ÔO RÉSUMÉ DE L'HISTOIRE
pour relever un seigneur agenouillé devant lui 9 Jean Ghastel lui porte un coup que ce mouvement du Roi fait changer de direction. Le couteau devait frapper au cœur, Henri IV en fut quitte pour une dent cassée et une blessure à la lèvre.
Il crut d'abord que le coup partait de Mathurine sa folle , qui se trouvait près de lui, et dit avec colère : Au diable soit la folle ^ elle m'a blessé! Celle-ci nia le fait et courut fermer la porte de la salle. Alors le seigneur de Montigny, apercevant un homme qu'il ne connaissait point, le saisit, et dit tout haut: C'est par vous ou par moi que le roi a été blessé. Lorsque le tumulte fut apaisé, on vit briller aux flambeaux le couteau que Chastel avait jeté par terre.
Cependant cet assassin ne convenait pas de son crime, et on se disposait à le mettre en pièces, quand le roi ordonna au grand prévôt de l'hôtel de le faire conduire en prison. Là on l'interrogea de nouveau , et il avoua
DES JE S U JTES. () 1
tout. Il dit, entre autres choses (1), a qu'ayant » opinion d'être oublié de Dieu , et étant as- » sure d être damné commerAntechrist,il vou- » lait de deux maux éviter le pire ; et qu'étant )) damné , aimait mieux que ce fût ut quatuor » que ut octo. Enquis où il avait appris cette » théologie nouvelle, a dit que c'était par la )) philosophie. Interrogé s'il avait étudié en )) théologie au collège des jésuites, a dit que » oui ; et ce , sous le P. Gueret, avec lequel il » avait été deux ans et demi» Enquis s'il » n'avait pas été en la chambre des méditations, où les Jésuites introduisent les plus )) grands pécheurs, qui voient en icelle cham- » bre les portraits de plusieurs diables de di<- )) verses figures épouvantables, sous couleur » de les réduire en une meilleure vie, pour » ébranler leurs esprits , et les pousser par » telles admonitions à faire quelques grands
(i) Anti-Cotlon, chap. n , pag. 108. — Le Mercure Jésuite , ty I , pag. 5^5.
6a EÉSUMÉ de l'histoire
» cas , a dit qu'il avait été souvent en cette » chambre des méditations. Enquis si les pro- » pos de tuer le roi n'étaient pas ordinaires » aux Jésuites , a dit leur avoir ouï dire qu'il » était loisible de tuer le Roi , etc. »
Henri IV ayant appris par ceux qui l'environnaient que Chastel était disciple de la Compagnie , s'écria : « Fallait-il donc que »les Jésuites fussent convaincus par ma bon- » che ( 1 ) ! ))
Le Parlement crut devoir prendre enfin les mesures les plus promptes et les plus efficaces contre des maîtres qui excitaient leurs écoliers à de pareils forfaits. En condamnant Chastel, il ordonna, le 29 décembre 10945 <c que les prêtres et écoliers du Collège de Clerî>mont^ et tous autres soi-disant de la Soï> ciété de Jésus , comme corrupteurs de la » jeunesse 5 perturbateurs du repos public, » ennemis du Roi et de l'Etat , videront , trois
(1) Le Mercure Jésuite , t. 1 , pag. 5ao, in-8° , i65f«
» jours après la signification du présent ar- » rêt, hors de Paris et autres villes et lieux » où sont leurs Collèges, et quinzaine après )> hors du royaume, sur peine, où ils seraient « trouvés, ledit temps passé, d'être punis » comme coupables du crime de lèsc-majes- )> té, etc. »
Les Jésuites évacuèrent effectivement le royaume ; mais il en resta dans le Languedoc et dans la Guyenne, où la Ligue avait encore quelque crédit. Malgré les ordres du maréchal de Matignon, ces Pères étaient rentrés à Bordeaux , et faisaient la loi dans plusieurs villes voisines. Ils attestent eux-mêmes que Henri IV adressa des lettres au Parlement de Bordeaux pour les faire chasser de sa juridiction , et que cet ordre fut sans effet.
Les aveux de Jean Chastel ayant porté l'attention des magistrats sur la Compagnie, ses papiers furent saisis et examinés. On trouva ces mots dans ceux du Jésuite Guignard : On a fait une grande faute à la