‹ Résumé de l'histoire littéraire du PortgualChapitre 34 sur 61 · CHAPITRE XVIÎ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIÎ

Francisco Moraes, romancier remarquable du sei' ^ièmc siècle.

Pa«mi les historiens et les romanciers portugais, Ton doit distinguer FranciscoMoraes, qui naquit a Bragues au commencement du seizième siècle , et qui , après avoir voyagé en France, retourna dans son pays, où il fut assassiné à la porte d'Evora. Tous mes lecteurs connaissent sans doute de réputation son principal ouvrage. C'est l'histoire dePalmerin que le curé, dans don Quixote, ne veut point livrer aux flammes, en disant qu'elle mériterait d'être conservée avec autant de soins que les œuvres d'Homère , gardées si précieusement dans la cassette de Darius.

Moraes donna aussi l'histoire de Primaléon, fils de Palmerin; il publia des relations relatives à certains événemeus dont il avait été témoin en France et dans son pays. Il se distingue en général par de l'imagination et par un style fort remarquable; et je suis

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persuadé qu*on pourrait tirer de son Paîmerin en trois volumes in-8° un ouvrage agréable.

A la suite de ce roman on trouve trois dialogues assez inléressans par !c naturel du style, et par la connaissance qu'ils peuvent donner des usages du temps. Ce sont, en quelque sorte, Irois scènes de comédie de mœurs; le second surtout est curieux : la conversation se passe entre un docteur et un chevalier qui parlent de leur prééminence a une époque où les scieiices et les armes jouissaient d'une haute considération.

« Je sais, dit le citevalier, que les raisonnimeas sont les armes avec lesquelles nous avez toujours combattu, et il nVst j:as extraordinaire que vous sachiez vaincre ceux qui n'en font guère usai^e. Mais, monsieur le docteur, je vous ferai une observation: que dirie^-vous si vous vous trouviez en rase campagne, environné de mille Maures- que vous voyiez les cuirasses à rebours, que vous ne sachiez plus de quel m é Lai sont les iamef, et que les éblouisstmens, comuie des papillons, ne vous sortissent plus de devant Its yi ux? Ah ! seigneur docteur, vous ne vous êtes jamais trouvé devant cent grosses bombai des ajustées contre votre poitrine, vous n'avez jamais vu ces faces jaunes comme de ia cire , vous n'avez point appelé la sainte Cierge sans avoir qui vous

S( coure, vous n'avez jamais fui pour vous sauver, vous n'avez jamais été obligé de quitter la partie à la vue de tout le mond^ , vous n'avez jamais entendu crier contre le ciel et le blaspliémer au moment où vos jambes se trouvaient empêtré(s. Oh! qu'alors vous auriez bien oublié le code et le di-^eslel »

En traçant ces esquisses légères, dont on ne peut rendre que fort imparfaitement la gaîté malicieuse j peut-être Mo raes était-il plus près de la vérit.tble comédie que ses contemporains; peut-élre ne lui fallait-il que de la persévérance et des encouragemens pour devenir un poète draniatique;

En analysant divers auteurs, j'ai parlé déjà de plusieurs romans; je me contenlerai ici de rappeler que le seizième siècle fut, eu Portugal comme en Espagne , irès-fertiie en ces bizarres conceptions dont l'ingénieux Cervantes a fait une si plaisante critique. Les hommes b s plus célèbres ne dédaignèrent point de s'exercer dans ce genre de composition, et l'on attribue à Fernand Alvares do Oriente la troisième partie du Palinerin d'AngleUrre.

Nous voilà parvenus à la fin du seizième siècle; eans doute, pour que mon travail ftit complet, il faudrait tracer également

l'histoire de la science. Mais il me reste tant de richesses littéraires à faire connaître, une nomenclature de noms* d'ouvrages serait si fastidieuse et si peu utile, que je prël^ère renvoyer pour cette partie aux mémoires de littérature portugaise que j'ai cités plusieurs fois^ et qui renferment de nombreux docunieus sur l'histoire des sciences au seizième siècle, en Portugal : l'on pourra consulter l'histoire des mathématiques de Bossu; celle de M. Garcaô Stokler, qui est écrite en portugais, fournira aussi de précieux renseignejnens.

Nous sommes parvenus à la troisième période de la littérature portugaise. Les écrivains éminemment classiques ont à peu près disparu; mais au commencement du dix-septième siècle, on trouve une originalité qui étonne souvent l'imagination. Bien despersonnes confondent les auteurs de cette époque avec ceux du siècle précédent. Je pense qu'ils diffèrent assez essentiellement pour marcher à part : nous suivrons toujours l'ordre indiqué par le temps.

DE PORTUGAL. 1^f\

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