CHAPITRE I
LOUIS XI. — CUAftLBS VIII» ~ LOUIS XII. — • FBANÇOIS
HENRI il.
Palamède Forbiu ayant élé nommé gouverneur du 4434^ pays avec un pouvoir absolu et souverain, arrêta quelques nouveaux mouvcmens en faveur du duc de Lor~ raine. Ensuite il confirma ou accorda dans le eonseil des Ëlals divers statuts , notamment : l*usage du droit romain » la règle qui obligeait le prinœ à se qualifier comte de Provence , celle qui excluait les étrangers des charges publiques, celle qui déclarait nuls les actes royaux non enregistrés au conseil d'Aix. Ces deux derniers art ides formaient la principale garantie de la nation ; car \
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les sujets n*étant soumis à reconnattre que les actes royaux vérifiés par le conseil, et les seigneurs du conseil» tous nécessairement provençaux , ne devant , par honneur et par inclination naturelle , agréer que les actes royaux conformes aux lois et aux coutumes , on semblait obtenir un ordre public fixe et régulier, indépendant des erreurs du pouvoir.
Louis XI mourut le 30 août. Palamède, qui sous ce règne était sorti victorieux de diverses accusations , fut disgracié au commencemeiil du règne de. Charles VIII. Soit alarme prise d'un pouvoir et d'une réputation si considérables , soit mécontentement d'une dispensation des faveurs royales, nécessaire peut-être, mais trop étendue au gré de la cour de France, ce grand homme per« dit sa charge de gouverneur, et sa disgrâce nes'arrèlant point à lui, le seigneur de Glandeves, son gendre, perdit celle de grand-sénéchal. Les deux charges furent réunies sur la tète d'un étranger , Âimar de Poitiers, seigneur de Saiut-Vallier ; ce qui faillit allumeif un incendie.
Cependant, le roi de France n'avait point encore rempli auprès du peuple provençal les dernières formalités pour consommer l'union du pays à la couronne. Le duc de Lorraine alla demander le comté aux états-généraux de France , assemblés à Tours. On conçoit difficilement à cette heure combien ce prince» issu de ftené d'Ânjou et son successeur légal , était cher aux Provençaux. La régente, sœur de Charles YIII, temporisa en une affaire
DE PROVEiNCE.
de pareil poids. Elle laissa nommer trois commissaires
chargés d'examiner la cause dans le délai de quatre ans, et donna par provision au duc cent^ lances entretenues et une pension annuelle de trente-six mille livres. René de Lorraine attendait l'issue de cette instance, lorsqu'une nouvelle révolution éclata dans le royaume de Naples. Innocent VIII et les barons napolitains s'étant brouillés avec le roi Ferdinand I", bâtard et successeur d'Alfonse P', se tournèrent vers la France , et celle-ci autorisa René à faire Texpédition pour son propre compte. Mais à peine élait-il arrivé i Lyon, qu'il apprit la nouvelle de la paix signée entre le pape , la noblesse napolitaine et le roi. René ayant renoué ses iolelligences avec les Provençaux, plusieurs communautés retirèrent leur obé* issance au roi de France.
1^ parti français, que diverses causes grossissaient de jour en jour , dépula vers le roi de France , pour préparer de concert avec lui l'union définitive. On ne termina pas dans une assemblée d*£(ats tenue au mois de mars, parce que le parti lorrain y leva fièrement la léte. Hais dans une nouvelle assèmblée du mois d'août , on délibéra unanimement de se donner d'un cœur franc au roi de France , sous la condition que les coutumes et libertés seraient maintenues, et que le pays, inséparable de la couronne de France , y serait attaché non comme un acemoire à un principal r maU comme un principal à un autre principal. Le roi accepta l'offre et ces conditions pour lui et ses sui^cesseurs, et les ordres» de-
RÉSUBIÉ DE L'HISTOIBE
4437 redhef assemblés Tannée suivante, supplièrent le roi de
persévérer dans ses intentions, e) déclarèrent, disent nos historiens, au milieu des cris d'une joie vive et des bénédictions du peuple, confirmer, ratifier et homologuer Vunion. Cet acte de la volonté nationale, supplément indispensable du testament de Charles IV, garanti par douze prélats , environ soixante seigneurs et vingt-cinq ' vigueries , bailliages , vallées ou simples communautés (car alors toute communauté entrait aux états , soit directement , soit en corps de district territorial), déconcerta le duc de Lorraine et ses partisans.
U93. Jusqu'ici, la France n'avait appliqué le testament de Charles IV qu'à la Provence. Elle voulut l'appliquer au royaume de Naples, et même le roi-comte, comme autrefois Charles I" d'Anjou , forma des prétentions ouvertes à l'empire d'Orient , et de secrètes à l'empire d'Occident. Ludovic Sforze, usurpateur du Milanais sur la branche capétienne des ducs d'Orléans , qui repré-sentait l'ancienne famille ducale des Visconti, ouvrit luimême aux Français les portes de l'Italie , par refifel
4494 d'une politique particulière. L'armée française n'éprouva aucune résistance, malgré les censures d'Alexandre VI, successeur d'Innocent VllI. Le roi entra dans Rome, où il rendit souverainement la justice à la manière d'un empereur lalin. Naples reçut ensuite le prince français, en robe impériale, la pomme d'or dans la main droite, et l'exemple de la capitale entrèina les provinces audevant de la domination étrangère. Cependant la fortune
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française se décomposa de nouveau sur ce sable mou- TdDt de rilalie. Le souverain pontife, les Vénitiens, Ludovic de Milan formèrent une ligue contre les Français. Le roi Ferdinand II, petit-iils de Ferdinand I", par son père AlfoDse II, fut rétaUi dans son royaume. L'embarras des finances ne permit point à Charles YIII de mettre à profit les dispositions de quelques Etals d'Italie, alarmés de la puissance des Vénitiens, et il mourut le 7 BTril, sans avoir conquis la couronne de Maples , ni 449s celle des empereurs.
Louis XII, auparavant duc d'Orléans, eut à sprmonter les mêmes difficultés dans la conservation du comté de Provence , et dans les prétentions sur le royaume de Naples et sur le Milanais. Le duc de Lorraine et Anne de France , scBur de Charles VIII , réclamèrent l'un et l'autre le pays, celui-là excipant toujours de son droit légal de succession , et celle-ci soutenant que le comté était de la 'maison régnante , et non de la couronne. Louis XII ayant obtenu l'alliance des Vénitiens et du 4500. souverain pontife, par la promesse d'un agrandissement territorial , passa les Alpes. En vingt jours le roi de France, héritier des Visconti, chassa Ludovic du Milanais. La conquête ou les alliances lurent bientôt poussées jusqu'aui frontières du royaume de Naples. Ferdinand-le-Calholique, roi d'Aragon , et Louis XII s'unirent contre Frédéric-le-Catholique, successeur de Ferdinand II, et se partagèrent celte monarchie après l'avoir conquise , le roi de France prenant pour lui la terre de
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labour et TAbbruzze, avec le titre de royaume, et le roi
d'Aragon, la Pnuille et, la Calabre, avec le litre de du- 450S. l^lsis aussitôt que ce partage fui fait« le roi d'Aragon rompit avec la France.
Au milieu des guerres de Tltalie, la Provence se rapprocha de la condition des autres membres de la monarchie française, par la conversion du conseil éminent en une cour de parlement, qui fut composée d*un président, de onze conseillers, dont quaire clers, d'un avocat et de deux procureurs-gdnéraux fiscaux, d*un avocal et d'un procureur des pauvres, de quaire secrétaires, d'un premier huissier et de deux huissiers ordinaires (1501). Le grand-sénéchal resta chef de cette compagnie. Ce fut un grand coup porté aux juridictions seigneuriales et au collège des seigneurs spirituels et temporels siégeant dans les états. Peu après leur installa- 4503 ' nouveaux magistrats jurèreni entre les mainsdes consuls d'Aix pour le pays, et des consuls d'Arles ei de Marseille pour les terres adjacentes, de maintenir les privilèges de ces grands corps.
Cependant Alexandre VI venait de mourir, louis XII proposa, comme autrefois Charles V d'Anjou , un pape français à l'Italie. Mais Tllalie dupa la France. On élut un italien , Pie [H , et celui-ci étant mort vingt- sept jours après son élection , on le remplaça par un autre italien, Jules IF, plussoldat que prêtre. Le roi d'Aragon triompha. L'armée française, chassée de Naples, se replia sur le duché de Milan. Jules II se déclara l'ennemi
DE PROVENGE.
de la France, et excita contre elle les Etats germaniques. « Les Français , écrivail-il à l'empereur Maximilien» » après avoir détruit le sié^e apostolique, ne manque- » roni pas de revendiquer la couronne impériale « an- » den démembrement de leur monarchie, Sur ces entrefaites, le ponlife romain sacrifiant le péril éloigné au V péril actuel, résolut d'abattre les Vénitiens, qui par leurs conquêtes dans la Grèce et dans Tlialie avaient acquis le plus haut degré de puissance. Le pape, Tempereur, les rois de France et d'Aragon se partagèrent selon les convenances territoriales les Etats de Venise. Ce fui la ligue dite de Cambrai. La république se vit à deux doigts de sa perte. Mais on voulait affaiblir Venise et non agrandir la France. Le roi d* Aragon d'abord , Jules II ensuite, se rangèrent du côté des Vénitiens. Maximilien tint une conduite équivoque. Louis Xli rappelant les anciens exemples^ -assembla un concile à Pise , en«exécution des décrets d'un des derniers conciles généraux. De son côté, Jules convoqua une assemblée dans le palais de Latran. Les pères de Pise dégradèrent le pontife; les pèrt's de I^lran rendirent anathèrne pour anathème. £niin l'empereur s'unit au pape , au roi d'Aragon et aux Vénitiens, et de même qu'on avait perdu le royaume de Naples dans la première campagne antérieure à la ligue de Cambrai, on perdit le Milanais dans la cam« ^ pagne postérieure. 4543.
Malgré les changemens qu'amenèrent la mort de Ju* les II et Télection de Léon X, le parlement de Provence
fut enveloppé dans les censures du ooncUe de La(ran«
11 avait indisposé la cour de Rome par l'usage libre de Vannexe. L'annexe était le droit de vérifier les bulles papales. Ce droit défeudait le pays des aUeiiUes du pour voir théocratique , oomme le droit d'enregistrement le défendait des alleinles du pouvoir royal. Perussi, pro- 1514. moteur du concile de Latran , rendit plaiale contre la
compagnie , et présenta contre elle divers griefs , indépendans d'ailleurs dei'usage de l'annexe , savoir : de mettre à exécution la pragmatique sanction, d'empêcher les appels au saint siège » de réduire à son gré le nombre des desservans dans les églises , do renvoyer les comptes ecclésiastiques à des juges laïques, de fixer Tor^ dre du chant et du costume dans les cérémonies » de faire comparaître les évèques téte nue devant leur tribunal. Les magistrats reçurent un ajournement à trois mois, sous peinç d'excommunication. Le parlement n'était pas encore relevé des censurés , lorsque Louis XII mourut le 1"* janvier, au moment où il méditait une 4515 nouvelle expédition en Italie*.
François ayant suivi les traces de ses prédécesseurs, rentra dans la possession du Milanais. Pour se concilier le souverain pontife , il ordonna au parlement de terminer sa querelle avec l'église de Rome. Le conseiller de Forbin*SouKers, fils de Palamède , muni des pleins pouvoirs du parlement, admit, dans une audience par-* ticulière du pape , les griefs de la cour de Rome , et en obUnt Tabsolulion des censures. De son côté, le souve*
DE PROVENCE. tU
Tain pontife signa une nouvelle reconnaissance du droit
. proyincial de l'annexe. A la vérité , il fut défendu au conseiller député de se dessaisir de cet acte sous peine d'excommunication; mais aussitôt que celui-ci fut en Provence , il le fit enregistrer à Tofficiaiité de Toulon, sans toutefois abandonner Toriginal, accordant ainsi du mieux possible ses devoirs publics et sa foi religieuse. Cependant , la mort de l'empereur Maximilien rendait 4îi<9» vacant le ùrdne impérial. François s'efforça de Tobftenir, non dans Tllalie par la force des armes , comme l'avaient tenté les rois-comtes ses prédécesseurs , mais dans la Garmanie par l'élection de la diète, i Texemple de Philippe-le-Bel. On lui préféra Charles, petit-fils de Maximilien, qui fut Charles-Quint. Héritier de l'ancienne maison de Bourgogne par son aïeule, épouse de Maximilien, et des inaisons de €astille et d'Aragon par sa mère, épouse de Philippe, Charles réunit alors à la dignité impériale les Pays-Bas dans la Gaule et la Germanie , les Deux-Sicile^ et le Milanais dans l'Italie , et l'Ëspagoe ramenée à l'unité politique par la jonction de l'Aragon et de la Caslille. La guerre éclala entre reni^ pereur et le roi de l^rance. Ce fut une grande scène de m^ la lutte antique des rois français et des rois germains sur le sol de l'Italie. La question était précise. Le roi de France triomphait-il , il reportait Tempire en Italie ;
^ était-il battu, l'empereur poussait à bout contre la Fran- ' ce toutes les piéientions de la dignité impériale. Le pape Adrien VI» successeur de Léon X , aida l'empereur à
KÉSmt DE LUISTOIRE
chasser les Français du Milanais , et Charles envoya le connétable de Bourbon redemander au successeur des dauphins de Yiennois et des comtes de Provence le royaume d'Arles ou de Bourgogne , ancienne dépendance du saint empire romain.
Les mesures étaient prises en Provence contre Tancién suzerain du pays» devenu son ennemi public «I capital. L'armée impériale se dirigea sur la Provence, partie par terre, partie par eau. Augustin Grimaldi, tuteur du prince de Monaco , reçut les galères impériales dans son port. La flotte française chassa les vaisseaux de l'empereur, et s*empara même de la personne de Philibert de Chàlons , prince d'Orange. La maison de Châlons, héritière de la maison des Baux dans la prin- , cipauté d'Orange , craignait la France et invoquait les sauvegardes de Pempire. Telle était aussi la position des princes de Monaco , anciens vassaux de Provence , qui avaiefit fondé leur souveraineté dans la séparation des territoires d'outre- Var d'avec le pays. Cependant le connétable passa le Var avec dix-huit mille combattans, et soumit toutes les places depuis le Var jusqu'à Aix , excepté BrégançoD, la tour de Toulon et Cassis. Le 7 août la capitale se rendit à lui. Après avoir reconnu Marseille le 13, il y mena le 19 son armée pour en faire le siège. Le roi , qui n'avait pas eu les moyens de disputer à l'empereur le passage du Var , s'était réduit à défendre coite place. Il y avait dans la ville quatre mille hommes de lrt)upes nationales pour les coups de main et les sor-
D£ PROV£NC£. «13
ties ; une garde municipale de neiif mille habitans était chargée du service des perles el des murailles; Tamiral Lafayette avec une flotte de trente-trois bàtimens de diverses grandeurs protégeait le côté de la mer.
Le marquis de Pescaire se logea avec les siens à Thépilai Saint- Lazare; les lansquenets occupèrent Portegale ; les Italiens el les Espagnols se postèrent au chemin d'Aubagne. Le 24 septembre, au soleil couchant, le confnétable de Bourbon résolut, contre Tavis du marquis de Pescaire, de faire donner Tassaut. Parmi les assiégés, tous, citoyens el soldats, combattirent avec vigueur. La tentative de Tennemi fut infructueuse , et le connétable de Bourbon , qui se voyait abandonné du marquis de Pescaire , et qui craignait l'arrivée de l'armée campée au-delà de la Durance, après avoir fait embarquer sa grosse artillerie , leva le camp dans la nuit du 29 septembre, au bout d'un siège de quarante jours, et se dirigea en toute hàle sur le Var, poursuivi par les milices des vigueries , les troupes du maréchal de Chabannes et les gendarmes du comte de Carces.
Après le départ du connétable de Bourbon, François "^l* vint en Provence. Ayant ensuite passé les Alpes , il reprit Milan. La Journée de Pavie le rendit prisonnier de Charles-Ouint. Le roi obtint sa liberté plus tard. Nonseulement il n'exécuta point les conditions de son rachat , mais encore il recommença la guerre. C'était le tour de la France. Le pape , qui redoutait la puissance de Charles-Ouint, souleva toute Pltalie contre Tempe-
tu RÉSOMÉ DE L*HIST01R£
reùr. Le roi eut quelques succès ennieli des monts,
mais ensuite vaincu dans le royaume de Naples.et dans la Lombardie , il fut obligé de battre en retraite sur les Alpes. Le traité de Cambrai suspendit le cours de la guerre. Mais François I"^ persévérait dans ses projets, et le pape Clément , de la maison de Médicis , dont la politique variait au gré des événemens, maria sa nièce, Catherine de Medicis, au second fils du roi, Henri, duc d'Orléans. Le mariage fut célébré à Marseille , le 83
4533. octobre. La princesse y reçut une dot de cent mille écus, et comme les trésoriers du roi trouvaient cela trop faible : « Ajoutez-y, répondirent les agens du pape, trois » bagues d'un prix inestimable, savoir : Gônes^ le du- » ché de Milan et le royaume de Naples. » Hais la mort du pape Clément détruisit ce frêle édifice de Tarnbition française et de la ruse italienne.
Cependant le pays n'oubliait point ses divers genres dMntéréts. Dans les premières années de la réunion, on s'était efforcé de recouvrer les vigueries d'outre- Var, et d'obtenir l'hommage du prince d'Orange. Cette fois oli
4534. fit décider au conseil du roi contre le Dauphiné, que les portions de rËmbrunois et du Gapençois distraites du comté deForcalquiersous le dernier comte ressorti raient
au parlement d'Aix. La procuration des trois ordres âit
4535. unie au consulat d'Aix; union qui, rendant Tadminis- . tratîon du pays centrale et perpéluelle , organisait un vrai gouvernement républicain provincial / Le sénéefaal,
4536 tiré du parlement , fut mis à la tête des six tribunaux
DE PROVENGE.
subalternes établis à Aix , à Arles , à Marseille , à Dra-
guignan, à Digne et à Forcalquier, et c'est ainsi que le sénéchal, sorte de souverain ministre, et de vice-roi , a-* près avoir perdu , sous la reine Jeanne , la faculté de disposer du domaine , de faire grâce et de destituer les juges, et, sous la seconde maison d'Anjou, le commandement des armées, se vit enfin dépouillé de sa qualité de chef supérieur de la justice.
Le duc de Savoie, beau-frère de Charles-Quint, était rallié secret de l'empereur, parce qu'il craignait d'ôlre serré un jour au milieu de ,1a domination française. François voulant rompre avec Fempereur , demanda au duc les territoires d'outre- Yar. Sur son refus, la Bresse, la Savoie, le Piémont furent envahis. L'empereur revint sur le royaume de Bourgogne et d'Arles. Le pays reçut à peu près le même système de défense que dans la première invasion. Nonobstant la neutralité de Paul III, successeur de Clément de Médicis, on s'empara de la ville d'Avignon, pour en faire un point de résistance et y établir les magasins. L*armée resta campée Sur la rive gauche de la Durance. Le parlement fut transféré à Manosque. Les villes et châteaux , à l'exception de Marseille et d'Arles, furent démantelési et tout le pays du Yar au Rhône affamé.
Déjà la flotte impériale avait saccagé toute la cote du Var au Rhône, où elle n'épargna que la ville d'Hyères. Le 26 juillet , l'empereur passa le Var , et assit son camp au village de Saint- Laurent-de- Villeneuve. Après
226 RÉSUMÉ D£ L'UISTOIUË
avoir quitté Fréjus, où il avait indiqué le reudez-vous général des divers corps d'armée , il prit sa route sur ' Âix. Pendant toute cette marche , les bourgeois et les paysans , qui étaient en «rœes sur les montagnes , ne cessèrent de harceler les impériaux, en tombant à l'improviste sur Jeurs derrières , et les impériaux brûlèrent des populations entières réfugiées dans les buis, sans les admettre à composition. Cinq gentilshommes , dignes d'une éternelle mémoire , Albode , Chàleauneuf, Ilalbe, Ëscragnole et Boniface s'embusquèrent, avec quinze légionnaires et trente paysans , dans une tour qui domi- ,nait un défilé où devait passer Tarmée ennemie, résolus à faire leur décharge sur Tempereur. Hais comme ils ne le connaissaient point, ils tuèrent à sa place un seigneur de sa suite. Us furent tous massacrés. L'empereur arriva enfin à Aix, dressa son camp au plan d'Aillane, et fit le 9 août son entrée triomphale dans la ville. Le lendemain, il tint dans le palais comlal un lit de justice, où ayant cassé les tribunaux et le coitps de ville, il remplaça le parlement par un sénat , le viguier par un vi~ • comte , et les consuls par des tribuns. Ensuite il s'agit de distribuer les grands fièfs et les hautes charges du royaume d'Arles. L'un fut fait vicaire de l'empire dans les Gaules ; l'autre vicomte d'Arles ; celui-ci amiral ; celui-là chancelier; ce troisième surintendant des finances. Le gouvernement de Marseille , celui d'en-deça la Durance, celui d'putre-Durance devinrent la récompense de trois seigneurs de l'armée. On érigea quatre duchés:
DE PROYËNCEv
des lies d*Hyères sous le nom d'Iles d'Autriche, de Fré«
jus sous le nom de Charleville, de Brignolles sous celui de Nicopolis, et de Forcalquier sous Tancien nom ; quatre principautés : deux en-deça de la Durance, les Baux et les Martigues; deux outre-Durance , Sault et Montelimar ; quatre marquisats : le Muy, le Luc , Tourves et Trets. Le même jour, le couronnement de Charles , en sa qualité de roi de Provence ou d'Arles , dans Téglise métropolitaine de Saint-Sauveur, et son panégyrique prononcé par un prêtre qui fut' fait achevêque d'Aix, terminèrent cette parade impériale.
Déjà les TÎyres manquaient à Varmëe campée près d'Aix. L'empereur résolut de s'emparer d'Arles et de Marseille pour y loger ses troupes et s*assurer la communication avec la mer. Le chef de Texpédition d'Arles n'ayant pu rien entreprendre, se replia sur Marseille. L'empereur, de plus en plus pressé par la famine,voyant ses troupes diminuées environ de moitié, et pensant que le siège de Marseille serait long, quitta la place, revint prendre son armée du camp d'Aillane, et reprit la route de ritalie. Avant son départ il fit mettre le feu à l'hôlelde- ville et au palais ; mais heureusement on avait déji retire de ce dernier édifice les archives comtales, monument précieux pour l'histoire et la politique.
François et Charles ne tardèrent point à conclure une trêve de dix ans , pendant laquelle l'empereur garda ritalie, et le premier les Etats de la maison de Savoie. L'attention, du roi fut fixée alors sur un petit coin de la
m RÉSUMÉ DE L'UISTOIRE
ProTence. Le milieu du seizième siède ressemblait assez
au commencement du treizième. Seulement, tandis qu'à cette dernière époque la Gaule méridionale était la par- ^ lie de l'Europe la plus avancée en civilisation, les scien- N ces et les lettres avaient tout nouvellement passé à l'Italie. La langue et la littérature italiennes commençaient à avoir cette vogue que n'avaient plus la langue et la littérature provençales, par suite de l'invasion des Français dans le Languedoc et la Provence. En même temps un moine augustin' , Martin Luther , faisait édore non loin de lltalie les germes qu'avaient déposés les essais de réforme du xiii* siède.
Âu milieu de la population catholique de Provence, sur la rive gauche de la Durance, sur la frontière orientale du Venaissin , et dans le territoire limité par le LéberoQ et la Durance » se trouvait une population dissidente : c'étaient, parmi quelques faibles restes des réformés du Langt^edoc» des chrétiens venus des vallées du Piémont pour prendre à emphythéose les terres de la maison piémontaise de Cental , situées dans la vallée d'Aiguës ; gens d'ailleurs d'une intégrité parfaite et pleins de zèle pour le travail , qui avaient , en défrichant la terre, changé l'aspect de ces lieux. On ne sait comment ils étaient restés jusque là inaperçus , s'ils s'étaient cachés sous un extérieur catholique, ou s'ils n'avaient dû leur tranquillité qu'à l'indifférence des prêtres. Lorsque les églises provençales de l'ancienne réforme connurent les événemens de l'Allemagne et de la Suisse, elles vou-
DE PROVENCE. %f9
lurent entrer en communion avec les églises germani- . ques de la nouyellé réforme, et députèrent en Allemagne George Morel, pasteur (1S30). « Nous avons entendu, » leur répondit OEcolopamde^, d^ votre fidèle pasteur » George Morel, quelle est votre foi et religion, etcom- » me vous vous en expliquez. Or nous rendons grâce à » ce pere Irès-benin qui vous a appelés en si grande ï> lumière parmi les ténèbres obscures qui sont épan-* » dues par tout le monde , et nonobstant la puissance » désordonnée de l'antechrist ; et partant nous recon- » naissons que Christ est en vous, et nous vous aimons » comme frères. »
Eveillés par ces mouvemens , les curés des paroisses' dissidentes portèrent plainte. Les juges ecclésiastiques prononcèrent des censures. Le parlement fit brâler sept hérétiques (1332). Les dissidens prirent les armes, tantôt attaqués et tantôt agresseurs. Ces événemens eurent l'effet de répandre les nouvelles doctrines dans Ait , où elles furent embrassées par quelques membres du parlement et par quelques savans recommandables. Le roi venait alors de rendre unédit très-rigoureux contre les protesta ns français : les uns allèrent en Allemagne et à Genève, les autres vinrent renforcer leurs frères les Vaudois. Le scliisme religieux de Provence avait dépassé ses premières limites. Il dominait dans la viguerie d*Apt , dans la bonne moitié de la viguerie de Forcalquier , et sur la lisière septentrionale de la viguerie d'Aix, sans compter ses nombreux appuis dans les bon-
nés villes. Les rochers du Léberon leur offraient des
lieux forts d'assielte et quantité de retraites naturelles. Us ayaient établi à Mérindol, village placé vers la naissance du Léberon, ^t défendu par ces montagnes et par la Durance» le chef-lieu de leur ligue et de leur église; ils rappelaient la ville sainte, la ville de Dieu. Là se tenaient les assemblées, là demeuraient les chefs du parti, là s'ouvraient les dépêches des consistoires de Suisse et d'Allemagne.
Le roi et le parlement ne ménagèrent pas les admonitions. François I*^ donna, le â mars 1538, Tordre exprès de pousser les Vaudois à bout ; et , après de nouveaux délais , car il faut reconnaître que le parlement * redoutait les conséquences d'une proscription générale^ / le premier président Chassanée prononça, le 18 novembre , Tarrèt dit de Mérindol , portant que Mérindol et les autres villages convaincus d'hérésie, les lieux et forts de leurs territoires seraient rasés , dix-neuf personnes désignées dans l'arrêt punies du supplice du feu , les biens confisqués, les femmes, enfans et domestiques mis à la disposition du seigneur roi.
Cet arrêt étant rendu, Texaltation fut au comble chez les dissidens ; on s'assembla à Mérindol , on passa la revue des troupes , on concerta les résolutions. Ils repoussèrent la coihpagnie du gouverneur 'et quelques fantassins dirigés contre eux , coururent la campagne et pillèrent un couvent de Carmes. Le parlement s'adressa au comte de Tende , gouverneur , pour faire exécuter
DE PROVENeE.
Tarrêt. Celui-ci refusa son assistance. Le premier président Chassanée désirait aussi épargner les rigoears; il disait que Tarrét était simplemeat comminatoire, et qu'il fallait de nouvelles procédures pour le rendre exécutoire. Uq autre protestant rapporte de la manière suivante la conversion du premier président à la douceur et à l'humanité^ Dans ces teojps , s'il arrivait que des insectes fissent du mal à la terre , on les conjurait solennellement ; mais, selon le droit éternel, on ne procédait point à la conjuration sans cotation préalable. Jacques Reynaud , seigneur d'AlIenc , d'une ancienne et illuslre famille d'Ârles , rappela à Chassanée .un procès devant l'official d'Aulun , où ce dernier avait défendu les rats juridiquement attaqués pour avoir ravagé les moissons. Le défenseur avait successivement obtenu plusieurs délais t tantôt représentant que la citation n'avait pas été lue au prône des paroisses ravagées , tantôt que, par le grand nombre de chats en campagne» les accusés avaient juste motif de ne pas comparailre. Ce procès était consigné dans un ouvrage du premier président , intitulé Catalogus gloriœmundi. « Or maintenant, » ajoutait le seigneur d'Âllenc, se servant de cette ridicule procédure comme d*un apologue pour en tirer une maxime capitale, a maintenant que vous avez enseigné les au- » très, ne voulez-vous point prendre enseignement par » votre livre même , qui vous condamnera manifesle- » ment sî vous procédez plus avant è la destruction de » ces pauvres gens de Mérindql ? Ne sont- ils pas hom-
m RÉSOVC DE LWSTOIRE
» ipes chrétiens ? fiq y^lent-ils pas qu'on leur garde » autant d'équité que voua en am fait garder à vos » rats? »
Le roi approuva la suspension de Tarrèt. Les dissi-
dens avaient reçu des pasteurs lulhuriens, puis des zuigliens t puis des ministres de Genève. Ils consentirent à renvoyer ceux-ci. Une mission catholique fut prêchée dans leurs églises ; mais» parmi les prédicateurs romains, les uns s'étant convertis au protestantisme ou par l'effet d'une convictipu véritable , ou par l'appât de bonnes charges de pasteurs et de belles filles en mariage ; les autres, plus savans dans la théologie scolastique qu'habiles dans rinielligence des Ecritures i ayant été battus, la mission manqua son but. Le roi leur ordonna , par 1 ses lettres du 8 février , d'apporter dans trois mois au parlement leur acte de conversion ; faute de quoi l'arrêt serait exécuté. Âu lieu d'une simple aI)juration, les députés des dissidens vinrent présenter leur profession da foi ; ils y déclaraient vouloir vivre en chrétiens , n'admettant pour r^le que les deux Testamens et le symbole des apôtres, et réprouvant les hérésies condamnées par l'ancienne Eglise. « Nous nous répuions, disaienl- » ils, être corrompus et perdus par le péché originel, » et que de nous-mêmes nous ne pouvons faire aucune 13^ chose que péché ; à quoi nous vous disons et confes- » sons que le premier et principal fondement de tout ^ bien en l'homme, est régénération d'esprit , laquelle » Dieu par sa bontp et grâce baille à ses élus ; ei à
^ y i^u^ l y GoOgI
» cause que tous les hommes de leur miufS sont tota-
» lemeot pécheurs , nous les estimons être en damna-^
» tîon ou ire de Dieu , sinon ceux que par sa misëri-
)^ ricorde a réservés. Or la manière de la délivrance est
» telle. Il faut recevoir Jésus Christ en la façon qui nous
est préchée en r£vangile , c'est-à-dire qu'il est notre
» rédempteur , justice et sanctification , par quoi nous
» croyons que par la seule foi ouvrande par charité»
ï> BOUS sommes justifiés , nous défiant de nos propres
» œuvres , nous rendant du tout à la justice de Christ.
» Nous tenons que l'homme dès sa nàtivité est aveu*
» gle d'intelligence , dépravé en volonté , et afin qu'il
» puisse avoir vrpie et salutaire connaissance de Dieu
» et de son (ils Jésus-Christ , il est illuminé du Saint-
» Esprit , et en après est sanctifié en bonnes œuvres ;
» afin que lui , ayant la loi de Dieu écrite dans son
» cœur , il renonce à tous désirs charnels , à cause de
» quoi rémission des péchés nous est toujours néces*-
» saire, sans laquelle nul ne peut avoir Dieu propice.
» Àu nom seul de Jésus-Christ seul médiateur, nous
» invoquons Dieu le père, et n'usons d'autres oraisons
» que de celles qui sont en Ecriture Sainte ou à icelles
» concordantes en sentence. Nous ne retenons aucune
» doctrine humaine contrevenante à la parole de Dieu,
» comme satisfaction de péché par nos œuvres , les
» constitutions commandées sans icelle parole de Dieu, » avec une mauvaise opinion d'obligation et mérite, et
» toutes coutumes superstitieuses ^ comme adorations
2c4 RÉSIMÉ DE L HISTOIRE
» d'imagôS, pèlerioages et telles choses semblables. Nous 1^ avons les sacremens en honneur , et croyons qu'ils » sont témoignages et signes par lesquels la grâce de » Dieu est confirmée et assurée en nos consciences ; à » cause de quoi , nous croyons que le bapléme est si- » gne par lequel la pulsation qu'obtenons par le sang » de Jésus-Christ, est en nous corroborée , de telle fa- » çon que c'est le vrai lavement de régénération et de » rénovation.
» La scène du seigneur Jésu^ est le signe sous lequel » la vraie communion nous est baillée.
» Touchant les magistrats , comme les princes » sei- » gneurs et tous gens de justice , noiis les tenons or- » donnés de Dieu, et voulons obéir à leurs lois et con- » stitulions qui concernent les biens et corps, auxquels » loyalement voulons payer tribut et impôts , dixmes, » tnes et toute chose qui leur appartiendra , en leur » portant honneur et obéissance en tout ce qui n'est pas » contre Dieu. »
Ils exposaient ensuite leurs griefs en disant : « Vous » savez que frère Jean de homa, jacobin et inquisiteur, » vint en Provence, lequel disait avoir autorité et puis- » sance du roi et de vous , lit tant par sa malice qu'il » eut gros support et aide , et ressemblant à un capi- » taine , menait des garnemens porte-armes , et allait » par les maisons et villages , où ils rompaient coffres» » emportaient or et argent, et toutes autres choses qu'ils » pouvaient ravir. Bref , de Roma pilla tellement les
» pauvres et orphelins de Provence, fani par amendes, ' » condamnations, compositions secrettes, tant lui et les » siens , que plusieurs encore aujourd'hui en sont en » grande misère et panneté. Mais Dieu qui découvre la » méchanceté des méchans, le fit connaître tel qu'il é- » tait devant vos excellences, par le moyen d'une com- » mission envoyée par le roi. Il fut démis de son office ^ » et toutes ses procédures annuUées et ce qui s*en suit, » et mourut misérablement en Avii^non , destitué de » toute aide hunuûne par le juste Jugement de Dieu. » Ils continuaient en représentant qu'ils ne savaient rien de la doctrine de Valdo et de Lulher, et se contentaient de la seule doctrine de Jésus-Christ ; qu'ils n'étaient point séditieux ; qu'ils obéiraient à la justice , lorqu'on leur garderait tel droit qu'on garde aux Turcs à Venise, aux Juifs à Avignon; qu^ils n'avaient point résisté dans leurs villages, que voyant venir des gendarmes, un prévôt, un bourreau et des cordes , « comme pauvres oi-
selets qui fuyent devant Tépervier , ils s'étaient reti- » rés, non dans des forts et des châteaux, mais dans les » bois et les cavernes; » que s'ils avaient attaqué un détachement chargé de conduire dé leurs prisonniers, ç'avait été pour soustraire deux jeunes filles aux soldats.
Mais, ajoutaient ils,' nous avons notre totale fiance en » notre bqn Dieu, qui voit nos afflictions et les injures )> qu'on nous fait , qui nous suscitera quelque bonne » roine Eslher , laquelle déclarera au roi notre inno- » cence , et les traîtres et faux témoins qui pourchas-
» sent notre ruine , tomberont en la fosse qu'ils nous » ont préparée, ainsi qu'il advint au traître Aman, qui » voulait faire mourir en un jour le peuple de Dieu, » lequel fut pendu avec les siens au haut gibet qu'il a- » vait préparé au bon Mardochée. » Et ils concluaient en suppliant la cour de leur donner la paix. « A ce » prierons très-humblement le père de miséricorde, qu'il » fasse que la vérité soit connue , et qu'il change le )> cœur de nos ennemis , et nous veuille tous unir par » une foi et une loi et un baptême, et à reconnaître et » confesser un Dieu , et un sauveur Jésus-Christ , au-
quel soit honneur et gloire éternellement. »
Sur cela, le parlement leur ayant ordonné d'abjurer purement et simplement Thérésie , le bailli, le syndic, et les notables vinrent, à la suite d'une assemblée tenue à Mérindol, le 10 avril, le supplier de leur faire grâce, sans exiger d'abjuration. Ils demandaient au reste à être instruits. Les poursuites restèrent suspendues, mais la guerre de paroisse à paroisse recommença. Le cardinal de Tournon, ministre de François I", fit reprendre la procédure. Le parlement arrêta au mois de mars, qu'avant l'adjudioation du défaut contre les dissidens, on vérifierait si le curé de Mérindol avait publié les lettres de grâce daiis son église. Par l'ordre du parlement, révèque de Cavaillon , un docteur en théologie , et un conseiller commissaire accédèrent à Mérindol. Après que le docteur eut prêché , on publia les lettres de grâce et on fit commandement d'abjurer. Un homme se leva
alors au milieu de l'ëglise, qui déclara au nom des siens • former opposition au commandement. Le 17 mars le ^^^^^ roi leur accorda un nouveau délai de deux mois pour
l'abjuration.
Cependant la politique de la cour changea. Les dé- 4544.
putés envoyés auprès du roi , grâce à la protection des ' princes d'Allemagne , obtinrent la cessation des poursuites, la mise en liberté des Yaudois emprisonnés, leur rentrée dans les biens confisqués, la défense de troubler personne sur le fait de la religion. On commit un théologien de Paris et trois personnes du conseil , pour informer tant sur la manière de vivre des dissidens que sur la conduite du parlement envers eux. Le vaudois Florimon Serre vint brusquement » l'audience tenant, présenter les nouvelles lettres patentes à la compagnie qui les enregistra sur-le-champ. Ce fut une vraie révolution dans la vallée d* Aiguës et dans toutes les paroisses évangéliques. On tint une très-nombreuse assemblée où le pain et le vin furent distribués selon le rit de Genève. Les YâLudois se mirent en campagne, sous le commandement d'EusIache Marron , pillant, incendiant, et surtout détruisant les signes du culte ancien.
Meynier, seigneur d'Oppéde, lieutenant du roi e( premier président , ayant assemblé les états- généraux , fit nommer une députation chargée de justifier le parlement et le pays auprès du roi. Sur les instances du cardinal de lournon , de nouvelles lettres en date du janvier , ordonnèrent l'exécution de Tarrét de 1540.^^*'*
238 RÉSU^rÉ DE L UISTOIRE
Hais le premier président temporisa encore, parce qu'il
rêvait à l^ixpcdient autrefois pratiqué sous le dernier Bérenger, d'offrir aux hérétiques le choix entre Tabjura- . tion et Texil. Ceux-ci protestèrent vouloir ôlre sujets fidèles et obéissans, sauf leur religion qu'ils étaient prêts à défendre de tout leur pouvoir. Meynier fit avancer quelques troupes^ non pour agir, mais pour épouvan-* ter. Ën ce moment, le capitaine Paul, baron de la Car- . de , présenta des lettres où le roi se plaignait des lenteurs du parlement. comte de Grignan , l'huissier Courlin, qui arrivaient de la cour, livrèrent à Meynier des lettres royales dans le même sens. Alors le premier président ne recula plus. 11 alla à Arles , faire mettre la noblesse sous les armes et se concerter avec le légat d'Âvignon. S'étant rendu à Marseille , il y assembla un nombreux conseil qui délibéra d'employer le baron de Lagarde , et les bandes venues de Piémont avec lui. Il revint ensuite à Aix et tint, le avril l'assemblée des chambres, dans laquelle l'avocat-général Guérin requit l'exécution de l arréi de 1540. La compagnie fit droit à ses conclusions et nomma une commission exécutive, composée de Lafon, second président, de Tributiis et de Badet, conseillers, et de Guérin, avpcat*général. A celte nouvelle , les][communes évangéliques de La roque , do Janson.et toutes les autres de la rive gauche de la Durance, allcrenl joindre leurs frères d'oulre-Durance.
Deux jours après le nouvel arrêta le 14 avril, les chefs de I*expédition se mirent en marche. Le baron de La-
garde passa la Duranoe à Perbis , le premier président
lieutenant du roi , suivi de la commission' exécutive , à Cadenet; le lendemain, Lagarde, qui ne s'était détourné que pour observer le canton , joignit le premier président à Cadenet ; mais Tayant quitté encore, dans l'objet d'aller signifier le dernier arrêt à plusieurs paroisses dissidentes, il rencontra un parti qui le battit, et rapporta la nouvelle que le gros des habitans s*était réfugié sur les hauteurs, et que les autres tenaient la campagne. On essaya vainement de détacher dç la ligue protestante les communautés de Villelaure et de Lourmarin. Le premier président et Lagarde se séparèrent encore. Ce dernier marcha sur les villages de Cabri< res~d'Aigues , de Cabriéreles , de Saint-Martin-de-la~Brasquo , de Peipin et de Lamothe, et l'autre sur ceux de Laroque, de Janson , de Villelaure , de Tresemines et de -LoUrmarin. Lourmarin excepté, tous les villages étaient abandonnés. Tous furent détruits, et l'on commença le siège de Lourmarin. La place ayant été forcée , les soldats passèrent la population au fil de l'épée, saccagèrent jusqu'au temple catholique, et mirent ensuite le feu aux maisons.
Les deux brigades du premier président et du baron de Lagarde opérèrent leur jonction à Lauris, et l'un se dirigea sur Mérindol. Le lieu était abandonné. L'armée catholique, après avoir brûlé quelques maisons , se mit à la poursuite des fuyards. £lle ne rencontra qu'une troupe composée d'infirmes , de femmes et d'enfans à qui elle fit miséricorde.
Le yice-Iégat du pape était aussi entré en campagne» et allait faire le siège de Cabrières, village du Venaissin, où les Vaudois s'étaient fortifiés. Le9 Provençaux décampèrent de Mérindûl pour joindre l'armée papale. Dans cette marche, on passa par les armes le valet d'André Meynard qui avait été pris en combattant , et qui ' confessa avec fermeté sa croyance. Plusieurs touchés de sa jeunesse et de sa bonne mine voulaient lui faire grâce, mais l'avocat-général Guérin demanda sa mort. On atteignit ensuite les troupes du pape, et le siège commença. Les deui partis échangèrent ensemble les épithèles d'hérétique, de papiste, d'idolâtre et de caffard. Le village se rendit enûn, avec sûreté de. la vie selon les protestans, k discrétion selon les catholiques. Après diverses rigueurs, on décida que l'on mettrait à mort pour l'exemple , nngt-cinq hommes et femmes. « De quoi, » dit un mémoire , n'était pas content le commissaire » de notre saint père le pape ; Ains dit et remontira que » la sentence donnée contre eux portail qu'ils seraient » tous mis à mort , et leur mémoire abolie , et le heu » rasé. » Le lieutenant du roi lui dit qu'il devait être content de l'exécution faite.
Quelques détachemens vaudois tenaient toujours la campagne. Ils attaquèrent les troupes catholiques au moment où elles se retiraient. Les comme ndans particuliers , car le premier président avait quitté l'armée, voulurent alors mettre garnison dans le village de La Coste, pour en imposer au pays. Ils firent les approches
DE PROVENCE. Sil
de ce village qui était assez fort d'assiette , et oii l'on 8*étaii réfugié de tout le voisinage. Le seigneur du lieu se porta pour médiateur. Les conditions proposées furent la démolition des murailles sur quatre points et la punition de quelques personnes. Déjà les habitans jugeaient la capitulation acceptée et allaient déposer leurs armes aa cbiteau, lorsque les catholiques voyant les muraille^ dégarnies forcèrent la place. Tous les hommes furent passés au fil de l'épée , les femmes et les filles livrées à la brutalité des soldats. De La Coste , on se porta sur Murs. On ne trouva personne dans le village, et on eafuma une caverne dans laquelle une partie de 1^ population s'était cachée.
Ces exécutions étant terminées , le premier président rendit une ordonnance pour défendre, sons peine de la vie , de donner aucun secours aux hérétiques. Les plus forts gagnèrent à grand'peine la Suisse et l'Allemagne, où ils furent reçus en frères : les autres broutèrent Therhe dans les •campagnes. Une pauvre femme demandait éu pain de ^eette laçon : 4( Si les hommes vous défen* » dent de m'en donner , Dieu vous Tordonne. » Ceux qui ne pédrent point de feim, ceux qui ne purent point attendre le sol hospitalier de l'étranger, furent la plujpavt cofldMils aux galères. L'interdiction des dioses de la 'Vie 'dura jusqu'au moment où les catholiques euxmêmes émus à l'aspeet 4'une A grande infortupei sup- •plièrent le parlement de lever les défenses.
En fésuUat total, il y eut mille huit cent quarante vie*
RËSIJMÉ DE L'HISTOIRE
limes de tout âge et de tout sexe ; neuf cents maisons brûlées sur vingt-quatre villages saccagés. Les récoltes des paroisses évangéliques, vendues aux enchères, payèrent les frais de la guerre. Le roi approuva tout le 48
août 1545.
L'exécution de Mérindol fut une affaire de principes pour les catholiques de Tépoque , qui , considérant les Vaudois comme des rebelles envers l'Eglise , voulurent les détruire à tout prix. Les dercs qui sentaient mieux leurs intérêts positifs furent les plus ardens; les métropolitains d*Aix et d* Arles offrirent d'avancer les frais de la campagne. Les laïques agirent moins promptement; Chassanée temporisa ; Meynier d'Oppéde voulut résoudre la question par Texil des hérétiques , ensuite il se laissa entraîner; il vit d'un œil froid les excès des bandes piémontaises ; plus tard , dans son procès devant le parlement de Paris, il eut toute la dignité d'un innoceni accusé, et plus lard encore, lorsque le souverain pontife lui conféra l'ordre papal de Saint-Jean^de-Latran, il reçut celle faveur comme le prix d'une action bonne et glorieuse.
Pendant la durée du drame de Mérindol , une nouvelle guerre naquit et se termina entre l'empereur et François I*'. Les Français aidés des Turcs pillèrent et saccagèrent, contre la foi des traités, la ville de INice qui avait capitulé. Ils n'eurent d'ailleurs aucun succès véritable en Italie. La paix de Crespi donna quelques repos 1647. à la France. François I" mourut le 31 mars 4547.
DE PUOVENCE. 243
L'exécution de Mérindol avait soulevé dans la France et dans l'Europe tous les partisans de la réforme. Les querelles domestiques du parlement fureat sur le point d'amener une réparation que le protestantisme demandait. Meynier d'Oppéde avait fait arrêter deux conseillers religionnaires, Murs et Albénas , et cité pour déposer contre l'avocat-général Guérin qui était accusé de concussion, il avait porté un témoignage à'charge. Guérin et les parens des magistrats emprisonnés se liguèrent ensemble pour perdre le premier président. Guérin s'entendit même avec les consistoires d'Allemagne qui avaient des amis à la cour de France. Les communautés évaugéliques, la maison seigneuriale de Cental, saisirent BTec empressement cette occasion d'agir. Ils furent sou* tenus par le connétable de Monlmorenci, adversaire du cardinal de Tournon. On décida enfin de mettre en cause le pays , le parlement , le premier président , et Guérin lui-même , qui fut pris à son piège , devant la grand chambre du parlement de Paris. Les plaidoiries commencées le 4 S septembre, tinrent cinquante audiences. Le premier président fut élargi avant même l'issue de 4550. rinstance. Tous les accusés furent mis hors de cause. Mais l'avocat-général Guérin, impliqué bientôt dans une autre procédure, fut condamné à mort le 20 avril 4ôS4.
A peine la réforme venait-elle d'être battue à l'ouest 4559 du pays, qu'elle se releva dans la partie orientale. Antoine et Paul, seigneurs de Mauvans , habitans de Castellane t appelèrent chez eux un ministre luthérien. Le
RËSUKÉ m L'HISTOIRE
docteor réformé en ▼ifit aux prises avec un dodenr catholique. Les HauvaQs assiégés dans leur maisoo par le peuple 6e sauvèfeiil à grafnd'peiDe. Paol ?inl se pin»dre au parlaioent, mais au lieu d'oblenir Justice» il fut décréié Gonuiie faérétiqiie. Antoine le?a un eerps 4ie troupes, à la léie duq^el il ravagea la Haute-Provence. Les psolestans massaerèrent sept ehaaoioes de Barjols. Ils pillèrent le palais épiscopal de Sénés et brûlèrent réjgUse ^sathédrale. Antoine ayant élé attiré dans une conférence à Draguignan, le peuple, malgré Topposition du magistrat , île mit en pièces. Ses entrailles traînées par les rues, furent jetées dans un cloaque ; son cœur et ^9&n foie iportés triomphalement au bout d'une pique furent livrés aux chiens , et comme ils rejetaient cette viande humaine, le peuple les battit en les appelant luthériens. Paul retourna devant le parlement, qui, loin 4e Im rendre justice, fit attacher au gibet le cadavre de son -fière. Paul se résigna à attendre le moment de la vengeance. Sur ces entrefaites , Henri II mourut le 1 0 juillet 4^9. Ce prince fit aussi une expédition dans le royaume de Maples , qui fut malheureuse comme les préoédentes.
La Provence s'incoiipora peu à peu à la France. Sous Louis M , k France entra en possession. SouS'Chivles VIII, les deux nations passèrent leur contrat de société {puisse^*-il dureir 'éternellameEit) . Sous Louis .XII « la création d'un parlement^partie dominantede rancienne eonstitution française., vint adiaver .les rapports d'en<-
semble. Sous François la dernière façon fut donnée au parlement, et le sénéchal fut relégué dans les tribunaux subalternes établis à celte époque. Etat principal par le droit , par le iaii le pays fut une proyince française.
Les rois de France comtes de Provence s'obstinèrent
dans la conquête de l'Italie et de l'Empire, et ils ne rentrèrent pas même dans la Provence d'outr&-Var et dans le Piémont. La maison d'Autriche échoua dans son entreprise sur le royaume d'Arles ; mais elle commença à substituer sa puissance et ses prétentions à la puissance et aux prétentions du Saint-Empire » pour renouveler les desseins de la monarchie carlovingienne.