‹ Résumé de l'histoire littéraire du PortgualChapitre 43 sur 61 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Amélioration dans Félal des lettres. — Le comte d'Eryceyra.

Nous avons passé rapidement sur nn temps de décadence complète. Il me serait iaciie de montrer que le mauvais goût avait jeté des racines trop profondes pour que la littérature en fût entièrement débarrassée, alors que de nouveaux modèles étaient offerts aux Portugais. Le comte d'Eryceyra était l'ami de Boileau; son esprit élégant comprit les avantages de la pureté du langage; mais il n'alla pas plus loin. Il nianqua d'invention et d'originalité. Une iniaginalionbizarre l'entraînait même vers des questions oiseuses qui n'exigeaient que de l'érudition et du temps à perdre; cependant ses travaux ne furent pas inutiles à IanaLion,ct il ramena les esprits vers des idées plus raisonnables, s'il ne put les ébranler par une forte conception.

Général recommandable par sa bravoure,

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il devint un écrivain honorable par ses intentions, quelquefois par son talent. Peu d'auteurs Te'galent en fécondité. Ses deux principaux ouvrages sont assez généralement répandus : l'un est un poème intitulé V Henriqueida ^ l'autre est une Histoire de la restauration du Portugal. Le mérite de ces deux ouvrages réside dans le style.

Le comte d^Eryceyra , comme tous ses devanciers, consacra ses cliants à la gloire de la patrie. Son enthousiasme poétique alla bien jusqu'à adopter un brillant sujet tiré de l'histoire nationale^ mais il s'arrêta dans l'exécution. Son imagination se ploya aisément aux formes régulières imposées par le législateur du Parnasse français. Il n'était point du nombre de ceux qui ont besoin d'être contenus, et cela se voit aisément à chaque chant du poème. Quoique admirateur des hommes de génie, auxquels l'observation des règles semble donner une plus grande puissance , au lieu de suivre pas à pas l'auteur de V I^enriqueida,]e préférerais, je l'avoue^ analyser un de ces poètes originaux du seizième siècle, qui pèchent si fréquemment contr» les règles du goiit , mais qui émeuvent. Le voyage

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qu'où eulreprend avec eux est péiiiblej mais si vous les suivez, ils vous révèlent toul-àcoup des beautés inconnues. Comme Eryceyra, souvent le talent qui ne sait rien ciéer vous mène par une route plus facile : à chaque instant l'imagination voudrait oser plus que lui, mais il l'arrête, et lui fait continuer paisiblement la voie qu'il lui avait tracée. Le chemin se prolonge, et rien de nouveau ne paraît ; au bout de la carrière l'on se trouve sans émotion et sans souvenirs.

Je me contenterai donc de rappeler le sujet de VHenriqueida. L'auteur nous reporte vers l'époque qui précéda l'établissement de la monarchie : Henri de Bourgogne est son héros; l'expulsion des Maures est le motif de l'action; le merveilleux est puisé dans la religion chrétienne; une espèce de sibylle révèle au prince les destinées du Portugal; les récits de combats, les aventures d'amour font les frais du reste de ce poème, sans jamais exciter vivement l'intérêt. Le comte d'Eryceyra n'a, du reste, aucune prétention à l'originalité, et il avoue qu'il a souvent imité Homère, Virgile, l'Arioste, le Tasse, Lucain et Silius Italiens : c'était le moyen d'être correct; ce

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n'était point à coup sûr celui d'être neuf. Il y a des temps où une heureuse imitalion a presque le mérite d'une création; c'est qu'il faut avoir alors du génie pour choisir, et cela a lieu quand une littérature se fonde, qu'elle cherche un point d'appui, qu'il lui faut un guide enfin pour sa jeunesse. Le même système ne peut pas être toléré toujours , et redire long-temps ce que les poètes du seizième siècle semblent avoir créé de nouveau est une méthode certaine pour ennuyer; l'observation de la naiure serait un moyen assuré d'être neuf; mais on observe peu quand on sent toujours le besoin d'imiter.

Ces réflexions fort simples ont été provoquées par le souvenir de l'époque où nous sommes parvenus; néanmoins il faut peutêtre attribuer l'esprit imitateur du temps à la crise dont on sortait; et à coup sûr il valait mieux reproduire des pensées nobles consacrées par l'approbation des siècles, que de se livrer à l'extravagance et à la bizarrerie qui avaient signalé les derniers onvrages.

Le talent du comte d'Eryceyra le rendait plus propre à écrire l'histoire qu'à donner une épopée. Sonouvrag.e de la Restauration

du Portugal i jouit encore d'une assez grande estime. Cette histoire est écrite avec une correction remarquable, et rappelle le grand siècle^ mais on y sent quelque chose de français, l'on y voit toute l'influence d'une littérature étrangère. L'auteur prévient dans son prologue que l'ouvrage lui a coûté un long travail, et l'avertissement est presque inutile pour ceux qui lisent attentir vement.

Barbosa donne la liste des productions de cet auteur, elle est immense. On y voit que, s'il méditait quelquefois long - temps ses écrits avant que de les livrer au public, souvent aussi il s'abandonnait à une facilité de composition fort extraordinaire. On parle d'un ouvrage intitulé le Trésor de Vharmonie ^ composé de quatre mille vers, enfantés en vingt heures. Ce n'est point l'unique singularité qu'on lui attribue, et il a donné quatre cents couplets d'imprécation, où il n'entre ni Y ni E. Cette gentillesse ne valait pas ses imitations des anciens-*.

* O Portugal restaurado.

» Le grand- père du comte d'Eryceyra, Fernand de Menezés, avait été rélève du père Macédo, et s'était livré avec succès à l'étude de la poésie et de

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Après l'apparition de cet auteur, qui fut suivi de quelques écrivains estimables plutôt par leur science que par leur talent, le Portugal resta encore plusieurs années sans produire aucun homme digne d'être cité I. Si j'ouvre les ouvrages du temps, je vois, indiqué par Jouvenel de Carlencas, un poème de Quiterie la Sainte, comme étant un des meilleurs que le Portugal ait produits; il est du à Joseph de Couto Pistana.

Barbosa ne manque point non plus d'accumuler les noms et les titres ; mais la renommée n'a point confirmé ses jugemens au dix-neuvième siècle; d'ailleurs, il avait à apprécier des con tempor ains, e t c^es t ce qu'il ne pouvait faire que d'une manière fort imparfaite. Les choses se trouvaient donc dans cet état languissant; les Académies fondées sous Jean V fatiguaient plutôt de leurs travaux qu'elles n'instruisaient i , quand un ministre, dont le génie savait tout soumet-

rhistoire. On possède de lui une vie de Jean I^"", et une histoire de Tanger, dont il avait élé gouverneur.

^ L^infàme inquisition faisait brûler le seul poète dramatique de la nation, en vj^S. Antouio Jozé périt sur le bûcher.

tre et tout relever, commença à tîonner une impulsion nouvelle au pays qu'il dirigeait. Pombal rendit au Portugal les deux plus grands services j il renversa les jésuites, et essaya de re'tablir le littérature.

Cependant un événement aussi épouvantable qu'il fut inattendu vint arrêter encore les progrès que faisait le Portugal vers un état de choses plus favorable. Durant l'effroyable tremblement de terre de 1755 un grandnombredebibliothèques se trouvèrent brûlées, une foule d'ouvrages précieux furent complètement anéantis. C'est ce qui peut expliquer l'excessive rareté de la plupart des anciens livres qu'on ne peut se procurer, même dans les bibliothèques les plus complètes. C'est ainsi qu'on chercherait en vain à Paris un Gil Vicente et quelques autres auteurs 5 on ne peut les faire venir de Bortugal, où il n'en existe qu'un trèspetit nombre d'exemplaires.

Les désastres de cette effroyable catastrophe ont élé rapportés dans divers ouvrages; mais leplus intéressante! le plus complet qu'on puisse consulter à ce sujet est celui qui est intitulé, Mémoire des principaux expédiens qui ont été mis en usage lors du trem-

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blement de terre de Lisbonne, en Tannée 1 755, par Aniador Patricio i. On y trouvera les détails les plus circonstancie's et les peintures les plus vives d'un malheur qui n'eut jamais rien d'égal.

ï M^emorias das principaes proi^idencias que se deraô no terremoto que padeceo a Corte de Lishoa ^ no anno i'j55 f etc. ; por Amador Patricio, Lisboai 1^58. C'est un in-folio de 355 pages.

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