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de ce qu'il voulait savoir. Le Jésuite lui avait donné, ajoutait - elle, des marques d'une complaisance sans bornes et d'une prédilection spéciale : «Il l'appelait sa chère enfant, » l'embrassait , la baisait, la mettait sur ses «genoux; il lui disait qu'il l'aimait plus «qu'il n'avait jamais aimé ni sa mère ni sa »sœur (i). » Oubliez-vous et laissez faire ^ lui répétait-il sans cesse; ces deux mots renferment la plus sublime disposition.
Le nouveau directeur prévint cette fille que , loin de marcher dans les voies extraordinaires de la perfection , elle était dans un état déplorable, et celle-ci , effrayée de cette découverte, lui fit l'aveu de Y obsession (2) que
(1) Causes célèbres , t. II, pag. 336.
(2) Il faudrait être initié dans les secrets de la mysticité' pour bien entendre ce que c'est qu'une obsession.
* Le Dictionnaire de Trévoux en donne cependant une définition générale assez exacte, à laquelle on pourra recourir. Molina en parle aussi fort au long, d'une manière très curieuse et surtout très édifiante , depuis la
Je P. Girard l'avait forcée d'accepter , des peines que cet état lui causait, des révélations, des extases , des visions, de la connaissance des consciences , des stigmates , des transfigurations et autres prodiges qui en avaient été la suite. Elle y joignit quelques faits secrets qui s'étaient passés entre le Jésuite et elle , reconnaissant qu'il lui avait tellement fasciné les yeux, qu'elle prenait les mouvements voluptueux de la nature pour les avant-coureurs des plaisirs célestes. Le P. Nicolas entrevit, dans la réunion des faits rapportés par sa nouvelle pénitente, que cette infortunée était devenue enceinte , et que son directeur l'avait fait avorter.
Après une semblable découverte, le P, Nicolas ne voulut pas amuser plus long-temps l'Évêque de la sainteté imaginaire de cette
proposition 4* jusqu'à la proposition 49 de sa Guide spirituelle. Ici , ce mot signifie l'état d'une personne qui a bien voulu consentir que le démon s'emparât d'elle pour sauver une âme qui est en danger de son salut,
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fille ^ il l'engagea à la visiter lui-même, et ce prélat parvint à s'assurer aussi dune partie des crimes du Jésuite directeur.
Instruit de ce qui se passait, le P. Girard crut devoir conjurer l'orage. Il dépêcha un Jésuite, le P. Sabàtier, qui avait beaucoup d'ascendant sur l'esprit de l'Évêque; et, au moyen de plusieurs ressorts que la Compagnie fit jouer dans cette intrigue, ce Père parvint à obtenir pour son Confrère une entière justification.
L'Evêque n'imagina rien de mieux pour se rendre utile aux Jésuites que de se saisir de cette affaire, dont on commençait à jaser dans le monde; en conséquence, il envoya son officiai chez la Gadière pour l'interroger judiciairement sur les faits et articles, et dresser un procès-verbal de ses réponses.
La Cadière raconte d'abord dans ce procèsverbal toutes les extases , toutes les visions et tous les miracles dont nous avons déjà parlé. Elle passe ensuite à ce qu'il y eut de parti-
culier entre le P. Girard et elle. Or, voici
comment elle s'explique à cet égard : « Ce
«fut alors (1) que le P. Girard vint dans sa » maison , pendant près de trois mois, continuellement presque tous les jours, se fer- » mant à clef avec elle dans sa chambre. Quand »ees états (d'obsession) la prenaient, il lui «tenait les mains ; et comme elle n'était pas «maîtresse délie, elle s'est trouvée avec des «postures très indécentes. D'autres fois ledit «P. Girard lui disait de se mettre au bord du «lit : il s'approchait , l'embrassait par les «deux mains, la tenait appuyée sur sa poi- «trine, la baisant de moment à autre. Un » autre jour, étant dans un de ces états où elle «perdait l'usage des sens, elle se trouva cou- » chée par terre , ledit P. Girard derrière elle ; «et à mesure qu'elle revint de cet état, elle «vit qu'elle avait le sein découvert et le Jésuite « la main dessus ; et lui ayant demandé pour-
(i) Causes célèbres, rédigées par Richer, t, II . pag, 55o? in- 12, 1772.
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» quoi elle avait ressenti de très grandes doubleurs dans le temps qu'elle était comme » cela hors d'elle-même, il lui répondit : Pau- » vre enfantj je le crois bien.... Un autre jour, » étant encore, comme de coutume, enfermée » dans sa chambre , il la fit mettre à genoux , »et lui dit ces paroles : La justice de Dieu » exige que vous soyez mise à nu; vous méri- » leviez que toute la terre fût témoin de ceci; » cependant le bon Dieu veut bien quil n'y ait » que ces murailles et moi qui ne puis parler qui » en soyons témoins; mais auparavant jurez-moi » fidélité que vous me garderez un secret invio- » lable : car ^ mon enfant, si vous veniez à en * parler j, vous me perdriez. Ce qu'elle lui pro- »mit, ne croyant pas que la chose fût de » telle manière qu'il la lui fit faire. Il lui or- » donna donc de monter sur son lit, lui » plaça un carreau sous les coudes pour la » relever , et s'écarta vers la fenêtre où elle ne » fut pas témoin de ce qu'il fît; mais bientôt »il revint auprès d'elle, lui donna quelques
» coups de discipline, et, après lui avoir baisé »le derrière, lui dit de se lever du lit, que ce » n était pas là tout, que le bon Dieu n était »pas content, et qu'il exigeait encore qu'elle » se mît à nu devant lui. Comme elle avait » l'usage de ses sens , la chose la révolta beaucoup ; elle commença même à jeter un grand »cri; mais elle demeura sans connaissance, » n'ayant seulement de l'entendement que » comme une personne hébétée , ravie pourtant et charmée par des sentiments tout di- »vins, puisque toutes les fois que ce Père la «touchait, elle recevait des grâces et des faveurs, et particulièrement lorsqu'il lui tou- »chait le sein. Il lui commanda doter le » mouchoir de sa tête, ensuite la coiffe, » après cela son tablier, enfin sa robe, ses » jupes et son corset; de sorte qu'elle resta »en chemise. Elle vit alors qu'il se dressa , »la vint embrasser par le derrière , ce qui lui » causa de très grandes douleurs. N'ayant ja- * mais eu connaissance auparavant comment