‹ Résumé de l'histoire de l'étate et comté souverain de ProvenceChapitre 17 sur 20 · HENRI IV · texte numérisé non relu

HENRI IV

La mort de Henri III et l'ayënemént de Henri IV

changèrent la face des choses dans le pays. Jusqu'ici le goumneur avait eu l'ayantage sur la ligue ; mais l'aversion pour un roi hérétique se joignant aux diverses causes d'exaspération » la ligue provençale se recruta dans les rangs opposés. Quelques lances déjà venues de Savoie, les assurances d'un nouveau et prochain secours qu'on avait de ce côté» augmentèrent l'énergie. Le gouverneur, après avoir eu personne dirigé les fortifications de Toulon , était revenu à Manosque, d'où il avait envoyé prendre en Languedoc des renforts considérables pour résister aux troupes savoisiennes , et dépêché des commandans sûrs avec des supplémens de garnison dans quelques places importantes , savoir , le seigneur de llontaud , gascon , à Fréjus ; le seigneur de Yalavoire» provençal, à Saint-Maximin ; le seigneur de Pon lèves, à Barjols ; quant à Grasse» le baron de Vence, de la maison de Villeneuve , et quelques cadets royalistes de la famille de Grasse du Bar, s'étaient chargés de la défen-

RÉSUMÉ DE LmSTOIRB

dre. Le gouverneur clait ensuite retourné àDraguignan, où il atiendaii les Languedociens, voulant, s'il était poaâble, couper la communicalion des Savoisiens qui s'ayançaient avec les ligueurs > et parer un coup de main sur les places voisines. Les ligueurs, qui voyaient le gouverneur éloigné, songèrent à donner de Tair aux villes d'Aix et de Marseille , et, pendant la fin d'aoât et le commencement de septembre, les seigneurs de Vins, de Carces, d'Ampus , de Meyrargues , prirent les châteaux d'Aubagne, de Mimet. de Bouc, de Cabris, de Ventabren, de Marignane, de Saint-Mitre, d'Istres, de Saint- Chamas, de Pëlissane et de Lambesc. On joignit aux exploits militaires les bravades politiques. Par opposition aux arrêts de la chambre royale de Perluis , qui avait reconnu le roi-oomte Henri IV, et publié d'anciennes lettres-patentes de Henri III contre la ville d'Aix, le parlement enr^stra diverses lettres du consdl de Tunion, contenant la défense d'obéir au seigneur de La Valette, et proclamant le duc de Mayenne lieutenant-général de l'Etat, et le cardinal de Bourbon roi de France.

Comme le seigneur d'Ampus et quelques cbefe apprirent que les seigneurs royalistes dTtampes et de Rougiers allaient recevoir aux environs de Tarascon mille fantassins et deux cents maîtres envoyés du Languedoc, ils se dirigèrent de ce côté avec trois cents maîtres ; et là» ayant resserré l'escorte provençale et quelques languedociens qui avaient déjà passé le Rhône, entre leur troupe , le fleuve et les murailles de la ville neutre de

TarasGOD , ils les taillèrent en pièces , et empêchèrent la

traversée des autres. Le seigneur d'Ampus , après avoir visité la ville de Digne et Termitage de la Sainte-Baume, qui avaient été livrés à la ligue le 49 octobre , se rendit sur la frontière en qualité de premier consul pro* cureur , pour recevoir les Savoisiens. Ceux-ci n'ayant éprouvé aucun obstacle dans leur marche » le seigneur de Vins les réunit aux Provençaux , faisant ensemble deux millè cinq cents hommes de pied et deux cents chevaux , sans compter Tartillerie , avec lesquels il mit le siège devant Grasse. Les ligueurs s'efforcèrent de d^ager la ville d'Arles des garnisons royalistes du voisinage , et ils reçurent les defe du plus grand nombre des châteaux de la viguerie de Tarascon. Ils prirent aussi dans la Provence d'outre-Durance, où la ligue avait peu pénétré les esprits et les territoires , plusieurs châteaux des environs d'Apt , Saignon « Saint-Martin , Cucuron, etc.; ce qui décida la chambre royale de Pertuis à se replier sur Manosque« £n même temps la nouvelle étant venue qu'un régiment d'infanterie et cinquante cavaliers royalistes du Languedoc avaient franchi la frontière, les seigneurs d'Ampus, de Besaudun, de Meyrargues 9 de La Barben , allèrent au-devant d'eux , et leur firent essuyer une déroute complète entre Malemort et La Roque» où les royalistes perdirent beaucoup de monde et quinze enseignes. Mais la mort du seigneur de Vins, tué au siège de Grasse, le 20 novembre, changea en tristesse la joie populaire. les églises de la capitale

firent des prières solennelles pour le repos de son Ame.

Malal, chanoine théologal de l'église métropolitaine, du haut de la chaire d'où il avait coutume de donner les nouvelles au peuple, l'appela le Fort et le Puissant qui défendait et sauvait Israël. Cependant La Valette , qui était toujours à Draguignan , n'ayant pas reçu les secours du Languedoc, ne put secourir Grasse. La garnison se vit forcée de capituler , et la place fut remise au conseiller-commissaire député par le parlement près Farmée de siège , et au seigneur de Beaumont, consulprocureur de l'année précédente, nommé commandant après la mort du seigneur de Vins.

La division se mit alors dans le pays , division qui eût détruit la ligue en partageant ses forces, si Tun des deux chefs ne se fût immolé aux intérêts de son parti. Pendant la vie du seigneur de Vins , deux personnes seulement auraient pu lui disputer le pouvoir, le comte de Carces et la comtesse de Sault. Mais le comte de Carces, malgré son nom et son rang, avait trop peu d'influence encore, et la comtesse de Sault, belle-sœur du sdgneur de Vins, faisait cause commune avec lui. A la mort du seigneur de Vins, le comte de Carces, lieutenant du roi, crut avoir un droit certain au commandement , et la comtesse de Sault voulut au contraire le faire passer à quelqu'un sous le nom de qui elle gouvernât, en atten^ dant la majorité de son fils. Tous, et le seigneur de Vins lui-même, ne voyaient pas autant dans le commandement l'autorité du moment que Tassurance du gouver-

nemenl de la province pour l'avenir. Que sait-on même de leurs arrière-pensées à yne époque où la vieille féodalité franque et gauloise prétendait se remettre en Etalî La comtesse» habile intrigante, après avoir gagné à elle d'Ampus , premier consul-procureur , Besaudun son frère» Meyrargues et d'autres seigneurs» traita avec Charles-Emmanuel, doc de Savoie, à qui celle alliance convenait beaucoup mieux que Talliance du comte de Carces , ami et parent du duc de Mayenne. Le duc , pour mettre à profit la circonstance, fit dire que» le seigneur de Vins étant mort, il ne pourrait plus confier ses troupes à un général dépourvu de renommée , et que les secours cesseraient s'il n'était chargé de diriger personnellement la guerre. Il supprima en même temps la paie des troupes. Le comte de Carces s'opposa vainement à la venue du duc. Dans rassemblée des états-généraux» tenue à Aix, la comtesse fit délibérer de supplier le duc de Savoie, par une députation des plus honorables, de vouloir bien secourir personnellement le pays, pour le maintenir en l'obéissance du roi très-chrétien Charles X et ses légitimes successeurs^ sous l*Etat et couronne de France ; et malgré le parlement , qui craignait l'étranger » révéque de Riez » le baron d'Oyse » le seigneur d'Ampus, et le docteur Fabri, sieur de Fabrèguûs» ambassadeurs des états, se mirent en route.

Le comte de Carces, à qui le gouverneur venait de faire lever le si^ de Salon » chercha à reprendre ses avaulages , el s étant concerté avec quelques magistrats

RÉSUMÉ DE L'UISTOfflE

de ses amis , la majorité du parlement entra dans ses

vues. On éloigna sous di?ers prétextes une partie des troupes dévouées à la comtesse » et il y eut arrêt pour envoyer ailleurs la propre compagnie de la dame de Sault , que commandait Meyrargues. Dès ce moment, les deux partis des comtaux et des carcistes furent ea présence. Le seigneur de Meyrai^ues monta au palais» et, devant les magistrats assemblés, il parla très-hardiment et très- violemment sur le dernier arrêt. La comtesse publia que le parlement s'opposait à l'arrivée du duc de Savoie. £lle fit tenir une très-nombreuse assemblée dans rhôtel*deT-vtlle , où l'on résolut de maintenir la dernière délibération des états » et de conduire deux coulevrines, tirées du magasin des armes, contre le palais. C'était le 45 mars. Le peuple, qui partageait les sentimens de la comtesse , se porta devant le palais. Le parlement plaça une compagnie sur la place et une autre dans la conciergerie, et les magistrats, vêtus de leurs robes rouges, vinrent haranguer le peuple ; mais voyant arriver le seigneur de Meyrargues, à la tête de plusieurs hommes d'armes, ils prirent la fuite , et la victoire demeura au parti comtal. Cependant les habitans, fâchés d'avoir usé d'une telle violence envers le parlement, loi firent présenter le lendemain leurs regrets , leurs excuses, et l'offre de leurs services. Un coup décisif devenait nécessaire dans l'intérêt des comlaux. La dame de Sault rallia son parti. conseiller de Castellane , autrefois zélé protestant, maintenant ligueur furieux, se présenta

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sur la place à cheval avec trois cents arquebusiers. Le palais fut atlaqui^ aux cris de Vivent la messe et son altesse l Trois défenseurs du parlement furent tués dans la grand'salle ; la compagnie fut dispersée ; on arrêta ses membres les plus énergiques, et le comte de Carces se relira à Avignon. Depuis celte journée, dite du pa^ lais , il n'y eut plus aucune opposition à la venue du duc de Savoie» et la comtesse acquit la toute-puissance dans la capitale et dans le pays.

Pendant que le gouverneur allait à Toulon achever les fortifications commencées , les ligueurs firent diverses choses. Le seigneiir de Meyrargues emporta le 4 9 mars le village de PeyroUes près d'Aix. Pour avoir de Targent on vendit » en vertu d'un décret du conseil de Tu-" nion , les biens des bigarrais (politiques]. Le seigneur d'Âmpus ayant appris que Chambaud, gentilhomme du Vivarais , était déjà arrivé à Sainte-Tulle, village de la viguerie de Forcalquier , avec un régiment de montagnards réformés des Cévennes , le joignit et le batlit. Il força aussi Pabbaye de Silvacane, où une troupe de brigands ennemis de la ligue s'étaient cantonnés, et les fit tous périr par Peau, le glaive ou la corde. Des secours d'argent que le duc de Savoie envoya, augmentèrent la confiance des ligueurs, et ils refusèrent Pintervention de la maison de Lorraine; car dans ce malheureux temps toutes les ambitions étaient en éveil : le roi d'Espagne Philippe II, à qui son père avait laissé d'immenses do-

la France dans ses projets de conquêtes ; le doc de Savoie voulait acquérir le Dauphiné et la Provence, ce qui lui eût donné Tanden royaume d'Arles et la frontière naturelle du Rhône. Sixte-Quint , souverain pontife, n'aurait point rejeté un agrandissement du comté Venaissin aux dépens du pays ; et le duc de Lorraine, cet héritier malheureux de René d'Anjou » faisait offrir anx ligueurs une petite armée commandée par le comte de Vaudemont son fils.

Les personnes envoyées auprès du duc de Savoie étaient alors de retour. Le duc devait bientôt quitter ses Etats pour venir en Provence. Il avait parlé en homme désintéressé , mais on savait qu'il s'était fait remettre une liste des maisons nobles provençales d'origine piémontaise, et même les ministres de Savoie s'étaient clairement expliqués avec les ambassadeurs du pays. Ils leur avaient d'abord demandé si Ton ne livrerait pas à leur maître les places de Saint-Laurent, de Saint-Paulde Vence, de Grasse, d'Antibes, de Castellane, d'Entrevaux, de Colmar, de Digne et de Seyne ; moyen assuré de reculer un jour la frontière du comté de Nice, sur la Haute- Duranoe et sur la viguerie de Grasse. Les députés avaient au contraire stipulé, sSon leurs ordres, que les places fortes seraient confiées à des commandans provençaux. Les minisires, non découragés, les avaient alors exortés à envisager la délivrance de leur pays, pour le tirer de servitude , et lui rendre sa pleine liberté en le rejoignant à l'empire comme un de ses anciens

membres, soas la vicairerie perpétuelle du duc. On avait même employé la dame de LigDi, femme de l'un de ces ministres » qui avait insinué de faire de la Provence un Etat semblable à Venise, et de créer le prince. savoisien doge de la seigneurie provençale. Mais tout cela n'avait pas réussi , et les députés s'étaient borné à signer un traité d'alliance et d'assistance.

, Les ligueurs avaient toujours l'avantage sur les royalistes. En attendant la venue du duc de Savoie , le seigneur d'Âmpus s'avança avec cinq pièces de canon dans le centre de la Provence , où se trouvait le gouverneur, et fit mine d'aller assiéger Riez ; mais tout à coup il tomba sur Barjols , et força la ville à capituler. Malgré la capitulation, les ligueursy égorgèrent de quatre à cinq cents habitans. Le lue ne fut pas plus ménagé. Lorgues, Aups , Pignans et Draguignan épouvantés envoyèrent leurs chefs aux ligueurs. L'entrée de Les Diguières en Provence arrêta faiblement ces succès. Après quelques rencontres où la victoire demeura aux royalistes, ceuxci prirent à peine quelques châteaux tels que Peyrus (viguérie de Forcalquier), Montagnac (viguerie de Moustiers), le haut village de Solhers, et Pignans. Cependant le comte de. Martinengue, lieutenant-général du duc de Savoie , qui précédait son maître , amena de nouvelles troupes. Martinengue emporta Signe sans difficulté, et après avoir échoué devant Saint-Maximin, il alla rava- *ger les territoires de Salon et de Berre. les compagnie ligueuses du comte de Suze et du sieur de Cucuron bat-

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turent le marquis d'Oraisan» entre Villelaure et Pertuis.

D*Ampus ayant joint aux environs de Riez les royalisles, les Tainquit complètement ; victoire qu'il pleura , y ayant tué de sa main, sans le connaître, le seigneur de Noraote, issu comme lui de la maison de Caslellane. Les ligueurs éprouvèrent un échec vers le comté de Sault, mais ils furent encore victorieux dans uue rencontre près du bourg de TreCs.

Sur ces entrefaites» le duc de Savoie entra sans obstades en Proyence, le H octobre. H força dans son passage le château de Gréolières » et contraignit le château de Mons à se rendre, la vie sauve aux soldats, les batntans à discrétion. Pour satisfaire le seigneur de Mons, qui durant la guerre des razats avait eu à se plaindre de ses sujets, il en fit pendre quatre à un vieil alisier de la place publique, quatre à une grande grille de fer, et dix ou douze à des poutres placées transversalement dans la rue. Le prince étant arrivé le 47 novembre sous les murs de la capitale, y entra en simple particulier, surprit la comtesse de Sault dans sa cuisine , soupa chez elle, et logea à l'archevêché. Le lendemain , il quitta la ville dans un carrosse fermé, entendit la messe aux Capucins , et disposa son entrée solennelle. Il était placé entre deux des parlementaires qui Tavaient reçu à la fhyntière , et accompagné des troupes piémontaises superbement équipées, et d'un très-grand nombre de seigneurs et de gentilshommes provençaux. Peu après s'être mis en marche t il fut rencontré par les consuls et

DE PHOVErSCK.

assesseurs d'Aix, procureurs du pays; et là, tous ayant mis pied à (erre, le sieur de Fabrègues, assesseur, fit sa harangue. Soil dévouement particulier de Tassesseur^soit plutôt politique de la comtesse de Sault et des cbefo ligueurs , l'orateur représenta que d'un coté les Provençaux n*étant obligés envers la France que par suite des violences failes à hené d'Anjou , el de Taulre , les ducs de Lorraine leurs seigneurs naturels les ayant abandonnés, le pays était rentré dans sa première liberté; el au nom du parlement , des villes d*Aix , de Marseille et d'Arles, et des autres bonnes villes, il le déclara comte de Provence, Forcalquier et terres adjacentes. Le prince d'Amour, chef donné à la jeune noblesse dans les cérémonies de la Fête-Dieu et dans quelques occasions solennelles, se présenta plus tard, suivi de cinquante jeunes bommes. Vinrent ensuite cinq cents petits garçons qui portaient des banderoïles aux armes de Savoie , et criaient de toutes leurs forces vive la messe et son altesse / Aux approches de la ville , les compagnies des quartiers au nombre de trois mille hommes firent leurs décharges de mousqueterie. Non loin des murailles , le duc trouva les députations du parlement et de la chambre des comptes, cour des aides. A la porte des Augustins, on lui offrit sous un arc de triomphe qu'on y avait dressé , les clefs de la ville : il tira un mouchoir blanc de sa poche, comme pour les recevoir avec plus de respect , mais le mouchoir était plein de pièces d'or qui se répandirent k terre. Plus haut» à rentrée de la rue Beau*

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vozet, parut le clergé séculier et régulier avec les croix: le prince après avoir baisé la croix, refusa aussi ce cortège. Le duc logea encore dans le palais épiscopal. Pendant toute cette marche , le peuple semblait atteint de folie. On se pressait pour voir le duc. L'un baisait le pan de ses habits » l'autre lui faisait de grandes et profondes révérences , un troisième lui donnait des bénédictions* Le lendemain , rassemblée des procureurs du pays nés et joints , délibéra de lui donner le commandement de Tarmée. Le parlement ratifia cet acte. Le 23 novembre, le prince vint au palais, refusa le fauteuil du roi» s'assit au banc du doyen, et le greffier publia l'ar* rét portant : que son aliène aurait tout pouvoir et commandement sur l'Etat et police du pays ^ pour le conserver dans la religion catholique^ apostolique et romaine, sons l'Etat et couronne de France.

Le duc distribua les charges de la milice et du conseil. Le sieur de Fabrègues devint son principal conseiller. Le comte de Martinengue fut Mi Ueutenant-général de Tarmée ; Bésaudun maître de camp ; d'Ampus colonel-général de l'infonterie; Heyrargues grand-mattre de TarUUerie ; d'Oyse gouverneur du quartier d'oulre- Duranoe ; Yauduse gouverneur du quartier de Draguignan. En même temps Charles-Emmanuel publia diverses ordonnances militaires contre les déserteurs , les voleurs , les violateurs , les jureurs du nom de Dieu et des saints , et les blasphémateurs du culte catholique. La guerre s'engagea alors aux environs de la capitale»

entre le duc qui résidait à Àii» et le gouverneur qui demeurait à Pertuis ou à Manosque. Lasalle, gentilhomme gascon y commandant de Rognes , livra le château aux ligueurs. Le duc mena douze pièces de, canon devant Salon , où déjà le comte de Carces avait échoué , et, La Valette n'ayant pu secourir à temps la place, les as^ siégés capitulèrent le 4 décembre.- Deux jours après, le château de Mirâmes» situé au-dessous et au midi de Salon, capitula pareillement. Le duc alla attaquer le gouverneur au-delà de la Durance , rivière qui semblait faire le partage des terres de la ligue et des domaines de la royauté. La ville d'Âpt, les Ueux de Yillelaure, de Janson, de la Tour-d'Aigues , delà Bastidc-des-Jourdans , envoyèrent leurs clefe. La population de Grambois, après trois ou quatre cents coups de canon, abandonna le château et le village. Le prince tourna alors 1591^ ses armes sur Pertuis , place vivement désirée des ligueurs , dont elle eût avancé les affaires au-delà de la rivière ; mais un temps affreux le força d*en lever le siège. Cependant le seigneur d'Âmpus était occupé du côté de Tarasoon , que dès religieux de la ville devaient lui livrer. Le complot fut découvert , et d'Ampus blessé à mort d'un coup de mousquet, au moment où les habitans faisaient le signal convenu entre lui et les conjurés. Ce fut une perte pour les ligueurs ; car il ne manquait pas d'habileté , d'audace , de ruse et de présence d'esprit. L'hiver suspendit la guerre. Leducretourna à Aix, et La Valette se retira avec sa famille à Sisteron , où la

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chambre royale de Maoosque se réfugia aussi pour éviter toute surprise. Les deux chefs de la ligue et du royaume se piquèrent à qui donnerait des fêtes plus somp* tueuses. Les commandans particuliers imitèrent leur exemple, et pendant quelque temps les bals, les festins et les diyertissemens de la galanterie firent oublier la guerre civile.

Les ligueurs ayant assemblé à Aix, le 82 janvier, les

élals-géiiéraux, on convint avec le duc de Savoie qu'on entretiendrait dix mille hommes d'infanterie » et que le duc aurait à sa charge la cavalerie et Tartillerie, et Ton délibéra en outre de demander des secours au pape, au roi d'Espagne et aux états-généraux de France. La Valette tint en même temps à Riez, une assemblée des sei« gneurs et des Tilles royalistes, où Ton vit seulement douze communautés, sept vigueries, deux églises et douze seigneurs, parmi lesquels deux de la maison de Villeneuve, deux de la maison de Castellaiie , un de la maison de Grasse, un de la maison de Vintimille, et un de la maison des Forbins. La ville de Marseille , dans laquelle jusque là les oarcistes avaient dominé , se joignit aux comtaux. L'histoire de Marseille nous offre à cette époque une suite de réactions marquées par des meurtres. Quand on livra la ville à la ligue , on tua le consul de Lenche. Dans un mouvement royaliste on tua un autre chef. A un retour vers la ligue, on tua le consul Albertas , seigneur de Villecrose; et en ce moment Louis d*Aix et Casaulx, l'un et l'autre familiers de la dame de

SauU , après avoir , comme le dit un de nos historiens, empùTti ce lieu tacré de la maiion de ville^ et enlevé

le premier chaperon au consul Rémusan, appelèrent dans Marseille la dame de SauU et Tétranger. Hais le

duc de Savoie se trouvail épuisé d'hommes et d*argenl,

il seotait que la comtesse voulait faire ses affaires propres et non celles d'un autre; il résolut d'aller en Espagne voir le roi sou l)eau-père , et lui demander des secours pour brusquer ensuite Texécution de ses projets sur le pays.

L'absence du duc et Tintervention de Les Dîguières donnèrent un autre tour aui événeméns. Les Diguières étant entré è la téte de huit cents hommes de cavalerie et de deux mille arquebusiers par la vallée de Sault, après avoir pris et pillé Aurons près de Salon, se dirigea sur les Mées, et vint des Mées à Vinon, oii il joignit La Valette, qui éteit descendu de Sisteron à Riez. Us assiégèrent et forcèrent Vinon, méchante bicoque, mais importante en ce qu'elle assurait ou occupait la communication de la montagne avec la capitale. Cependant l'armée des ligueurs occupait le voisinage , ayant son avant-garde à Esparron, le corps de bataille à Rians, et l'arrière-garde à Saint-Martin-de-Pallières. Le 4ô avril, les royalistes leur présentèrent la bataille. Les ligueurs lâchèrent le pied, et se réfugièrent dans les châteaux, où la faim les obligea de se rendre. Les chefs restèrent prisonniers ; les hommes d'armes furent renvoyés ; les soldats mis la plupart aux Galères. Les Diguières et La

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Valette marchèrent alors sur Berre , qui était fortemeat menacée , pour la ravitailler. Chemin faisant , ils reçurent Marignane à composition, prirent Grans par escalade, puis jetèrent des secours dans Berre. Les deux che& s'étant séparés, Les Diguières reprit la route du Dauphiné, et La Valette repassa la Durance. Tandis que la comtesse de Sault recouvrait Marignane, le gouverneur s'appliqua à nettoyer les dehors de Sisteron, et à s'emparer de Lurs, où Févéque de Sisteron, prince de Lurs, s'était cantonné. Les royalistes occupèrent encore dans la Basse-Provence Pignans qu*ils saccagèrent. La prise de ces villages semble d'abord peu digne de Phistoire ; mais outre qu'elle lui sied très-bien, s'âgissant d'un petit £tat, outre que là aussi habitent des hommes et des citoyens sensibles aux souvenirs de la patrie communale, ces circonstances indiquent le caractère de la guerre, où tan; rt il fallait dégager un chef-lieu de viguerie des chàtç^iliX ennemis et voisins, tantôt se donner un point d'appui dans un district pour surprendre une place d'importance, et tantôt simplement maintenir PéquiUbre et la balance des partis , en répondant à un acte militaire accompli sur un point du territoire par un contrecoup frappé ailleurs.

Le duc de Savoie avait été trompé dans ses espérances du côté de PEspagne. L'infante , fille de Philippe, qui aspirait à devenir reine de France, l'avait contrarié de toutes les manières, et il avait seulement obtenu mille hommes, cinquante mille écus, et des vivres portés sur

quinze galères. C'est avec ces faibles secours qu'il entra dans la rade de Marseille le 6 juillet. En dléme temps l'avocat-général Laurens apporta de Rome un bref, qui enjoignait à tous les laïques et ecclésiastiques d'aban* donner le roi de Navarre , sous peine d'excommunication et de confiscation des bénéfices. Le retour de Charles-Emmanuel, et cet aclç de la puissance théocratique relevèrent les. courages un peu abattus par les succès de Les Diguières. Alors tous, Savoyards et ligueurs, formèrent le siège de Berre, devant laquelle ils établirent un camp retranché de bons fossés du côté de la ville et de la campagne. Le gouverneur s'occupait en ice moment de la conservation de la ville de Riez. Norante , qui y commandait, et en avait fait un lieu très-fort » n'étant pas selon lui assez récompensé de ses services, méditait de la livrer à Tennemi ; mais par un reste d'honneur il voulait auparavant employer auprès du gà emeur tous les moyens d'obtenir justice. La Valettet q«. corï^ naissait.ses machinations, l'appela à Sisteron, sous prétexte d'une conférence ; puis il vint avec lui à Riez, où, à peine arrivé , Norante mourut dans d'horribles convulsions , non sans un violent soupçon de poison. Dès que La Valette eut terminé cette affaire, il fut joint par Montmorency , gouverneur du Languedoc , et les deux che& marchèrent sur Berre ; mais n'ayant pu ni attirer l'ennemi au combat, ni jeter des troupes dans la place, ils essayèrent de faire diversion en tournant sur le château de Graveson (viguerie de Tarascon). Charles-Em-

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manuel resta impassible dans ses lignes, et Grayeson se leodii à discrélioQ aux royalistes , pendant que Berre capitulait avec les ligueurs. La Valette et Montmorency tenlèrent alors de surprendre la ville d'Arles. Leduc courut de ce côté , et tout cela finit par de petites opérations militaires. Les royalistes prirent le ch&teau d'AK lenc, et firent un butin immense dans la Camargue. Les ligueurs occupèrent les châteaux de Fouciues , d'Alban et de La Motte. La guerre se porta du territoire d'Arles dans la viguerie de Sisieron , où La Valette était allé trouver Les Diguières , qui faisait le siège de Lurs. Le duc de Savoie n'arriva pas à temps pour empêcher la prise de Lurs, mais il garantit la ville de Digne.

Jusqu'ici le duc et la comtesse de Sault avaient marché de concart, quoiqu'il y eût déjà de la froideur entre eux. Mais les desseins du duc de Savoie n'étaient plus douteux dès à présent. A son retour d'Espagne il avait tenté de s'emparer de Marseille. On l'avait vu, après Toccupation de Berre, y placer en quaUté de commandant , contre la teneur du traité d'alliance , Vitelli, officier de ses troupes. Un capitaine piémonlais avait de • même remplacé dans Salon le commandant provençal, et Ton connaissait les eftoris que le duc faisait dans Arles pour gagner les citoyens. La comtesse se sépara ouvertement du duc, et celui-ci, ayant inutilement essayé de se raccommoder avec elle , rallia à lui le comte de Carces. Au moyen de cette union le duc demeurait en Provence. Il profitait de Toccasion d'étendre son pou-

voir, si elle se présentait, et, au pis aller, il maiotenait ses relations avec la ligue française et le duc de Mayenne. Le comte de Carces au contraire se flallait d'être toujours en mesure de contrarier les desseins de Tétrauger, et il soulenait la ligue provençale tant pour les intérêts généraux des catholiques que pour ses intérêts privés et domestiques. Les comlaux et les carcistes furent de nouveau en présence. La comtesse fit élire des consuls-procureurs dont elle fût sûre, et, pour tirer le duc de la ville d'Arles , elle le pressa de venir assiéger le Puech, qui, étant alors au pouvoir des royalistes, incommodait la capitale. Le duc consentit à cette demande ; mais, au lieu d'aller de suite devant le Puech, il se présenta brusquement à Tune des portes d'Aix, et comme les consuls secondés d'un gros du peuple lui en disputaient l'entrée , il poussa rudement son cheval et se trouva avec son escorte dans la ville. A l'instant les carcistes prirent les armes aux cris de vive son altesse , à bas la comtesse I La dame de Sault et le jeune seigneur de Créqui, son fils, furent faits prisonniers; on élargit les conseillers arrêtés dans la journée du palais. Sur l'appellation du conseil de ville , le parlement ayant cassé les consuls récemment élus , en fit élire de nouveaux du parti carciste. Les ligueurs, tous ralliés au duc de Savoie et au comte de Carces, commencèrent le siège du Puech.

Le gouverneur ét Les Diguières assiégeaient dans ce moment Gauhert, château de la viguerie de Digne, en-

RÉSUMÉ DE LmSTOmB

tre la Bleaune et TAsse, où commandait un soldat grossier, surnommé en langue provençale lou ioutairé de Barle, Celui-ci, faute de pouvoir tenir, ouvrit des conférences avec le gouverneur , sans demander une suspension d'armes , et comme il négligea de faire bonne garde, la place fut surprise et lui pendu* Le gouverneur vint alors en toiAe hâte sur le Puech , mais trouvant le siège levé, il porta ses forces devant Beynes , village de la même viguerie de Digne, entre l'Âsse et le Yerdon, et après avoir établi autour du village une ligne de blucus, il se retira à Mezel, château voisin, pour attendre l'effet de la disette des vivres chez les assiégés. Le comte de Carces alla secourir Beynes, et contraignit La Valette à resserrer ses munitions et ses troupes dans Mezel. Carces , après avoir ravitaillé Beynes , alla du câté de Valensole; le gouverneur Ty suivit , et lui offrit la bataillei qu'il refusa. Carces retourna à Aix et le gouverneur à Hanosque.

Cette guerre provinciale, qui avait eu successivement pour théâtres les viguerîes de Draguignan et de Grasse, la viguerie de Brignoles , celles de Tarascon et d'Âix, celle de Sisleron , semblait se fixer dans les quartiers voisins de la courbure de la Durance , et s'avancer vers une affaire générale. Le doc de Savoie et le comte de Carces marchèrent sur Vinon avec toutes leurs forces. Le gouverneur était décidé à donner bataille aussitôt qu'il aurait été joint par Les Diguières et les troupes du Dauphiné. En attendant , pour s'assurer le passage de

DE PROVENGE.

la Durance , il fortifia Vinon , dont les ligueurs firent aussitôt le blocus. Mais Les Diguières ne venant point» le gouverneur renonça à tout projet d'affaire générale, et ne songea plus qu*à retirer les siens de Yinon. Il espérait n'éprouver en cela aucun obstacle , parce que le duc de Savoie avait à redouter un combat où,vainqueur, il ne gagnait rien, et vaincu il perdait tout. Aussi fut-il bien étonné lorsqu'il vit une portion des troupes savoisiennes et ligueuses traverser la Durance et aller vers lui. Comme il était inférieur en nombre , il eût reculé sans les conseils d un chef languedocien, qui, après devoir reconnu que le duc envoyait seulement sa cavalerie contre l'ennemi » et laissait toute son infanterie et son artillerie au blocus du château, conseilla la bataille. On donna à l'armée royaliste une excellente disposition militaire. Le gouverneur parcourut ses rangs et parla ainsi aux hommes d'armes : « Messieurs, je ne vous recom- » mande pas Thonneur ; je sais que nul de vous ne se » porte en semblable occasion qu'il n'en soit abondam- » ment pourvu. Je vous prie seulement de dire deux » mots à Dieu et à Notre-^Dame de Frappe forL » Les escadrons savoisiens et ligueurs plièrent, malgré les efforts du duc et du comte de Carces , et repassèrent la Durance avec une grande perte d*hommes. La nuit se Caisant, et les ligueurs n'ayant plus de troupes propres à réparer ce premier échec et à se mesurer avec les hommes d'armes du gouverneur, le duc et le comte de Carces firent transmarcher les bagages à Saint-Paul, levè-

rent le blocus de Vinon, et revinrent à Aix. Le gouverneur retourna à Manosque.

Le duc alla ranger à son obéissance Saint-Chamas et

le Marligues, et de là se rendit à Arles. Carces marcha du côté de Test « faillit surprendre Saint-Uaximin , et s'empara du châleau de Trans. Le seigneur royaliste de Mirabeau prit un petit village qui, jusque-là, était resté neutre entre les partis , à chacun desquels il payait les impôts ; exemple d'une sagesse rare au milieu de ces cruelles folies. En ce moment le gouverneur mûrissait un projet important , et il entretenait des intelligences dans Nice pour se faire livrer la ville. Dans ce dessein il forma le siège de Roquebrune, château de la viguerie de Draguignan. Mais il fut blessé à mort, et ne vit pas la reddition de la place. La mort du gouverneur n'améliora point les Hffaires de la ligue , et le duc de Savoie, voyant que les royalistes prenaient le dessus, et que chaque jour l'opposition contre un pouvoir étranger augmentait dans la ligue même, quitta le pays, après avoir perdu de six à sept mille hommes de ses troupes et dépensé des sommes énormes en cadeaux seulement. Les royalistes, favorisés par le départ du duc de Savoie, emportèrent plusieurs places dans la Haute-Provence. Les ûiguières ayant poussé une pointe dans le pays, s*empara de Saint-Paul , de Jouques , de Bians, de Ginaversi, et balaya les garnisons ligueuses jusqu'au Var. A la vérité , Carces prit Fuveau et Peynier. Les ligueurs, pour gagner du temps , demandèrent une sus-

DE PaOYjEMGB

pension d*armes à la chambre royale de Sisteron , qui

avait en main le gouvernement du pays; mais celle-ci la refusa. Ils sollicitèrent des secours du souverain pontife, du roi d'Espagne, du duc de Mayenne, sans pouvoir rien obtenir.

Cependant le duc dTpernon, frère de La Valette, arriva en Provence avec le titre de général de l'armée royale. Le roi avait eu quelque peine à perpétuer ainsi Tautorilé militaire du pays dans la inaison de lia Valette, mais les intrigues des chefs gascons et du duc après la mort de La Valette, la timidité et la nonchalance des chefs provençaux , l'y avaient contraint. Seulement il n'avait d'abord voulu accorder au duc d'autre titre que celui de général de l'armée, tt lui avait refusé celui de gouverneur , qu'il lui donna plus tard. Le général, après avoir fait présenter ses devoirs à la chambre royale, qui était revenue a Manosque , marcha sur Mon- (auraux, village de la viguerie de Draguignan, et, l'ayant pris, il punit de mort le capitaine et soixante soldats. Il assembla alors les états royalistes , desquels il obtint rentretien de huit mille hommes , de douze cents chevaux et de huit pièces de canon. Puis il força Antibes, où le duc de Savoie avait laissé une garnison piémontaise, prit Cannes, et fortifia Saint-Tropez et Brignoles.

La ligue provençale s'était usée par ses longues souffrances et sa violence même. Depuis la venue du duc d'Ëpernon , les deux partis avaient parlé de paix et de trêve. Cela se faisait par les conseils et les insinuations

RÉSUMÉ D£ LmiOlfiE

de la cour de Rome, qui, voyant les affaires de la ligae

perdues en Provence, était bien aise de lui fair^ gagner du iemps. On ouvrit enfin des conférences le 84 jan- 4593. vier, dans le bourg de Saint-Maiimin, sous les auspices des députés des états du Venaissin. La ville d'Aix souhaitait passionnément la cessation des hostilités ; elle ordonna à cet effet une procession générale, l'exposition du saint-sacrement dans les temples, et une station dans la chapelle hospitalière du Saint-Esprit. Après diverses propositions des deux partis dans rassemblée de Saint- Maximio, les médiateurs rédigèrent des articles. L'exercice de la religion réformée devait être prohibée dans le pays, les Provençaux se départaient de toute ligue étrangère (on maintenait ainsi Talliance de la ligue provinciale avec la ligue générale) , le duc d'£pernon était reconnu gouverneur en vertu des anciens pouvoirs à lui conférés par Henri III \ sans pouvoir cependant entrer dans la capitale ni dans aucune place de l'union catho* lique, et les choses restaient dans cet état jusqu'au moment où il y aurait un roi catholique généralement re* connu. Mais ces articles ne convenant point au duc d'Epernon, les conférences furent rompues, et les partis reprirent leur violence. Le 3 mars une asscmblce générale des chels de famille prit des mesures pour la défense de la capitale. D'Epernon , qui , pendant les négociations même, avait pris Lambesc et Saint-Cannat, emporta en avril Gardanne et Auriol, et plus tard Aubagne et Roquevaire. Peu s'en fallut qu'il ne surprit Marseille. Il y

DE PRÛVMCE

eut partout des exécutions militaires. A Roquevaire environ trente personnes furent pendues. Telle cependant avait été en général la différence entre le royalisme» parti purement politique, et la ligue, parti plus religieux que .politique , que le premier tuait par maxime d'état et pour faire peur , et le second tuait par maxime de dë-r votion et pour venger Dieu. Le duc, après avoir déterminé la ville d'Arles à signer un acte de neutralité, s'ap* procha de la capitale. Ayant éprouvé quelque résistance au moulinMu pont de TArc, il fit pendre huit soldats du poste aux fenêtres de la maison rurale de Fabrègues, voisine de cet endroit, et manda à ce consulaire que sa maison rurale de Fenouillères portait des fruits superbes. Carces fit pendre seize prisonniers royalistes , dont huit aux fourches patibulaires et huit à la tour des Anèdet ( moulin de Galice ) , et répliqua que le tertre des fourches et la tour des Anèdes portaient le double des fruits de Fenouillères. Alors le duc alla en Languedoc auprès de Montmorency, pour conférer des intérêts de leurs gouvernemens respectifs.

D'Epernon étant retourné, dressa le 17 février son camp contre la ville d'Aix , sur le plateau d'Ëntremont, lieu mémorable, qui, selon de bonnes conjectures, avait contenu un bourg liguriçn avant l'invasion romaine, et servi de refuge à la population dans les grands dangers où il fallait quitter la plaine. Si d'£pernon fût tombé à l'iraproviste sur la capitale , il s*en fût emparé sans peine au nûlieu da tumulte des cérémonies {religieuses et

RÉSUMÉ DE L'HISTOia£

civiles de la Fête-Dieu qu'on y célébrait. Ce jour même, et les trois suivans, le général royaliste répara la vieille tour d'Ëntremont » pour y loger quelques hommes et y serrer les grains. Cela fait , il chercha à s'emparer du couvent des capucins et de Thôpital Saint-Jacques, mais les compagnies de la ville le repoussèrent dans son camp. Le 35 juin» d'£pernon fit descendre ses troupes dans les vallons, tirant de Test à l'ouest entre les chemins de Puyricard et des pinchinals, et il se montra avec elles sur le plateau de Saint-Eutrope, où il se maintint malgré toutes les attaques de la ville ; car Ténergie populaire et le patriotisme municipal ne manquaient point dans ces temps. Tous étaient soldats. Les femmes portaient des rafraichissemens aux combattans à travers le danger. Le matin au palais on entendait les causes, et l'audience levée, huissiers, procureurs, avocats, magistrats, formaient des partis et allaient à Tennemi. D'Epernoa s'étant maintenu à Saint-£utrope , y traça des lignes d'enceinte qui comprenaient les vallons sur le derrière et les coteaux à droite et à gauche de la chapelle. Ce fut plutôt une ville qu*un camp. Il y commença des constructions à chaux et à sable ; il l'appela cité Valette et ville d'Aix supérieure* Il y plaça le si^ des consuls-procureurs de son parti. Comme le duc n'avait pas assez de troupes pour bloquer la ville ou pour la prendre en un coup de main , il était bien aise d'avoir un lieu dans lequel il put attendre sans crainte Ydfet, soit do quelque trahison domestique, soit de quel-

que révolulion nationale qui lui livrât la capitale et le

pays. Au dire de certains , il avait encore de plus hauts projets, et voulait, selon le biais des événemens, se faire de la fondation de la ville supérieure un litre de seigneurie et même de souveraineté sur la ville entière, et par elle sur le pays.

Les royalistes incommodaient la capitale , tellement que la moisson pressant et la campagne n'dtant pas sûre , les compagnies des quartiers sortirent pour protéger la récolte , et Ton acheva le travail , suivant nos mémoires , la faucille d'une main et l'épée de Tautre. Au mois d*août on recommença à parler d'une trêve. Un bureau municipal composé de deux ecclésiastiques , de deux membres du parlement , de deux membres des comptes , des cinq capitaines de quartier , de plusieurs gentilshommes et consulaires fut chargé de traiter avec le gouverneur. Le bureau municipal et les envoyés royalistes rédigèrent ensemble un projet de trêve assez convenable aux deux partis. Le parlement parut disposé à l'adopter, mais le comte de Carces empêcha par ses violences le conseil général des chefs de familles de le recevoir. £n cela , le comte de Carces avait de grandes et solides raisons. Depuis longtemps , une haine profonde avait désuni les Gascons familiers de la maison de La Valette et les Provençaux. Toutes les bouches répétaient que la Gascogne était pour les Gascons , et la Provence pour les Provençaux. Peu après les conférences de Saint- Maximin, le seigneur de Janson de la maison des For-

RÉSUMÉ Dtr L'iilSïOIUE

bin, provençal royaliste, étant allé visiter le gouverneur à Sîdteron , avait été reçu avec froideur , et souvent il lui était arrivé de se prooiener en attendant l'audience, dans la salle ou dans la cour de l'hôtel , tandis que la porte du cabinet était ouverte aux chefs et seigneurs gascons. Dans ce même temps, Les Diguières avait envoyé à d'Epernon, pour quelque affaire, m chef subalterne à qui le duc • choqué de recevoir un pareil ambassadeur, laissait faire de semblables courses. L'orgueil irrité réunit ces deux hommes, et Janson lia des intelligences avec Les Diguières. Le roi , très-mécontent du duc d'Ëpernon et bien aise de lui enlever le gouvernement du pays , approuva ces uégocialions. Bientôt la comtesse de Saui., après avoir pendant longtemps fait des propositions d'arrangement au duc d'Epernon , se jeta dans le parti de Janson. On s'ouvrit alors au comte de Carces , qui dans son intérêt traitait aussi avec le gouvtf neur. Le comte était fort embarrassé. Du côté du duc il avait de meilleures espérances pour lui , du côté du roi plus de sûreté pour lui et plus d'avantages pour le pays. Les promesses d'abjuration de l'hérésie données par le roi ayant enfin fixé son irrésolution, il empêcha le conseil des chefe de famille de ratifier Taccord du bureau municipal , qui aurait assuré le gouvernement au duc d*Epernon.

La nouvelle de la conversion du roi et d'une trêve de trois mois entre le roi et le duc de Mayenne » arrivée à Âix le 23 août » confirma le comte de Carces dans ses

DE PROVENGE.

desseins. La trêve fut enregistrée au parlement en pré-^ sence du comte » des consuls-procureurs et de plus de mille chefs de maison. Mais d'Epernon ne voulut pas cesser les hostilités. Cependant le roi envoya en Provence un gentilhomme, nommé Pluvinel , pour faire suspendre la guerre. Après avoir £ait vérifier la trêve à la chambre royale de Manosque , Pluvinel vint à Aix. Aussitôt, malgré les défenses des chefs» le camp ei la ville se mêlèrent bien avant. Tous s'embrasaient , se félicitant sur la fin de tant de maux et accueillant les espérances de l'avenir. D'Epernon fit tous ses efforts pour renouer son traité avec Carces, et au contraire, dans les conférences tenues à ce sujet, les seigneurs provençaux de l'un et de l'autre parti s'expliquèrent mutuellement leur position et leurs intérêts. Le pays tout enti^ comprit qu'il fallait profiter des fâcheuses dispositions du roi envers d'Epernon , et que , les querelles de secte et de parti étant terminées , les vrais Provençaux devaient s'unir contre le gouverneur et les Gascons. son côté le roi suivait un plan semblable. Pendant que le duc était encore en Languedoc, où il était allé voir Montmorency , Les Diguières fut chargé de diriger Pinsurrection des commandans provençaux royalistes. Forbin Saint-*Cannat mit hors de Pertuis la garnison épernonnienne et fit crier par le peuple : Vive le roi et la liherU I Les cornmandans de Manosque, de Saint-Maximin et de Digne, les populations de Toulon et de Tarasoon suivirent cet exemple ; et au commencement de janvier i59& le sou- 4594

RÉSUMÉ DE L'HISTOIIŒ

lèTement fut presque géaéral dans le pays. Mais au milieu de celle confusion on ne songea point à prendre des mesures pour empêcher le duc de passer le Rhône

et la Durânce.

Les chefs provençaux ligueurs et royalistes se réconcilièrent solennellement dans une assemblée tenue à Manosque ; et tous, réunis ensuite à Aix sous la présidence du comte de Garces , délibérèrent de reconnaître le roi. d'envoyer à ce prince une députation pour demander l'oubli du passé , le rappel du duc d'Epemon , la conservation des privilèges , l'exercice exclusif du culte ca- Iholique , le maintien des jugemens civils et criminels, et autres actes publics ordinaires rendus pendant la ligue. L'assemblée décida en même temps que le parlement serait suppUé d'approuver ces articles, et de commencer è rendre la justice sous le nom de Henri IV. Les chefc de famille adoptèrent l'arrêté des seigneurs, que le parlement ne tarda point à homologuer. Mais la guerre durait toujours entre le pays et le gouverneur, nonobstant le renouvellement de la trêve générale en France , parce qu'il s'agissait entre eux d'une querelle toute particulière. D'Epernon reprit Eguilles, Saint-Cannat, Lambesc, Marignane, Saint-Maximin et Rians , et se répandit dans toute la Provence avec ses troupes. Le roi, qui venait d'entrer à Paris le 22 mars, envoya Lafin dans le pays, avec ordre d'examiner la situation des choses et d'embrasser le parti du plus fort (mesure, du reste, humaine et politique] , et ordonna à Les Diguières

de mener en Provence de cinq à six cents chevaux et quinze cents arquebusiers» pour faire exécuter la résolution de son oommîssaire. Lafin n^eot point de peine À se décider en faveur du pays. Le gouverneur fut suspendu de ses fonctions , qui furent confiées provisoirement à Damviile , frère du gouverneur du Languedoc. On parvint k faire signer une trêve commençant au l*' de mai, et finissant au jour où le roi se serait expliqué, et obtenir du duc que le fort de Saint*£utrope serait remis à Tenvoyé du roi. Cependant la chambre royale de Manosque vint reprendre sa séance au parlement d'Aix. Les quartiers surprirent le fort Saint-Eutrope, et tout le peuple étant accouru» dans deux jours il n'y resta pierre sur pierre ; car on craignait que le roi lui-même ne conservât cette citadelle incompatible avec la liberté municipale de la ville.

û'Ëpernon » poussé à bout » s'allia avec le duc de Mayenne et les restes de la ligue provençale et de la domination savoyarde ; tels que Saint-Roman , commandan| de Salon , Louis d'Aix et Casaulx , l'un viguier et l'autre consul de Marseille, la ville d'Arles, Yitelli, commandant de Berre , efc. Une nouvdle trêve ordonnée par le gouverneur du Languedoc, en vertu des instructions du roi , fut aussitôt rompue que signée. L'union ligueuse épernonienne et l'union provençale se prirent réciproquement des châteaux, et se mesurèrent dans diverses rencontres , avec une alternative de revers et de succès. Génébrard , nommé archevêque d'Âix après la

BÉSUMÉ DE L'HISTOIRE

retraite de Sainl-Chaumond , essaya de réchauffer les eendres de la ligue, et d'unir ensemble les villes de Mar* seille, d'Arles , de Marligues , de Salon et de Berre. Le comte de Carces'prit Salon. Le roi envoya un nouveau commissaire sommer le duc de quitter le pays. Celui-ci répondit qu*ayant acquis la Provence par ses travaux, il ne voulait point l'abandonner, et que si le roi lui-même venait, comme l'en menagait le commissaire, il lui servirait de fourrier» non pour marquer mais pour brûler les passages. Cependant, plus calme, il signa une nouvelle trêve. Le commissaire du roi s'occupa aussi de concilier de comte de Carces avec la comtesse de Sault, sur un nouveau différend qui s'était élevé entre eux. La trêve ayant expiré au commencement de juillet,Ies hostilités recommencèrent. Dans la viguerie d'Aix, la garnison épernonienne de Saint-Cannat fit des courses jusque sous les murs de la capitale, celle de Marignane alla mettre le feu aux aires de Mimet et de Gardanne ; dans la viguerie de F orcalquier, douze soldats habillés en moissonneurs surprirent Mont-Sallier ; dans la viguerie de Grasse , les Gascons emportèrent Cannes et Tile Saint- Honnorat ; dans la viguerie de Draguignan, ils forcèrent Calas, où les maisons furent brûlées et les femmes violées.

La nouvelle de la réconciliation du roi de France avec le souverain pontife étant arrivée , la ville d'Arles reconnut le roi-comte. En même temps le seigneur de Buouk, jusque là fid^e au duc d'£pernon, se saisit pour

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le roi des villes de Riez et de Moustiers. La ville d'Aups

fît passer les Gascons au fil de l'épée. Ramefort , gouverneur de SisteroDt offrit de se rendre entre les mains du nouveau gouverneur que le roi donnerait au pays. Monl-Sallier chassa les Gascons , et Forcalquier , celte ancienne capitale de la Provence occidentale, entra dans Tunion provençale contre le duc d'Epernon. Enfin, le 47 novembre le parlement vérifia les lettres royales portant nomination du duc de Guise » fils du Balafn' , au gouvernement , et le 24 ce prince mit le pied en Provence, où il venait comme simple gouverneur, lui dont les ancêtres avaient recueilli Théritage de René. Mais en ce moment trop d'années avaient passé sur la maison de Lorraine, et ce choix flattait le pays sans compromettre les droits des Capétiens. Bientôt Marignane et Martigues se défirent des Gascons. Grasse se rendit au gouverneur tandis qu'il tenait l'assemblée des états -généraux, et on enleva au duc d'Epernon, qui s'obstinait dans la guerre , ses places et ses châteaux pièce par pièce.

Restaient Berre , possédée par le duc de Savoie , et

Marseille , oi!i dominaient Louis d'Âix , viguier , et Casaulx , consul. Berre ne revint à la France que par le traité de Vervins , en 1598. Quant à Marseille , Louis. d'Aix et Casaulx avaient méconnu les envoyés du roi, et continuaient leurs intelligences avec l'Espagne. Ils voulaient, ce semble, rétablir ^anci^nne république sous la protection de l'Espagne , et se ménager dans le nouvel

34é RÉSUMÉ DE LVISTOIBE

ordre politique une fortune et ud rang considérables. Ubeniàlf capitaine de la porte Royale, résolut de livrer la place au roi. S'étant en effet consulté avec le duc de Guise f l'armée royale descendit dans les environs de Marseille. Comme louis d'Aix était sorti des murailles pour combattre Feonemi, Libertat fit appder le consul Casaulx à la porte, sous quelque prétexte , et, au moment où il était sous le portail» il lui plongea son épée dans le smn. Les conjurés se répandirent alors dans la ville» en accusant les Espagnols d'avoir tué le consul. Un magistrat sortit en robe, une demi-pique à la main, un mouchoir blanc au chapeau » accompagné de plusieurs citoyens notables , et fit crier dans les rues Viw France I Le parti consulaire fut battu, et le gouverneur entra dans la ville aux acclamations du peuple. Ainsi échoua ce projet de république et d'indépendance. Quelques années plus tard , le seigneur de Meyrargues le renouvela ; mais le complot ayant été découvert, il paya son crime de sa téte.

Les troubles du royaume et du pays étaient apaisés. La sagesse de Henri assurait le bonheur public, lorsque lout à coup le secrétaire du comte de Carces apporta la nouvelle de Tassassinat commis sur 1a personne du roi. Le premier président en ayant été informé , manda au palais rassemblée des chambres , et après avoir pris le serment de fidélité des magistrats envers le nouveau monarque , il fit introduire les consuls-procureurs et les notables. Sa harangue fut touchante , et des larmes

DE PHOVENCE.

coulèreot de tous les yeux pour la perle d'un si bon prince et d'an si grand homme. Alors les huissiers s*étant approchés des fenêtres » ils annoncèrent au peuple assemblé sur la place la mort du roi ; puis ayant reculé de quelques pas et étant revenus aux fenêtres, ils prodamèrent, dans la formule accoutumée, Louis XIII roi de France et de Navarre , comte de Provence , Forçaiquier et terres adjacentes.

Ce fut sous Henri IV que se termina la guerre religieuse dite de la ligue. A la fin du règne de Henri III les royalistes étaient les plus forts en Provence , et les catholiques les plus faibles. L'avènement de Henri lY déplaça la puissance des partis, et les ligueurs provençaux prirent une position redoutable. La querelle du seigneur de Carces et de la comtesse de Sault, des carcistes et des comtaux» ne nuisit point à la ligue provencale , parce que la faction la plus violente battit la plus modérée, et que le comte de Carces se sacrifia lui-même aux intérêts généraux en quittant les affaires. Toutefois, si le duc de Savoie ne fût intervenu , malgré la puissance de Vopinion, le parti catholique eût eu de la peine. Bientôt la comtesse de Sault et le duc de Savoie se divisèrent ; alors le duc de Carces reparut sur la scène. Il prit à point, et sans compromettre Tunion du pays à la France, le timon du gouvernement et la suite des relations avec l'étranger, que la dame de Sault ne pouvait plus retenir elle-même sans favoriser Pambition savoisienne. La ligue provençale étant encore réduite à ses

RÉSUMÉ m L'HISTOIRE

propres forces par le éép9it do duc de Savoie, les royalistes reprirent vigueur , et quoique le gouverneur fût profondément hai , les che& calholiqaes cherchèrent à . traiter avec lui ; mais le roi ayant d'abord donné des espérances de conversion « et ensuite ayant réalisé ces espérances , les Provençaux des deux partis s'unirent contre le gouverneur et les Gascons, d'où vint une guerre du pays avec le gouverneur qui succéda à la guerre de parti à parti.

Henri IV allait encore pousser la vieille Gaule contre cette maison impériale d'Autriche qui» malgré les chan-

gemens effectués dans le corps germanique, malgré tant de siècles écoulés sur les ruines de Tempire romain» semblait rêver toujous l'asservissement et la domination de l'Europe.

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