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soumis aux lois de la raison et de la philosophie : étonnés des faits surprenans qu'ils ont à transmettre à la postérité, les historiens se croient obligés d'emprunter à la poésie son langage, et s'ils montrent souvent de l'exagération dans le style, il faut s'en prendre plutôt à la grandeur des événemens qui agissent sur leur âme ardente qu'aux écarts de l'imagination. Au quinzième siècle, alors qu'une foule de guerriers mêlent à l'ardeur des combats l'amour de la poésie , quand les chevaliers troubadours commencent à illustrer le nom portugais, on voit naître le père de l'histoire , ce Fernand Lopez , naïf, exact, touchant et philosophe : avec lui , on sent que la prose suffira pour illustrer de grands écrivains. Azurara raconte les conquêtes en homme qui a vu les lieux où elles se sont passées. Enfin, Bernardin Ribeiro paraît, et si nous ne le considérons que comme prosateur, il est supérieur a son siècle, ou plutôt il prépare la gloire des autres.
Le seizième siècle, l'âge d'or de la littérature portugaise, est enfin arrivé. Tout ce que la gloire peut avoir de prestiges s'empare de la nation. Fier de ses souvenirs, ivre
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de brillantes espe'rances, chaque Portugais aurait besoin d'un historien ; mais aussi chaque Portugais aurait besoin d'entendre souvent le langage de Phumanite' : alors paraissent les deux hommes dont ce peuple re'clame les conseils. Osorio de'plore la cruauté' de ses contemporains, Barros exalte encore le courage ; il a visité cette terre de l'Afrique , où , selon ses expressions , il n'y a pas un rivage , pas un rocher qui ne soit teint du sang des Portugais ; il est idolâtre de sa nation : comme un e'clatant courage absout de tout à ses yeux, il doit approuver sans cesse : on dirait un chevalier qui parle à ses compagnons d'armes, et qui ne prend la parole que pour les entraîner à de nouveaux exploits.
Autour de ces historiens, on voit se grouper des hommes qui ne croient pas pouvoir rendre compte des e'vénemens sans les avoir vus, et qui ont servi dans ces contrées qu'ils décrivent. Les Castanheda, les Couto, les Albuquerque ont toujours cette éloquence qui vient de la vérité ; enfin , durant cette belle période , on voit un diplomate, conteur plein d'intérêt, Damian de Goes; un voyageur, Mendez Pinto , que son style fait
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absoudre des e'carts de son imagination.
Ces grands historiens ont des successeurs remarquables ; mais, prenant un caractère différent, ils paraissent quand la patrie est asservie. J'ai essayé de les caracte'riser. FreyLuiz de Souza, Jacinthe Freire d'Andrade, sont les plus remarquables. Après eux se montre Yieyra, l'homme le plus éloquent de son siècle.
Le mauvais goût qui s'est fait sentir dans la poésie se montre dans la prose; elle se relève avec le comte d'Eryceira ; mais l'inquisition , les jésuites , s'opposent à ce que les esprits reprennent leur essor. Malgré la fondation d'une académie d'histoire, la prose languit jusqu'à ce qu'étant appliquée aux sciences, elle brille d'un nouvel éclat.
On verra aussi que le Brésil possède quelques ouvrages en prose dignes d'être distingués :Rocha,Pitta,Azeredo en offrent l'exemple ; mais un monument politique , sorti naguère de ce pays , atteste la noble volonté du jeune prince qui îe gouverne; on sent que sous un semblable législateur les lettres doivent s'élever rapidement.
M. de Sismondi s'est plaint avec juste raison de la rareté des divers ouvrages por-
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tugais. Grâce à quelques amis des lettres , je suis parvenu à me procurer ceux qu'on peut regarder comme vraiment importans, quant aux renseignemens de détails. Les Mémoires de l'Académie des sciences de Lisbonne , ceux de littérature , m'ont été d'une grande utilité; j'ai consulté avec fruit Boulerw^eck et M. Simonde de Sismondi; j'ai trouvé de précieuses indications dans plusieurs autres livres , tels que la Bibliothèque lusitanienne, de Barbosa; le Dictionnaire biographique de Soares de Brito ; le grand Dictionnaire publié par l'académie ; Francisco Dias ; le Mercure étranger; les Annales des sciences; lesVoyages de Link, ceux de Duchâtelet et de Dumourier ^; l'ouvrage de M. Andrès ; enfin , celui de M. Balbi.
A l'exception de MM. Bouterw^eck et Sismondi , ces divers auteurs ne n nferment guère d'analyse : on verra que j'ai examiné
' Le savant ouvrage de M. Ad . Balbi n'est pas sufjRsamment connu en France: il ne contient pas seulement une description complète du Portugal , l'auteur compare toujours ce pays aux autres contrées de l'Europe , et il contient les documens les plus précieuK pour la géographie générale.