CHAPITRE IV
Introduction de Pimprimerie.
On a pu voir que dès cette époque d'ignorance les Portugais se livraient avec ardeur à la culture de la poésie; on pourra se convaincre qu'ils avaient des historiens auxquels la langue eut bientôt de grandes obligations.
Les esprits se trouvaient dans cette situation oii les moindres encouragemens fontfaire des pas hardis vers le perfectionnement, quand une invention qui a eu tant d'influence sur les destinées du monde commença à répandre ses bienfaits en Portugal. L'imprimerie s'introduisit à Leyria vers la fin du quinzième siècle i [r470 ou 1 474] ? ^t l'on vit bientôt les productions poétiques de divers auteurs se répandre dans le royaume, malgré l'imperfection de la typographie
^ Voy. à ce sujet une curieuse discussion dans le recueil intitulé Memorias de iitteratura portuguezUfX. 8, p. 7.
naissante , qui n'est jamais parvenue à un haut degré de perfection. Resende donna dans le commencement du seizième siècle [i5i6] un concioneiro, où il rassembla les inspirations poe'tiques qui étaient échappées à la muse des gens les plus distingués du royaume. Mais cet ouvrage précieux, d'une impression presque illisible, est devenu tellement rare qu'on ne le trouve plus dans aucune bibliothèque K
L'impulsion était donnée, les livres commencèrent à se répandre; mais il ne paraît point qu'on employât la typographie à de grandes entreprises , et que les œuvres de Fernand Lopes et d'Azurara fussent imprimées. Les chroniques de ces deux écrivains , qu'on peut regarder comme les pères de l'histoire , restaient ensevelies dans la ïorre do Tombo, d'où elles n'ont été tirées que dans le dix-neuvième siècle, par le zèle infatigable de l'académie des sciences 2.
Alors sans doute on craignait de dévoiler
^ Voy. Catologo dos autores, etc., qui précède le grand dictionnaire de l'académie. Sir Charles Stuart possède un exemplaire de ce concioneiro général.
* Voy. Correa de Serra, etc.
à la masse de la nation la véritable situation du royaume j mais les poètes étaient plus heureux; ils se multiplièrent , et bientôt on en vit un surpasser tous les autres par le charme de son style et pax' celui de ses idées : je veux parler de Bernardin Ribeiro^ que Camoens appelait son Ennius i.
» Faria y Souza.