LOUIS XIIU — LOUIS XIV
A la mort de Henri IV, la reine son épouse étant de- ^gio. venue régente , le système politique changea. Les favoris, ^ambassadeur du roi d'Espagne, chef de la maison d'Autriche» le nonce du pape gouvernèrent TEtat. On vit alors divers troubles causés par les princes et les grands, qui avaient toujours devant les yeux l'ancienne féodalité ; par les protestans, qui craignaient pour leurs droits reconnus, ou souhaitaient de plus grands avantages. Ce* pendant les favoris du jeune roi alors majeur livrèrent bataille aux favoris de la reine , dont le pouvoir légal expiraitt et le parti de la reine fut défait. Pour reprendre sa position à la cour, la reine rallia à elle les princes» les grands et les religionnaires. £niin Richelieu obtint la souveraineté absolue. Sous lui le gouvernement prit une assiette fixe. On revint aux plans du grand Henri contre la maison impériale d'Autriche. On heurta de front Taristocratie et le protestantisme. On attaqua toutes les résistances. Toutefois il y eut en cela des erreurs capitaleSi et le ministre enveloppa dans ses guer-
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RtiSiniÉ DB L'HISTOIRE
res les parlemens et les assemblées représentatives pro- Tinciales. Si le protestantisme, ou du moins une réforme dans le sens orthodoxe eût réussi, on aurait tu peutêtre la coriYocalion périodique des élats-généraux , qui eût avancé l'ère de la liberté. Peut-être encore, si Henri ne fût point mort sitôt , le besoin d'ordre qu'il y avait dans sa tète aurait amené ce résultat. Hais il ne Allait attendre rien de pareil d'un jeune roi mal élevé et d'un prêtre nourri dans l'obéissance passive. Sous ce rapport, le règne de Henri IV fut une époque de transition. On ne savait qui prendrait le dessus, de la servitude ou de la liberté. Ensuite, par le changement des hommes , le pouvoir royal des Capétiens, au lieu de se fixer et de se modérer , voulut pousser à bout la conquête des pouvoirs nationaux.
46U, Ce furent ces fautes de la cour qui firent perdre Toccasion de recouvrer le comté de i\ice. Âanibal Grimaldi, comte de Beuil, héritier de ce sénéchal de Provence qui avait livré le territoire d'outre- Var à la maison de Savoie, se brouilla avec le duc de Savoie, parce qu'il affectait l'ancienne indépendance féodale et empêchait ses sujets de relever leurs appels devant le sénat de Nice. Annibal fil des ouvertures à la France , et sou crédit, joint aux titres des rois-comtes^ eût assuré la conquête des vigueries séparées ; mais la France ne pouvant don-
ilfi' promesses, il fut assiégé dans son château^
pris et étranglé.
llVfï' ^^^^ commença la lutte entre une autorité despoti-
D£ PaOVENCE.
qae et un pays libre. La cour avait deux desseins» l'un
passager, d'obtenir de l'argent, l'autre fixe et constant, d'abolir les garanties publiques. Sans consulter les £tats» et sur le simple motif de la présence de quelques provençaux à une assemblée de notables » on éleva à cent mille livres le droit annuel de trente-six mille livres, dit du taillon, légalement établi aux environs de 1549» pour l'entretien de la gendarmerie. Peu après, un eom* missaire du roi eut mission de venir augmenter le prix du sel , d'une double manière , en imposant la mesure plus haut , et en la réduisant au tiers. On parla encore d'une création de nouveaux officiers dans la chambre des comptes et dans le bureau des trésoriers-généraux, de la création d'officiers d'experts-jurés et de contrôleurs des greffes ; ce qui étendait la lèpre de la fiscalité , et transportait aux officiers du roi divers droits municipaux et provinciaux. Les états, assemblés à Âix en 1628, envoyèrent au roi, qui &isait en ce moment le si^ de La Rochelle , une députation composée de l'archevêque d'Aix, frère du ministre ; du marquis de Janson, de la maison des Forbin ; des deux consuls-procureurs et du greffier du pays, pour obtenir la révocation ou le rachat des édits. Le pays espérait beaucoup de l'archevêque d'Aix ; mais celui-ci ayant été porté au siège de Lyon, les autres députés n'eurent plus la même faveur. Be su* rintendant d'£ffiat voulait leur donna: audience en plein conseil, afin de simuler une instance, et de rendre con* tre le pays un arrêt de condamnation. Ceux-ci, qui dé*
m RÉSOMÉ DE L'HISTOIRE
dinaient à bon droit cet étrange et nouvean tribunal,
sollicitaient au conlraire une conférence ministérielle ; et comme ils ae lassèrent à la demander , ils se retirèrent , après avoir fièrement repris leurs cahiers. Cependant , malgré ces précautions , quand La Rochelle eut cédé aux armes du roi, le ministre ordonna la levée des cent mille livres de taillon en vertu de Tacte des notables, et augmenta du quarante sols l'émine de sel par un arrêt du conseil, où Ton disait que le pays avait été ouï. Aussitôt, les consuls-procureurs s*étant pourvus devant le parlement et la chambre des comptes, cour des aides, obtinrent des arrêts portant défense de lever ces impôts , et les communautés furent assemblées à Aix, pour transiger avec le commissaire que la cour venait d'envoyer ; mais les communautés, faute de pouvoirs suf* fisansde la part du commissaire, se bornèrent à approuver l'opposition juridique des administrateurs du pays.
Le roi, qui luttait à la fds contre la maison d'Autri-» che en Italie , et contre le protestantisme en France , se trouvait de nouveau dans le Languedoc. Le ministre, profilant du voisinage du roi et de ses troupes , fit demander aux élats-généraux , assemblés à Tarascon , la somme de quinze cent mille livres ; à défaut de quoi il les menaçait non-seulement des derniers édits, mais en^ cored'un nouvel édit qui établissait plusieurs sièges d'élections. Cet édit renversait la constitution provençale, puisqu'au lieu de s'imposer librement par aes assem-* blées, le pays, comme toutes les provinces dites d'éloc-
tion» aurait été imposé en jugement par les otBciers du
prince. Les états , qui avaient une très-faible idée des ressources provinciales, offrirent neuf cent mille livres. La cour refusa celte offre. Quelques communautés, plus modérées et mieux instruites , élevèrent , en ce qui les concernait, cette somme. Une assemblée générale les désavoua. Sur ces entrefaites » les trésoriers-généraux eurent ordre de prendre mille mulets , pour yoiturer les munitions de l'armée d'Italie. « C'était , dit Gaufridi » dans ses Mémoires , blesser mortellement les lois et » les coutumes d'un pays libre, où le roi ne prend rien » d'autorité et par ses officiers , mais seulement par le » consentement des peuples. » Comme la peste qui régnait alors ne permettait aucune résistance, les communautés , assemblées à Barjols , ordonnèrent la levée et l'entretien des mulets» en vertu de Tautorité provinciale, aûu de prévenir un antécédent funeste. Cependant une nouvelle assemblée, tenue a Valensole , voulant terminer les différends avec la cour , envoya au roi une députation de seize communautés tirées au sort , qui furent : TarasGon , Forcalquier , Grasse , Toulon , Digne, Saint-Paul-de-Vence , Mousliers, Castellane, Brignoles, Guilhaume, Seyne, Saint-Remy, Les Mées, Antibes, Valensole et Cuers. Mais les députés furent renvoyés avec colère, et leur orateur fut exposé aux risées de la cour, sort habituel des patriotes en contact avec les courtisans.
On travailla alors sérieusement à établir les sièges d'élections. Le ministre comprit au nombre des commis-
saires chargés de celte opération le duc de Guise, gouverneur t car il voulait frapper deux coups à la fois. Ayant dans Tannée 1626 érigé, en sa faveur, la charge de grand*maltre, chef et surintendant-général de la navigation et du commerce , pour réunir à Tadministralion suprême les deux amirautés, celle de France dont était revêtu le gouverneur du Languedoc , et celle de Provence attachée au gouvernement du pays , il avait obtenu la démission du gouverneur du Languedoc, mais non Cflle du duc de Guise, et il cherchait dans les querelles provinciales le moyen de perdre ce prince , qui devenait odieux au roi, sli défendait le peuple , odieux au peuple, s*il obéissait au roi. Guise voulut parer Tattaque , en faisant également nommer commissaires les deux premiers présidons, Forbin-Haynier-d'Oppède, du parlement, et Séguiran, des comptes. Après cela, le gouverneur, ayant été joint à Orgon par d'Aubrai, que Ton venait de nommer intendant du pays, mit en délibération s'il fallait agir d'autorité, ou demander le consentement des ordres, et résolut enfin de faire présenter les deux édits des élm et de Nntendanee aux états-généraux indiqués à Brignoles. Les consuls de Brignoles, les officiers de la sénéchaussée quittèrent la ville, pour n'avoir point à loger ou à servir ceux qui venaient détruire la liberté publique^ et mettre le pays aux fers. £n signe de deuil, les marchands et les artisans fermèrent les boutiques , et il fallut des ordres rigoureux, pour faire rentrer les magistratSi et faire rouvrir les boutiques. Pen«
dant la tenue des élats, Forbin La Barben» premier consul-procureur, fortement soupçonné de s'entendre avec la cour, fut publiquement appelé dans les rues vendeur de patrie , sans que le pays se mit en peine de venger rhonneur du chaperon proTincial. Les commissaires du roi, épouvantés à la vue de l'agitation publique, feignirent de ne pas trouver leurs pouvoirs en règle , et le gouverneur , qui devait aller à Paris , rompit l'assemblée, renvoyant les affaires à son retour.
L'inimitié de deux hommes servit puissamment la cause publique. Le premier président du parlement et le président Coriolis s'étant brouillés pour une affaire d'étiquette , ce dernier embrassa les intérêts populaires, ou désertés , ou faiblement servis par le premier président. L'acquisition de Coriolis, personnage d'une grande énergie, excita les esprits, et l'on fut porté à commencer l'attaque, plutôt qu'à l'attendre; Ce jour-là, 1^ septembre, le parlement, que la peste avait éloigné d'Àix, venait y reprendre ses séances. Les cadets résolurent, sérieusement ou non , de jeter dans le feu de joie brûlé à cette occasion le premier consul La Barben, lequel prit la fuite. Ces cadets, dont parlent nos mémoires, à mesure que se rapprochant davantage de nous ils se complèteiit davantage, étaient les puinés des maisons de la bourgeoisie ou de la petite noblesse , gens non mariés, réduits ù la part légilimaire , vivant à la table du père de famille ou du frère ainé, aventureux et hardis, ayant la première main dans les complots et les mouvemens.
RÉSUMÉ DE L'HlSTOUiE
Après la relraite du premier cûdsuI « le parlement, qui en l'absence du gouverneur avait le gouvernement, autorisa la tenue à Pertuis d'une assemblée des seigneurs. Les seigneurs eurent Tair de dresser simplement des remontrances, mais au fond ils délibérèrent de sauver la liberté publique par tous les moyens, et nommèrent une commission insurrectionnelle de six membres, trois dans le quartier d'en-deçà Durance, et InHs dans le quartier d'outre-Durance.
Tout se tenait dans les plans de la eour, et dès qu'on voulait donner aux officiers royaux le droit d'imposer le pays, il fallait aussi leur donner exclusivement le juge* ment des comptes publics. On fit donc une autre ( rdon- • nance attributive de la comptabilité en faveur de la chambre des comptes, qu'elle transportait dans la place militaire de Toulon, loin de l'esprit patriotique de la ca<pitale. La ville d'Aix ayant témoigné l'intention de s'opposer de vive force à la sortie de la chambre, conformément aux capitulations passées avec la seconde maison d'Anjou, et les villes de Marseille et d'Arles ayant donné leur requête d'opposition, les matires des comptes maintinrent par provision leur résidence. Mais , ce danger passé, il y en eut un autre. Comme intendant d'Aubrai demandait à entrer dans la capitale, on tint à cet égard une assemblée de consulaires (anciens consuls), dans Té* glise des Prêcheurs, où il fut résolu qu'on laisserait l'intendant libre de venir ou non , sans lui engager la foi publique. Malgré cette résolution, Tassesseur Hartdli se
fit fort pour la ville , et l'intendant étant entré » alla se loger è l'hôtel du gouvernement près rarchevéché, où la ville lui envoya aussitôt les présens usités de confitures et de flambeaux. A cette vue , le peuple 8*émut. On répandit le bruit que d'Aubrai venait procéder à rétablissement des élus et à la translation de la chambre des comptes. Deux personnages réputés d'une sagesse consommée, le consulaire Sauve et Tavocat Gras, coururent dans les rues exciter les artisans. Le beffroi de la maison de ville appela les quartiers aux armes. La multitude alla investir le logement de l'intendant, d'Aubrai se sauva par la toiture, un de ses valets fut blessé, ses bardes et son carrosse furent brûlés sur la place des Prêcheurs, et il sortit de la ville. Alors le parlement fit quit* 1er les armes, et le tumulte cessa.
Il n'y eut rien de nouveau jusqu'à la réélection des consuls-procureurs, dite le nouvel état. Alors le peuple, qui se méfiait des ofiiciers en charge, menaça d'enfoncer les portes du conseil , et de faire main»basse sur lui s'il confirmait les candidats qui étaient présentés, selon la règle, par les consuls sortons. Le conseil ayant nommé d'oflSce des patriotes , la ville et le pays firent chacun de leur côté une députation au roi, pour excuser les . derniers mouvemens de la capitale , et pour arrêter la translation de la chambre des comptes. Le ministre ré* pondit au député du pays, personnage d'église, qu'il eût à se mêler de son bréviaire et non d'autre chose. Jacques Gaufridi, dont j'ai cité les Mémoires, fut le député
de la ville. Célaitun homme prudent et ferme, religieux et patriote. U présenta reffervescenoe populaire comme un effet de la peste, qui dans ce moment cessait à peine» fit yaloir les capitulations de la ville avec la seconde maison d^Anjou , touchant le séjour à Aii des grands corps provinciaux, insista sur la raison d'état qui obligeait à maintenir dans toute sa force la ville d'Aix , située à deux pas de la riche, puissante et à demi-républicaine Marseille. Le ministre ayant répondu qu'il fallait obéir , et qu'ensuite la chambre serait rappelée » le député protesta des inconvéniens , et se retira. Mais, pendant ou après ces pourparlers , le peuple ne resta point tranquille. On brûla aux Prêcheurs l'efGgie du surintendant d'£filat. Les cadets et, à leur exemple, les artisans commencèrent à menacer les partisans de la cour, ce qui ûi quitter la ville aux deux premiers présidons. Suivant le dire commun, il était bon et honnête de prendre les armes pour la défense du pays. C'était à la plate^forme du quartier de Villeneuve que les conjurés tenaient la nuit leurs assemblées. Dans une de ces réunions , où tous convenaient de la nécessité de l'insurrection, un membre rappela l'apologue des rats, qui, pour être avertis de l'approche du chat , résolurent de lui attacher un grelot au cou ; apologue cité dans bien des conjurations. « L'avis fut approuvé, poursuivit l'o* » pinant , mais nul ne s'offrit à attacher le grelot. • - » £h bien, ce sera moi qui attacherai le grelot, » s'écria Paul Joanis, seigneur de Châteauneuf. Sur-le-champ
DE PROVENGE.
il pendit à sa boutonnière une courroie chargée d'un grelot » et l'avocat Yiaiit nommé chancelier de la ligue, passa ses journées à distribuer des grelots à ceux d'Aix et aux autres ProTeoçaux. ^ même temps le parlement fit défense, sous de graves peines , d'acheter ni exercer aucun oflSice d*élu« et une assemblée des communautés, persuadée, comme la nation provençale tout entière, que les édits blessaient le contrat d'union avec la couronne, délibéra dé faire imprimer les privilèges du pays et d'acheter des armes.
Si le duc de Guise , qui était retourné en Provence, eût voulu se placer à la téte des patriotes, l'insurrection provençale aurait pris un grand caractère. « Le pays, » disent les Mémoires, était résolu de tout hasarder. Ce » n'était point un emportement de faction ; c'était le sen- » timent des sages et des gens de bien, qui nevoyaiant » pas de plus grand mal que la servitude , et étaient » disposés à tout mettre en usage pour s'en préserver.» Le duc de Guise , qui était toujours en procès avec Richelieu au sujet de l'amirauté du Levant , ne manquait pas de moUis personnels^. Hais soit respect du serment de fidélité feit à Henri IV dans la réconciliation des maisons de Bourbon et de Guise , soit considération de la position ancienne et moderne de sa famille , qui Tobligait à prendre la couronne de comte après avoir tiré répée de gouverneur , il resta neutre. Alors Tinsurreclion dégénéra en brigandage, et on alla piller le château et brûler les bois de la terre de La Barben, propriété du
premier consul sortant de charge ; puis on se divisa. Le Président Coriolis » oncle du fondateur de la ligue du grelot et chef du parlement^ en l'absence du premier président, ayant enlevé le commandement de la ville et Tautorité de la confédération au baron de Bras, premier consul-procureur , celui-ci forma une contre-ligue qui portait un grelot pour indiquer Tobjet commun des deux ligues, et un ruban bleu en signe des sentimens d'honneur supposés propres à son parti. Coriolis représentait les intérêts de la bourgeoisie et de la petite noblesse parlementaire ou municipale; le baron de Bras ceux de la haute noblesse et des seigneurs de fief. Dans la première lutte des partis , les bourgeois chassèrent de la place des Prêcheurs les partisans du premier consul. Mais ce dernier sortit de la maison le chaperon sur l'épaule, faisant crier qu*on eût à suivre le chaperon , et parvint ainsi à mettre hars de la ville Coriolis et Châteauneuf. Toutefois ce triomphe fut de courte durée. liCS conseillers Espagnet et Villeneuve employèrent la nuit à visiter les marchands et artisans , boutique par boutique. Les consuls Boniparis et Anglesi, Fabri, capitaine delà porte Bellegarde, se rallièrent à Topinion des bourgeois. Le baron de Bras fut défait , et les deux derniers consuls, en chaperon, allèrent prendre Coriolis et Chàteauneuf au couvent des carmes déchaussés, où ils s'étaient arrêtés.
Cependant le prince de Condé marchait sur la Pro- ' vence avec une armée. Les insurgés manquant de chef.
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et sachant d*ailleurs que le prince do Condé avait le pouvoir de traiter du rachat des édits, hésitèrent, et au milieu de ces hésitations le prince arriva. Les consulsprocureurs, qui craignaient pour la capitale et pour leurs propres têtes, offrirent les clefs de la ville au gouverneur, comme à un pouvoir neutre entre le peuple et la cour, et assez puissant pour protéger le peuple. Celui-ci les refusa. Quelques-uns proposèrent alors d*admettre le prince de Condé dans la ville. Hais les consuls voulaient avant tout des assurances. Enfin la bonté avec laquelle Condé traita les députés de la ville dissipa tou* tes les crainte?, et Ton reçut le commissaire du roi. La ville s'étant résignée à voir s'éloigner d'elle les cours souveraines et à recevoir des consuls et un conseil nommés d'office, n'eut plus d'autre pensée que celle de défendre les intérêts publics dans les états- généraux convoqués à Tarascon. L'assesseur de Cabanes se couvrit de gloire dans cette assemblée. Il porta tout le poids des affaires. 11 atlribua avec fermeté , dans les srances générales et dans les conférences particulières, les derniers mouvemens non à un esprit de révolte . mais à un juste et naturel fentiment de liberté. Jamais homme ne fut plus maltraité de paroles par le prince, et jamais homme au fond n'en fut plus estimé. La cour de* manda deux millions aux états pour le rachat des édits. Les états offrirent quinze cent mille livres , et l'on prit cette somme sans révoquer encore les édits. Après la clôture de l'assemblée, le prince de Condé quitta le pays,
BÉsmiÉ DE LmroiBE
laissant le commandement au comte de Soycourt. Ainsi le sort des aCEodres resta incertain. La conduite du commandant, son insolence d'homme de ooor et de proconsul ,sou mépris des autorités parlementaire et provinciale, la licence de ses troupes, une nouvelle nomination d'office des consuls-procureurs tinrent le pays dans de continuelles alarmes , que ne pouvait plus calmer la confiance dans Je duc de Guise , car la carrière politique du duc était achevée. Pressé par le ministre, il fut obligé de s'exiler en Italie. Au mois d'avril 1632, le gouvernement fut donné au maréchal de Vitri.
Sous le gouvernement du maréchal de Yitri , l'affaire des édits fut enfin terminée » et les deux ordonnances des élus et de la comptabilité ayant été révoquées, la nation provençale resta en possession de son régime d'états. Le pays sortit encore assez heureusement d'un nouvel acte qui augmentait le prix du sel » grâce à la résistance de la ville de Marseille. Mais le système de la cour était toujours le même» et le caractère du gouverneur secondait les abus du pouvoir souverain. On eût dit une province romaine, livrée sans merci aux violences d'un préteur. La Provence était chargée de troupes, qu'il fallait bien nourrir si Ton voulait s'épargner le pillage. Vitri asseyait la subsistance des compagnies sur les communautés , sans prendre Vattache des consuls- procureurs, formalité de garantie contre le pouvoir royal exécutif , de même que V enregistrement l'était contre le pouvoir royal législatif , et V annexe contre le pouvoir
pontifical. Le gouverneur prétendait nommer lui-même les consuls des villes, les assimilant à des commandans de place, et il cassait les arrêts du parlement en matière de police et de justice publique. On raconte encore qu'étant allé tenir les états dans la ville d'Apt» et ne pouvant rester en voiture par la difficulté des chqpiins, faute de trouver des porteurs, il associa au transport de sa litière les consuls de Lourmarin avec ses domestiques. Le rappel momentané du maréchal de Vitri et la conduite mesurée du commandant provisoire, le marquis de Saint- Chaumond, donnèrent quelques espérances. Mais Bichelieu ne tarda point à renvoyer le maréchal dans son gouvernement.
La prise des îles Sainte-Marguerite et Saint-Honnorat, faite les 43 et 15 novembre 1635 par les Espagnols» dans la nouvelle guerre qui s'était élevée entre la France et la maison d'Autriche » détourna de ce côté Tattenlion publique. Malheureusement les divers chefs royaux, le comte dllarcourl, commandant de Tescadre, l'archevêque de Bordeaux, chef du conseil de la marine, le maréchal de Vitri, gouverneur, se disputant le commandement et se contrariant sans cesse , on ne put attaquer les Espagnols de suite, et il fallut attendre. Alors le pays tout entier se porta avec ardeur à cette expédition* Il s'agissait ici , non d'une guerre qu'on ne comprenait point , ni d'un impôt dont on ne voulait pas l'emploi, mais d'une affaire toute domestique, et touchant au cœur le patriotisme provençal. Le parlemeat donna vingt-
RÉSUMÉ DE L*HlSTOmE
quatre mille livres, les comptes quinze mille , la capitale six mille avec toutes les munitions de ses magasins» cent cinquante charges de blé , et cent mousquets entretenus pour deux mois; Marseille donna trente mille livres , et des munitions pour six mille ; Arles , du blé pour trente mille livres; Toulon, Hj^ères et Olières fournirent deux mille quatre cents hommes , sur six vaissaux frélésà leurs dépens ; le petit bourg de Biot envoya è lui seul trois cents hommes armés et entretenus pour un mois. Un ban royal ayant été proclamé, la noblesse prit les armes, et Ton vit le vieux seigneur de Eoumoules, âgé de plus de quatre-vingt-quatorze ans, se présenter pour combattre , malgré la présence et les supplications de ses trois fiUs. Les Français-Provençaux en<* levèrent Sainte-Marguerite le 12 mai» el Saint-Honnorat le 4i mai 4637.
Après le dévouement du pays dans rexpédilion des ties Sainte-Marguerite et Saint-Honnorat » on espérait être déchargé d'une bonne partie des garnisons françaises. Hais on se trompa encore, et les états ayant fait des fonds pour Tentretien de quelques compagnies, la cour assigna sur ces foqfls ainsi indiqués la subsistance d'au* 1res compagnies, sans retirer du pays les premières. De là naquit une nouvelle opposition des consuls-procureurs, et de cette opposition de nouvelles attaques contre la constitution. La cour sépara du consulat d'Âix la procure du pays, et en fil une commission royale, qui fut attribuée à Tarchevéque d'Âix , à Piles , gouverneur du
château d'If , et à l'assesseur Julianis. En même temps
les Irésoriers-généraux eurent ordre d'établir l'impôt nécessaire à la subsistance des troupes. La ville se hâta de députer au roi Gaufrédi, parce que, indépendamment du mérite de ce consulaire, un Gaufrédi ayant, comme on le dit dans le conseil de ville , obtenu en 1535 l'union de la procure du pays au consulat d'Aix, un autre Gaufrédi devait soutenir l'ouvrage de ses ancêtres. Au moyen de quelques sacrifices, les anciennes formes furent rétablies, et la joie fut extrême quand on apprit la destitution du maréchal de Vitri , et son remplacement par un prince du sang royal , Louis de Valois , comte d'Âlais.
, Le nouveau gouverneur, qui arriva en Provence aux
fêtes de Noëll 637, s'annonça d'abord sous d'heureux auspices. La nécessité où «e trouva bientôt le pays de ^ donner de l'argent, pour empêcher la formation en of- 4650 fices des emplois de greffiers des communautés, de collecteurs des tailles, de trésoriers des états, et pour retenir ses officiers librement élus , n'altéra point encore l'harmonie publique. On se brouilla un peu , lorsque d'Âlais , sans prendre l'attache des consuls-procureurs, assit la subsistance des troupes sur les vigueries d'Apt et de Moustiers. On se raccommoda , lorsqu'il licencia un régiment de milice et sa compagnie de gendarmes, fil rembourser au trésor [)rovincial des sommes violemment exigées par un officier de guerre, et assembla, en février 4639, les états généraux suspendus depuis quel-
ques années. Mais cette dernière paix ne fut pas durable. La cour menaça encore des offices de greffiers des communautés, collecteurs des tailles, trésoriers du pays, et elle créa trois présidiaux , tribunaux propres à réduire l'auiorilé des parlemens, l'iin à Aix, l'autre à Forcalquier, l'autre à Draguignan. Les présidiaux de Forcalquier et de Draguignan furent établis, malgré l'opposition des consuls-procureurs et du parlement. A Aix, au contraire , l'établissement du présidial ne put avoir lieu.
Au moment où les entreprises de la cour divisaient ainsi le gouverneur du peuple , une faute du premier président fit passer d'Âlais dans le parti populaire, dont elle sépara le parlement. Le premier président , sans consulter le pays, et par un mépris évident de ses droits, se bâta de traiter avec la cour , et au mois de juillet 1 639 , il obtint du premier ministre la révocation des présidiaux, moyennant la concession d*une somme d*un million en nouveaux officiers de toute espèce , et de nouveaux droits sur les greffes et les notariats. La haine universelle de ces tyrannies fiscales , et le meurtre public de Luguet, qui fut assassiné à Aix, pour s'être prêté aux nouvelles opérations, n'empêchèrent point le premier président , lorsqu'il fut retourné en Provence , de présenter tous les édits au parlement, oîi ils furent enregistrés sur-le-champ, comme une affaire déjà convenue avec la compagnie. Soit jalousie du parlement, soit juste crainte des suites de l'effervescence populaire, soit
simple effet d'une bonté naturelie envers un peuple si cruellement abandonné par ses protecteurs légaux, d'Alais se prononça contre le parlement, et alla visiler les membres de la minorité de ce corps, opposans à la déliJiération. Dès lors le pays concerta avec le gouverneur toutes les mesures de défense. Ils songèrent d'abord à proposer en échange des édits une chambre de Véiit (chambre de justice pour les prolestans) , parce que le traitant du roi était de la religion réformée. Ce plan fut promptement abandonné , et ils se replièrent sur une chambre des requêtes. On tirait aussi des circonstances le meilleur parti possible ; il fallait bien s'arranger si Ton ne voulait combattre ; à la vérité , cela retombait sur le parlement, mais c'était sans haine de la part du pays ; les nouveaux offices des requêtes, dans le sein du premier et souverain tribunal, blessaient bien moins les intérêts du public que tant d'offices subalternes destructifs de toute liberté ; et d'ailleurs , la chambre des requêtes , cliargce de juger certaines causes en première instance, devenait une bonne école pour les héritiers des familles parlementaires. Un édit de janvier 1641 accepta la chambre des requêtes ; mais le parlement se refusa avec obstination à la paix, contestant de toutes ses forces les droits honorifiques des nouveaux officiers, quand il ne put plus contester leur juridiction. Au milieu de cette lutte du parlement et de la chambre des requêtes, Richelieu mourut, et Louis XIII survécut à peine à son ministre, étant mort lui-même le 14 mai 1643.
Sous la minorité de Louis XIV, Mazarin, successeur de hichelieu, suivit les anciens plans de politique extérieure et intérieure. Ayant résolu de détruire Tindépeudance parlementaire, comme son prédécesseur avait tenté d'abattre les libertés provinciales, il créa dans les paflemens une nouvelle section , qui devait partager avec l'aiicienue magislralure les Iravaux de la juridique; de telle sorte que chacune d'elles siégerait six mois Keulemeut. Par là, il ôlait la force des parlemens, car ce partage de temps brisait les compagnies , en rompait l'esprit de corps et Tunité , empêchait la suite des plans, créait deux puissances rivales, et préparait des alliances successives de la cour avec Tun ou Vautre semestre. Le parlement d*Aix , ayant connu l'édit du mois d'octobre 1647, qui établissait le semestre en Provence, se bâta de faire sa paix avec les requêtes. Mais le conseil d'état cassa le traité de paix. Mazarin déclara qu'il voulait à tmite force maintenir le semestre , et qu'il renoncerait plutôt à faire son salut qu'à être maître en Provence, kn mois de janvier 1648, des huissiers du conseil signifièrent au nom du roi, la téte couverte, aux chambres assemblées, leur suspension pour m mois. Après une longue délibération dans laquelle on exposa ce demi-principe de liberté , que l'obéissance des sujets était aveugle , mais celle des corps réglée sur les lois , les magistrats , dans l'espoir d'une condliation avec le ministre , se déclarèrent interdits. Le lendemain les commissaires royaux installèrent, sans aucun obstacle de la part du peuple ni
des consuls-procureurs t le semestre de service , qui fut formé d'abord de Tancienne ebambre des requêtes. La section de service, en enregistrant après son installation rédit de la création , y apposa celte clause essentielle, que la vériûcalion des actes royaux serait toujours faite par lesdeiix semestres assemblés.
Mazarin voulait non-seulement avoir de Targent et un parlement plus facile » mais encore perdre le comte d'Alais, qui semblait nalurellemeiil appartenir à la réaction aristocratique des grands contre le pouvoir absolu du monarque. Afin decompromeltre le gouverneur avec le peuple , le cardinal de Sainte-Cécile , frère du ministre,cons6illa lifi-mémeaux anciens ofBciers de faire du bruit. Ainsi encouragés» ceux*- ci essayèrent d'empé* cber la tenue des audiences , en éloignant du palais les avocats et les procureurs , et en faisant lever les séan-ces , sous prétexte de danger , par le premier préaident Mesgrigni , homme tout dévoué au parlement. Ensuite, ils envoyèrent au palais une troupe de personnes , en apparence comme des plaideurs qui demandaient l'expédition des causes , mais en effet hommes de parti et prêts à commencer un mouvement. Ce moyen ayant manqué , on laissa de côté les magistrats des requêtes pourvus des premiers offices de semestre , pour épouvanter les acquéreurs des autres offices , et Gueydon de Marseille, nouveau pourvu, fut publiquement assassiné à Aix, dans rhôtellerie de la Mule-Noire. Après ce coup d'éclat 9 le gouverneur obtint à la vérité Texil des ma^
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gistraU ; mais ceux-ci , au lieu de se reudre dans les ▼illes indiquées, s'arrêtèrent dans le comté Venaissin, où ils se firent un moyen politique de leur proscription même , et parvinrent , en intéressant le peuple au sort de cette magistrature chassée tout à la fois de ses sièges de justice et de sa patrie , à faire d'une opposition de corps une opposition publique et générale. Le cardinal de Sainte-Cécile porta alors le dernier coup au gouverneur, en assura ut aux magistrats que sans lui le semestre serait déjà aboli.
Le roi ayant autorisé le retour des magistrats exilés, . ceux-ci rentrèrent dans Aix, aux cris publics de Vive le roi et le parlement ! point de semestre l Après des tentatives de conciliation entre le gouverneur et le parlement, le parlement se détermina à commencer la guerre. Le 48 janvier 4649, le comte d'Âlais fut insulté par le laquais du consdller de Saint-Marc , un des gardes du gouverneur fit feu sur cet homme, et au même insr . tant on cria de tous tes côtés : Àm armes ! aux armes I fermez les boutiques l L'insurrection parut d'abord s'apaiser , mais elle revint bientôt avec plus de force. Les magistrats et les principaux partisans s'assemblèrent à la maison du premier président d'Oppède, près de l'Université, autour de laquelle on commença à faire des barricades. Le conseiller Boyer, en robe rouge, une demi-pique à la main, amena sur la place de l'Université trois cents hommes. Le conseiller de Peynier, vêtu et armé de la même manière, y conduisit pareille-
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ment de quarante à cinquante hommes. Le chanoine de Cormis, masqué, rangea celle troupe eu i>ataiUe, et son frère, l'a vocal-général Decormis , la harangua, en Texhortanl à combattre avec courage pour la patrie et le parlement. Les magistrats ajoutèrent à cette petite armée un grand nombre de paysans, qu'ils décidèrent par leurs caresses à prendre les armes. Là ville allait devenir le théâtre d'une sanglante lutte entre le peuple et les troupes du gouverneur, si quelques personnages honorables ne s'étaient portés pour médiateurs , et n'avaient fait faire la paix. Mais le gouverneur ayant placé des soldats dans l'Hôtel-de-Ville et la Tour-de-l'Horloge, les magistrats, qui voulaient se rétablir dans leurs functions, saisirent ce prétexte, et l'insurrection recommença le 20 janvier 4649 , féte de saint Sébastien , au moment où la procession qu'on avait coutume de faire ce même jour sortait de l'église métropolitaine. Le peuple attaqua , dans le sanctuaire et dans la sacristie de l'église, les consuls- procureurs nommés par lettres patentes. La nomination d'autorité des magistrats municipaux était, dans toutes les communautés, un des principaux griefs du peuple contre le gouverneur. Lorsque les communautés pouvaient s'opposer de force à Texécution des lettres patentes , elles le faisaient ; à défaut, elles cédaient à une force supérieure; mais la vie des officiers illégalement créés n'était pas sûre au milieu de ces hommes grossiers et libres. Cependant la mère du président d'Oppède sonna de ses mains la cloche de S^-
Sauyeur» qui bieatôt fut accompagnée de toutes les cloches de la ville. Les magistrats , ayant repris les barricades sur divers points , parvinrent a resserrer le gouverneur dans le palais , et ses troupes dans les places des Prêcheurs et de la Magdeleine. gouverneur, ainsi battu et fait prisonnier, consentit à révoquer le semestre, à permettre le rétablissement de rancienae magistrature, et à faire sortir ses troupes de la ville et du terroir. Le parlement donna des otages au gouverneur dans le palais, et le gouverneur demeura lui-même l'otage du parlement dans la ville , pour attendre avec assurance des deux côtés la confirmation royale du traité de paix. Le parlement reprit ses fonctions. La cour adressa ensuite deux édite, l'un qui cassait le semestre, l'autre qui portait amnistie pleine et entière des derniers troubles, et chargea le cardinal Bichi de terminer ces querelles. Bichi ayant fait signer un traité qui annullait le semestre, licenciait le régiment du gouverneur et les autres compagnies, accordait une amnistie, rétablissait les villes dans le droit d'élire leurs officiers, rendait aux consulsprocureurs le droit d'attache , et le roi ayant ratifié ces articles avant la fin de mars , le comte d'Âlais sortit de sa prison et de la ville.
Cette paix, où le gouverneur et les magistrats du semestre trouvaient si peu d'avantages, ne pouvait durer. Tandis que d'Alais parcourait la Provence pour connaître les dispositions des communautés, une momerie des habilans d'Àix amena la rupture. Le jour de la Féte-
Dieu , parmi les personnages qui y jouaient les mystères, on fit marcher d'autres acteurs tout aussi ridicules» représentant le comte d'Artois , la comtesse son épouse, les magistrats du semestre ; et la farce, satire annuellet dans laquelle les derniers du peuple revêtus de robes jaunes et rouges aux couleurs de la ville , avaient le droit antique de fronder les vices privés et publics des grands du pays , fut tirée de l'histoire du gouverneur. La population et toutes les places fortes tenaient pour le parlement , à l'exception des villes de Sisteron, de Tarascon, de Brignoles, d*Antibes, de Toulon» des citadelles de Saint-Tropez et de la Tour-de-Bouc qui tenaient pour les semestres. D*Âlais » ayant fait venir du Dau- ' pbiné un régiment de cavalerie, prit quelques châteaux, et ravagea les terres de plusieurs membres du parlement. Les parlementaires sauvèrent Draguignan d'un coup de main des semestres. Les semestres tuèrent des magistrats du parlement , qui venaient d'informer con- • tre un village semestre , et la capitale ayant levé une petite armée pour protéger de nouveaux commissaires chargés de faire une enquête sur le meurtre de leurs collègues , le gouverneur la défit complètement près de Brignoles. Le parlement et la ville opposèrent aux levées du gouverneur les levées de sept compagnies d'infanterie et de deux de cavalerie, dont renseigne colonelle porteit ces mots en langue latine : Mourir pour la patrie c'est vivre.
Les états généraux du Languedoc s'entremirent inuti-
lement , comme bons voisins « pour faire la paii. Uu conseiller d'état , envoyé sur ces entrefaites , ne fut pas plus heureux, parce qu'il proposait des articles subversifs de la constitutiou provençale : la suppression des élections consulaires et du droit d'allache , la faculté de disposer des boni aunuels de la caisse provinciale, etc. Or le peuple était passionnément jaloux de ses libertés, et vers ces temps-là mêmes » le prévôt Artaud ayaot voulu établir dans le bourg des Mées des consuls royaux, la commune le traita comme un brigand public, violateur des lois , se saisit de lui , et vint le constituer prisonnier aux prisons d'Aix. Cependant le gouverneur s'approcha de la capitale , pour en former le siège ; ce qui effraya le peuple. Mais on le rassura , en lui rappelant que dans le dernier siège contre le duc d'Epernon, la ville n'était pas aussi forte, et qu'ils étaient les enfans de ces hommes qui l'avaient si généreusement et si vaillamment défendue. L'arrivée du nouveau commissaire royal détourna le gouverneur de son projet, et les deux partis signèrent la capitulation imposéeau nom du roi 9 qui maintenait les élections consulaires et détruisait la prérogative de V attache. Mais le pays ne fut guère plus tranquille. La guerre dégénérant en querelles particulières, sur le chemin de Mallemort à l'Ile , il y eut un combat.de trois contre trois; sur le chemin d'Aubagne à Toulon , il y eut aussi un combat de trois contre trois. Le comte d'Alais, dont la iille avait épousé le duc de Joyeuse , de la maison de Guise , youlut es-
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sayer de se rendre mettre de Harseille , en y envoyant son gendre. Les Marseillais reçurent avec respect et affection ce jeune prince ; maia , pour l'éloigner au plus tôt , quoique la dernière peste fût assoupie , ils firent passer devant sa maison tous les morts et tous les malades de la ville, et aposlèrent des hommes chargés d'exagérer aux domestiques de rbôtel les dangers de la contagion. Après le départ du duc de Joyeuse , les citoyens rétablirent de leur propre autorité dans Tllôtelde-Ville .les élections consulaires, et ils fermèrent leurs portes au gouverneur. Le rappel momentané du comte d'Alais et Tarrivée du marquis d'Aiguebonne, commandant provisoire » terminèrent enfin la querelle des parlementaires et des semestres.
Ces troubles particuliers au pays étaient à peine calmés , qu'on eut à se ressentir des troubles généraux de la monarchie. En ce moment , Mazarin avait été forcé de quitter la France, et le prince de Condé organisait la guerre civile et l'intervention étrangère contre la cour, qui se réglait toujours par les conseils du ministre absent. Le baron de Saint-Marc, premier consul-procureur, député de la capitale auprès du roi, et le président de Galifet , député du parlement , entrèrent dans les intérêts des princes, ou par la haine du pouvoir absolu, ou par le désir d*avancer leurs affaires particulières. Le retour de Saint-Marc en Provence fut le signal d'une division entre les partisans des princes et les amis de la paix. Les premiers s'appelèrent Sabreurs, du grand sa-
bre (]ue portait le dipuli; de la ville, et avec lequel il menaçail de sabrer ses adversaires ; les autres » la plupart bourgeois et gens de robe , s'appelaient Caniveîi ou laille-plumei. C'était à peu près au fond , comme les noms l'expliquent assez, une scission de la plume et de répée , des bourgeois qui , contens d'avoir sauvé les chères libertés des ancêtres, voulaient rester neutres dans un débat sans intérêt pour eux, et des nobles qui comprenaient le péril imminent du pouvoir absolu. Le baron de Saint-iyarc ayant résolu de se rendre maitre de la capitale , le premier engagement eut lieu aux Prêcheurs , où Ton vit les deux partis rangés chacun d'un côté de la place , et le prieur Décormis et le baron de Saint-Marc se menacer pendant longtemps du pistolet, sans faire feu cependant. Le parlement sortit aussitôt en robes rouges, rallia le peuple à lui, et força les sabreurs de quitter la ville. Dans celte circonstance , la reinemère adressa aux députés du parlement ces paroles : Le parlement de Provence et la ville d'Aix ont a/fermi la couronne sur la tête de mon fih. La cour craignait avec quelque raison la révolte d'une province dont l'exemple eût pu exciter les provinces voisines du Dauphi* né et du Languedoc, au moment où la Guienne était en feu > et qui eût livré aux Espagnols toutes les côtes du Var au Rhône.
Le président de Gallifet, qui jusque-là avait échauffé la sédition par ses lettres, revint en Provence, où il fut consterné de voir la faiblesse de son parti. Il imagina
alors de rallacher les mouvemens des princes à un intérêt local , en unissant ensemble les sabreurs dont le crédit était presque nul , et les anciens semestres qui, indépendamment des places de Toulon, de Sisferon, de Tarascon , des citadelles de Saint-Tropez et de la Tourde-Boue, ayaient de nombreux appuis dans tout le pays. Il y eut d'abord quelques difficultés en cela, parce que les plus ardens sabreurs avaient été les plus violens ennemis des semestres. Mais le gouverneur, qui se trouvait toujours hors de la Provence , ayant autorisé les conférences entre les sabreurs et les semestres , le traité d'alliance fut conclu,et les chefs du sabre et du semettre se retirèrent a Toulon , oii ils établirent le siège de leur ligue. Les opposans aux princes formèrent aussi , dans une assemblée, une union générale, à l'exemple de ces unions qui, à divers temps, avaient été formées contre la seconde maison d'Anjou , contre la branche protestante de la maison de Bourbon , contre le duc d'Epernon, etc. Le premier ministre, pour ne point donner au pays tout entier un motif de se joindre aux princes, confirma la promesse déjà faite du rappel définitif du comte d'Âlais , et à la place du marquis d'Aiguebonne , dont les Provençaux n étaient point satisfaits , il envoya , en qualité de commandant provisoire, le duc de Mercœur, mari de sa nièce , avec Tordre de traiter toutes choses par les voies de la conciliation et de la douceur. Le duc ayant ouvert des négociations avec les commandans de Sisteron et de la Tour-de-Bouc, ces deux places se ren-
dirent. larascoa céda aussi , la ville d'abord , puis le château. Le commandant assembla les communautés,
aliu de faire délibérer le siège de Toulon ; mais, la chose mise en discussion, le consul d'Apt, soit que les sabreurs Teussent gagné • soit simplement qu'il voulût épargner le sang dés concitoyens, parla d'une vision où le Saint- Esprit lui avait conseillé la voie des négociations, et son avis l'ayant emporté , Tofficial du diocèse d'Aix et les consuls de Sisleron, de Grasse et d'Hyères , furent envoyés auprès des Toulonais. Les négociateurs de Tun et de Tautre parti étaient sur le point de s'entendre, lorsque le comte d'Âlais se déclara pour les princes, et an* nonça son prochain retour en Provence. Dès ce moment les conférences pour la paix furent rompues , mais on fît signer une trêve, et le commandant ajouta à la conquête de Sisteron , de larascon , de la lour-de-Bouc, la conquête de la citadelle de Tropez. Enfin, le roi ayant fait arrêter le gouverneur, le commandant et les députés toulonais signèrent , sous le bon plaisir du roi , le traité de pacification qui accordait une amnistie générale, maintenait la ville de Toulon dans ses privilèges, notamment dans la prérogative des consuls de commander la place en l'absence du gouverneur, permettait aux magistrats semestres ou sabreurs de se retirer à leur maison des champs, etc. La destitution du comte d'Âlais et la nomination du duc de Mercœur au gouvernement suivirent de près la capitulation de Toulon. Mais quelques villes se ressentirent encore des suites de ces
DE PROVENGE,
troubles. A Draguignan, toute rautorilé du gouverneur»
du parlement et du pays ne put de sitôt ramener la paix entre le parti du sabre et le parti de Yindustrie, qui , nés des mouvemens généraux du royaume , se trompèrent fortement dans la diversité des intérêts locaux, et devinrent une querelle envenimée où les vengeances appelèrent les vengeances.
Il y eut encore de nouvelles divisions dont Marseille fut le principal théâtre. Cette ancienne république , où l'esprit de liberté était tout vivant , sentit la puissance de Louis XIV, et Ton vit dans rUôtel-de- Ville le gouverneur, assis à la place du viguier, enlevant aux con* suis les chaperons, et changeant le nom de consuls en celui d'échevins. Le roi lui-même vint à Marseille; il entra, comme un vainqueur étranger, par la brèche faite aux murailles, et ordonna la construction de la citadelle Saint-Nicolas, sur la première pierre de laquelle fut tracée en langue latine cette inscription : « De peur que » la fidèle Marseille, trop souvent en proie aux crimi- » nelle$ agitations de guelques^ns, ne perdit enfin la » ville et le royaume^ onpâr la fougue des pins har- » diSf ou par une trop grande passsion de la liberté, » Louis XIV^ roi des Français, a pourvu, en construi--
sant cette citadelle , à la sûreté des grands et du 1» peuple. Le roi l'a ordonné, Jules Mazarin, cardinal^ » après la paix signée aux Pyrénées , l'a conseillé, ^> Louis de Vendôme, gouverneur de Provence, l'a exé^ » cuté. y>
Là s*arrélèrent ces insurrections contre le gouverne- * ment français. £n ce moment , le comté-uni fut à la veille de recevoir des agrandissemens de territoire. Le duc de Créqui, ambassadeur de France à Rome» ayant été insulté par lés gardes du pape, le parlement fit citer devant lui le vice-légal d'Avignon, et déclara, le 23 juillet 4665, la ville et district d'Avignon et le comté Venaissin unis ù la Provence, comme étant de l'ancien domaine des comtes ; raison véritable à Tégard d* Avignon, fausse à l'égard du comté Venaissin. Mais l'année 1664 ne se passa point sans que ces domaines, dont le parlement avait pris possession au nom du roi , ne fussent rendus au pape. Dans la nouvelle guerre qui s'était élevée après le traité de paix de Nimëgue entre Louis XIV et r£urope, le comté de Kice fut enlevé à la maison de Savoie. Hais il retourna à ^autorité étrangère, lorsque, à la suite de la bataille gagnée sur les Français devant Turin , le 7 septembre 1706 , les alliés chassèrent nos armées d'Italie , qu'ils franchirent les Alpes et le Var, et vinrent menacer Toulon , sauvée à grand'peine par les fautes même de Tennemi, le courage des troupes du roi et le patriotisme provençal.
A la fin du rrgne de l.ouis XIV, malgré les guerres royales et ministérielles livrées à la liberté, la Provence avait encore son parlement nombreux et respecté; elle avait encore ses municipes , ses assemblées de viguerie, et si, depuis 1640, on ne tenait plus les états, l'assemblée des communautés votait l'impôt, et administrait le
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D£ PROVENGE.
pays. L'insurreclioa des élu$ avait conservé la représentation populaire et le vote de Timpôt ; l'insurrection du semestre avait conservé Tintégrilé du pouvoir parlementaire. A la vérité les souhaits de la vieille Provence touchant le comté de Nice et la ville d'Avignon, souhaits exprimés dans tant d'assemblées, ne furent point encore réalisés : Nice garda le joug étranger ; la vente maudite d'Avignon ne fut point cassée ; mais la France gagna un terrain immense sur Tempire, et la maison Capétienne sur la maison d'Autriche. Le traité de Wesphalie , sous la minorité de Louis XIV, fit perdre aux archiducs toule espérance de conquête sur les liefs germaniques. L'affeire de la succession d'Espagne, sous les dernières années de Louis XIV, leur enleva ce royaume-uni de Castille et d'Aragon , où ils avaient voulu autrefois placer le siège de la puissance impériale.