‹ Résumé de l'histoire de l'étate et comté souverain de ProvenceChapitre 7 sur 20 · GOTHS ET BOURGUIGNONS · texte numérisé non relu

GOTHS ET BOURGUIGNONS

Les Vandales portèrent les premiers coups à Tempire

d'Occident. Ce fut un de leurs compatrioles , Slilicon, ministre et beau-père de l'empereur Honorius, qui voulant placer son fils sur le trône les pressa de faire une irruption dans la Gaule. Ils passèrent le Rhin par le ^ pays des Francs , malgré la vive opposition de ce peuple , et mirent tout à feu et à sang jusqu'à la Basse- Duranoe. Un soldat nommé Constantin, que les légions de la Grande-Bretagne, profondément émues à Taspect de ces misères , avaient proclamé empereur , vint les combaltre, en détruisit un grand nombre, et obligea les autres à se cantonner dans la Première-Narbonnaise et dans la Seconde-Aquitaine , d'où , trois ans plus lard, sur quelque crainte qu'ils eurent, ils gagnèrent r£spagne.

Plus audacieux que le chef vandale , Alaric , roi des Visigoths, mit le pied sur le territoire de l'ilalie, saccagea la ville de Kome, et ayant créé empereur un romain nommé Alalus, se fit donner par lui la dignité de maître de Tune et l'autre milice. Honorius acheta la paix d'Ataulphe, beau-frère et successeur d' Alaric, en attribuant

à ses compagnons de^ quartiers dans la Première-Nar-

bonnaise et dans la Seconde-Aquitaine, sous la condition de servir comme soldats auxiliaires de Tempire. . Après avoir essayé de s'emparer de Marseille , le chef Tisighot vint prendre le cantonnement qui lui avait été assigné ; on le vit alors épouser à Narbonne Placidie, d'Honorius , sa sœur prisonnière. Le roi barbare céda la première place à la fille des Césars , et lui*méme, vétu de la robe romaine, s'assit auprès d'elle* L'histoire assure que ce prince avait conçu l'idée d'un empire gothique formé sur le modèle de l'empire romain. Les Visigolhs furent ensuite contraints de se retirer en Espagne, où ils causaient moins de soucis à Tempereur, parce qu'ils étaient plus, éloignés des hordes barbares du nord et de l'est.

Ataulphe périt de la main d'un domestique. Sigeric, son successeur , fut mis à mort par ses sujets six jours après son élection. Wallia , que les Visigoths portèrent ensuite sur le pavois , réduisit Constance , général de l'empire, à lui céder la cité de Toulouse et quelques territoires voisins. Les Yisigoihs étant ainsi replacés dans la Gaule , ils ne cessèrent d'y fatiguer la puissance romaine, au point que Théodoric I", fils d'Alaric et successeur de Wallia , eut sous ses lois presque toute la Première-Narbonnaise, du Rhône à la Garonne et de la mer au& Cévennes,et qu'il tenta de s'emparer de la ville d*Arles, boulevard du territoire situé en deçà du Rhône.

La Gaule d'alors n'était plus cette Gaule si paisible-

tfifent gourernée par les Romains. Les Visigolhs, comme

on vienl de le voir , possédaient la Première-Narbonnaise. Les Bourguignons, qui passèrent le Rhin en 406 sôus leur chef Gundiciaire , s*élaient élal lis dans la Grande^Séquanaise (Suisse et Franche-Comté) , et ils aTaienl même depuis 443 reçu d'Aelius, préfet du prétoire des Gaules, les cités adossées aux Alpes au-dessous du Léman, et une portion de la Viennoise, de Genève & Grenoble. La tribu des Francs-Saliens habitait entre Cambrai et la Somtkie, celle des Francs-Ripuaires entre le Bas-Rhin et la Basse-Meuse. Un adversaire terrible, Attila; roi des Huns, peuplade Scythique, ayant suivi le chemin qu'avaient tracé les Vandales dans la Germonie, vint donner Tépouvante aux Visigoths , aux Bourguignons, aux Francs comme aux Romains. Toutes ces nations ayant joint leurs troupes , battirent complètement le Fléau de Dieu dans les plaines de Chàlons. Le roi visigolh Théodoric périt à celte bataille.

Cependant les Visigoths avaient toujours Tœil sur la ville d'Arles et sur les provinces romaines à l'orient du Rhône. Il leur importait de passer au plus tôt ce fleuve, pouf prévenir les Bourguignons, qui, étont dojù mailres des cités de Valence , de Die , de Gap , d'Embrun , de Satnt-Paul, d*Orange , de Vaison , de Sisferon , d'Avi^gpon , de Cavaillon et d'Apt , cherchaient à gagner les ^ ports de la Méditerranée. Ferreolus , préfet du prétoire des Gaules, ût de nouveau lever le siège d'Arles à Thorismoild, fila et successeur de Théodoric I*".

RÉSOMÉ DE L'HISTOIRE

Fidèle au système d*agrandissement de ses devanciers, Théodoric II , qui avait acquis le trône par le meurtre

de son frère Thorismond, inquiétait sans cesse les gou-

verneurs romains du voisinage. Avitus , citoyen de la cité des Arvernes, eut la gloire de désarmer le chef barbare dont il avait été Tinslituteur» et Théodoric posa les armes sous la condition que son mettre serait élu em- ' pereur d'Occident. Les citoyens du pied des Pyrénées et des Alpes , des bords de !*Océan et de la Méditerranée, et de la rive gauche du Rhin, s'étant assemblés à Arles, proclamèrent solennellement le nouveau prince , à qui Ton donna un siège de gazon pour trône et un collier militaire pour diadème. La mort de Tempereur fit reprendre les armes à Ihéodoric , et ce ne fut qu*en lui cédant quelques nouveaux territoires que l'empereur put obtenir la paix. Euric traita son frère , Théodoric II, comme celui-ci avait traité son frère Thorismond.

Euric ayant passé le Rhône, s^empara de la ville d'Arles et du territoire situé deçà ce fleuve, jusqu'aux confins des Bourguignons, c'est-à-dire, de tout le pays resserré entre les Alpes, la mer, le Bas-Rhône, la Durance et la cité d'Embrun. Un autre chef étranger, Odoacre, roi des Hérules, venait alors de renverser l'empire d'Occident, et d'enlever l'Italie aux Romains. Le roi hérule et le roi visigoth fixèrent aux Alpes , par un traité solennel , la limite de leurs Etats et de leurs prétentions.

Il y eut, à cette époque'; entre les Romains et les Visigoths une violente division accusée par la différence

d'opiaioQ sur le Christ comme fils de Dieu » les uns le soutenant éternel, et les autres le prétendant créé dans

le temps. Les évéques gaulois voyant les doctrines ariennes appuyées non-seulement sur la fortune toujours croissante des Visigoths, mais encore sur la faveur des Bourguignons dans la GaulOi et des Hérulis dans Tltalie, témoignèrent l'intention de secouer le joug visigolh quand ils le pourraient ; et Euric , à qui les moyens cruels, mais décisifs, ne coulaient rien , résolut d'anéantir les doctrines catholiques en renversant les églises, et en faisant massacrer ou emprisonner les évéques. Sidoine Apollinaire, évéque d'Auvergne, décrit dans une lettre à fiasile , évéque d'Aix , la désolation où se trouvaient plusieurs églises catholiques de la Première-Narbonnaise et des Aquitaines. Euric laissa par sa mort à son fils Alaric II , encore enfant , le plus grand nombre des cités d'entre la Loire , l'Océan , les Pyrénées et le Rhône , et en outre le territoire à l'est du Bas-Rhône et de la Durance jusqu'à Embrun.

l'établissement bourguignon était parvenu, comme le royaume des Visigoths, à son plus haut point de grandeur et de puissance. Il comprenait les pays qui forment à celte heure la Suisse , les comté et duché de Bourgogne, le Lyonnais, la Bresse, le Dauphiné, le Vivaraîs, rUzèche , la Savoie et le Venaissin. Cette extension de territoire était due autant à la valeur des Bourguignons qu'au titre de patrice romain porté par leurs princes. Gon^kaud , que les uns croient fils et les autres pelit-

RÉSUMÉ DE L'UiSTOiRE

fiis de Gundicaire, occupait le trànû ; il venait de vaincre ses deux frères Cbilpérie et Godonar , avec qui H élait enlréen querelle, et il les avait fait metlre à iBort» ainsi que les deui fllf et la femme de CUlpérie.

Le roi bourguignon voyant un enfant assis sur le Ir^nedesVisigotbs^erut pouvoir réaliser Taneien dessein de$anation,el aHeindreenûn à ce rivage désiré de la Mé- ^terranée. 11 passa la Duranee et obtint par une guerre de courte durée la cilé de Marseille, qui lui assurait un port Siineux, et la dtéd'4ii, par laquelle il pouvait librement communiquer de ses £tab au port de Uars^lle.

Cependant deux chefs nouveaux allaient intervenir dans lea affaires des Gaules visigothe et bourguignonne; le premier était Théodoric , chef des Oslrogolhs , autre peuplade gothique. Pourvu d'abord de quartiers dans la Thrace, il avait plu à l'empereur Zénon , qui Tavait honoré du nom de fils t ^ du consulat romain. Il était venu ensuite, du gré de son père adoplif , combaltre le roi Oduacre» et après Tavoir détruit » il avait lui-même reçu rilalie de Tempereur. Versé dans les lettres , habile à maintenir l'équilibre entre les évéques des deux communions , grand dans la vie publique et aimable dans la vie privée « il était l'espoir de toutes les hordes gothiques de l'Italie, de la Gaule et de TEspagne. I.e royaume des Visigcabs l'intéressait , autant parce qu'il avait marié sa fille avec le roi Alaric 11 que parce qu'il était sensible à la gloire commuue de toute Tinvasion gothique.

L'autre chef élait Clovis, qui é(ail cher aux Romains par son calhoUcîsme. Ayant eflaoé la puissance impé* riale dans les Gaules , et détruit les établissemens des Àllemands, il jetait un CBÎl d'envie sur les contrées méridionales, et méditait eu ce moment la ruine dcii Bourguignons.

Soit désir d^avoir une portion du territoire bourguignon, soit plutdt intention d'empêcher par adresse Taccroissement de la puissance franque , Théodorie s'allia avec Clovis et promit de joindre ses trpupc;s aux siennes contre Gondebaud » sous la condition de partager entre eux le territoire conquis. Le retard apporté dans l'arrivée des troupes ostrogotbes permet de croire que Théo* doric eût été fort aise de voir Clovis défait. Malgré ce retard» Qovis, qui avait vaincu les Bourguignons, exé- soo. cuta fidèlement le traité ; mais Gondebaud ayant em* brassé le catholicisme reprit vigueur, Théodorie se contenta des cités de Marseille , d'Aix et d*Avignon , qu'il garda pour son compte, sans les céder aux Visigolbs, et Clovis de quelque cession pareille, et d'un tribut imposé au chef bourguignon.

De même que Clovis s'était allié avec Théodorie os* trognth contre les Bourguignons, il s'allia avec Gondebaud bourguignon pour attaquer les Visigoihs. ïhéodo* rie s'efforça d'abord de ménager la paix, et lorsque en* ^ suile tout espoir de conciliation fut f.erdu, il envoya des secours considérables & Alaric II. Qovts profila habilement de la profonde haine des Uomains pour la domi-

4? RÉSUMK DE L'HISTOIRE

nation d'Alaric II à cause de la rdigion arienne» et du

méconlerilement qu*avait causé chez loul son peuple Taltération des monnaies. Âlaric périt dans une grande bataille que QoTis gagna sur les Yisigoths aux environs de Poitiers.

Amalaric, fils légitime d* Alaric II , étant encore enfant , les seigneurs visigoths l'emmenèrent en Espagne, et proclamèrent roi à sa place Giselie, son frère naturel. Théodoric n'abandonna point les Yisigoths , il obligea» les troupes franques et bourguignonnes à lever le siège d'Arles , et après avoir fait prononcer la déchéance du roi Gisélie , il replaça la couronne sur la téte de son petit-fils , dont il se déclara le tuteur et le protecteur. Enfin le roi d'Italie et le roi iranc conclurent un traité, par lequel les Yisigoths ne retinrent guère de leur vaste établissement gaulois d'entre la Loire , les Pyrénéess et le Rhône que les huit cités de Narbonne, Béziers, Agde, Montpellier, Lodève, Nimes, Carcassonne et Perpignan; ce qui forma depuis la province de Septimanie ou Go- Ihie.

Théodoric n'oubliait point dans ces diverses dfcons-

tances l'intérêt de sa |)ropre nation. Après la mort de Clpvis , ses enfans attaquèrent de nouveau Sigismond, fils et successeur de Gondebaud au royaume de Bourgogne. On puisa le prétexte de la guerre dans le meur* fre du jeune prince fils de Sigistnond, que celui-ci avait fait mourir sur la fausse accusation de sa seconde femme. Le royaume de Bourgogne parut détruit, et soit par

la force des armes , soit par d'adroiles insÎDaatioos,

Tbéodoric acquit les cilës de Saint-Paul et de Gap et toutes les autres dtés bpurguignonnes d*entre le Rbdne et la Durance. Ce fut probablement alors qui! unit le territoire de deçà la Durance où il possédait déjà les cités de Marseille etd'Aix, à son royaume d Italie. Ainsi la Gaule était aux FraocSt TEspagne aux Vîsigotbs, Vllalie aux Ostrogoths , et néanmoins les Visigolhs d Es~ pagoe et les Ostrogoths dltalie avaient un territoire a* vancé au-delà des morilagnes et appuyé sur le lUiôno, qui éteblissait la communication entre les deux grandes familles golhiques.

Tbéodoric mourut ensuite , après avoir essayé de remonter l'organisation romaine , en rétablissant la préfecture prétoriale a Arles , où elle avait été transportée depuis Toceupation de Trêves par les barbares , et où ensuite elle s'était abîmée dans la conquête des Goths. Son petit-fils Amalaric conserva l'Espagne et le district gaulois de Septimanie, et son autre petit-fils, Albalaric, hérita de TéteUissement dltalie et de l'annexe gauloise en-deçà des Alpes.

Amalasonthe , fille de Tbéodoric , mère d'Athalaric, gouverna le royaume pour son fils âgé de huit ans. Cette princesse joignait la prudence à la fermeté ; elle avait l'Ame grande ei l esprit habile ; versée dans les lettres humaines autant que le permettait son époque* elle sa* Tdit le grec et le latin, et parlait les idiomes des barbales. Les seigneurs goths, qui avaient un profond mépris

pour le( manièreB romaines^ rempèchèrent d'âerar aoo

fils selon ses idées, et ce malheureux enfant n*élant défendu contre les passions de l*âge, ni par Taocienne rudesse de sa nation , ni par de graves habitudes , périt bientôt des suites de ses débauches. Amalasontbe , qui ne pouvait régner elle-même, dans l'espérance de conserver le souverain pouvoir, épousa et lit proclamer roi Théodatus son cousin-germain ; mais an an environ aprës sou mariage , elle fut étranglée sur Tordre de son mari.

La position des Ostrogoths devenait difficile. Les enfans de Clovis ayant chassé du trône le roi bourguignon Gondemar, successeur de son frère Sigismond, et s'élant

• partagé ses possessions, les menaçaient dans la Gaule ; et lés empereurs de Conslanlinople , indignés de voir si longtemps la terre sacrée de Rome foulée par les barbares, les menaçaient en Italie. Les rois franes et Tem* pereur romain de Coustantinople allaient s'unir contre Théodatus , au moment même où Béiisaire conduisait ses bandes victorieuses de T Afrique sur le sol italien. Le chef ostrogolh , dans la vue de désintéresser les princes francs, résolut de leur offrir la cession de son territoire gaulois d'entre la mer , le Rhône et les Alpes » et le traité aurait été conclu si Théodalus n'eût été mis à mort

' par ses sujets, au milieu de ses négociations.

Yitigès, vaillant et habile capitaine, que les Osirogoths proclamèrent roi, ne put pas conjurer le mauvais destin de son peuple. Les Francs obliDrent de ce prince la ces*

DE PBOVBNGE.

8k>D qu'avait projelée Théodalus. C'est ainsi que la do»

mination des Golhs s'éteignit dans notre contrée. En Italie elle céda un peu plus lard aux armes impérialest tandis qu'elle ne se perdit dans l'Espagne et dans la SepUmanie qu'au viii* siècle sous les efforts des Arabes.

Tels ont été les Golhs et les Bourguignons Les Golhs MS. eurent cet avantage sur les Bourguignons, qu'ils ne fu« Tenl point arrêtés dans leurs courses, et trouvèrent l'Espagne à la suite de la Gaule. Les Bourguignons, resserrés entre TOcéan , les Golhs et les Francs , ne purent songer ni à traverser l'Océan , ni à dompter l'invasion gothique , ni è refouler rinvasion franque. Le catholicisme embrassé par les Bourguignons leur étdit inutile dans leurs projets de conquête ; au contraire , sitôt que les Visigoths et les Ostrogotbs eussent adopté les doctrines catholiques , la question eût bien changé de face; et s'il est impossible d'admettre qu'ils auraient renvoyé les Francs en Germanie, on doit croire que la Gaule eût dès lors reçu le principe solide d'une division en royaume du nord et en royaume du midi. Faute d'appui dans l'opinion catholique,les Golhs périrent comme les BourguigQons, ayant toutefois éprouvé davantage cette maladie de Fautorité romaine qui travaillait les barbares. Ainsi 9 ce qe furent ni les Bourguignons , ni les Goths, mais bien les Francs , héritiers de leur puissance , qui d'ahord retirent la Gaule et plus tard recopstituèrent rem(HFe.

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