VI DISCOURS
parce que c'était nous que l'on imitait. Ons'est lasse' de cette uniformitéennuyeuse qui se répandait sur les productions littéraires de tous les pays. Une nation, dont la littérature était naissante, l'Allemagne s'est livrée à ses propres impressions ; des hommes de génie ofii puisé dans leur cœur cette énergie, cette originalité qui illustre un siècle et qui fonde une littérature; les peuples, dont les idées s'étaient développées plus rapidement , ont cherché dans leurs anciens souvenirs, ils ont interrogé les temps de gloire, et ils ont senti qu'il fallait encore mieux imiter leurs vieux poètes, que de payer sans cesse un tribut d'admiration à une nation étrangère que son influence avait rendue peut-être trop exclusive.
Quand les peuples ont dit : Nous voulons être nous-mêmes^ quand ils ont eu le sentiment de leur propre force, nous avons compris qu'ils pouvaient devenir de puissans rivaux, et nous avons voulu les connaître.
D'ailleurs, par la marche que nous suivions , nos idées devaient s'étendre ; nos connaissances se sont développées; nous avons senti le m.oavement général; soumis
PRELIMIIVAIRE. VII
à sa puissance , nous avons vu que chaque siècle, chaque pays a son genre de beaute's littéraires; que les eVe'nemens politiques ont de l'influence sur les esprits , de même que le climat; que toutes les formes distinctives de style doivent être conservées; qu'en e'tudiant les littératures enfin il fallait étudier le génie des nations, et que ce qui avait été jugé jus qu'alors^, avec un esprit prévenu devait l'être sans préjugé. Alors la critique s'est élevée, elle a rejeté les discussions de mots pour se livrer à l'examen des pensées : en agrandissant le cercle de ses observations , elle a assigné à chaque peuple le caractère qui le distinguait. Au dix-neuvième siècle, presque toutes les nations ont senti que leurs richesses devenaient trop considérables pour ne pas être classées, que l'on ne pouvait plus se servir de simples dictionnaires biographiques , et qu'il y avait des réflexions à faire , des analyses à donner, où l'on se contentait d'une vaine nomenclature d'ouvTages. Dans ce changement, M. Ginguené a exercé un grand pouvoir ; il a montré surtout comment la littérature marchait avec les événemens politiques, il a fait
Vlll DISCOURS
sentir comment l'influence des grands poètes se répand sur leur siècle : son admirable talent, son esprit droit, sa persévérance, ont fait connaître l'étendue de ces génies dont souvent on n'osait entreprendre la lecture, parce qu'il fallait acquérir pour les comprendre trop de connaissances préliminaires. Si la mort eût respecté ce célèbre écrivain, il eût analysé toutes les littératures de l'Europe , et cet immense travail eût été un des plus beaux monumens de l'état des lettres au dix-neuvième siècle.
Alors que la littérature espagnole était plus connue en France que toutes les autres littératures étrangères, celle des Portugais ne l'était nullement. Enfin , l'esprit d'investigation qui caractérise notre siècle donna le désir d'étudier ce peuple extraordinaire , dont chaque effort réalisait un succès; qui ne se signala qu'un instant , mais qui remplit le monde de sa gloire , et que de nobles institutions vont faire briller de nouveau parmi les nations.
Un auteur comparait avec assez de justesse le Portugal littéraire a une de ces îles dont les navigateurs ont vu les côtes , mais