CHAPITRE XIY
Coup crœil rapide sur la poésie laliue en Porlu^al.
Une nalion dont la langue a une si frappante analogie avec le latin devait produire des hommes familiers avec la poésie d'Horace et de Virgile, et capables d'imiter ces grands maître^ Les portes lalius qu'a donnes le Portugal sont donc nombreux; on peut en acquérir la preuve dans la collection qui a été faite de leurs ouvrages i. Presque tous ces auteurs vivaient dans le seizième siècle^ et ils ont pour la plupart écrit avec ime rare élégance. Les curieux peuvent lire une traduction en vers latins ; de sa Lusiades, par Thomas de Faria. Mais ce qui mérite d'attirer vraiment l'attention, c'est un poëme épique de Paiva d'Andrade intitulé Chaiileïdos. C'est le siège de Chaul qui en est le sujet. De même que dans les Lu-
ï Sous le litre de Corpus illustroruin Lusliano' ruin qui latine scripserunt, Jiunc primurn iii hiccm eihtum ab Antonio doz Rets, 8 vol. in-4**. Cei importaut ouvrage se trouve à la bibliothèque do la ville.
DE PORTUGAL. ^IQ
siades, la scène se passe aux Indes oricnlalt-s. Je ne prétends pas offrir ici l'analyse de cette vaste composition , qui ne fait point précisément partie de la littérature nationale ; m^is >e rappellerai qu'elle a excité l'enthousiasme de plusieurs littérateurs, et entre autres de l'auteur desSoirées littéraires, qui s'exprime ainsi à son sujet':
a J*ai lu attentivement les douze chants : le sujet de la Chauléide est grand comme il convient à l'épopéej l'action en est simple dans son imposante majesté , le héros inspire le plus grand intérêt: une magnifique ordonnance, une imagirjation brillante, de beaux épisodes qui donnent un nouveau lustre à ce qu'on appelle la fable, des images neuves, beaucoup de sensibilité , la peinture animée des mœurs sauvages , des vers harmonieux j voilà ce que j'y ai remarqué d'abord avec le plus grand plaisir. J'ai surtout distingué une iréroiue aussi brillante que la Penthésilée d'Homère, que la Camille de Virgile, que la Clorinde du Tasse. » M. Coupé ajoute que la découverte de ce poëme ignoré le rendit l'homme du monde le plus heureux , et qu'il
^ Coupé, Soirées littéraires, tome î i et i2.
n'eut qu'un seul regret , celui de ne point pouvoir en donner la traduction, â cause des moyens bornes de sa fortune. Il eût voulu la publier avec le texte en regard i.
En parcourant cette vaste collection, on trouvera plusieurs auteurs qui ont suivi, dans tine langue étrangère, le goût dominant de la nation, et qui ont donné de nombreuses églogues, parmi lesquelles on doit distinguer celles de Caiado , qui eut de la réputation même en Italie 2.
Les œuvres latines du célèbre père Macédo offriront aussi de l'intérêt; on y trouvera ces tragi-comédies latines qu'il composa pour la cour de Louis XIV, et qui y furent représentées. Telles sont Orphée et Jacob. L'espace m'empêche d'entrer dans déplus grands détails sur l'étude des langues mortes; mais j'ajouterai cependant que les bellénistes trouveront dans les mémoires de l'Académie des sciences de Lisbonne un mémoire fort bien fait sur les progrès et la décadence de l'étude du grec en Portuga4.
' J'essaierai plus tard de faire connaître ce poème, en tout ou en partie,
* f^ojr. à ce sujet un art. du Journal desSavans.