CHAPITRE XXVI
FONDATION DE l'aCADÉMIE DES ARCADES.
Adiodïo Garçao , Diniz da Cruz e Sylva , Domingo dos Reis Quita, Francisco Dias Gomes.
Les choses se trouvaient dorK: dans cette situation, quand plusieurs hommes de goût profitèrent des bonnes dispositions du ministre, pour essayer de relever la littérature de la situation déplorable où elle était tombée. Un homme remarquable par la force de sa pensée jeta en avant les premières idées qui allaient changer la situation du monde littéraire. Luiz Antonio Verney publia l'ouvrage intitulé de la Vraie manière cC étudier^ ^ et il eut la grande influence de faire sortir les esprits de l'apathie dans laquelle ils étaient plongés2.
Bientôt Diniz da Cruz, Manoel Nicolas,
' Do verdadeiro modo de esludar.
* Voy. Memorias da Academia das Sciencia*,
4l2 RESUME DE l'hISTOIRE LITTERAIRE
Esteves Negraô et Theotliimo Gomes de Carvallio , se réunirent pour fonder une société qui put reformer le goût. Elle tint ses premières séances en 1756, sous le titre de Société des Arcades. Cette académie eut un moment de haute prospérité. Tout ce qu'il y avait de distingué dans le siècle lui appartint. Ses dififérens membres étudièrent surtout les auteurs comtemporains de Camoens,et cherchèrent à répandre le goût de leurs écrits. On vit alors paraître plusieurs poètesquiilfustrèrent le dix-huitième siècle, et que nous allons bientôt examiner : l'académie des Arcades eut non-seulement la gloire de ranimer le goût des lettres, mais elle eut encore une grande influence sur l'esprit de la nation.
Comme dans les académies de l'Italie, les différens membres qui composaient cette association adoptèrent des noms qu'ils conservèrent eu publiant leurs ouvrages. C'est ainsi que Diniz da Cruz est célèbre sous celui d'EIpino Nonacriense, que Francisco Manoel adopta celui de Fylinto Elysio. Cette académie malheureusement ne dura pas aussi long-temps que cela était nécessaire. Après s'être dispersée, elle chercha à se
réunir encore ï,el finit par se dissoudre complètement en 1773 j elle a été dignement remplace'c.
Tout le monde sait quel fut le résultat des travaux de Pombal ; mais le génie despote, qui créa souvent d'utiles institutions, qui renversa un pouvoir odieux à la nation , ne put point faire naître un poète. Là ses ordres furentimpuissans.il parvint à relever
les institutions chancelantes d'une antique université; il ranima peut-être le goût des lettres par Tespoir des récompenses ; mais , je le répète, là s'arrêta son pouvoir : et quand la nature eut produit un de ces talens régénérateurs indépendans de la puissance, Pomballe persécuta. Étonnéde ce qu'on pût contrarier ses nuoindres volontés , ce ministre protecteur des lettres étouffa dans un cachot 1«6 élans du génie.
Telle fut ta destinée, Garçaô! tu fus poète, et Ton t'arracha à la contemplation de la nature! tes dernières plaintes ne furent pas recueillies, tu péris dans la solitude d'une prison I
' Elle tint plusieurs séances au Morgado de Oliveyra.
4l4 RliSUlNlÉ DE L*HlSTaiRE LITTERAIRE
Le plus grand mérite de Garçaô est peut-être d'avoir indique la bonne voie à Diniz, à Dubocage, à Francisco Manoelf plusieurs morceaux cependant le mettent an nombre des poètes portugais vraiment dignes de ce nom : que savons-nous d'ailleurs ce qu'il eût fait si le despotisme n'eiit arrêté ses efforts' I
En lisant cet auteur, que plusieurs personnes ont surnommé l'Horace portugais, on reconnaît l'étude approfondie des poètes du seizièrfte siècle; l'on voit qu'il sentait tout le mauvais goût de son temps, et qu'il voulait en purger la littérature : peut-être n'eut-il point assez de hardiesse pour un législateur du Parnasse, mais il unit l'exemple au précepte, et alors c'était beaucoup.
Garçaô a donné un petit volume d'odes, de satires, d'épîtres et de sonnets;»on remarque deux pièces de théâtre , que je ferai connaître en parlant de la poésie dramati-
ï Garçaô laissa à ses enfans, comme il le disait lui-même, la uoble tradition d'un père qui détestait la fklLerie, qui ouvrit uu nouveau chemin vers le Piude, quise livra à l'étude, et qui montra du moins comment on peut braver la mauvaise fortune. Yoy. Mcmorias da Academia dus Sciencias.
que moderne j mais il y a dans la comédie intitulée V Assemblée uni.^, cantate deDidoii qui passe pour un modèle de poésie, et qui est vraiment admirable par l'harmonieuse énergie de l'expressioii.Je crois faire plaisir à mes lecteurs en en donnant ici la traduction.
• «I Déjà les voiics enflées de la flotte Iroyenne blanchissaient sur les leinles violettes du levant; poussées par les vents, elles se cachaient entre les vagues d'azur a une nier dorée; Piuforlunée Didon errait dans son palais, en poussant de longs cris; «es yeux troublés cherchent encore le fugitif Enée, mais c'est en vain; Carlhage, la nouvelle Çarlhage ne lui présente que des rues inhabitées et que des places désertes; sur la plage nue les ondes solitaires frémissent dans l'obscurité avec un horrible fracas; sur les sommités dorées des coupoles superbes crient les oiseaux de nuit aux funestes augures. Prêtant l'oreille prés d'un tombeau de marbre , elle s'imagine que de faibles voix se sont fait entendre, que les cendres froides de Sychée l'appellent eu soupirant, Élise, Élise. Elle veut préparer aux divinités terribles un sacrifice; mais autour des autels elle voit avec une frayeur accablante une noire écume bouillonner dans les urnes brillantes, et le vin renversé se changer en ruisseau de sang. Son
> Jano rôxo Oriente branqucando, etc.
4i6 rl'sumé de l'histoire littéraire beau visage est pâle , ses lèvres tremblent j elle éprouve uu délire frénétique j déjà d'un pied tremblant, elle entre, privée de raison, dans cet asile heureux où d'un iu'Sdéle amant elle entendit avec attendrissement les soupirs et les douces plaintes. Là, les Parques cruelles lui montrent les tissus d'Ilion, qui, tombant du lit nuptial, laissaient briller le bouclier et l'épée du Troyen. Sa main convulsive arrache du fourreau la lame éclatante , et sur ce fer pénétrant, elle appuie son sein d'albâtre 5 le sang brûlant jaillit de la blessure ', il murmure eu bouillonnant. Rougies de ce sang il semble que les colonnes de la salle tremblent.TroisfoisDidon tente de se lever, trois fois elle retombe agonisante sur le lit. Son corps se retourne, ses yeux accablés se lèvent v^rs le ciel, et ensuite, contemplant la brillante armure du Trojen fugitif, elle répéta ces derniers mots dont le lugubre et plaintif accent , volant dans l'immensité des salles, s'entendit longtemps après comme uu gémissement: «Dépouilles chéries que mes yeux regarderont tant que le permettra le destin, tant que le permettront les Dieux, de la triste Didon recevez l'âme ^ délivrez-moi de mes douleurs.
w Malheureuse Didon, lu as vêtu assez; de la
ï Francisco Manoel do NaScimento propose dans sa première épître cette partie de la cantate, comme un modèle de versification. F'oy. OEuvres de Fylinto Elysio. Tom. 1.
DE^PORTLGAL. 4I7
brillaule Carllia^e la muraille s'est élevée, mais tou ombre dépouillée passe déjà dans l'horrible barque de Caron, qui sillonne les tristes eaux du Phlégéton. »
On sent frëquenfment dans ce morceau l'imitation de Virgile , mais la poésie en est admirable par son harmonie, par sa noblesse et par sa correction; ce morceau peint répoque où nous sommes parvenus. On adopte de nouveau les grands modèles sans être vraiment original.
A la fin des œuvres poétiques de Garçaô^ on trouve plusieurs discours en prose, qu'il adressait aux membres de la Société des Arcades. C'est là surtout qu'on le voit montrer une ardente volonté pdir que la littérature changeât sa mauvaise direction. En terminant l'examen des oeuvres de ce poète, je ne puis éloigner une réflexion amère que me suggère une de ses satires: aye sais-tu pas, dit-il, que le Capiiole des muses portugaises fut toujours un hôpital '.w Pour lui ce temple fut une prison, et cette prison se serait ouverte pour le médecin Sanchez,
' Sat. 1 , A'^ad sabes que das musas Poituguesas , Foi senipre hum hospitalo Capitolio.
4 iB RESUME DE l'hISTOIRB LITTERAIRE
pour Francisco Manoel, s'ils n'avaient échappé au cachot, et peut-être au bûcher, par un déplorable exil.
Un autre poète distingué se montre à cette époque l'émule dé Garraô. Je ne connais que ses ouvrages; aucun détail sur sa vie ne m'est parvenu, je sais seulement qu'il est mort dans les dernières années du dix-huitième siècle.
Ce poète , livré à tout l'enthousiasme du feu poétique, a mérité le surnom de Pindare portugais; comme Lebrun, il se livre à toute sa verve, et il entraîne l'esprit de ses lecteurs.
C est cependant à un poème comique et satirique que Biniz da Cruz doit peut-être chez les étrangers la plus grande partie de sa réputation; et en effet, il est difficile d'imaginer une meilleure plaisanterie que celle qui règne coniinuellement dans le Goupdion I; l'on a trop souvent répété que ce charmant ouvrage était une imitation du Lutrin. Diniz a pris quelquefois Boileau pour guide, mais il ne doit rien qu'à son imagination. Un fait historique d'ailleurs
* O Hyssope, potma hetoi-coinieo.
se présentait, et il était naturel qu'il s'en emparât. Ce fait avait sans doute de l'analogie avec la première donnée du Lutrin, mais c'est parce que la vanité ridicule élève partout le même genre de prétentions. Il devenait le domaine de la poésie satirique, et le poète l'a mis à profit de la manière la plus heureuse ; le voici tel qu'il se trouve rappelé dans l'argument du poème.
Jozé Carlos de Laya, doyen de l'église d'EIvas, voulant se rendre agréable à son évéque D. Lourenco deLancastre, venait lui offrir le goupilîoo à la porte de la salle du chapitre toutes les fois que ce prélat allait remplir ses fonctions dans la cathédrale. On ne sait trop pourquoi l'amitié qui avait existé entre le doyen et son évéque se refroidit. Carlos de Lara changea de conduite : l'évéque sentit vivement ce qu'il regardait comme une insulte faite à sa dignité, il voulut obligerle doyen à lui rendre toujours les mêmes hommages, rassembla les partisans qu'il avait dans le chapitre, et s'arrangea de manière à ce qu'ils prissent une détermination par laquelle le doyenne pourrait plus le priver de son prétendu privilège. Le second dignitaire en appela de
4^0 RESUME DE l'hISTOIUE LITTERAIRE
celte terrible détermination au siège de la métropole. Là, il perdit sa cause 5 telle est l'action du poème.
Peu de temps après celte cruelle sentence, le doyen mourut, et sa dignité passa à l'un de ses neveux, qui refusa, comme son digne oncle , de s'assujétir à l'humiliant usage. L'évéque le reprit vivement de son insubordination et alla jusqu'à lui adresser quelques menaces. La chose fut portée devant la cour, et le tribunal ordonna au prélat de venir rendre compte de son procédé. Ce fut alors qu'il se désista de son privilège imaginaire, et qo'il nia avoir suscité l'arrêt du chapitre, et tout ce qui avait été fait à ce sujet.
Sans entrer ici dans une analyse détaillée derouvragei,je dirai que d'unboulà l'autre les caractères sont soutenus de la manière là plus originale, et que le style en est par-
1 Elle a été faite par M. San dans le Mercure étranger. Diniz a donné, dit-on, rimilation de la boucle de cheveux enlevée. Je n'ai point trouvé ce dernier poème dans ses œuvres en 6 vol. Mais FHyssope n'y est point non plu&; on en doit rimpression au savant M. Verdier,qui Ta enrichie de notes extrêmement intéressantes.
tout d'une pureté fort remarquable. La description du pays des chimères, qui ouvre le poème, est une excellente plaisanterie, et peint si bien la société du Portugal à cette époque^ que je regrette de ne pouvoir en donner ici une traduction. Mais il me reste encore trop de richesses à faire connaître pour que je ne me renferme point dans de justes bornés. Diniz da Cruz a imité d'une manière heureuse la Boucle de cheveux enlevée. Je ne connais point cet ouvrage de lui , mais un critique estimable dit que les mœurs du beau monde y sont peintes avec une élégance qui réunit le naturel et la vérité ; pour bien comprendre toutes les allusions de ce poème, il faut cependant, dit-on, avoir été en Portugal à l'époque où il fut composé j sans cela mille traits de satire échappent, et les vers les plus plaisans deviennent de véritables énigmes. Diniz da Cruz a aussi composé un assez grand nombre de poésies diverses sous le nom d'Elpino, qu'il avait adopté à l'académie des Arcades. Dans ce genr« de poésie on reconnaît l'éCude des Italiens et trop souvent celle des anciens bucoliques portugais. Celui qui avait tracé les charmans
tableaux de l'Hyssope n'était peut-être point appelé à décrire aussi les impressions profondes d'une passion mélancolique. Il s'échappa cependant des scènes du monde pour se livrer à tout le délire d'un enthousiasme pindarique.
Malgré la supériorité de Diniz comme poète satirique, son plus beau titre à la reconnaissance de la nation lui est acquis par ses odes; son enthousiasme poétique a célébré tous les grands hommes dont s'honore *e Portugal , et il s'est abandonné au plus noble entraînement; il chantait des exploits si prodigieux que l'histoire en fait moins bien comprendre la grandeur peutêtre que la poésie. Malgré l'extrême difficulté qu'il y a à faire passer dans la prose le mouvement et l'harmonie qu'on trouve dans une belle ode, j'essaierai de traduire celle qui est adres3ée à Gama ^.
Strophe.
« * Noble Gama, bien qu'une muse brillante, qui
1 II sera aisé de voir que Antonio Diniz da Cruz, a adopté toutes les formes poétiques de Pindare^ » Bein que teu ardimento cicrna croa^ etc.
vule vers le Pinde sur les ailes de la Renommée , eut tressé la co^ronae élernelle due à ton courage; raoi qui, malgré Fenvie et ses fureurs , cherche à porter le nom lusitanien jusqu'aux astres, j'enflerai Its sons de ma lyre au bruit lointain de les louansres.
Antistrophe.
w Indompté , frémissant, le Nil écumeus parcourt une vaste campagne. En son rapide cours, il baigne TEgyple, mère des fables. Mais si durant son immense carrière, il reçoit le tribut de rivières profondes, dans sa grandeur il ne rejette point Thumble hommage du ruisseau ignoré.
Epode.
w Le téméraire Thessalien parti de rHémonfe emploie cent rames à parcourir une faible portiftn de la plaine salée; il pénétre à Tembouchure de reffrayant Euxia, arrive à Colchos et dérobe la Toisou-dOr.
Strophe,
» Au bruit de celte action, la Grèce, remplie de gloire, veut que rien n'égale sa renommée. Oh. quelles riches fictions sait invenier Timaginalion orgueilleuse de ce peuple! De féroces taureaux armés d'acier vomissent un eflfroyable torrent de feux et de fumée. Un dragon immense est avef; eux. Eh bien! ils tombent à Calchos sous tes efforts d'un bras courageux.
Antistrophe.
i) D'une mer obscure s'élèvent en bouillonnant des îles mouvantes, qui présentent de loin avec un bruit horrible la mort. Les vents se déchaînent sur l'immensité des mers , et pour exalter encore davantage la gloire de Jason, l'immortel Argos est placé parmi les astres au sein de la région brillante. •
Épode,
» C'est ainsi que les habitans du Parnasse gravent dans notre mémoire la gloire d'un grand homme. Les muses ornent la vérité, elles ne mentent point. Oh! non, je ne condamnerai point une si noble coutume 5 j'ai pour moi l'exemple du chantre d'Isméne.
« Strophe.
•» Mais l'histoire de Gama ne manque point de brillans ornemens. Sa renommée dans le monde s'est élevée bien haut, elle brille d'un bien grand éclat! il n'a point fait enfler timidement ses voiles sur un bras resserré de la mer mugissante- on l'a vu sur l'espace immense de l'océan, dompter d'horribles tempêtes.
• • Antistrophe.
)) Comme la lléche qui frappe au but, le héros s'élance au sein des vagues j c'est avec une inébranlable fermeté qu'il court achever sa noble entre-
piiae . Eu vain des peuples barbares, eu valu des caps redoutables s'opposeut-ils à sou passage, rinde était cachée, il la découvre. »
Le poète passe en revue quelques-uns des hauts faits qui commencèrent dès lors à illustrer sa nation. Mais pour continuer il dit à son âme de demander des inspirations nouvelles , et il veut s'arrêter au milieu de cette multitude de sublimes actions qui lui resteraient à chanter.
Je ne multiplierai point ces citations, je ne pourrais donner qu'une idée fort imparfaite du génie de Diniz da Gruz, D'ailleurs, il faut élre portugais avant tout pour le bien comprendre. 11 y a certains noms qui font éprouver à tout un peuple un frémissement d'admiration ou de terreur; ils renferment à eux seuls une image qui émeut déjà profondément. C'est une influence qui est perdue pour les étrangers, comme l'harmonieuse énergie des vers.
Diniz a donné une multitude de sonnets empreints d'une poésie admirable, mais ([uelquefois recherchée, comme la plupart des petites pièces de ce genre dont les poètes du raidi semblent s'être fait un besoin, qu'oa
qQ^6 HESLML DE l'hISTOÎBE LITTERAIRE
trouve dans tous les recueils des auteurs espagnols et portugais, et dont leur imagination fait presque toujours oubliei; la difficulté prétentieuse. Je tacherai de donner nne ide'e du talent de Diniz en ce genre; eu général, ses sonnets sont plutôt ingénieux que tendres ; celui-ci est pletn de douceur.
« A Où veut-on dans l'ardeur qui mVmbrase que j'aille chercher quelques dislraclions à mon tourment. Sans cesse mon esprit aifligé découvre partout une imaije de mes amours.
» Si j'entre dans le bocage, je la trouve parmi ses lîeurs. Si je gravis la montagne, la neige la présente à ma pensée. Je contemplais le fleuve, le vent mobile vient de me la rappeler encore j dan* les champs la splendeur du soleil me donne son souvenir.
)) Eh! comment donc oublierais-je mon délire, si le bocage, si la montagne, si le fleuve me la rappellent.
)) Mais non, que l'amour ne cesse point d'augmenter mon mal, je sais bien que la mort le dissipera bientôt. »"
Outre ses odes et ses sonnets, Diniz de Cruz a donné des idylles et des églogues
f Unde quer que me levub meus arihres. etc.
Dt PORTUGAL. 4^7
qui l'égalent peut-tire en ce genre, sous le rapport du style, aux poêles du seizième siècle.
Quoique les Portugais se fussent livrés dans tous les temps avec ardeur à la poésie pastorale, et qu'ils y eussent obtenu plus de succès peut-être que beaucoup d'autres nations, ils s'élaient rarement occupés de l'idylle, et l'on peut même direque les poètes du seizième siècle n*oflrent guère de morceaux auxquels on doive accorder ce titre, qui paraît assez moderne dans la littérature de l'Europe.
Cependant un homme qui se livra à des inspirations poétiques plus élevées tourna ses regards vers ce genre facile et gracieux, où la mélancolie s'allie souvent aux plus douces émotions. Domingo dos Reis Quila réussit assez bien dans le nouveau geuje qu'il avait adopté, et il prouva qu'il savait moditicr d'une manière souvent heureuse les accens tragiques d'une muse peut-être trop française. Dans cette circonstance, la versification de Quita est élégante et facile, 3uais elle manque peut-être de cette originalité qu'on retrouve presque toujours dans les bucoliques du temps de Camocns.
Or * 4^8 RESUME DE l'hISTOIRE LITTERAIRE
En parlant des poètes du dix-huitième siècle et des réformateurs de la littérature, je ne puis passer sous silence un des plus ardens admirateurs des écrivains du règne de Jean III. Francisco-Dias Gomes ne fut qu'un poète correct et élégant, mais il eut la gloire, d'être utile en faisant sentir à son siècle des beautés trop souvent méconnues : comme le dit l'auteur de sa vie », on lui donna dans sa jeunesse une si fausse direction, on contraria tellement ses goûts, qu'il ne] put réussir complètement ni dans le commerce, ni dans les lettres. Quand la douloureuse indigence vint le tourmenter il chercha un refuge dans l'étude. Il sut, par de sages observations, devenir utile à ses compatriotes. On l'eut secouru, car il s'était fait des amis j mais il conservait une sorte d'héroïsme dans sa pauvreté; il dévorait Tafitliction de la misère dans le silence; et quand les maladies vinrent à désoler sa famille, seulj il osa suffire à tant de chagrins, il soigna ses enfans et mourut.
Il y a dans celle lutte et dans sa fin quel- 1 que chose de si triste, de si noble, que je
* Obras 'poeticas.
n'ai pu nf empêcher de la rapporlcr ; et d'ailleurs Francisco -Dias mérite bien de tous ceux qui s'occupent de la littérature portugaise. 11 est considéré par quelques écrivains comme le seul critique digne de ce nom. i On peut voir ses travaux en ce genre dans les Mémoires de l'A-cadémie et dans les notes de ses poésies.
* Voy. entre autres Annaes das sciencias, etc.
43o FÉSUME DE l'histoire LITTERAIRE