PRINCIPAUX VOY.^GEURS DU QUINZIEME ET DU SEIZIEME SIECLE
En se rappelant les conquêtes des Portugais, et surtout leurs dccouverles, on a raison de croire que nulle nation n'a du posséder un aussi grand nombre de voyageurs.
Cependant celle vie errante , qui a fait lant d'historiens, tant de poètes, n'a produit qu'un nombre assez limité de relations recomraandables; il est vrai, je le sais, qu'un grand nombre de voyages dans les dillereutes parties du mondesont reslés inanuscrits, et n'onl jamais été consultés dans les archives où le gouvernement les rassemblait.
La plupart des voyageurs portugais datent du seizième siècle, et ils sont bien loin , à mon avis, d'avoir la naïveté des voyageurs français de la même époque. Ils se sentent toujours de l'exaltation qui agitait la nation. On peut dire cependant que leur instruction était plus variée, et qu'ils rendaient plus de services à la navigation. C'était sur-
tout en décrivant les mœurs et les productions delà nature qu'ils exagéraient. Il arrivait aussi que leur zèle religieux les entraînait à des conjectures singulières, et qu'ils expliquaient de la manière la plu^bizarre les idées mythologiques des peuples qu'ils visitaient.
Mais n'oublions pas que tout ceci est le défaut du temps , et vient des circonstances où se trouvait la nation. Les voyageurs portugais rendirent encore plus de services à l'époque où ils parurent qu'ils ne propageaient d'erreurs. Ils contenaient d'ailleurs, pour la plupart, des détails précieux relatifs à l'histoire. On peut même dire que souvent l'historien et le voyageur remplissent tellement les deux missions, qu'il est difiicile de leur assigner leur véritable rang dans la littérature.
Une des premières relations curieuses du seizième siècle est la lettre que Vas deCnmninha^ compagnon de Pedralvez Cabrai, écrivit au roi de Portugal, relativement à la (lécouvertedu Brésil; elle se fait remarquer par une naïveté et une bonne foi touchantes. M. Ayrez de Cazal l'a publiée pour la première; fois , en 1817, ^^"^ ^^ Carografia
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Brasilica, eL l'on peut la considérer comme un monument historique précieux. J'en ai inse'réla traduction dans le journal desVoyages, rédigé alors par ]M. Vcrneur, et dans l'ouvrage sur le Brésil, que nous avons publié^ il y a plusieurs années, M. Taunay et moi. Cet homme célèbre que nous appelons Magellan, et dont le véritable nom est Magalhaens , était portugais, il appartient presqu'autant au quinzième siècle qu'au seizième.Ce fut lui qui s'empara de Malaca[i5io], et dont la bravoure lit faire bien d'autres conquêtes à ses compatriotes. Nul autre n'avait peut-être à celte époque une connaissance aussi étendue des côtes de l'Inde. A son retour en Portugal ^ Emmanuel lui refusa une récompense qu'il pensait avoir suffisamment m.éritée. Un injuste refus lui fit offrir ses services à Charles - Quint , qui les accepta. La conquête des Moluques fut résolue, et le hardi navigateur partit avec cinq vaisseaux montés de deux cent cinquante hommes. Ce fut dans ce voyage qu'il découvrit le fameux détroit auquel il donna son nom. Le chef de l'île de Malan ne lui permit pas d'achever sa mission , et le fit, périr. Un bibliographe espagnol ^ nomme
Nicolas Antonio, assure que le manuscrit du journal de Magellan était entre les mains d'Antonio Morena, cosmographe de la contractation de Sévillc.
Ce fut à peu près vers le même temps que l'on vit paraître un voyageur dont la renommée ne s'est point autant répandue en Europe que celle de Magellan , mais qui jouit cependant d'une grande célébrité parmi ses compatriotes. Je veux parler de Fernand Mendez Pinto, auquel l'on peut surtout appliquer ce que j'ai dit au commencement de cet article sur les voyageurs du seizième siècle. Les Portugais eux-mêmes lui ont souvent reproché la teinte romanesque lépandue dans ses écrits , et il a eu fréquemment aussi besoin de défenseurs.
On doit cependant ajouter que le temps a confirmé la plus grande partie de ce qu'il avait avancé, en l'exagérant peut-être un peu, et en expliquant plusieurs choses d'après les idées de l'époque.
Mendez Pinto naquit de parens fort pauvres, à Montemor Ovelho; il olfre une preuve de ce que peut le courage uni à une imagination active. Il commença par être domestique d'une personne de distinction.
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Mais de bonne heure il sentit que la nature l'avait destiné à une situation plus élevée; dès l'âge de douze ans il s'embarqua pour Setuval. Il commença le cours de ses voyages sous de fâcheux auspices ; il fut assez maltraité par un corsaire français; mais il parvint cependant à sa destination, et servit le duc d'Aveyro. Ce fut alors qu'entraîné par les brillans récits des voyageurs qui revenaient de l'Inde, il résolut d'aller chercher la fortune dans un pays dont on exagérait peut-être encore la richesse, mais qui renfermait cependant des trésors dont, malgré son avidité, l'Europe n'a pu le dépouiller entièrement.
Cependant Mendez était bien autant entraîné[i537] par l'ardeur des voyagesquepar la soif de l'or, car il vit des pays qui avaient été à peine visités avant lui. Il parcourut l'Ethiopie, l'Arabie heureuse, la Chine^ la Tartarie et la plus grande partie de l'Archipel oriental. Vingt années se consumèrent dans cette vie errante; et si, dans son existence agitée, quelque chose peut être mis en comparaison avec son désir ardent de découverte, ce furent ses malheurs. Il se trouva treize fois captif, et fut vendu dix-sept fois.
DE PORTUGAL. ^5 î
Malgré ses intortiines, il était parvenu à amasser quelque bien^el il allait revenir en Portugal, quand ses anciennes habit uiies de voyages, exaltées par des idées religieuses, se réveillèrent avec une force nouvelle. Il voulut aller convertir les Japonais, en s'associant à un jésuite nommé Nunez, revêtu du ti^re d'ambassadeur auprès du roi de Bungo; il s'embarqua avec les missionnaires, et résolut bientôt de consacrer tout son bien à la société de Jésus, dans le sein de laquelle il voulait mourir, et qui le reçut bientôt au nombre de ses membres laïques.
Cependant, après avoir parcouru tant de contrées diiTérenles , le souvenir de son pays parla si vivement à son cœmv, qu'il résolut de le revoir. II arriva à Lisbonne pendant la minorité de Sébastien. Il se regardait comme ayant rendu de vrais services à sonpays, par le courage persévérant qui lui avait fait connaître tant de contrée#où le commerce pouvait puiser de nombreux trésors. Il arrivait dans un ijioment de puissance et d'ambitionjmaisilneput rien obtenir delà cour; dès lors il résolut de vivre dans la retraite. Retiré à laYilla d'Almada, il s'y maria, et
'âSii RÉSUMÉ DE l'histoire LITTERAIRE
J>arvint à un âge très-avancé, Dépossédant qu'une fortune très-médiocre à une époque où tant d'aventuriers s'enrichissaient. Ce fut là où il écrivit ses voyages pour l'instruction, dit-il, de ses enfans.
Ils ne livrèrent les manuscrits de leur père à l'impression que bien des années après sa mort, car la première édition ne parut qu'en i6i4« La seconde fut publiée en 16^8. Les deux autres parurent avec des additions en 171 1 et 17015. Les voyagesdeMendezPinto ont été traduits en espagnol, en allemand et en français [i6'28].
Malgré les critiques dont el!e a été Tobjet, cette relation offre des détails fort curieux ; il y règne un caractère chevaleresque et aventureux qui peut bien inspirer .des craintes sur l'exacte vérité, inais qui entraîne l'imagination. Le style est d'ailleurs remarquable. Barbosa indique les autorités qui ont écrit en faveur de la bonne foi de Pinto, etl^ y en a d'assez respectables. Faria va jusqu'à ailirmer qu'il eût dit beaucoup plus de ciioses.s'il n'eût craint d'être soupçonné de mensonge.
Considéré sous le rapport du stVle, Mendcz Pinto est mis par quelques écrivains
portugais au nombre des classiques, et il a une origiiialilé dans l'expression que l'élude ne saurait donner i.
Si je voulais m'en tenir à une longue et fastidieuse nomenclature de noms d'auteurs, Sins doute que je pourrais en citer un grand nombre qui sont même assez connus 5 je pourrais aussi en indiquer quelques autres qu'on a presque oubliés, et qui offrent un assez grand intérêt. J'indiquerai Berniudez, si curieux à consulter sur l'Afrique; François Àlv^ares, qui demeura six ans en Ethiopie [i5i5],et dont les œuvres importantes ont été traduites en français; Gomes Saint-Estevan, qui parcourut la Palestine et l'Italie* Gaspard Ferreyra Rayman, ciuteur d'un Routier des Indes estimé; et tant d'autres qui visitèrent les contrées soumises aux Portugais. Ils nous apprendraient surtout maintenant avec quelle rapidité la puissance d'un peuple guerrier a pu déchoir, et l'on
» On a même fait un roman français qui rouîe sur ses principales avenlure.s «"t qui%st passablement merveilleux^il est intitulé rileureux voyageur ou les Aventures de Mendez Pinio; mais il faudrait bien se garder de confondre ce mauvais ouvrage avec les véritables voyages.
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serait encore plus surpris en lisant ce passage d'un voyageur moderne qui, à son tour, voit sa nation puissante, et doit l'instruire par cette phrase éloquente i :
«Goa la Dorëe, comme on l'appelait jadis, n'existe plus. Goa, où le vieux Gama termina sa glorieuse carrière, où souffrit et chî^nta Camoens , ce n'est plus aujourd'hui ([u'une grande sépulture, que l'herbe recouvre entièrement; et cette faible et lugubre population de prêtres et de religieux que vous y rencontrez ne semble avoir été épargnée que pour célébrer l'office des morts sur les restes de ses générations éteintes 2. »
' Esquisses de Tlude, par un officier anglais, Revue britannique, n° 1.
^ On doit distinguer aussi Leaô Camello: fait prisonnier dans la malheureuse bataille d'Alcacer, il demeura long-temps dans Fempire de Maroc, où il soufirit mille infortunes; mais sur la fin de sa vie Saldanha le racheta, il s^adonna aux sciences, et il écrivit des commentaires sxir la conquête du royaume de Goya. Barbosa^ t. 3.