‹ Résumé de l'histoire littéraire du PortgualChapitre 13 sur 61 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Des premiers encouragemens que reçut la lillërature portugaise.

Ca supériorité que les Portugais avaient acquise sur les autres peuples frappe Timagination , et l'on ne peut guère s'empêcher d'en chercher la cause. On la trouvera peutêtre dans cette étonnante impulsion qui fut donnée par des rois amis de la science à un peuple ami de l'indépendance et de la victoire. En effet, on est surpris du nombre d'hommes extraordinaires qui tinrent les rênes du gouvernement. Je ne parlerai point des rois du grand siècle : qui ne connaitpas leurs travaux et leurs conque tes? J'occuperai mes lecteurs de ces monarques législateurs, poètes et guerriers , qui lui préparèrent tant de grandem-.

Je nommerai d'abord cet Alphonse P"^, qui fut proclamé roi sur le champ de bataille à Ourique, et que sauva plus tard, par un noble dévoùment^ Egaz de Moniz. II est

auteur, à ce que dit Barbosa, d'un ouvrage intitulé la Conquête de Santarem.

Don Sanche 1" fut aussi le protecteur des lettres; mais la situation du pays exigeait trop qu'il se livrât aux soins de l'agriculture, pour qu'une littérature naissante l'occupât entièrement. Sous les deux rois qui succédèrent à celui-ci , le Portugal accrut peutêtre sa puissance par quelques victoires remportées sur les Maures et par une administration vigoureuse j mais rien ne nous prouve que les lettres aient reçu de notables encouragemens.

Enfin arriva cette époque que l'on a nommée l'âge d'or du Portugal. Diniz régna [ 1 279], et avec lui on vit les arts et les lettres prendre un nouvel accroissement. Les soins que ce monarque donna à l'agriculture ne purent le détourner de son goût ardent pour la poésie. Le premier peut-être il sentit ce que pouvait devenir le portugais, et il ordonna que plusieurs livres étrangers fussent traduits enlangue vulgaire. Ses bienfaits ne se bornèrent point là : il fonda l'université [1*290] , et il donna ainsi à la littérature une impulsion qui se fit sentir jusqu'au arand siècle.

Ses poésies ont été recueillies dans quelques coiicioneiros, el Ton dit qu'elles éejalent par leur douceur et leur naïveté celles des troubadours.

Il est du petit nombre de ces hommes qui vont au-delà de leur siècle, et qui préparent la gloire des autres.

Un fils de Diniz imita son père; mais ce n'était point celui qui était appelé à succéder à ce grand prince. L'illégitimité de sa naissance l'éloignait de la couronne ; il sut en obtenir une qui répand encore sur lui une gloire innocente et plus durable sans doute que celle d'un règne agité.

Le comte de Barcellos'ne se borna point à la culture de la poésie, il devint un des créateurs de l'histoire en Portugal , et son ouvrage du lignage des hommes renferme desdocumens encore précieux de nos jours».

Honneur à ces essais informes nés dans un siècle^ d'ignorance! ils supposent des efïorts d'esprit plus grands peut-être que ceux de

I II a été publié, en 1640, sous le titre de Nobiliario de don Pedro conde de Barcellos. L'origiual était couservé précieusement du temps de E«Trboza dans la bibliothèque de la Torre do Tomboj il s'y trouve suus doute encore maintenant.

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nos judicieux écrivains, dont ils ont préparé la solide instruction.

L'impulsion avait été donnée, elle ne s'arrêta point. Le Portugal sortait insensiblement de la barbarie, malgré les dissensions auxquelles il était en proie. Alphonse IV fut guerrier, mais il encouragea les lettres; et sous ce don Pèdre auquel un amour malheureux donna tant de célébrité, la poésie fut cultivée peut-être davantage encore. L'époux d'Inès de Castro voulut éterniser lui-même ses infortunes i,

» Voici une romance qu'on attribue à ce prince, et que j'ai traduite :

Il faut que celui qui vous a tuée, madame, soit maudit, puisqu'il nous a causé tant de tristesse et tant de douleur à vous et à moi.

Et puisque je n'ai pu arriver pour empêcher votre triste fin , je vous reçois, ma vie, comme maîtresse et comme reine de ces royaumes et de moi.

Ces blessures mortelles qu'on vous a faites à cause de moi, elles n'ont point terminé une seule vie, elles en ont frappé deux.

La vôtre, qui ne fut point coupable, est déjà achevée , et la mienne, qui demeure encore , sera pour jamais remplie de l'angoisse des tristes souvenirs.

Oh! cruauté affreuse, injustice énorme! vil-on jamais en Espagne une mort si cruelle et si triste?

Ou le contera comme merveille, que vous soyez

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il célébra cette femme intéressante, qui ne fut reine qu'après sa mort.

Sa cour avait une rudesse guerrière, qu'elle conserva encore pendant long-temps; mais les jeux qui devaient conduire bien-

morte de cette manière

Éloignez -vous en repos, madame, puisque je reste dans ce mondes votre mort, si je vis, sera bien vengée^ d'ailleurs, c'est pour cela que je veux vivre; si ce n'était pas ainsi, il me vaudrait mieux, madame , mourir tout de suite avec vous.

Qu est-ce que j'ai, où me suis-je ensanglanté, madame? je vous ai donné la mort et vous me l'avez donnée. Sang de mon cœur , cœur qui m'appartenait et que l'on a frappé , qu'est-ce qui a pu vous décbirer sans raison?. A celui-là, je lui arracherai le sien ! f^oy. Balbi, Statistique du Portugal.

•l'ai rencontré dans Barbosa, à Fart, don Pedro, une autre chanson de ce prince en espagnol ; elle roule également sur la mort daines de Castro , et elle a été extraite du Concioneiro du duc de Lafoens. Mais je signalerai ici aux philologues un ouvrage où se trouve la plus grande partie des œuvres poétiques de l'autre don Pèdre. Elles roulent en général sur des sujets moraux, et mériteraient peut-être une exacte analyse. On les a extraites du célèbre Concioneiro de Reseude, dont on connaît l'excessive rareté. 7^oy. Da Sylva, t. 4, Sib. Sainte-Geneuièfe.

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loi aux représentations dramatiques n'en étaient point bannis, et ce prince exécutait en public avec ses courtisans des espèces de danses guerrières au son des cimbales et des trompettes i.

Ferdinand eut la gloire d'encourager le premier historien du royaume , et de fonder en quelque sorte les archives.

La dynastie changea : Jean V^ monta sur le trône de I%rtugal; et dans ces premiers troubles, il est probable que les lettres furent peu cultivées. Mais don Duarte prit les réne« du gouvernement j les études firent de nouveaux progrès. Ce chef de l'Etat peut être considéré lui-même comme l'un des hommes qui à cette époque cultivèrent les lettres avec leplus de succès. Il s'adonna aux «tudes morales, et la liste de ses ouvrages est vraiment extraordinaire pour le temps j elle nous a été conservée dans la Bibliothèque lusitanienne.

On trouve à la Bibliothèque royale un manuscrit du roi don Duarte, fort bien con-

* Les rues de Lisbonne étaient le théâtre de ces espèces de pantomimes. Voy. à ce sujet Faria y SODZA, Europa porlugueza, et TriGOzo-D'ARRAGAÔ- MoRATo, Mem. da Acadcmia das Scicncia's.

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serve, dont une partie roule sur la morale, et dont l'autre est consacré à l'art du cavalier i. Cet ouvrage, qu'il faut juger relativement au temps où il parut, montre chez don Duarte une grande instruction et souvent un style remarquable.

Ce roi eut un successeur qui fit faire quelques progrès aux sciences et à la navigation. Sous Alphonse V les mœurs acquirent plus de politesse. Ce prince, qui porta ses conquêtes en Afrique , encouragea puissamment l'étude de l'histoire. Non-seulement il envoya le célèbre Azurara en Afrique pour y recueillir les documens de ses chroniques, mais il fut le premier roi de Portugal qui ordonna qu'on transmît en latin l'histoire du royaume ; il écrivit lui-même sur la tactique militaire et sur l'astronomie 2. ,

Je ferai connaître plus tard les causes principales qui agirent sur la nation , et qui

» Il est sous le n° 7007; on lira dans les Ad~ naes dus sciencias une dissertation curieuse sur ce manuscrit, t. 7.

» Barbosa,^ vol. in-fol., t. 1. paj,', 19. Il protégea également l'étude du portugais. F'oy. la lettre curieuse qu'il écrivit à Eannez de Azurara. Balbi, Statistique du Portugal , t. 2 .

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lui firent acquérir la gloire littéraire dont elle a brillé. Ses efforts furent encouragés par Emmanuel et par Jean III. Cependant celte gloire fut indépendante, et le -plus grand génie ne dut rien aux chefs de l'Etat. Mais nous* ne sommes point encore sortis de la barbarie, et il n'est point temps de porter nos regards vers l'époque où les lettres parvinrent à leur plus haut degré de perfection. Nous allons rétrograder pour suivre les progrès indiqués par le temps.

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