PHACÉE ET OSÉE. — FIN DU ROYAUME D'ISRAEL
Susairé par Dieu pour exterminer la maison d’Achab, Jéhu sut remplir sa rigoureuse mission. Ochosias, roi de Juda, tomba commeJoram sous les coupsde cet usurpateur du trône d'Israël. Les têtessanglantes des soixante-dix fils d’A chab furent livrées au vainqueur par les habitans de Samarie; quarante-deux proches d'Ochosias éprouvérent le même sort.
T0 à RÉSUMÉ DE L'HISTOIRE | Leur crime unique était d’appartenir a.
une race proscrite. Les prophéties d'E-
lisée se trouvèrent accomplies. Ce n’était point assez pour la piété sévère de Jéhu.
Il chercha d’autres victimes. Il tendit les bras à l’idolâtrie, pour la mieux étouffer.
Tous les adorateurs de Baal } CONVOQuéÉs à une fête solennelle, fureur immc-
lés au pied des autels mêmes qu’ils
venaient encenser. Dieu, pour récompenser le ministre de ses vengeances, lui promit que ses enfans règneraient sur Israël, jusqu’à la quatrième génération.
Jéhu ne persévéra pas dans cette ferveur religieuse : la gloire de ses armes fut humiliée par les victoires d'Hazaël, roi de Syrie. Il mourut après un règne de vingt-huit ans, et laissa Le Lrône à son fils Joachas.
Cepérdant Athalie sacrifiaiti impitoya blement à son ambition et à son zèle pour les idoles, les débris de la postérité de Joram, échappés aux saintes persécutions de Jéhu: et Juda ne sauva point ce qu'israël avait épargné.
Digne fille de Jézabel, cette ferame cruelle, cette mère Fer extermit:a
DES JUIFS ANCIENS. 193 k,
la postér ité de son fils Ochosias, et s’empara du trône de Juda. Péut ignorer l’histoire miraculeuse de Joas, soustrait au poignard d’Athalie, élévé dans le temple sous les auspices du grand-prêtre Joiada, et tout-à-coup replacé comme par enchantement sur le trône de ses pères, il faudrait non seulement n’avoir point lu la Bible, mais ne pas savoir que Racine a existé, et que d’un miracle il a fait une mi dbaille: Avec Athalie, tombe l’autel de Baal,
Le jeune Joas, tant qu’il marcha sous les auspices du grand-prêtre Joiada, se montra digne de la couronne; il répara le temple, lui rendit son antique splendeur, et montra autant de sagesse que de piété. Mais à peine fut-il privé de ce guide vertueux , qu'il s’égara. Le sang d'Athalie coulait dans ses veines. Joas vengea cette marâtre cruelle er l’imitant. Zacharie, fils et successeur de Joiada, ose faire entendre au tyran le langage de la vérité; il est impitoyablement lapidé. Joas est puni de ses crimes par des calamités qui pèsent moins sur les rois que sur les peuples. Battu et as-
Fa
siégé dans Jérusalem par Hazaël, roi de Syrie, il abandonna au pillage le temple
du Seigneur. Mais bientôt après, il périt
victime d’une conspiration tramée dans son palais. Justice fut enfin rendue sur le bord de la tombe. Un arrêt du peuple déclara Joas indigne de prendre place dans le sépulcre de David. Les Israélites imitaient la coutume des Égyptiens; ils flétrissaient la mémoire des tyrans en les privant des honneurs de la sépulture royale. Il vaudrait mieux juger les princes avant leur avénement, et n’investir de la royauté que ceux qui la méritent; mais les peuples ont rarement usé de tous leurs droits.
Israël gémissait également sous le joug de princes indignes d’une honorable sépulture, ou plutôt indignes de régner et de vivre. Joachas, fils et successeur de Jéhu, marchait sur les traces de Jéroboam; il fut châtié, lui et son peuple, par le glaive des Syriens que commandait leur roi Ben-Hadad IE.
Joachas survécut peu de temps à ces humiliations, qu’il avait néanmoins effacées par une victoire éclatante.
Joas son fils imita son impiété, mais
impunément; son pélérinage auprès du prophète Elisée lui fit sans doute trouver grâce devant le Seigneur. Élisée touchait au terme de sa longue carrière; le roi d'Israël vint le visiter sur son lit de mort, et lui dit en gémissant : « Je » perds en vous le char glorieux qui » conduisait Israël. » Élisée lui répondit:
« Prenez un arc et des flèches. » Le roi obéit ; le prophète lui dit alors : « Ou- » vrez la fenêtre qui regarde l’orient, » et tirez une flèche. » Joas exécuta cet ordre, et Élisée ajouta : « C’est la flèche » du salut du Seigneur ; flèche du salut » contre la Syrie : elle présage vos vic- » toires contre les Syriens ; maintenant » prenez des flèches, et frappez-en la » terre.» Le roi frappa la terre trois fois, et s'arrêta ; alors le prophète affligé s s écria : « Si vous aviez frappé la » terre cinq ou six fois, vous auriez ex- » terminé entièrement l’armée de Sy- » rie; mais maintenant vous la battrez » par trois fois. »
Élisée mourut et fut enseveli avec pompe. Ce prophète, qui avait fait tant
de prodiges durant sa vie, fit enccre des
miracles après sa mort : le contact de ses restes inanimés ressuscita un mort .
qu’on portait en terre, et que la vue de quelques coureurs Moabites avait fait jeter à la hâte dans le tombeau du prophete.
Ben - Hadad IL fut battu trois fois,
comme l'avait prédit Elisée. Amazias ,
roi de Juda, défia témérairement le vainqueur des Syriens; après avoir inutilement tenté de ramener Amazias à des dispositions pacifiques, Joas le défit
‘en bataille rangée , près de Betzamès,
entra dans Jérusalem par une brèche pratiquée en guise delporte de triomphe, et revint à Samarie, chargé des dépouilles du temple.
Amazias expia ainsi le crime de s'être prosterné devant les idoles des Iduméens, qu'il avait vaincus dans les plaines de Salines. Il occupa quelques années encore le trône avili de Juda; une conspiration le fit périr comme son père Joas.
Joas d'Israël n’était plus.Jéroboam IE, son fils, occupait le trône; et, comme
DES JUIFS ANCIENS, 157 son père, triomphait des Syriens, sans respecter davantage la loi du Seigneur.
Jonas , Osée et plusieurs autres prophètes florissaient à cette époque, et annonçaient aux nations les éclats prochains de la colère céleste ; mais les cœurs étaient insensibles, 4 esprits aveuglés ; les prophètes eux-mêmes se refusaient à remplir leur mission. Tout le monde sait que Jonas, fugitif, fut avalé par un poisson monstrueux, qui le transporta de vive force au lieu de sa destination; il ne fallut pas moins qu’un tel miracle pour déterminer Jonas à aller à Ninive prophétiser les malheurs prêts à fondre sur cette ville coupable. Jéroboam mourut aprèsun règne de 41 ans, et laissa le trône à son fils Zacharie.
Ozias, que l’Écriture nomme aussi Azarias, succéda à son père Amazias, sur le trône de Juda; jeune encore, il ferma par sa sagesse les plaies du royaume : de nombreuses armées, d’imposantes fortifications élevées sur les confins du désert, le déploiement d’un formidable appareil de guerre, firent
respecler Sa puissance, etassurérent une,
158 RÉSUMÉ DE L'HISTOIRE longue paix, conquise par des victoires sur les Philistins «et les Ammonites. Les encouragemens donnés à l’agriculture et à tous les arts utiles , la religion et la
piété du prince, firent fleurir la grande
famille de Juda; mais dans ce haut point de grandeur et de puissance , le cœur d'Ozias s'enfla d’orgueil : il désobéit au Seigneur; il voulut usurper les fonctions sacerdotales, et offrir de sa main lencens sur l’autel des parfums. « Sortez du » saint lieu, s’écrie le pontife Azarias , » et ne méprisez point les lois du Sei- » gneur, autrement vous porterez de- » vant lui la confusion de votre déso- » béissance. » Ozias, qui tenait l’encensoir, répond -par des menaces et va consommer le sacrilége; mais aussitôt la lèpre paraît sur son front; il se laisse chasser du temple ; il sent que le Seigieur l’a frappé. Roi lépreux et interdit, il vécut quelque temps encore, mais séparé du commerce des hommes ; la mort seule mit fin à ses maux. Joathan , qui gouvernait au nom de son père, fut alors proclamé roi; héritier des vertus d'Ozias, ce prince marcha
dans les voies de la piété ; toutefois l'Écriture lui reproche, ainsi qu'à son pére, de n’avoir point détruit les hauts dieux, où le peuple continuait d’offrir des victimes et de l’encens.
Le royaume de Juda semblait plus florissant qu’il ne l’avait jamais été depuis la séparation des dix tribus; la paix et l’abondance répandaient partout la joie; mais cette prospérité n’était que mensongére; elle cachait un germe de “décadence imminente : il n’y avait plus ni vertus, ni mœurs; Jérusalem surtout était devenue un foyer de corruption :
on célébrait avec pompe les cérémonies religieuses, l’encens brülait sur l’autel en l'honneur de Dieu, mais la piété habitait plus dans de cœurs ; on observait les pratiques dela religion, mais en même temps on commettait toutes sortes de crimes; la débauche enfantait le blasphême et le meurtre; les juges vendaient leurs suffrages, et cen’est Jamais l'innocence qui La ace les grands et les riches opprimaient le pauvre; les femmes étaient amollies par le luxe ; Ja corruption du cœur avait aveuglé les
esprits et perverti les jugemens, les notions naturelles du bien et du malétaient bouleversées : on donnait aux ténèbres
le nom de lumières, et à la lumière le nom de ténèbres ; chacun publiait hau-
tement ses désordres, et s’en faisait gloire. La dépravation absolue exclut l'hypocrisie, qu’on regarde avec raison comme le plus affreux de tous les vices, mais dont l'existence annonce du moins que la vertu est encore en honneur.
Le prophète Asaïe avait commencé à
paraitre sous le règne d’Ozias; en vain il reprochait aux J'uifs leurs déreglemens
et leur impiété; les cœurs étaient endurcis, les yeux ne voyaient pas, les
oreilles n’entendaient plus. Le Seigneur se manifesta à Isaïe avec tout l’appareil de sa majesté : il était assis sur un trône élevé, et le bas de ses vêtemens remplissait le temple; des séraphins étaient
autour du trône : ils avaient chacun six.
ailes, deux dont ils voilaient leur vi-
sage, deux dont ils couvraient leurs pieds,
et deux dont ils volaient; ils s’écriaient d’une voix forte : « Saint, saint, saint
» est le Seigneur , le Dieu des armées !
» toute la terre est remplie de sa ma-
» jesté! » ( Zsate, ch. vi.)
De tous les écrivains juifs, désignés sous le nom de prophètes, Isaïe est le plus remarquable par la verve, l'éclat et en même temps la rare élégance de ses hymnes prophétiques. Comme tous lés auteurs sacrés , il abonde en images, en métaphores ; mais nul n’a su mieux que lui peindre les objets avec vérité, et faire un heureux mélange d’idées tour-à-tour sublimes et gracieuses. Quoi de plus magnifique que cette peinture :
« Voici que Jéhovah dépeuple la terre et la dévaste; il en change la face; il en disperse les habitans; car déjà s’ouvrent les cataracies du ciel, et les fondemens de la terre sont ébranlés; la terre se brise, se brise en éclats; son sein se déchire , se déchire en mille pièces; elle s’agite jusque daus ses profonds abîmes; elle chancelle , chancelle comme un homme ivre; elle vacille au lieu qu’elle | occupe, comme une tente d’une seule nuit. x (/saie, ch. xx1v.)
Maintenant que de grâce dans ce passage : : « De mème que la pluie descend
The
du ciel, et qu’elle n’y retourne pas, jusqu'a ce qu’elle ait arrosé la terre, et lait fécondée, et l'ait fait germer, afin qu’elle donne la semence à celui qui sème, et le pain à celui qui mange; de même sera la parole qui sort
de ma bouche : elle ne reviendra pas à
moi vainement, sans avoir fait ce que j'aurai voulu, sans avoir heureusement opéré ce que je lui aurai prescrit. »
(Jsaïe , ch. 1v.) |
Il est malheureux qu’Isaïe n’ait point toujours cette lucidité de pensée et d’expression. Trop souvent il s'estenveloppé d’obscurités et de voiles, ce qui est, au reste, le caractère général des oracles de tous les pays et de tous les temps. Aucun écrivain n’a été plus diversement interprété que lui : il a fourni des armes à chaque opinion religieuse; et ceux qui cherchent dans les prophéties autre chose que le mérite littéraire, ont puisé, à pleines mains, des argumens dans ses éloquentes visions.
Revenons à l’histoire du royaume d'Isral, qu'agitaient de sanglantes révolutions. Zacharie, fils de Jéroboam, mou-
rut assassiné après six mois de règne ou plutôt de tyrannie; ainsi fat vérifiée la prédiction faite à Jéhu, dont les enfans ne devaient occuper le trône d'Israël que jusqu’à la quatrième génération.
Sellum , meurtrier du dernier roi, usurpa la couronne; mais il ne jouit que pendant un mois du fruit de son crime, et fut tué à Samarie par Manahem. Ce nouveau tyran sut faire regretter ses prédécesseurs ; il extermina les habitans de Thapsa, qui avaient refusé de lui ouvrir leurs portes; il implora contre ses sujets l’assistance de Phul, roi des Assyriens ; il consentit à devenir u'ibutaire pour rester despote, et le peuple dut payer l'étranger qui l’enchaïnait sous un pouvoir tyrannique; ce joug humiliant pesa dix années sur Israël.
Phacéia, fils de Manahem, régna deux ans sans gloire; Phacée, général de ses troupes, le tua, usurpa le trône et l’occupa vingt ans; une nouvelle conspira- ‘tion, un nouveau meurtre, substituèrent à Phacée un autre usurpateur; la couronne passa sanglante sur la tête d'Osée, le dernier des successeurs de Jéroboam.
sa
164 RÉSUMÉ DB L'EISTOIRE Déjà, sous le règne précédent, Théglat- Phalasar , roi des Assyriens, s'était emparé de la Galilée et du pays de Nephtali : incapable de défendre le trône qu'il avait Hnipe Oséé se soumit, sans combattre , à un tribut exigé par Salmanasar, roi d'Assyrie; bientôt après, il chercha à s’en affranchir ; implora Falliance du roi d'Égypte, et eut recours aux armes, pour reconquér ir une indépendance dont il s'était montré indigne.
La révolte précipite sa ruine; Salmanasar, à la tête d’une armée nombreuse, vient assiéger Samarie, s’en empare après un siége de trois ans, et $e venge en vainqueur implacable; maitre de tout le royaume, il transfére au pays des Assyriens les Israélites échappés à son glaive. Osée va mourir dans une captivité honteuse, au milieu de sujets captifs comme lui sur la terre étrangère, tandis que des populations assyriennes quittent les bords de l’Euphrate et du Tigre, pour venir occuper la patrie des vaincus.
Telle fut, dit l'Écriture, la punition infligée aux dix tribus, pour s'être sépa-
rées de la maison de David, pour avoir abjuré les commandemens de Dieu, méprisé les remontrances des prophètes, pour avoir couru après les vanités et le mensonge, et s'être abandonnées à toutes sortes d’impiétés et de crimes. Le Seigreur irrité.rejeta Israël de devant sa face, et l’exila en Assyrie.
Aïusi finit le royaume d'Israël, 244 ans après le schisme. Celui de Juda sub.
sista quelque temps encore; quelques rois Vertueux ARPATAESAIeNL par intervalles, et obtenaient grâce pour la maison de Juda; mais le mal fit enfin pencher la balance; la protection divine se retira, et Juda tomba de la même chute qu’Israël. Reprenons les faits.
Joathan, dont la piété et les vertus contient avec la corruption de ses sujets, leur laissa, dans son fils Achas, un maître vraiment digne d'eux , et du Yexemple du moins ne pouvait pas les faire rougir. À peine montésur le trône, Achas relève les autels de Baal, renversés par son père; Dieu cependant le protége encore : il arrête au pied des murs de Jérusalem les armées de Rasin,
roi de Syrie, et de Phacée, roi d'Israël; mais Achas, sourd à la leçon des bienfaits, persévère dans l’idolâtrie. Dieu favorise alors les armes de Rasin; le Syrien , vainqueur, retourne à Damas, chargé de dépouilles ; Phacée profite des malheurs d’Achas, l'attaque, et lui tue cent vingt mille hommes. Les Israélites se retiraient victorieux, trainant à leur suite deux cent mille prisonniers; un prophète, nommé Obed, se présente sur le passage de l’armée, et reproche aux enfans d'Israël le traitement qu'ils font subir à leurs frères. « Croÿez-moi, leur » dit-il, rendez la liberté à ces captifs, » car la colère de Dieu est prète à » tomber sur vous. » Touchés par ces reproches, ou intimidés par ces menaces, les Israélites relächèrent leurs prisonniers, après leur avoir donné les vêtemens et les secours dont is avaient besoin.
Cependant toutes les portes de Juda étaient ouvertes aux invasions étrangères : tandis que les Syriens et les Israélites désolaient d’un côté le royaume, les Philistims et les Arabes l’infestaient de
DES JUIFS ANCIENS. 167 l’autre. Trop faible contre tant d’enuemis, Achas implore le secours du roi d’Assyrie; ce prince reçoit ses présens et méprise son alliance ; après avoir vaincu Rasin, pris et pillé Damas, il vient rançonner de nouveau le roi de Juda, et se retire chargé d’un riche butin. C’est ainsi, dit l’Écriture, que Dieu humiliait Juda, à cause de son roi Achas.
L'adversité, loin de corriger ce prince, le fléau de son peuple, ne faisait qu’endurcir son cœur et ajouter à ses iniquités. Sa superstition s’alimentait par les malheurs mêmes destinés à la punir; il mariait à ses idoles celles des ennemis qui l'avaient vaincu; c’est aux dieux des Syriens qu'il immolait des victimes expiatoires ; c’est eux dont il implorait l'assistance contre les armes de Rasin; la profanation des vases sacrés, la clôture du temple, rien ne manquait au triomphe de l’impiété. Achas aurait sans doute entrainé Juda dans l’abime où se précipitait alors Israël; mais il mourut, et la piété de son fils Ezéchias désarma le Seigneur. Achas avait régné seize ans; le peuple ne le trouya pas
digne d’être enseveli dans le tombeau de ses pères. |
Le premier acte du règne d’Ézéchias signala son zèle religieux, et prouva qu’Àchas était morttout entier. Le nouveau roi ouvre les portes du temple, rassemble les lévites, et leur ordonne de purifier la maison da Seigneur; il prélude par des sacrifices et par des cérémouies lustrales à la célébration de la Pâque; il veut consacrer le rétablissement de la religion par le souvenir de la délivrance des Hébreux. Un grand concours de peuple s’assembla à Jérusalem, et pendant sept jours on y célébra la Pâque avec une solennité qui rappelait les pompes de Salomon; cette fête fut même continuée pendant sept autres jours sur la demande du peuple, qui, se répandant ensuite dans tout le pays, brisa les idoles, abatüit les bois sacriléges, ruina les hauts lieux, et effaca jusqu'aux vestiges de l’impiété d’ Achas.
Cette Pâque, connue sous le nom de P4que d Ezéchias, estune époque de gloire dans les fastes dé Juda.
La pictéet les vertus du prince avaient
DES JUIFS ANCIENS. 169 retrempé le caractère du peuple; ce n'était pas là le temps qu’il fallait choisir pour donner des fers aux enfans de Juda :
les Philistins l'apprirent à à leurs dépens.
Encouragé par un premier succès, Ézéchias ecolut de se soustraire à la honte du tribut imposé à ses ancêtres par les rois d’Assyrie; Dieu cependant parut l’abandonner : attaqué d’une maladie mortelle, Hzéchias allait s’éteindre.
Isaïe lui annonce qu’il en mourra. Le saint roi, qui n'avait pas d'héritier, s'adresse au Seigneur par une prière fervente. Elle estexaucée ; Isaïe revient, et déclare à Ézéchias que Dieu lui rend la santé, et qu'il lui accorde encore quinze années de vie.
Cependant Sennachérib, roi d'Assyrie, envahissait la ue Ézéchias se prépare avec sagesse et courage à le repousser : il rassemble des troupes, répare les forteresses, remplit lesarsenaux, ordonne de boucher les puits et les fontaines pour priver d’eau les ennemis, et encourage le peuple par son activité et par son exemple.
Sennachérib, qui déja s'était emparé
de plusieurs forteresses, profite de la terreur qu’'inspirent ses armes, et paraît consentir à vendre la paix au poids de l'or ; les trésors de Jérusalem lui sont livrés ; mais aussitôt il recommence la guerre, et apprend à Ézéchias qu’une paix sincère ne peut être fondée que sur une transaction honorable, qu’elle ne saurait être le prix d’un marché.
Après avoir trompé les Juifs, Sennachérib essaya de les diviser, de les effrayer, et de les ramener au culte des idoles , en leur rappelant que leur Dieu avait été sans force contre les dieux d’Assyrie ; mais Ézéchias et le prophète Isaïe, opposant la prière au blasphème, intéressérent le Seigneur à la cause de son peuple. Sennachérib avait conduit son armée contre celle du roi d'Éthiopie 3 qui s’avançait au secours d'Ézéchias : après avoir vaincu le roi éthiopien et avoir ravagé l'Égypte, il revint en Judée, et campa devant les murailles de Jérusalem ; fier de sa victoire, il se promettait une vengeance facile. Jérusalem était consternée; mais pendant la nuit l’ange du Seigneur descendit dans
DES JUIFS ANCIENS. 171 le camp des Assyriens , et tua tout ce qu'il y avait d'hommes forts et portant les armes dans leur armée. Sennachérib ne survécut à ses soldats que pour aller
montrer sa honte à Ninive, et y mourir de la main de ses deux fils au pied de l'autel de Nesroch.
Cette victoire ranima la foi des Juifs, pour qui jusqu'alors les miracles n’avaient été que des vérités de tradition ; elle répandit même dans les pays voisins une telle crainte du Seigneur, que plusieurs princes étrangers envoyérent des victimes au temple de Jérusalem et des présens au roi Ézéchias. à
Après avoir illustré son règne par ses triomphes, Hzéchias fit le bonheur de ses sujets par une sage économie : de nouvelles villes furent bâties et remplies d’habitans, sans que les anciennes villes fussent dépeuplées; denombreux magasins mirent le peuple à l’abri de la disette ; les épargnes du prince et les tributs de l’étranger enrichirent le tré-
sor, el le roi termina pieusement sa glorieuse carrière. Il avait régné vingtneuf aus; les larmes et les regrets du
peuple honorèrent ses funérailles; et un tombeau plus élevé que celui des autres rois, attesta que sa gloire dominait celle de ses prédécesseurs.