ROYAUME DE JUDA
MANASSÉ, AMON , JOSIAS , JOACHAS, ELJA- KIM ; JOACHIN , SÉDÉCIAS. — FIN DU ROYAUME DE JUDA ; DESTRUCTION DE JÉRUSALEM ET DU TEMPLE.
Le vertueux Ézéchias eut pour successeur un fils indigne. Manassé ( c’était son nom), perverti dès sa plus tendre jeunesse par des courtisans corrompus , rétablit Pidolâtrie d’Achas, et se livra aux plus horribles excès. Il plaça une image dans le sanctuaire, et érigea dans les deux parvis des autels à tous les dieux impurs. Il entreprit de soumettre à ce culte toute la Judée, imposa l’impiété à son peuple, punit de mort tous ceux qui restaient fidèles à la loi de leurs pères, et fit scier par le milieu du
174 RESUME DE L'HISTOIRE corps le prophète Isaie qui lui reprochait ses égaremens.
La vingt-deuxième année du règne de ce prince, Esarrhaddon, roi d'Assyrie et des provinces Babyloniennes, résolut de venger le désastre qu'avait essuyé son père dans la Judée, Il leva une puissante armée, entra dans le pays d'Israël, transporta à Babylone et en Assyrie tout ce qui restait de la population israélite, et remplit les villes de Samarie de colonies assyriennes.
Après cette conquête, Esarrhaddon envoya en Judée quelques-uns de ses généraux et une partie de son armée., Manassé fut défait, pris et emmené captif à Babylone; mais sa captivité ne fut pas longue. Il obtint sa liberté , et, devenu plus sage par le malheur, il abjura ses impiétés et rétablit dans toute la Judée le culte de la vraie foi. !
Une guerre s'était élevée entre le roi de Babylone et Psammétique, roi d'Egypte,au sujet des limites des deux empires. Psammétique entra à la tête d’une armée dans la Palestine que se dispu-
DES JU IFS ANCIENS. 179 taient les deux princes. Devenu vassal “des Assyriens, depuis son rétablissement sur le trône, Manassé soutint leur parti pendant cette guerre qui dura plusieurs années. [Il fit fortifier de nouveau Jérusalem , et assura ses villes frontières par de foie garnisons.
Le roi de Babylone vint à mourir , et laissa le trône à son fils Saosduchin, que l’Écriture appelle Nabuchodonosor. Ce prince entra en guerre avec Déjocës, roi des Mèdes, le battit et se rendit maître d'Ecbatane, capitale de l'empire des Mèdes. Fier de ce triomphe, il forme le dessein de soumettre à son empire toutes les nations occidentales jusqu’à la Méditerranée. Il met le général Holopherne à la tête de ses armées. Elles s'avançent, précédées par la terreur, et ne rencontrent que des peuples soumis.
Holopherne n’en détruit pas moins leurs temples, et leur impose pour unique culté"celui de son maître. Les Juifs seuls se préparent à une vigoureuse résistance.
De conquête en conquête, Holopherne arrive enfin devant Béthulie, ville de la tribu de Nephtali, qui refuse de lui ou-
vrir ses portes. Il en forme le siége; les assiégés, réduits à l'extrémité par la soif, entrent en négociations avec Holopherne. Ils promettent de serendre dans cinq jours, si le Ciel ne vient à leur secours.
Il y avait dans la ville une veuve nommée Judith, riche, belle encore, et vivant dans la retraite, le jeûne et les pénitences. Cette femme, après s'être mise en prières pour implorer le secours du ciel, se lava, se parfuma, arrangea ses cheveux, mit sur sa tête une mitre, prit ses habits de joie, chaussa des sandales , et s’orna de bracelets, de pendans d'oreilles et de bagues. Dans cet état, elle sortit de Béthulie et se dirigea vers les tentes assyriennes. Conduite à Holopherne par les gardes avancées, elle se présente comme une fugitive, et s’engage à le rendre maitre non seulement de Béthulie , mais de la Judée entiere.
Épris de sa beauté, Holopherne lui accorde toute sa confiance. Le quatrième jour de son séjour au camp, comme ils soupaient ensemble , Holopherne s’enivra dans le repas, et fut porté au lit par ses esclaves qui se retirèrent, le laissant À
DES JSUIFS ANCIENS. 177 seul avec Judith. Cette femme aussitôt fitune prière au Seigneur, prit le glaive d'Holopherne, pendu à son chevet, lui coupa la tête, la mit dans un sac, traversa avec cetle dépouille l’armée assyrienne, et, au lever du soleil, rentra triomphante dans Béthulie.
Dès que les Assyriens eurent connai:sance de cet événement, ils prirent la fuite : les Israélites les poursuivirent, les taillèrent en pièces et s’enrichirent de la dépouille des vaincus. Le grand-prêtre vint de Jérusalem à Béthulie combler Judith de bénédictions. Elle chanta un cantique en actions de grâces, et le souvenir de sa victoire fut consacré par l’établissement d’une fête annuelle.
Manassé, après un règne de cinquantecinq ans, finit ses jours à Jérusalem. Les dérèglemens de sa jeunesse avaient été si grands, que, malgré l'éclat de son repentir, on lui refusa l'honneur d’être enseveli dans le tombeau des rois de la maison de David. On l’enterra daus son jardin.
Amon, son fils et son successeur , n'imita qué les commencemens de la
Me
vie de son père. Il se rendit tellement odieux par sa tyrannie, que ses propres serviteurs l’égorgèrent dans la seconde année de son règne. Son fils Josias lui succéda.
Ce prince, d’une extrême piété, purgea la Judée de tout vestige d’idolâtrie ; il opéra la même réforme dans toutes
es villes du pays de Samarie, qui alors
était soumis à sa domination. Sous son règne, le grand sacrificateur Hilkija, découvrit dans le temple l’exemplaire authentique de la loi de Moïse. Quoique Ézéchias eût entretenu des scribes pour recueillir et transcrire les livres saints, sous les règnes de Manassé et d’Amon la plupart de ces exemplaires avaient été détruits ou perdus. Aussi la découverte d'Hilkija produisit-elle une vive sensation sur le roi, sur le peuple et sur le grand sacrificateur lui-même,
La treizième année du règne de Josias, Jérémie commença à prophétiser.
Il annonça aux Juifs un malheur qu'il voyait prêt à fondre sur eux du côté du septentrion. Jérémie était un prêtre de la tribu de Lévi; il habitait Anathoth,
DES JUIFS ANCIENS. 179 à quatre lieues de Jérusalem, dans la tribu de Benjamin.
D 7 orage qui menaçait fut ; ne tarda pas à se former : Nécho, roi d'Égypte, voulant s’opposer aux progrès des Assyriens, devenus redoutables par une alliance qu’ils avaient formée avec les Médes, s’avança vers l’Euphrate à la tête d'une grande armée; Josias, voyant qu’il prenait sa route au travers de la Judée, résolut de s'opposer à son passage; 1] ramassa toutes ses forces, et se posta dans la vallée de Mécuiddo. L’Égyptien lui mande que ce n’est pas lui qu'il vient combattre; il l’engage à ne pas se mêler de cette guerre; Josias n’écoute rien, il repousse toute offre de paix. Une bataille se livre; Josias est défait, blessé mortellement, et il expire au Fe des regrets de tout son peuple et des plaintes éliditetes de Jérémie , qui sentait toute la grandeur de cette perte, et prévoyait les calamités qui al- Lien fondre sur sa patrie.
Les Juifs placèrent sur le trône lux ces fils de Josias, Joachas, appelé aussi Sellum ; son règne fut bien court.
Gog.
Gog.
Nécho ayant battu les Babyloniens vérs l'Euphrate, et s'étant emparé de Ja ville de Carkémis, reprit au bout de irois mois la route de son ro paume; il sut en chemin que Joachas s'était fait roi sans lui demander son consentement; aussitôt il lui ordonna de venir le trouver à Ribla, en Syrie; dès qu'il y fut arrivé, Nécho l'envoya prisonnier en Égypte, où il mourut. [L’ Égyptien continua sa marche: victorieuse, s'empara de Jérusalem, mit sur le trône Éliakim ou Joachim, autre fils de Josias, et imposa à la Judée un tribut annuel de cent talens d'argent (plus de 450,000 fr.
de notre monnaie), et d’un talent d’or (environ 50,000 francs ).
Éliakim s’eflorça de combattre la réforme qu'avait établie la piété de Josias;s il se livra, lui et son peuple, à tous les égaremens de l’idolâtrie : pour arrêter ces désordres, Jérémie alla, par l’ordre de Dieu, au palais du roi pendant les fêtes de Pâque, et lui annonça les malheurs qui étaient prêts à fondre sur lui et sur toute sa famille, s’il ne désarmait le ciel par un pronipt repenuir ;
DES JUIFS ANCIENS, 181 de-là il monta au temple , où il fit au peuple les mêmes menaces. Les sacrificateurs , irrités de l’audace d’un homme qui ne ménageait pas dans ses discours la majesté du sacerdoce, et qui tonnait contre les dérèglemens des prêtres, saisissent le prophète et le traînent devant le conseil du roi, demandant à grands cris qu’on le mette à mort; mais il fut sauvé par Ahikam, l’un des membres les plus influens du conseil, qui plaida sa cause avec chaleur et obtint sa liberté, du consentement unanime des grands et des anciens du peuple qui assistaient à l’assemblée. L
Ürie, autre prophète, fit, la même année, d'aussi courageuses prédictions , mais n'eut pas le même bonheur; le courroux qu’elles inspirèrent à Eliakim, le força de fuir en‘Égypte, où il ne fut pas à l’abri des vengeances du prince ; des émissaires qui avaient suivi ses traces, l’y arrétérent , et le ramenèrent à Jérusalem, où il fut supplicié par ordre du roi.
Dans le même temps prophétisèrent aussi fabacuc et Sophonie. Toutes ces
prophélies étaient sinistres; toutes présageaient la destruction de Juda : c’était comme ‘une seule et même voix,
s'élevant sans relâche pour annoncer |
an orage qui ne devait point tarder à éclater.
La troisième année du règne d’Éliakim, Nabopolassar, roi de Babylone, voulut faire rentrer sous sa dépendance la Syrie et la Palestine, qui s’en étaient détachées depuis les victoires de Nécho.
{1 s’associa au trône son fils Nabuchodonosor , et l’envoya à la tête d’une armée pour reconquérir ces provinces ; ce jeune prince battit d’abord l’armée égyptienne vers l’'Euphraté, reprit la ville de Car-
kémis, et continua sa marche vers la
Syrie et la Palestine.
Cependant Jérémie continuait ses tristes prophéties. Voulant les recueil- Ur, il appelle auprès de lui, dans la retraite où il se tenait caché pour éviter la vengeance des prêtres, Baruch, fils de Nérija, le premier de ses disciples , qui sténographia ses prédictions. Baruch monta au temple et en fit’ lecture
/en préseuce de tout le peuple! rassem-
Sin D LG SP
DES JUIFS ANCIENS 103 blé pour la grande fête de l'Æxpration.
Ce fut immédiatement après cette solennité que Nabuchodonosor envahit la Judée : il mit le siége devant Jérusalem, et s'en rendit maître; le temple fut pillé, et une partie des vases sacrés
transférés à Babylone. Nabuchodonosor
fit d’abord charger de fers Éliakim , et voulut l'emmener en esclavage ; di il céda aux supplications de ce prince, et lui laissa son trône à condition qu’il deviendrait son tributaire et lui prêterait serment de fidélité. Un grand nombre de Juifs furent emmenés captifs, et le vainqueur donna ordre au chef de ses eunuques de choisir parmi les enfans ‘de race royale et des premières familles du pays, les plus beaux et les mieux faits , pour être conduits à Babylone et mis au nombre de ses eunuques ; dans ce choix furent compris Daniel, Ananias, Azarias et Misaël, tous les quatre du sang royal de Juda.
Après le départ des. Babyloniens , Éliakim, que n’avait pas corrigé le mal.
heur, retomba dans ses impiétés. Jérémie ordonne à Baruch de faire une se-
Gor.
conde fois lecture de ses prédictions dans le temple; Baruch s’y transporte aussitôt, et du haut d’une fenêtre il lit au peuple rassemblé dans la cour tout ce que contient son rouleau; le roi, sur le rapport de ses grands, se fait apporter le livre; maisil n’en a pas plutôt enten-
du lire quelques pages, qu’il le prend,
le perce, dans sa colére, de plusieurs coups de canif, et le jette dans le brasier auprès duquel il était assis dans son appartement d'hiver; il donne en même temps l’ordre d’arrêter Baruch et Jérémie, mais tous deux se NA par la fuite à sa fureur.
La huitième année deson règne, Éliakim se révolta contre Nabuchodonosor , qui avait succédé à son père Nabopolassar; il refusa de lui payer tribut, et se ligua contre lui avec le roi d'Égypte:
mais les secours que lui avait promis ce prince lui manquerent. Le roi de Babylone livra la Judée aux incursions des Chaldéens, des Syriens, des Ammonites et des Moabites, qui désolèrent ce pays
pendant quatre ans. Une grande famine,
causée par la sécheresse, vint se joindre
DES JUIFS ANCIENS. 185 aux ravages de ces infatigables ennemis.
En vain Jérémie implore pour les siens la pitié du ciel : le ciel reste sourd , OU plutôt ne répond que par des calamités nouvelles.
Nabuchodonosor, qui, dans une guerre heureuse, venait d'enlever à l'Égypte plusieurs provinces, entre enfin lui-méme en Judée : il prend Jérusalem, fait tuer Éliakim, et ordonne qu’on jette son corps sur le grand chemin hors des portes de Jérusalem, réalisant ainsi la parole de Jérémie, qui avait prédit au roi qu’il n'aurait pas d'autre sépulture que celle d’un âne.
Joachin , fils d'Éliakim , fut placé sur le trône de Juda après le départ du roi de Babylone; celui-ci, regardant ce choix comme une insulte, envoya ses lieutenans assiéger de nouveau Jérusalem. Trois mois après, il vint lui-même en personne commander le siége. Joachin, jugeant la défense impossible, sortit de la ville et alla se rendre au roi avec sa mère, tous les grands de sa cour et ses principaux officiers. Il ne gagna que la vie à cette soumission ; car il fut
aussitôt chargé de chaines et conduit captif en Assyrie.
Nabuchodonosor enleva tous les trésors du temple et du palais du roi:il mit en pièces et fit transporter à Bahylone tous les vases d’or dont la piété de Salomon avait orné les autels. Outre le
roi Joachin, il fit conduire en captivité
la mère de ce prince, ses femmes, ses ofhciers, les grands de sa cour, les plus braves soldats de son armée, au nombre de dix mille hommes, tous les serruriers, charpentiers et autres artisans du pays. Parmi ces captifs, se trouva Île prophète Ézéchiel, fils du prêtre Busi, de la maison d’ nur |
Il ne resta en Judée que le menu PUR Nabuchodonosor plaça sur ce trône avili Mattania, fils de Josias, et oncle du‘précédent roi; il Jui fit changer son nom en celui de Sédécias : ce prince suivit l exemple de son neveu et de ses frères; comme eux, il sacrifia aux) idoles. Vers la seconde année de son règne, il envoya des ambassadeurs à Nabuchodonôsor, et Jérémie se servit de leur eñtremise pour écrire aux Juifs de la
captivité. Il les engageait à se défier de deux faux prophètes qui les entrete-
naient dans le vain espoir d'un prompt retour; 1l leur annonçait que la captivité de Paboiine durerait soixante-dix ans ; 3 que les Juifs demeurés en Judée et à Jérusalem, loin de pouvoir contribuer
à leur nc > seraient eux-mêmes
bientôt la proie du glaive, de la famine et de la peste, Quant aux deux faux prophètes, illeur prédisait une punition prompte et terrible : ils ne tardèrent pas à la subir. Nabuchodonosor ayant appris qu ’ils troublaient les Juifs par leurs vaines prédictions, qu'ils les empéchaient de former des établissemens dans le pays, donna l’ordre d’arréter ces deux i imposteurs, et les fit brüler à petit feu.
Gé RAEe hâta la catastrophe qui devait achever la destruction de Juda. Après avoir fait alliance avec Pharaon-Hophra, roi d Égypte, il se révolte contre le roi
de Babylone. Nabuchodonosor rassemble une grande armée, et se met en marche contre le rebelle; mais arrivé en Syrie, | il apprend que L Ammonites sont en- | | trés dans la ligue. formée contre lui; > ins
certain sur lequel de ces deux peuples il fera d’abord tomber sa vengeance, il s’en rapporte à la décision du sort : il prend deux flèches, écrit sur l’une le nom de Jérusalem, sur l’autre celui de Rabbath, capitale des Ammonites; il les remet dans son carquois, et en retire une. Elle porte le nom de Jérusalem; il n'hésite plus, et envahit la Judée. En peu de jouts il en prit toutes les villes, à l'exception de Lakis, d'Hazéka et de Jérusalem. Cette capitaleest investie : la crainte inspire alors à Sédécias un acte de justice. et de piété; il ordonne à tous ceux qui avaient des esclaves, Hébreux de nation, deles mettresur-le-champ en liberté, CE EE àla loide Moïse, car on était alors dans une année sabbatique. Ge décret s'exécute; mais l 2PPI0= che du roi d Égypte, s'avançant à la tête d’une puissante armée pour secourir 5é- - décias, aux termes du traité, oblige Nabuchodonosor à lever le siége pour aller avec ses troupes au-devant de Pharaon.
A cette nouvelle, les Juifs, se croyant délivrés pour toujours du danger qui les menaçait, se repentent d’avoir donné
la liberté à leurs esclaves, et les font
rentrer de force sous le joug ; mais leur sécurité ne fut pas longue: le roi d'Égypten avait osé attendre l’armée aguerrie du Chaldéen ; il s'était retiré devant les forces de Nabuchodonosor, dont l’armée reparut tout-à-coup devant Jérusalem; le siége recommenca, et la ville fut prise au bout d’un an; elle fut emportée d'assaut vers l'heure de minuit.
Profitant de l’obscurité, Sédécias s'enfuit avec un corps de troupes qui se trouvait
auprès de sa personne; il traversa le
camp ennemi, et tâcha de se sauver audelà du Jourdain; mais les Chaldéens l'ayant poursuivi, l’atteignirent près de Jéricho : abandonné de ses soldats, il fut pris et conduit au roi de Babylone, qui se trouvait alors à Ribla, en Syrie. Na:
buchodonosor fit tuer, sous les yeux de ce malheureux , ses fils et les principaux seigneurs de sa cour; il lui fit ensuite crever les yeux, et le fit conduire chargé de chaînes à Babylone. \)
Maîtres de Jérusalem, les Chaldéens se répandent dans tous les: quartiers, et y font un carnage horrible. Environ ‘un
100 RÉSUMÉ DE L'HISTOIRE mois après la prise de cette ville, Nébuzaradan, capitaine des gardes du roi de Babylone, y arrive. Son premier soin fut de tirer Jérémie de la prison cü l’avait plongé Sédécias, qui voulait à toute force que le prophète. se: fit courtisan, et qui ne cessait de le consulter , pour le remettre aux fers après acbies de ses inflexibles prédictions. Jérémie délivré ordonne aux prêtres d'emporter le feu sacré qui brûlait sur l’autel des holocaustes, et de le cacher, loin de tous les yeux, dans unpuits profond et sans eau. Lui-même fait emporter avec lui le tabernacle, l’arche d’alliance et Vautel des parfums , et va les cacher dans une caverne de la montagne de Nébo , dont.
il bouche lentrée. Ces précautions étaient urgentes : trois jours après son arrivée, Nébuzaradan met le feu au temple, après en avoir enlevé tout ce qu'il conservait ençore de, précieux; et ce magnifique édifice s'écroule dévoré par l'incendie, . fut
Au reste, on ‘pouvait dire que ce pieux monument était depuislong-temps détruit, tant. il avait subi de dépréda-
tions; car la beauté du temple de Salo— mon ne consistait pas dans l'édifice luimême , etencoré moins dans sa grandeur. Ce n’était qu’une petite masse de bâtiment qui n'avait que cent cinquante pieds de long et autant de large. C’est dans les ornemens , dans les matériaux et dans les bâtimens intérieurs que consistait la magnificence du temple. Les ornemens étaient d’un travail exquis, et tenaient en quelque sorte du prodige; les décorations du Saint des Saints avaient coûté six cents talens d’or (cent trois millions six cent quatre-vingt mille francs de notre monnaie}. L'édifice était bâti de pierres neuves, artistement taillées ; la cour dans laquelle le temple était ie: et la cour extérieure, nommée la Cour des F. emmes , core environnées de bâtimens que et de portiques superbes. Les portes étaient d’une richesse et d’une beauté rares.
La troïsième cour, qui embrassait tout le reste, était environnée d’une galerie soutenue par plusieurs rangs de colonnes.
Le feu, qui détruisit entièrement ce bel | édifice, ne respecta ni le palais du roi,
102 RÉSUMÉ DE L'HISTOIRE ni les maisons de la ville : tout fut la proie de l'incendie.
Nébuzaradan fit captifs tous les habitans qui avaient échappé au massacre.
Séraja le souverain pontife, Sophonie le second sacrificateur, et environ soixante-dix des premiers citoyens, conduits à Ribla en présence de Nabuchodonosor, sont sur-le-champ mis à mort.
Nébuzaradan ne laissa dans le pays que les plus pauvres pour labourer les terres et tailler les vignes. Il donna pour gou-
verneur à la Judée, Godalias, fils d'Ahikam, et emmena tout le reste à Babylone. Quant à Jérémie, on lui laissa le choix ou de partir pour la Chaldée, ou de demeurer dans le pays : c’est ce dernier parti qu'il préféra. Nébuzaradan le renvoya à Grodalias avec des présens et des vivres. Ce fut alors qu’il composa ces belles lamentations qui ont traversé … les siècles, cet éloquent cri de deuil, :
cette plainte opiniâtre et animée que dépare quelquefois un trop grand luxe !
de douleur, une trop grande pompe!
d'affliction.
Après le départ de Nabuchodonosor , |
tous les Juifs qui, par crainte des Chaldéens, s'étaient enfuis chez les nations voisines, et tous ceux qui, après la déroute de Jéricho, s'étaient tenus cachés dans les montagnes, accoururent et vinrent se mettre sous la protection de Godalias, qui leur fit un favorable accueil :
de ce nombre fut Ismaël, prince du
sang royal. Mais bientôt ce traître, ja-
loux de la préférence qu’on avait donnée sur lui à Godalias, l’assassine à Maspha, lieu de sa résidence , au milieu d’un festin que lui donnait ce gouverneur. Ismaël et ses partisans égorgent en même temps tous les gens de guerre Juifs et Chaldéens qui se trouvaient auprès de lui. Ils font prisonniers tous les habitans de Maspha , et se mettent en chemin vers le pays des Ammonites.
Mais Johauan, un des Juifs revenus en Judée avec Ismaël, se met avec quelques troupes à la poursuite du meurtrier, l’atteint à Gabaon , le bat et ramène les prisonniers.
Cependant la crainte du ressentiment de Nabuchodonosor s'empare de tous les Juifs restés en Judée; ils forment le des-
194 RÉSUMÉ DE L'HISTOIRE sein de fuir en Égypte; en vain Jérémie veut les détourner de ce projet. Ils partent sous la conduite de Johanan et de plusieurs autres chefs : ils emmènent avec eux Jérémie et son disciple Baruch , et abandonnent leur patrie désolée pour la terre des Pharaons. … Tous les Juifs qui étaient rentrés dans le pays après le départ de l’armée chaldéenne, et tous ceux que le roi de Babylone ÿ avait laissés , firent partie de cette émigration. La Judée entière fut veuve de ses habitans. Israël et Juda furent confondus dans la même ruine.
Depuis ce temps, Jérémie disparaît dans l’histoire. Quelques-uns ont avancé que ce saintihomme fut lapidé en Égypte par les Juifs eux-mêmes, pendant qu'il leur reprochait courageusement leur idolâtrie, et qu'il leur préchait le retour à la vraie foi, comme le seul moyen de reconquérir la patrie et la liberté,