une brillante victoire et fini par un désastre complet. Louis II ramena avec lui ceux de ses soldais qu'il n'avait point laissés à la garde de quelques places fortes, demeurées dans son parti. Il ne tarda point d'aller en France» où il renouvela avec le comte de Savoie, ^ la trêve de douze ans qui allait expirer. Rassuré du côté de la Savoie par cette convention, et voyant le pays tranquille depuis la mort du vicomte de Turenne, il jeta les yeux pour se marier , sur Yolande d'Aragon , fille puînée du roi Jean I*" d'Aragon. Il espérait se faire un appui contre Ladislas de cette puissante maison , qui possédait l'Aragon et la Sicile. Louis II régla ensuite

quelques af&ires. Pour complaire à la France, qui voulait finir le schisme de l'Eglise, prolongé par l'éleclion de Boniface IX en remplacement d'Urbain YI à Rome» et par celle de Benoit XIII en remplacement de Clément VII à Avignon, s'étant déclaré neutre entre les deux pontifes , il reprit , sur la réquisition des Etats , l'obédience du pape d'Avignon. Il nomma des commissaires 4400 chargés de poursuivre* devant des arbitrés convenus avec le comte de Savoie , l'affaire des vigueries séparées , et retourna dans le royaume de Naples.

Ladislas, seul reste de la postérité masculine du vainqueur de Mainfroi et de Conradin, témoignait ouverte* ment les desseins audacieux que ses ancêtres avaient tenus cachés. Il régnait dans Naples, sans contradiction; Rome et presque toute la Homagno reconnaissaient son pouvoir , et il marchait à la conquête des autres Etats d'Italie, sous des enseignes qui portaient ces mois : aut Cœiar aut nihiL Louis s'entendit avec la ligue des seigneurs et des communes d'Italie, opposés à Ladislas. Le nouveau pontife, Alexandre Y, que le concile de Pise venait d'élire, après avoir déposé Benoit XIII, pape d'Avignon, et Grégoire XII, successeur d'Innocent VII, dans la papauté de Home» le reçut avec affection à Pise , lui donna l'investiture du royaume de Naples , et le créa gonfalonier de l'EgUse. Louis II r soutenu des chefs de la ligue italienne, reprit, dans la Toscane, plusieurs places occupées par Ladislas, et s'empara d'une portion de la ville de Rome. Malgré la faveur constante d'Alexan-

I» PROVENCE. m

dre V, et de son successeur Jean XXIII, il fut deux fois obligé de Tenir chercher des secours en Provence. Enfin, ayant remis le pied sur le territoire italien , et reçu la 44^0. bénédiction du souverain pontife et Tétendard de TEglise, il eut ordre de marcher contre Ladislas. Louis II gagna une grande bataille sur ce prince ; mais il ne sut uu. pas mieux conserver ses avantages que dans sa première campagne, et il repassa les Alpes, laissant son rival tout puissant.

Le roi-comte, alors, fit valoir, sinon par les armes, do moins par les négociations , les droits de sa femme Yolande , sur le royaunie d'Aragon. Pierre IV, dit le Cérémonieux , roi d'Aragon , étant mort le 5 janvier 1387, avait été remplacé sur le trône par son fils Jean ^ P. Jean étant mort aussi, avait eu pour successeur son frère Martin. Martin mourut sans postérité. Un grand nombre de concurrens demandèrent aux cortès d'Aragon sa succession, qui comprenait les royaumes d'Aragon , de Valence., le comté de Barcelone , Maiorque et M inorque en Espagne; la Cerdagne et le Roussillon dans la Gaule ; la Corse , la Sardaigne et la Sicile en Italie. C'étaient principalement le comte de Provence, du chef de sa femme, fille du roi Jean ; Ferdinand, in< fant de Castille , du chef de sa mère Eléonore , fille de Pierre IV; et Alfonse , duc de Candie, petit-fils, par son père, de Jacques II, roi d'Aragon, comme plus prochain agnat. Louis II, malgré Tappui de la France, ne réussit point auprès des Etats d*Aragon. Des neuf com- ^^^^

498 • RÉSUMÉ D£ L UISTOIRE

missairesy devant lesquels la cause avait élé porlée » six se prononcèrent pour Ferdinand de Castille.

Louis II n'ayant plus aucune espérance en Italie, où d*abord Jean XXIII s'était concilié avec Ladislas, et où ensuite le même pontife, qui l'avait appelé contre Jean* nelle, sœur et héritière de Ladislas, ne pouvait plus rien pour lui, parce qu'il venait d'être déposé au concile de Constance, s'occupa exclusivement de Tadministration du pays. La reine Jeanne avait fait faire un grand pas à la souveraineté des comtes, en ordonnant que les vassaux auraient le choix de relever les appels devant les justices seigneuriales , ou devant la justice comiale , et que d'ailleurs les barons ne pourraient plus être juges daiis leurs propres causes. Louis II voulut remplacer le juge-mage , autrement dit , des secondes ou dernières

4445. appellations, magistrature de peu de vigueur, par une compagnie d'officiers, imitée de France, et nommé parlement , qui présentât aux barons un corps serré et invincible, capable de gagner du terrain de jour en jour. Le parlement fut composé, outre le juge-mage, de six membres qualifiés présidens , d'un avocat et d'un procureur flscal, et (le plusieurs greffiers ou notaires. Louis

141^ II mourut à Angers, capitale de son duché d'Anjou, où il faisait de fréquens séjours, pour se défendre de l'attaque des Anglais. Il laissa, entre autres enfans, trois fils, louis III, René-le-Bon , et Charles du Maine , et une fille, Marie, épouse de Charles YII, roi de France. Yolande d'Aragon, lulnoe de lofiis Ill^et régente de

DE PROVEiNCE. 499

ProveoGe» reçut à Angers les députés des Etats «.parmi lesquels se trouTaient quelques gentilshommes des anciennes maisons vicomtales ou principales; du pays, sa- Toir : Fouquet d*Agoul , Bertrand de Grasse , Refordal de Castellane. Les seigneurs , qui éiant les plus nombreux dans celle assemblée, y formaient les résolutions, sollicitèrenl la deslruclion du parlement, et le rétablissement du juge-mage. La régente fit droit à leurs deraandes, et en outre elle confirma le statut qui excluait les étrangers des charges publiques^ interdit aux ofiiciers " les descentes dans les ?illes et les villages, non autorisées par le comte ou par les Etats , octroya une diminution de feux, à laquelle furent départis des commissaires des trois ordres, annulla les sauve-gardes des juifs dans les procès avec les chrétiens , et généralement remit toutes choses sur le même pied que du temps de la comtesse Jeanne. Deux ans après , toujours à la réquisition des IM9. Etats , la régente révoqua tous les impôts du sel , des denrées et des marchandises, et restitua Tancién titre do la monnaie. La môme année elle se régla définitivement avec la maison de Savoie. régente renonça aux droits du pays sur les vigueries d'outre- Var , et la maison de Savoie lui abandonna deux millions de livres qu'Âmé VI avait dépensées au service de lx)uis I". Mais, nonobstant cette cession de la régente , on verra le successeur de Louis III poursuivre encm le recouvrement de T^ice et des vigueries séparé^. • ^

La r^nte reporta ensuite son attention sur le royau-

RÉSU31É DE LiliSTOIUK

me de Naples. Les favoris se dispuiaieot le cœur et le pou?oir de la scBur de Ladidas. Pour affermir dans ses mains un sceptre qu'ébranlaient les agitations du palais» JiBannelle songea à adopter le comte de Ricbemont, frère de Henri Y, roi d'Angleterre. C'était là comme une suite de la puissance des rois anglais, qui venaient de gagner sur la France la bataille d'Azinconrt , et qui affectaient à leur tour la domination de la Gaule, et la monarchie européenne. Martin V, successeur de Jean XXIII, selon Tancienne politique , se prononça pour le plus faible contre le plus fort , et appela le comte de Provence en Italie. Il fut encore convenu, entre le suzerain du roy-^ aume et Louis III, que la souveraineté de Naples serait incompatible avec l'empire, avec le titre de roi des Romains ou de Germanie, et avec aucune souveraineté italienne ; que si la couronne tombait à une ûlie, elle ne pourrait, en conséquence, épouser ni Tempereur, ni le roi des Romains, ni aucun prince dltalie ; que jusqu'à l'âge de dix-huit ans. les rois de Naples resteraient sous la tutelle du Saint-Siège ; que les églises et les monastères seraient exempts d'impôts. La reine de Naples ne trouvant point le comte de Richemont favorable à ses vues^et ne voulant point du. comte de Provence, adopta Alfonse Y, roi d'Aragon.

1420. ^^^i^ et le roi d'Aragon recommencèrent, sur le sol italien, cette lutte mémorable qu'avaient engagée les princes capétiens de la première maison d'Anjou, et les

de9cendws comtes de Barcelone. Les succès et les

DE PROVËi\C£. toi

revers de la guerre furent d'abord partagés. Mais malgré les bulles d'analhème et les secours effectifs du souverain pontife, les affaires de Louis III déclinaient, lorsqu'une révolution du palais changea subitement la face des choses. La reine , indignée du ton de maître qu'avait pris le roi d'Aragon, révoqua son acte d'adoption, ^4^3 et choisit pour ûls adoptif le comte de Provence. Jeannelle et Louis III eurent une entrevue à Averse , où ils se prodiguèrent les témoignages d'une mutuelle affection. Alfonse ayant été rappelé en Aragon, par les craintes que lui donnait le roi de Caslille, quitta le royaume de Naples, dont il laissa le c(»Dmandement à son frère Pierre. *

En passant à la hauteur de Marseille» le roi d'Aragon surprit la ville. Pendant trois jours, les Aragonais commirent tous les excès que l'imagination peut prêter à un vainqueur insolent et sans pitié. Lorsque les Aragonais se furent retirés , les paysans des villages voisins se réunirent en troupes , et vinrent , par la plus détestable perfidie, continua le pillage. Les vainqueurs emportèrent avec eux le corps âe saint Louis , évéque do Toulouse , fils de Chdrles~le> Boiteux , la chaîne du port et les archives dé la ville. La capitale ajouta alors aux armes d'Aragon qu'elle portait , les armes de Jérusalem, de Sicile et d'Anjou ; parce que , étant allé secourir les Marseillais , la ressemblance des enseignes d'Aix et de celles d'Aragon avait produit une méprise funeste. Ce sont là les armes qu'elle porte encore de nos jours ;

RÉSUMÉ DE L UISTOIftE

d'or à quatre pals de gueules qui est d'Aragon, au chef tiercé ; d'argent , à une grande croix potencée , accompagnée de quatre croizeltes de même, pour Jérusalem ; d'azur semé de fleurs de lis d'or, à ua lambd de quatre pendans de gueules pour la Sicile; et d'azur semé de fleurs de lis d'or , bordé de gueules pour l'Anjou , avec celle devise : Generoso sanguine parla.

Louis III était toujours dans le royaume de Naples, où il faisait aux Aragonais une guerre qu'il aurait terminé heureusement , s'il ne se fût brouillé avec le sénéchal Carracioli, amant de la reine. Le sénéchal commença à favoriser sous main le roi d'Aragon , et a le

4432 pi^<^6r de revenir à Naples. L'assassinat de Carracioli changea encore la direction des choses. Le comte de Provence mourut , au château de Cousance en Calabre,

4434 âgé de vingt-quatre ans , après avoir institué héritier bené-le-Bon , son frère , qui se trouvait prisonnier du duc de Bourgogne. Louis III avait rétabli, sous le nom de conseil éminent, le parlement créé par son père Louis II ; car il était de plus en plus facile de reconnaître qu'il fallait dans le pays , soit pour achever pldnement la conquête des justices féodales , soit pour assurer la justice et la police , un corps modérateur et conservateur placé entre le prince et le peuple. Naturellement, ('aurait été aux seigneurs à former le sénat de la nation provençale ; mais ils n'arrivèrent pas assez tôt , et ils furent prévenus par les officiers du comte.

René-le-Bon avait déjà reçu de son oncle, le cardinal

Louis du Bar, le duché du Bar , et de Charles, duc de Lorraine , dont il a?ait épousé la fille aînée , le duché de Lorraine. Mais roccupalion de la Lorraine ne lui fut pas aussi facile que celle du duché de Bar. Le comte de Vaudemonl , plus prochain agnat , revendiqua la Lorraine comme fief masculin , secondé par Pbilippe-le« Bon , duc de Bourgogne. René fut fait prisonnier dans cette ^erre, et il n'avait pas encore recouvré sa liberté, lorsqu'un gentilhomme de Provence lui apporla la nouvelle de la mort de sou frère. Bientôt les députés du conseil de Naples vinrent lui annoncer la mort de Jeannelle, arrivée deux mois et demi après celle de Louis III, . et l'adoption faite par elle , de René , è la place du feu comte. Le roi prisonnier nomma sa femme, Isabelle de Lorraine, vice-gérante de Naples.

Ce royaume était toujours en proie àdeui partis principaux : les Angevins et les Aragonais. Il y avait en outre un tiers-parli , qui voulait , par Textinclion de la postérité de Charles le retour pur et simple au Saint Siège. Eugène IV, successeur de Martin V, semblait croire possible cette réunion ; d'où les pontifes romains auraienl ensuite plus facilement obtenu la souveraineté de toute Tltalie. Le roi Alfonse d'Aragon, ayant été fait prisonnier, et la vice-gérante étant arrivée à Naples, le parti angevin prit une supériorité marquée , et Eugène IV embrassa les intérêts du comte de Provence. Enfin, au bout de nombreuses et pénibles négociations , René obtint sa délivrance. Il visita les Provençaux , qui Tac^ 1437.

204 RÉSiniÉ DE L'HISTOIRK

câblèrent de fêtes, el il reprit celle route de lltalie, marquée par les inutiles victoires et les désastres r<éds de ses devanciers.

Alfoose venait d'obtenir sa liberté du duc de Milan, jusque-là partisan des Angevins, et il avait mis entièrement ce prince dans ses vuqs. René aurait cependant lutté avec avantage conlre ses ennemis , s*il n'e&i été trahi par le connétable de iNaples, qui, sous main, débaucha son armée en faveur du roi d'Aragon. Le comte offrit à Alfonse la possession paisible du royaume, pourvu qu'il en instituât héritier après lui son fils aîné» Jean d'Anjou; mais le parli angevin ne voulut point de cet arrangemenlt où René CMdliait les droits de sa famille et ceux de Thumanité. Les dissensions continuèrent , et I44S. les Aragonais surprirent Naples, par le même canal souterrain dont s'était servi, neuf siècles auparavant, Bélisaire, dans la guerre contre les Gotha.

De retour en Provence, René se rendit auprès de son cousin le roi de France Charles VU» et le servit, de son épée et de ses talens politiques dans la lutte que soutenait alors la France pour défendre sa nationalité et le sang de ses rois contre l'envahissement total de TAngleterre, lutte où il avait, d'ailleurs, un intérêt propre^ à raison de ses duchés J'Anjou et du Maine » et même de son comté de Provence. Ayant ensuite quitté le roi de France » il voulut , sollicité par la piété aveugle de son temps, faire rechercher, dans une pelile ville des environs d'Arles » les corps des Marie Jacobé et Salomé , et

de Sara leur saTaote. Les principaux lieux du comté

s'étaient distribué les reliques des parens ou amis de Jésus. Marseille moatrait les restes de Lazare ; Tarascon, ceux de Marthe ; Aix, ceux de Maximin ; le bourg de Saiot-Maximiu, ceux de Magdeleioe; Apt, ceux d'Aune, mère de Marie; Arles , ceux de Trophime , disciple de saint Paul. On prétendit y joindre les corps de ces bienheureuses femmes , et dans les fouilles qui furent 444g. faites , deux corps trouvés sous l'autel , à côté Tun de Tautre , furent jugés être ceux des deux Marie , et un troisième , placé à leurs pieds et au travers , celui de la senante.

Après avoir employé encorç quelques années au service de la France» René reporta son attention sur lltalie. Les Vénitiens, les maisons de Monlferrat et de Savoie, et le roi Alfonse , faisaient, d'un commun accord, 440s. la guerre au due François Sforze de Milan et à la répu-

• blique de Florence , parce que ces trois premières puissances voulaient s'étendre dans la Lombardie, et que le roi d Aragon se trouvait géné du voisinage des Florentins. Ces derniers réclamèrent l'assisianoe du roi de France et du comte de Provence , promettant qu'à leur tour ils seconderaient René dans la conquête de Naples. Mais ensuite les puissances belligérantes lirent la paix,

. et le comte abandonna de nouveau Tltalie. Les intérêts franco- provençaux obtinrent un dédommagement dans la résolution de la commune de Gênes , qui se mit sous la protection de Charles YII de France , et reçut pour

RÉSUMÉ DE L UiSTOm£

gouverneur le duc Jean de Calabre , fils de fieoé. La mort du roi d'Aragon , qui laissait pour successeur son ûls naturel Ferdinand, changea un moment la scène. Les trois anciens parlis du souverain pontife, de la maison d'Aragon cl du comte de Provence , furent encore en présence. Mais Calixte U(, successeur de Nicolas V, élanl mort , le nouveau pape , Pie II , donna à Ferdi-

1459. nand TinVestiture du royaume de Naples, et René n'eut d'autre ressource , après avoir longuement sollicité la révocaiion de cet acte, que de faire signifier un appel du pape au futur concile.

Cependant une révolution se déclara à Maples. Plusieurs seigneurs napolitains appelèrent le duc de Calabre, fils du comte, et se rangèrent sous ses enseignes dès qu'il eut débarqué. La maison d'Aragon était perdue, si

4450. la reine, épouse de Ferdinand, n'eût montré une grandeur et une fermeté d*àme au niveau de ses périls. Elle parcourut les rues de Naples, calmant par ses discours louchans et héroïques la haine des citoyens, et deman* dant, une bourse à la main , de quoi lever une armée. Les Aragonais demeurèrent victorieux. Qénes même fut enlevé au duc de Calabre , et la France repassa les monts* René, après avoir essayé de rentrer dans la possession de Nice et des vigueries séparées, transporta, en

4475, Aragon, des efforts qui auraient été perdus en Italie. Le duc de Calabre ouvrit la campagne sous les plus heureux auspices, mais sa mort arrêta ses succès. < Le comte s'occupa alors de régler su succession. Tous

DE PROVENCE. $ffî

les enfans du doc de Calabre étaient morts. U donna à

son petit-fils René , fils de sa fille Yolande , hérilier de la maison de Vaudemont , les duchés de Bar et de Lor- ^^'^4. raine, et institua pour héritier son neveu Charles, comte du Naine. Mais la.Franoe n'avait jamais perdu de vue l'union du pays avec la couronne. Le roi Louis XI avait même fait un voyage en Provence» pour voir de ses propres yeux l'état des choses. Lorsque celui-ci contint le testament du comte, il mit en avant la cession que Marguerite, reine d'Angleterre, fille de René, lui avait faite de ses droits sur le Bar, la Lorraine, l'Anjou et la PrcH vence. Louis XI, comme suzerain du Bar et de l'Anjou, confisqua ces duchés et fit citer René au parlement de Paris. René s'allia avec le duc de Bourgogne , ennemi du roi de France, et il paraît qu'il fut question d'assu-. rer la Provence à ce prince. Tout s'arrangea pourtant, Louis rendit les duchés d'Anjou et de Bar. René abondonna Talliance de la Bourgogne, et, selon la commune opinion, promit le comté & la France, après la mort du comte du Maine , duquel on n'attendait point de postérité.

René mourut le 10 juillet 1480. Ce prince eut une 448o. grande ressemblance avec le roi Robert. Il gouverna doucement ses sujets de Provence , leur donnant toujours audience en voyage et à la chasse, et ne leur demandant de subsides que dans les cas extrêmes. <?( Ce qui le rendit par-dessus tout recommaudable , et lui acquit le surnom de Ban , dit Honoré Bouche , c'est sa

grande douceur de cœur et sa débonnaireté naturelle,

qui lui faisaieut porter compassion aux affligés de toute sorte , et les secourir autant qu'il le pouvait. » Après trois siècles écoulés, après des événemens imuienses qui ont de beaucoup augmenté Timportance des nations, et diminué de-beaucoup celle des hommes , son nom est encore vénéré dans le pays. Cela n'arrive point , sans doute aux rois impopulaires.

Dès que Uené fut mort, Charles IV, pour asseoir sou autorité naissante, s^empressa de confirmer lès privilèges du pays et des villes. 11 supprima la douane , promit de changer annuellement ses juges , et de ne point lever d'impôt sans le consentement des Etats, et autorisa la formation -d'uoe commission nationale , chargée de défendre les libertés publiques. Ensuite le roi-comte, appuyé par Louis Xi, fit demander au souverain, pontife , Sixle IV, successeur de Paul II , Tinvesliturc du royaume de Naples. Mais le pape lui permit seulement de prendre acte de sa réquisition.

Cependant Yolande et son ûls fioné, duc de Lorraine et de Bar, ne pouvaient se faire à l'idée de perdre Thé* ritage de la seconde maison d'Anjou. Yolande prit les titres de reine des Deux-Siciles , comtesse de Provence, et le duc vint exciter dans le pays les nombreux ennemis de la France. Les Lorrains se rendirent maîtres d*Apt,de Forcalquier et de Manosque ; puis ayant passé la Durance, ils s'emparèrent de Guillaume, d'Entrevaux et de toute la viguerie de Grasse. Un descendant de

DE PROVENGE.

Roméo de Villeoeuve , le fils du marquis de Trans , se

disiinguâ par son attachement au parti français. Un seigneur de la maison d'Agoull, et deux seigneurs de la maison de Castellane, parurent dans les rangs opposés. Les secours que Charles IV reçut de Louis XI le mirent à même d*apaiser ce mouvement national.

Charles IV préparait une nouvdle expédition contre Naples , lorsque le profond chagrin de la mort de son épouse le jeta dans une langueur incurable. Il fit alors ce testament par lequel la Provence et tous ses Etals ^ étaient donnés à Louis XI et à ses successeurs « avec la prière solennelle de maintenir le comté-uni de Provence et de Forcalquîer, et les terres adjacentes dans leurs libertés, coutumes et lois fondamentales, et même de leur accorder de nouvelles franchises et de nouveaux bienfaits ; prière qui formait une condition essmtielle de l'hérédité. On rapporte que le secrétaire rédacteur interrogeant le comte en ces termes : « Sire , quel Louis instituez-vous héritier? » Charles répondit: « Le roi Louis de France^ et après lui, monsieur le dauphin, et la couronne. » Palamède Forbin, seigneur de Souliers, occupa dans la réunion du pays, à la France le même emploi que Roniée, seigneur de Villeneuve , avait rempli, deux siècles auparavant, dans le mariage de Charles V' avec l'héritière des Berengers; emploi d'ailleurs digne d'un grand politique , qui voit les choses de loin et de haut , et propre à confondre les maisons seigneuriales de Vill^euve et de Forbin dans le commun sen-

' . 1,1.11 1 !■ .^^...MasM I

240 RÉSUMÉ DË LUISTOIRE

liment de la gratitude publique. Charles IV mourut à Marseille, le W décembre U81 , et fut enseveli dans l'ëglise métropolitaine d*Aix. ^

L'air de lllalie sembla moins encore convenir à la seconde maison d'Anjou qu'à la première. La race d'Aragon , qui avait déjà pris pied en vSicile , se naturalisa aisément dans le royaume de Naples. Les souverains ponlifes , assez tranquilles du côté de la cour germanique, parce que le temps avait usé ses prétentions, ét assis sur de solides bases les principauti's et les républiques d'Italie, devinrent tout-à-fait indifférens envers les successeurs adoplifsde Jeanne et de Jeannelle. Si la saine politique conseillait au chef de la première maison 4'Ânjou d'accepter les Deux-Siciles , elle conseillait le contraire au chef de la seconde; et tandis que Tun pouvait attaquer l'Italie par ses deux bouts , l'autre ne pouvait l'attaquer que par sa frontière occidentale. Leduc d'Anjou et les comtes ses successeurs se fussent alors utilement employés , non-seulement pour recouvrer la ville de Nice et les vigueries d'outre- Var , mais encore pour reprendre le Piémont, et s'avancer sur la Ligurie, entre * les Apennins et la mer. Comme la faiblesse des comtes d'Anjou donna gain de cause aux durs d'Anjou, la faiblesse de ces derniers donna , en définitive , gain de cause aux rois de France. Ainsi fut enfin consommé U\ grand œuvre de la réunion. Ce pays devint, à l'exemple du comté de Toulouse , du Dauphiné de Viennois, du comté de Lyon, un de ces Etats souverains qui avant

la dernière révolution formaient par leur fédération entre euxy et leur jonction au duché de France, la monarchie française. Les liens antiques entre le comté-uni et le Saint-Empire furent entièrement brisés » et Ton vit s'accomplir une loi naturelle des sociétés; car la souveraine sagesse n'a pas fondé en vain les barrières éternelles des deux mers , des Pyrénées , des Alpes et du Rhin. Les rois descendans de Robert-le-Fort et d'Hugues Capet accomplirent cet acte de politique par de nombreuses et pénibles négociations. Nous fûmes encore associés à cette nation des Francs , toujours libre , par ses coutumes dans les temps anciens, et par ses lois aujourd'hui. Les monarques français reçurent, avec l'héritage des ducs d*Anjou, leurs droits sur les Deux-Siciles, et leurs secrètes espérances sur le titre d'empereur» que n'ambitionnaient pas moins alors les chefs européensi que ne l'avaient fait les généraux des armées roumaines, les rois des hordes du nord, et les grands feudaiaires de la monarchie de Charlemagne.

ilYRË TAOISI^MË

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