FMANCIPATION DU PEUPLE JUIF
PEnpanr près de trois siècles, les descendans de Jacob se livrérent paisiblement en Égypte aux travaux de l’agriculture et de l’industrie, que négligeaient les habitans du pays, plus adonnés aux études spéculatives. Des douze fils du patriarche étaient sorties, pleines de vigueur etde jeunesse, ces douze tribus qui devaient former le peule juif (1).
(1) Voici les noms des onze fils de Jacoh qui vinrent en Egypte avec lui: Ruben, Siméon , Lévi, Juda, Issachar , Zabulon, Dan , Nephtali, Gad , Azer et Benjamin. Les deux fils de Joseph, Éphraïm et Manassé , furent la tige de Ja douzième tribu.
Les Ég yptiensne voyaient passanscrainte et sans envie les richesses et le nombre toujours croissant de ces étrangers : leur persévérance à observer la religion de leurs ancêtres, quoiqu’éloignée de tout esprit de prosélytisme, déplaisait aux prêtres et ne les laissait pas sans inquiétude. Cependant, tant que la couronne ne sortit point de la dynastie qui devait à Joseph tant de reconnaissance, le sort de ses descendans fut assuré. Mi une nouvelle famille parvint au trône; les prêtres excitérent contre les juifs la haine du nouveau prince. Ils usèrent de toute leur influence pour les rendre odieux et redoutables. Une époque de persécution commenca.
Jusque-là les nes avaient vécu libres; on les rendit esclaves ; on les assujettit aux travaux les plus grossiers et les plus pénibles; on les accabla d’im-
pôts, de vexations; mais ce peuple souf-
frait patiemment, et on le voyaitcroître dans l'oppression, Les prêtres eurent recours à un stratagème. On leur attribuait le don de prophétie; l'un d’eux annonça qu’il naîtrait bientôt parmi les
Ta
24 RÉSUMÉ DE L'HISTOIRE | Hébreux un enfant d’une admirable Verlu, qui reléverait sa nation et humilierail l'Égypte. En même temps l’auteur de cette prédiction proposait au roi un moyen d’en prévenir l’accomplissement : c'était d'ordonner que tous les enfans mâles qui viendraient à aitre chez les Hébreux, fussent mis à mort. Le roi suivit ce conseil, et cet édit barbare fut rendu.
Les Hébreux étaient arrivés à une époque de crise; il fallait déterminer chez ce peuple un grand mouyement :
Moïse parut.
C'était un homme d’une âme ardente, d’un esprit vaste et d’un courage éprouvé. Exposé sur le Nil par sa mère, qui avait mieux aimé le livrer aux flots qu'a la cruauté des Égyptiens; sauvé des eaux par la fille du roi d'Égypte; élevé à la cour de ce prince, il s'était adonné avec
succès à l’étude de ces arts et de ces sciences dont l'Égypte fut le berceau. Il
avait quarante ans lorsqu'il s ’éloic gne volontairement du palais des Li VOUS
et se rend au milieu de ses frères, dont
1683. il veut partager l'infortune, eten même
DES JUIFS ANCIENS. 35 temps étudier le caractère. Mais il ne peut maitriser l’mtrépide fierté de son âme : il voit un Égyptien qui frappe un Hébreu, il se jette sur l’agresseur et le tue. Il cache son corps sous le sable; mais, trahi par ses propres frères, il est forcé de fuir pour échapper à la mort. Il se sauve chez les Madianites, épouse une fille du pays; pendant quarante ans il méêne la vie de pasteur; seul, il médite un projet sublime, et l'espoir de délivrer les Hébreux de l'esclavage ne peut sortir de sa pensée. ‘*
Poussé par une haute inspiration, il croit enfin que le moment est venu, et il se met en marche pour l'Égypte avecsa femme et ses deux fils. Il n’oublia rien de ce qui pouvait assurer le succès de son grand dessein. Comme il redoutait ‘un léger défaut de prononciation qui lui était naturel, il fit prévenir son frère Aaron, qui réunissait à un.esprit cultivé le don de la parole, qualité si puissante pour exercer une action directe sur la multitude. Aaron vint à sa rencontre à la frontière; Moïse lui développe toutes ses idées, et des qu'ils sont arrivés en
25, RÉSUMÉ DE L'HISTOIME
gypte, au milieu de leurs frères, il se rend avec lui dans l'assemblée des vieillards convoqués pour l'entendre. Aaron parle au nom de Moïse, et la nation, par l’organe de ses anciens, promet de seconder celui qui veut être son libérateur.
Moïse se présente devant le roi, au nom de tous ses frères ; il dit que Dieu, que la justice, exigent qu'il leur soit permis de vivre libres et de retourner dans le pays de leurs ancètres. Le roi l'écoute avec méprisg le renvoie pret ordonne que les travaux des Hébreux soient doublés, et qu’on déploie contre eux une rigueur nouvelle.
Moïse essaya en vain de frapper de terreur l'imagination du monarque; il résolut d'obtenir à tout prix la liberté de ses frères; un dernier: coup est enfin porté. Une nuit, on entendit un long cri dans toute l'Égypte; tous les premiersnés des Égyptiens avaient: été frappés de mort. Qu'ils partent! s’écrient à -lafois, dans leur épouvante, le roi et les habitans. Les fsraélites , déjà tout prêts au départ, se réunissent au nombre de
DES JUIFS ANCIENS. 97 six cent mille hommes; ils ont des armes, des vivres , des troupeaux et des objets précieux, dépouilles de leurs oppresseurs. Moïse prit avec lui les ossemens de Joseph.
* Les Israélites marchaient en ordre de bataille; dans les campemens, chaque tribu avait sa place séparée. Moïse n’avait pas voulu prendre le chemin le plus Court pour gagner la terre de Chanaan, parce qu’il aurait fallu passer par le pays des Philistins, qui se seraient opposés peut-être à sa marche. Ce n’était pas qu'il craignît ces ennemis , mais il connaissait les hommes qu’il avait à conduire ; il savait qu’un premier combat les engagerait peut-être à retourner sur leurs pas. Il se dirigea doue le long des côtes de la Mer- “Rouge, vers l’Arabie-Pétrée. Après avoir pris plusieurs circuits, sans doute pour tromper les Égyptiens, dont il craignait d’être poursuivi, il vint camper entre les montagnes et la Mer-Rouge, devant Pi-Hahiroth, forteresse égyptienne.
Ce fut là qu il fut atteint par le rot d'Égypte, bio furieux du départ des
28 RESUME DE L’HISTOIRE Hébreux, s'était mis à leur poursuite avec ses troupes,
La situation des Juifs était affreuse, Resserrés entre la mer et les montagnes , pressés par une armée nombreuse, il ne leur restait aucun espeir de salut, Aussi, à l’approche de l’armée égyptienne, une grande terreur se répandit dans le camp des Hébreux. Il y avait parmi eux une grande quantité de vieillards, de femmes et d’enfans. Ils viennent reprocher à Moïse d’être l’atteur de tous leurs maux : « Pourquoi nous mener dans ces déserts où nous allons périr? N'y avait-il pas assez de sépulcres en Ég gypte? » Mais Moïse les rassuré, et il leur promet de les délivrer bientôt des Égyptiens.
C’est alors que, pour échapper à la destruction dont ils sont menacés, äls cherchent leur salut dans la seule route ouverte à leur passage. Guidés par Moïse, ils traversent la Mer-Rouge, où de Égyptiens, qui veulent les poursuivre, sont engloutis.
Quoique nous nous soyons proposé de nous abstenir de toute réflexion sur les
DES JUIFS ANCIENS, 29 événemens dela nature de celui que nous venons de rapporter, nous nous arrêterons cependant sur celui-ci, à cause de son extrême importance.
Si l’on jette les yeux sur une carte du pays où se passent les faits que nous rapportons, on verra que Moïse a dû se détourner de sa route directe pour venir passer la Mer-Rouge. Il pouvait en effet, sans entrer dans le pays des Philisüns qu'il voulait éviter, aller de Ramessis, où les Hébreux s'étaient rassemblés pour sortir d'Égypte, à Élim, où ils vinrent camper plus tard; mais Moïse savait qu’il serait poursuivi ; l’armée égyptienne l'aurait certainement bientôt atteint, et alors il fallait donc livrer aux Ka d'un combat contre une armée nombréuse et pourvue de chariots et d'instrumens de guerre, les destinées du peuple juif? Au lieu de suivre cette route, il gagne les bords du golfe d’Æeéropolis, qui termine en cet endroit la Mer-Rouge; il y attend les Égyptiens,
certain de les faire tomber dans le piége
qu'il leur dresse. Il savait que, pendant .
la marée basse, secondée par le vex tuio-
FI
lent qui souffla toute la nuit et qui mit la mer à sec (1), ce golfe, à l'endroit où il était campé, serait praticable pour son armée, tandis que les Égyptiens, qui voudraient l’y suivre, surpris par le retour de la marée, trouveraient la mort au fond de cette mer, qu’il mettait désormais entre lui et de nouveaux ennemus. F
Arrivés sur l’autre rive , les Hébreux sentirent toute l'étendue du danger. auquel ils venaient d'échapper. Moïse improvisa un chant religieux d'actions de grâce, qui fut répété en chœur par tout le peuple. Marie, sœur d’Aaron, prit un tambour; toutes les femmes marchèrent aprés élle avec des tambours à la main, chantant à haute voix : « Gloire au Scigncur, qui a précipité dans la mer le cheval et le cavalier ! »
Les Hébreux se remirent en marche; six semaines après leur départ d'Égypte, ils arrivèrent dans le désert de 15%. Ils y trouvèrent le matin, après la rosée, une substance douce et gommeuse dont :
(1} Exode, chap, 14, v, 214
DES JUIFS ANCIENS. 31 la terre était couverte : ils l'appelèrent manne (1), et, manquant de vivre, le peuple entier s’en nourrit.
Trois mois aprés leur sortie d'Égypte, les Hébreux arrivèrent dans la vallée du mont Sinaï. Josué, un de leurs chefs, leur en avaitouveri le chemin en triomphant d’une armée d’Amalécites qui leur disputait le passage. Moïse avait choisi ce lieu pour s’y arrêter avec ses frères , pour les organiser d’après les principes qu'il avait conçus, pour leur donner des lois, une religion, et les constituer comme peuple.
C’est du haut du mont Sinaï, sur lequelil résida seul pendant quarante jours, qu'il dicta aux tribus fugitives leur consütution civile et religieuse. Ce code important mérite de fixer notre attention :
-il fera l’objet d’un chapitre particulier qui suivra le récit des événemens qu’embrasse la mission du législateur : ainsi le fil de la narration ne sera pas interrompu.
(1) C'est de la surprise des Israélites que le mot de manne tire son étymolosie. Wa -hu, qu'est-ce”)
32 RESUME DE L'EISTOIRE