ROYAUME FBANC DU SUD-£ST
Le partage de la monarchie franqae opéré à la mort
de Clovis entre ses quatre enfans, quoique conçu trèsirrégulièremeut par le besoin dï^galiser les populations nationales , fit néanmoins dominer plus spécialement chaque Etat dans une portion du territoire. Thierri» Tainé des fils, roi de Metz, obtint principalement les contrées franques d'outre Meuse et de Germanie, que Ton commença à appeler Austrasie ; Clodomir , second fils , roi d'Orléans, les contrées d'entre les Pyrénées et la Loire, c'est-à-dire , l'ancienne Aquitaine ; entre les royaumes d*Austrasie et d'Orléans , se trouyèrent placés les lots principaux des autres partages , une portion ayant été affectée à Childebert, roi de Paris, et une autre portion l'ayant été au plus jeune des quatre frères , à Clotaire, roi de Soissons. Ensuite, après la mort de Clodomir, ses trois frères, au préjudice de sa postérité, se partagèrent le royaume d'Orléans.
Lorsque la forlunedes Bourguignons et desOstrogoths eut définitivement cédé aux armes de Théodebert, fils de Thierrii roi d'ÀusIrasie » de Childebert» roi de Paris » et
DE P&OVËNCE.
de Qotaire , roi de SoissoDs , dans on nouTel arrangeméat le roi de Paris eut la majeure partie des territoires bourguignon et ostrogoih , et l'on donna au roi d'Aus-
trasie quelques eocla?es méridionales assez difficiles à déterminer » comme les dtés d'Aix , de Marseille , etc. Alors la distribution territoriale, combinée jusque là sur la longueur du territoire des Pyrénées à la Germanie, se rattacha aux quatre angles de l'ancienne Gaule.
La mort de Childebert sans enfans, et Textinction de la branche de Thierri après duux générations, ayant fait reaioQler toutes les pièces de la monarchie des Francs à Clolaire, roi de Soissons, lus partages se confondirent. Toutefois la mort de Clotaire, qui laissa quatre Iils« a* mena une nouvelle division , fondée sur le principe de la prenûère , mais plus régulière. Tandis que Tainé des fils , Charibert , roi de Paris , reçut , avec les contrées d'entre la Loire et les Pyrénées , quelques enclaves du voisinage des Alpes, les cités d'Aix et de Marseille, etc., Gontran , le second des frères , roi d'Orléans , obtint la portion du sud-est, qui renfermait cette population bourguignonne vaincue , mais non anéantie par les Francs, ce qui la fit appeler royaume de Bourgogne. Le royaume de Soissons se réorganisa pour Chilpéric dans la partie nord-ouest, et Sigibert, le dernier des quatre frères, obtint ce même royaume d'Austrasie, berceau de la nation franque, où ses tribus demi-barbares conservaient fidèlement, sans mélange avec les Romains, la langue, les mœurs et les coutumes nationales. Chariborti roi de
M EÉSUMÉ m L1UST01RE
8od-ouest, ëlant morl, son royatune d'Aquitaine fii( une
seconde fuis mis en pièces pour élre divisé entre ses (rois ' firères survivans, et les cilés mëridio«alea qui en dépen* ddienl passèrent au royaume d'Austrasie.
, Ces rois 4escendans de Cio?is, après avoir ?aiaeu lea Bourguignons et les Gullis, tournèrent leur activité contre eu& mêmes. La ville d'Arles» dépendante du royaume de Bourgogne, et les villes de Marseille et d*Avignon, dépendantes du royaume d'Ausiraue, furent intéressées dans une guerre qui d'ailleurs ne changea point les limites des deux monarchies.
La guerre extérieure se joignit à la guerre domesti-^ que. Les Lombards , que Teunuque Marsès , principal ministre de la cour de Constantinople. avait, sur quelque injure reçue de l'impératrice» attirés en Italie, après avoir fondé leur domination dans cette dernière contrée, résolurent de passer les Alpes. Il en vint une première troupe, qui ravagea plusieurs cités de Tancienne Vien*noise, battit les généraux deGontran, et retourna chargée de dépouilles. Ayant reparu quelque temps après » les Lombards se divisèrent en deux bandes , dont l'une, commandée par Zaban et Rhodanus » marcha sur les cilés de Grenoble et de Valence, et l'autre, sous la conduite d'Amon, descendit dans le bassin de la Durance, alla à Marseille par Arles, et remonta ensuite par le territoire d'Aix , mettant tout à feu et à sang , ou exigeant de furies rançons. Mummolus, grand homme de guerre, à qui le roi («ontran de Bourgogne avait donné le corn-
fflaademeat de ses armées, fui le Marias de celle invasion. Les corps deZaban et de Rhodanus furent battus
non loin dXmbruu» et le corps d*Amoa eut grand'peioe à regagner Tltalie.
L'année suivante, tandis qu'on respirait un peu, des hordes de Saxons , originaires d'Austrasie , qui , s'étant
associés à la fortune el aux courses des Lombards , et ayant ensuite été chassés par eux , Toulaient retourner dans leur pays , vinrent prendre leur passage à travers nos cités comme sur un territoire de la domination de leur roi Sigebert. Ces barbares ne se présentaient point en conquérans, mais leur paix était terrible , et portait avec elle toutes les insolences de la force.
Childebert ayant succédé à son pj^re Sigebert dans le Q>r^* royaume d'Austrasie et dans les enclaves austrasiennes de Boujrgogne , fut d'abord obligé , pour avoir la paix avec son oncle Contran, de lui céder la moilic de la ville de Marseille. Ensuite il obtint le secours de son oncle Chilpéric , roi du Soissons , contre ce même Contran, s*empara de la totalité de Marseille, signa avec Cbiipéric un traité pour partager le royaume de Bourgogne , et même il envoya chercher à Constantinople Gondebaud, fils ÎDcerlatn de Clotaire I*', qui y vivait auprès de Tempereur. Gondebaud eut bientôt un parti considérable dans la Bourgogne; Mummolus, le vainqueur des Lom«* bards, se déclara pour lui. La mort du roi deSoissons, qui privait Childebert d'un puissant appui, ne termina . point cette guerrç. Gondebaud fut proclamé roi, et pro-
50 kÉSUMÉ DE L'HISTOIIiK
mené trois fois autour du camp sur un bouclier . d*où les historiens ont remarqué qu'il lomba au troisième tour. Enfin Contran et Childebert renouvelèrent leur ancienne alliance , et Contran , sans tenir compte du jeune Clotaire, ûls de Chilpéric, qu'il avait pourtant jussas, que là soutenu sur le trftne de Soissons, déclara Childebert sou héritier en lui mettant un javelot dans la main, ce qui ruina le parti de Gondebaud.
Les deux royaumes d'Austrasie et de Bourgogne, unis sur la tète de Childebert par la mort de Gontran, furent encore séparés entre les deux fils de Childebert, Théodebert , roi d'Âustrasie , et Thierri , roi de Bourgogne, pour se joindre derechef dans la personne de Clotaîre II, ei3. Ûls de Chilpéric, roi de Neustrie ou de Soissons, qui devint ainsi seul maître des possessions des Francs. Mais d'ailleurs chacun de ces trois royaumes de Boiirg^^gne, de Neustrie et d*A.ustrasie , demeura en corps d'£tat, ayant ses parlemens, ses conciles, sa mairie suprême et sa police. Il y avait une grande liaison entre les royaumes de Neustrie et de Bourgogne et les divers districts de l'ancien royaume d'Aquitaine, parce que les peuplades franco-bourguignonne,franco*neuslrienne et francoaquitanique avaient subi au milieu de la population romaine l'influence des arts et des lumières des vaincus. Au contraire, la France austrosienne conservait toujours sa rudesse native et son mépris pour la civilisation des Gaules.
SIS. Dagobert» fils aîné de Gotaire II, à qui son père avait
de son vivant même donné leroyaume d'Auslrasie (sans la suzerainelé et moins les enclaves de l'Aquitaine et de la Bourgogne), et qui, en se révollanl contre son père et son seigneur, s'était fait rendre ces enclaves, au lieu de partager, après la mort de Clotaire II, la monarchie entre lui et son frère Aribert , lui laissa à grand'peine un établissement royal dans TAquitaine ; mais comme si c'eût été la destinée du royaume de sud-ouest d'être rétabli pour être au môme instant détruit, il arriva par la mort d'Aribert et de son fils Chilpéric ce qui était déjÀ arrivé après le partage des enfiuis de Clovis par la mort de Clodomir, et après le partage desenfans de Clotaire par la mort de Cbaribert : le royaume d'Aquitaine , de nouveau anéanti , passa è Dagobert. Ensuite, m. selon l'usage récemment introduit, il démembra l'Austrasie en faveur de son fils Sigebert , sauf la suzeraineté et sans les enclaves méridionales. En même temps , de l'avis des seigneurs des deux royaumes de Neustrie et de Bourgogne , qui semblaient alors se fondre dans un seul corps politique, i\ désigna son second fils, Clovis II, pour roi de Neustrie et de Bourgogne après sa mort, les enclaves méridionales devant alors retourner à Sigebert. Le décès de Dagobert vint bientôt réaliser ses volontés.
Cependant une grande révolution se préparait au fond de TAustrasie. Soit que les Francs-Austrasîens trouvas» sent dans les descendans de Clovis un amollissement incompatible avec leurs mœurs è demi-sauvages, soit qu'ils voulussent avoir une dynastie propre sous laquelle ils.
hÉSVm D£ L'UlSTOiiŒ
pussent conquérir une seconde fois la Gaule ei s'élendre largement en Europe, Grimoald, maire du palais d'Austrasie , se trouva assez puissant auprès des siens , a la ihoTl de Sigebcrl, pour envoyer en Ecosse le jeune Dagobert» héritier de la couronne , et faire proclamer soii propl-e fils Childebert roi d'AusIrasie. Ce premier combat de la mairie austrasienne contre la royauté mérovingientie ne fut pas décisif, toute révolution s'aiscomplissant par degrés, et le coup d'essai étant presque toujours infructueux, tiovis II, roi de Neustrîe et de Bourgogne, marcha avec ses troupes contre le maire auslrasien, le battit complètement et conquit le royaume. Qovis II , qui mourut au milieu du ses victoires , laissa TAustralsie à son second fils Childéric , et les royaumes de Neuslrie et de Bourgogne à son fils aîné,Clotaire III.
A la mort de Qotaire III, roi de Neustrie et de Bourgogne, tandis que Ebroin, maire du palais , et toute la population romaine, voulaient placer sur le trône Thierri, second frère de Clolaire III, un parti plus puissant appela Childéric roi d'Àustrasie, de iaçon que sous ce nou* veau règne la Neustrie, la Bourgogne et TAustrasîe eurent le même maître. Cette union se maintint également sous l6 règne de thierri, frère de Ctotaire Kl et de Childéric, qui gouverna toute la monarchie, si ce n'est une portion de l'Austrôsie, dont fut dépourvu Dagobert II, cet enfant exilé en Ecosse par le maire Grimoald.
La révolution austrasienne n^'était que reculée. Pépin de Héristal , descendant par les femmes du maire Gri-
moaid» fui le cbef heureux sur lequel se fixèrent les regards de ces peuplades sauvages. Le jeune Dagobert II, vors qui avait alûi:s recouvré Taucieu royaui^e d'Austrasie» ayant été assassiné, Pépin de Hérislal fut prodamé duc, c'esl-à-dire chef militaire de la nalion , lilre propre k indiquer œ qu'elle exigeait et attendait de lut. La guerre s'engagea aussilôi entre le duc d'Auslrasie et le. roi de Neustrie et de Bourgogne. Une grande bataille (gagnée sur les iN'euslro-Bourguignons assura au duc Pépin la, mairie de cet ^tat» conquête assez, profitable et prix si|f-^ fisanl de la vicloire, puisqu'elle lui livrait toute la puissance publique sans eiiiaroucher les esprits comme Taur rait fait Toccupation de la royauté.
Dans l'impossibilité où se trouvait le midi de la Gaule de repousser l'invasion austrasienne en restant unie au sang de Clovis , les provinces franques en-deçà de la Loire et les cités de la Bourgogne méridionale formèrent une ligue particulière ^ sous un chef aquitain nomqié £udes, qui plaça dans Toubuse le siège de son ffomet^ Dément. Cette ligue mémorable se composait , comme on le voit , de ces sept provinces qui avant la chute de Terapire d'Occident s'assemblaient séparément du reste de la Gaule. L'honneur d'abattre rinsurrectiqn méridionale fut réservé à Charles-^lfartel, fils de fépin ^e Hé* ristal.
Après la mort de Tbierri » Pépiq de Héristal donna
successivement en spectacle aux peuples iieustro-bourguignonjs les rois titulaires Clovjs UI et Cbildebert UI,
Vm et l'autre fils de Thierri , et Dagobert III » fils de
Cbildebert HT. De la même mnnière qu*il avait fait du royaume d*Aus(rasie un duché héréditaire pour sa famille, Pépin voulut aussi soustraire l'ancien royaume de Bourgogne à la royauté mérovingienne , en créant un de ses fils duc de Bourgogne. Tout s'accomplissait ainsi peu à peu, et sans avoir besoin d'un vain litre que gardait Tancienne race , Thabile ministre constituait fortement au profit de sa maison les grands districts de nordest et de sud-est. La mort de cet enfant déclaré duc de Bourgogne dérangea son dessein , et lui-même , après avoir désigné son petit-fils Théodald pour duc souverain
7U. d'Austrasie et maire de la Neuslro- Bourgogne, descendit , au tombeau.
Quand ce chef puissant de la révolution ausfrasienne et de la nouvelle conquête se fut éieint , la Neusirie et la Bourgogne coururent aux armes pour secouer le joug austrasien. 'On chassa du royaume de Nuustrieet Bourgogne le jeune Théodald, qui y avait été proclamé maire; on élut un maire national capable de défendre les intérêts publics, et Dagobert III étant mort, on éleva sur le
716. trône, à défaut de son fils qui était trop jeune, un prince mérovingien nommé Chilpéric; mais TAustrasie, émue devant celte réaction , qui s'étendait de l'Océan aux Alpes, écarta bien vite Tenfant que lui avait imposé la volonté suprême du dernier duc, et salua par ses acclamations Charles Martel, fils de Pépin de Héristal, prince doué de Thabileté et de l'audace nécessaires. Charles ne
t DE PROVENCE. 55
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dédaigna point les anciennes maximes, et quoique TAustrasie sembât élre définitivement devenue la propriété de sa famille, il plaç^ sur le trône austrasien Clotaire, vrai ^ roi de Ihéàtre, pour combattre Chilpéric, roi de Neustro- Bourgogne, à Tombre même des enseignes mérovingiennes. Les armées combiné du duc Eudes , chef de la ligue méridionale, et de Chilpéric, roi de Neuslro-Bourgogne, lâchèrent le pied devant les bandes germaniques, et la mairie de sud-est et de nord-ouest fut de nouveau 749. conquise.
Charles Marlel venait, après la mort de Chilpéric, roi de Neustrie et de Bourgogne, et de Cloiaire, roi d*Au8* trasie, de placer leurs couronnes sur la têle d'un autre prince mérovingien , nommé Thierri de Chelles , lorsqu'une invasion nouvelle menaça la Gaule et l'Europe entière. Les chefs arabes, dont le culte était Tapplication du déisme aux contrées orientales, comme quelques siècles plus tôt le christianisme en avait été l'eitension pour pour l'empire romain , avec cette différence què Tislamisnne s'était établi par le fer et le feu là où la religion de Jésus tenait ses premiers progrès de la puissance de la parole et de la sainteté des mœurs , gagnaient l'Europe par la côte d'Afrique opposée aux rivages par lesquels avaient apparu les prédicateurs de l'Evangile. Ils envahirent l'Espagne , de là ils se répandirent à travers les cités méridionales de la Gaule, et s'emparèrent delà ville d'Arles. Charles Martel sauva la patrie franque et les ^lises des Gaules (hins ce même Poitou où rétablis*
sèment gaulois des Visigolhs avait expiré sous les coups de Ëlovis. Néanmoins des partis considérables d'Arabes erraient toujours en-deçà des Pyrénées. I/un d'eux ayant voulu passer le Rhône, les citoyens de la Bourgogne méridionale les chassèrent. Ensuite le patrice Mauronte leur en livra l'eatrée. Les barbares se répandirent du Rhône aux Alpes. La moitié de la ville d*Arles, située en-del& du fleuiie, fut détruite; Aix subit le même sort, et il ne resta dans cette ville que quelques ruines d'une porte principale. Celte guerre d'extermination vit éclater l'héroïsme des quarante filles du monastère cassianite de Marseille , qui , ayant à leur (éle Eusébie leur abbesse» se coupèrent le nez et se mutilèrent le visage pour faire horreur aux barbares. Charles Martel accourut , et rerepoussa le perfide gouverneur et les Arabes dans les montagnes. Les barbares élanl redescendus aussilôt que le duc fut parti, celui-ci fut forcé de faire alliance avec Luifprand, roi des Lombards, afin de les conlenir ; mais il parait que depuis cette époque les Maures conservérent dans la Bourgogne méridionale plusieurs positions militaires.
La mairie neustro-bourguignonne et le duché souverain d'Auslrâsie , séparés à la mort de Charles Martel entre ses deux fils Carloman et Pépin-le-Bref , furent . bientôt réunis sur la téle de ce dernier par la retraite de Carloman. Pépin-Ie-Bref fit cesser dans cet intervalle un interrègne qui durait depuis la mort de Thierri de Chelles, et ceignit du bandeau royal le mérovingien Cbii*
déric. Mais celle situation singulière d'une monarchie
pourvue tout ensemble d'un roi honoraire et d'un chef actif , devait cesser. Toutefois , ce ne furent pas les seigneurs francs qui dégradèrent Tancienne dynastie pour élever la nouvelle. Pépin s'adressa plus haut, et demanda au pape Zacharie, dans l'impossibililé de maintenir celle séparation du titre et de Tautorité , laquelle des deux choses devait enlrainer l'aulre. L'évêque universel comprit fort bien que toute règle des actions humaines se trouvant explicilement et implicilement dans un culle organisé , la morale chrétienne devait offrir la solution du problème, et que lui, comme pasteur et docteur suprême, s'en trouvait le juge compétent. D'un autre côté, celle maison nouvelle , qui avait vaincu Tislamisme et qui pouvait défendre Borne contre les empereurs grecs et les rois lombards , était si chère au pontife ! Pépin obtint gain de cause, et fut reconnu roi. Ce fut ensuite 750. entre lui et le pape un échange de concessions qui.douées de faibles commencemens , devaient grandir avec le temps. Le roi garantit au pontife l'exarchat de Ravenne, ' première juridiction temporelle qu'aient possédé les papes, et le pape fit élire Pépin patrice» c'est-à-dire gouverneur de Rome, véritable échelon pour arriver à l'empire.
Cette dynastie naissante, accourue au secours do l'indépendance des Gaules et de la civilisation, eut une suite de grands hommos. Charlemagno, fils de Pépin, devint seul maitre de {'Etat par Iq mort de son frère et l'ex-
clusion de ses neveux. En Italie, le royaume des Lombards conquis et les armes des empereurs grecs humiliées; en Germaniet les frontières de la puissance franque reculées bien avant à lest ; en Espagne, le débordement des Arabes contenu et une lisière considérable de territoire sur laulre revers des Pyrénées ajoutée à la monarchie , enûn cette couronne impériale d'occident que n^avait pu saisir le grand Thé( jdore, relevée de terre
soo. et posée sur sa téte, telles sont les choses que ce prince exécuta par Teffort de son génie et la force de Topinion catholique. L'empire rétabli eut deux capitales, la ville de Rome et le bourg d'Àquis-Granum dans TAustrasie. 11 faut ajouter qu'il voulait détruire le mauvais effet du partage territorial entre les enfans d^^s rois, en subalternant les divers royaumes à la dignité invisible d'empereur, et en rendant ainsi tout ensemble Tainédes mâles chef de la maison impériale et souverain seigneur de l'Etat. Dans cet état de choses le pontife romain gagna de nouveaux territoires, mais il resta toujours Thumble sujet de l'empereur, et il lu! écrivit avec tout le respect d'un patrice et d'un comte.
81 4 Louis-le-Débonnaire, fils et héritier de Charlemagne, s'étant mis en possession de la dignité impériale et du territoire français (moins la Lombardie, oii régnait Bernard, son neveu), demeura fidèle aux maximes de son père. Pépin, son second fils, reçut le royaume d'Aquitaine dans la Gaule; Louis, son troisième fils, le royaume de Bavière dans la Germanie ; et Lothaire, l'ainé des
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mâles, associé à Tempire pour le même objel que plus iard les monarques capétiens associèrent leurs fils à la royauté, fui appelé à recueillir après son père la souveraineté des royaumes de Neustro-Bourgogne et d'Âustrasie , et la suzeraineté des royaumes d'Aquilaine, de Bavière et d'Kalie. Mais plus tard l'empereur ayant eu d'une nouvelle épouse Charles-le-Chauve , détacha du 829. corps dominant de l Ëtat , c*est-à-dire de la Neustro- Bourgogne et de TAustrasie , quehjues cantons , et en pourvut ce jeune prince sous le nom de royaume d*Allemagne.
Bientôt on vit éclater enlre l'empereur et ses enfans une rupture à laquelle, sans doute, le pape, qui voulait affaiblir ce nouvel empire d'occident, ne fut pas étranger. Le traité de la diète de Thionville fut visible- ^ ment conçu dans les intérêts de la politique pontificale. Lolbaire cessa d'être associé à Tempire , et au lieu de la Germanie et de la majorité de la Gaule, il n'eut plus que le royaume d'Italie. Le royaume d'Aquitaine^ dont jouissait Pépin, fut reculé jusqu'à la Somme, et s'augmenta de plusieurs di.«tricls bourguignons. Louis regut l'AosIrasie, où l'on jeta les districts neustriens non compris dans l'Aquitaine , et l'on fondit le royaume d'Allemagne de Cbarles-le-Cbauve dans l'ancien royaume de Bourgogne, qu'on donna à ce prince. Ainsi nos cités d'entre le Rbône et les Alpes, qui jusque-là avaient été du lot de Lolhaire, furent du lot de Charles-le-Chauve; mais scit que la tendresse de l'empereur pour son der-
ff
nier fils augaientàl, soit plutôt qu'on Toulût encore plus
désorganiser l'empire, l'empereur rejoignit en faveur de son dernier fils les royaumes de iNeustrie et de Bourgo-. gne , ce qui amena la nécessité de reprendre les frag- . 839. de la Neustrie sur TÂquitaine et TAustrasie. ^nfin il y eut un autre partage où le système politique de Charlemagne<reprit le dessus. Louis fut de nouveau réduit k la Bavière, les enfans de Pépin à l'Aquitaine, Charlesle-Cbauve à la Neustro-Bourgogne, privée du territoire d*en-deçà la Saône et le Rhône , et l4)thaire reèouvra les territoires germaniques , l'Austrasie » lltalie et la Bourgogne d'en-deçi la Saône et le Rhône, et avant la 840. mort de son père, il reçut de lui les ornemens de l'empire.
Lothaire prit les armes contre ses frères pour réduire leurs possessions, s*assurer l'empire et faire reconnaître sa suzeraineté. Une bataille décida cette querelle domestique t où était intéressée toute l'Europe centrale. 3^ Le traité de paix que les trois frères signèrent alors laissa aux enfans de Pépin le royaume d'Aquitaine de beaucoup réduit , créa en faveur de Louis le nouveau royaume de Germanie , depuis le Rhin jusqu'aux frontières orientales, et maintint pour Cbarles-le^Chauve sou royaume de Neustro-Bourgqgne , augmentée de Pancienne Seplimanie et de quelques cantons de l'Aquitaine, ce qui devint le nouveau royaume de France ; et Lo-thaire reçut l'empire sans suzeraineté, l'Italie et Rome, siège des ancien^ Césars, et celte longue lisière de terri-
toire gaulois entre le Rhône, la Saôné et la ileuse d*un côlé» les Alpes et le Rhin de Taulre, comme pour conserver en faveur du chef naturel des Carlovingiens quelque chose de TAuslrasie » et lui laisser le tombeau de Charlemagne et la ville métropole de son empire.
Le règne de l'empereur Lolhaire fut marqué daos nos pro?inoes méridionales par une irruption des Maures, qui tombèrent à Timproviste sur une petite ile de 1 embouchure du Rhône, où ils surprirent Rolland, archevêque d'Ârles. Après que le prélat fut mort des mauvais troitemens, ils acceptèrent sa rançon comme s*il eàt été vivant , et Tayant assis dans un bateau et vêtu de ses habits, ils renvoyèrent en cet état aux citoyens qui Tat* tendaient.
Au milieu des invasions des Maures de Textérieur, des
apparitions des Maures cantonnés dans Tinlérieur, des guerres et des divisions des, princes de la maison de Cbarlemage, les peuples de la Bourgogne, toujours occupés à Tattaque ou à la défense, perdirent les restes de la oivilisafion romaine. Les bourgs furent détruits , les champs furent abandonnés; il n'y eut plus ni études 4ans 1^ monastères, ni commerce dans les villes, et les descendans mêlés des Bourguignoos , des Gotbs et des France, allèrent reprendre sur les points d*un accès difficile, les positions militaires que les Liguriens et les Celtes avaient abandonnées depuis l'entrée des Romains. Cette anarchie annonçait le double phénomène qu'on aU kii bientôt voir, des gbuverneurs qui prétendaient ra-=
mener la puissance publique du corps même de TElat
aux termes inférieurs de la subdivision territoriale, et du pontife romain » qui voulait , en confondant l'Eglise et l'Etat, donner à l Elal les vastes proportions de l'Eglise.
855. L'empereur Lolhaire, en mourant, laissa à Louis, son fils aîné , la dignité impériale , le territoire de Rome et le royaume d Italie , et il partagea la lisière des Gaules entre ses deux autres fils, mettant dans le lot de Lothoi* re la partie septentrionale, depuis Tembouchure du Khin et de la Meuse jusqu'au Rhône, et dans celui de Charles tout le restant du Rhône à la Méditerranée, avec les comtés d*Usez, de Viviers et de Lyon. Ce royaume quitta alors son nom de royaume de Bourgogne pour preudre celui de royaume de la Province (de Provence).
m. Le royaume de Provence excita Tambilion dé Charlesle-Chauve. Ce prince, qui voulait peu à peu mettre ^ous sa main les diverses pièces de la monarchie de Charlemagne , pour recomposer Tempire en sa faveur , ayant . profilé de quelques divisions entre le roi de Provence et ses sujets, s'avança sur le royaume. Gérard de Rousil- Ion, principal ministre de Charles, déjoua ce projet. Un
863. peu plus tard, lorsque Charles, roi de Provence, fut mort sans laisser de postérité, le roi de France n'eut aucune part à son héritage, et l'empereur Louis, roi d'Italie, et Lolhaire , roi du pays d*entre le Rhin et la Meuse , se partagèrent ses provinces , Lothaire prenant la partie septentrionale, le Lyonnais et le Viennois, etc.» et Liouis la partie méridionale, le comté d'Arles, etc. Mais le roi
Loihaire étant iui-méme décédé sans enfans» l'empereur 3^9
Louis son frère ne se trouva pas assez puissant pour revendiquer sa succession , et ce furent ses deux oncles Charles-le- Chauve, roi de France, et Louis-le-Germanique, roi de Germanie» qui s'en accommodèrent.
Enfin Tempereur Louis joignit dans le tombeau ses 875. deux frères Charles et Loihaire. Alors Charles-le-Chauve réalisa la majeure portion de ses desseins ambitieux, et ayant gagné de ruse et de vitesse son frère aiiié Louisle-Ger ma nique, il prit à Rome la couronne impériale et â Pavie celle des Lombards. Uès ce moment il posséda Tancien royaume de Provence tout entier, qu'il ne chercha point cependant à rétablir. Le roi de France , qui n'avait négligé aucune occasion de morceler les territoires affectés ù la branche italienne des descendans de Louis-le-Déboiinaire v et qui avait occupé l'empire au préjudice de la branche germanique, saisit avec avidité l'instant de la mort de son frère Louis , roi de Germanie, pour attaquer ses trois enfans, Carloman, roi de la Germanie méridionale, Louis, roi de la Germanie septentrionale , et Charles-Ie-Gros , roi de Suabe ; mais ceux-ci surent défendre leur héritage.
Tandis que l'empereur, roi de France et d'Italie, s'efforçait de recomposer l'empire , les comtes et les ducs agissaient dans un sens absolument inverse. Depuis longtemps les gouverneurs se fcûsaienl un jeu de leur parole envers leurs princes, et ils avaient constamment conspiré soit avec les nations vuisineSi soit avec les hor-
RÉSUMÉ DE L'HlSTOlIiE
des conquérantes. Aussitôt que cela fut possible, ils rendirent de fait leurs gouvernemens héréditaires. Bienldt
la maxime de I bérédité des gouvernemens passa dans la foi, et fut reçue par un capitulaire. L'audace des gou* Terneurs s'accrut en raison de leurs succès. Nous trou- Tons qu'il se forma alors contre Charles-le-Chauve une ligue des grands feudalaires du midi de l'empire , qui tenait k la fois la Gaule et Tltalie, et où l'on remarquait Bernard, marquis de Golhie et duc d'Aquitaine; Déranger, duc de Frioul, en Italie ; et Boson, comte de Vienne. Ces trois hommes ospiraient à rétablir , pour leur propre compte, les anciens royaumes d'Aquitaine, d'Italie et de Bourgogne ou Provence.
Boson était ûls d'un Buwin , comte des Ardennes. Après la mort d'Hermentrude, première épouse de Charles-le-Cbauve , sa sœur Bichilde plut au roi , et devint sa maîtresse d'abord, puis sa femme. Telle fut Torigine de la fortune de Boson , qui reçut les gouvernemens de Vienne et de Pavie , et qui eut roccasion d'étendre son influence sur les divers districts de l'ancien royaume de Provence. Son séjour au-delà des monts lui ayant per* mis de se lier avec Déranger, duc de Frioul , prince du sang des rois lombards , sous la tutelle duquel vivait Herniengarde, enfant unic^ue de l'empereur Louis, après avoir fait empoisonner sa première femme , selon uq historien de l'époque, il épousa la princesse. Fille d'un empereur d'occident, Uermengarde souhaitait passionnément une couronne. A défaut de l'Italie, que Béren-
ger s'était réservée, les deux époux luèreot leurs regards sur Tancien royaume de Provence.
Les derniers temps de la vie de Cbarles-le-Chauve, les deux années du règne de Louis-le-Bègue, son fils et soQ successeur, se passèrent sans que Boson eût éclaté. Louis^le-Bègue étant mort , le comte de Vienne donna le signal, auquel devaient bientôt répondre dans la Gaule, dans la Germanie et dans Tllalie, les autres chefs de la révolution* Mais le royaume de Bourgogne n'étail non plus qu'un premier degré de puissanee |iour la raee de Boson, et l'on verra ces nouveaux rois de sud est dupes du leum éternel que leur présentaient les papes, pour*
suivre la couronne impériale d'occident, comme autre- £ois les chefs des tribus du nord , et récemment les divers membres de la maison de Charlemagne.
mSSUMË DE LmSTOlIlE