‹ Résumé de l'histoire littéraire du PortgualChapitre 5 sur 61 · XII DISCOURS · texte numérisé non relu

XII DISCOURS

fois il laisse parler davantage son cœur, il met, de côté les règles qu'il cherche à imposer, et il donne un chef-d'œuvre. Son génie lui révèle la seconde tragédie régulière que voie naître l'Europe: se livre-t il encore au théâtre, la première comédie de caractère paraît , et la véritable route dramatique est trouvée.

Comme contemporain de ces deux grands hommes, moins imitateur, parce qu'il s'adresse au goût de la nation , Gil Vicente se voue aux jeux de la scène, et il crée ses règles, ou plutôt il n'en écoute aucune ; il fronde les vices du temps de manière à être compris de tout un peuple. Après l'avoir instruit, il l'anime par sa gaîté, de même qu'il l'intéresse par ses tableaux de religion et de chevalerie.

Autour de ces hommes qui commencent la gloire du siècle , on voit se grouper plusieurs auteurs moins célèbres, mais qui brillent par leur correction, par leur harmonie, par cette mélancolie contemplative qui signale les méridionaux ; chez eux souvent la prétention est à côté du naïf, et une imagination orientale les éloigne quelquefois, à nos yeux, de la vérité. Diogo Bernardes

PRELIMINAIRE. XIH

est de ce nombre , plutôt qu'Andrade Ca-

minha.

Mais tandis que ces poètes jouissent des faveurs de la fortune, tandis qu'ils peuvent chanter au sein des cours des exploits qui causent l'admiration du monde , un homme ignoré de tous, errant , pauvre , ne voulant devoir rien qu'à son courage , partage ces exploits qu'il veut ce'le'brer ; toujours agite' par une passion qui fait le destin de sa vie , il n'oublie son amour que pour chanter les victoires de ses compatriotes; s'il songe un instant à sa misère, il pense a la gloire, le saint amour de la pa-^ trie lui fait tout oublier; il ne demande rien aux rois que de l'écouter, parce qu'il veut leur faire partager les plus nobles pensées qui aient jamais agité un cœur: c'est Camoens. Il échappe aux tempêtes , donne à son pays les Lusiades, et meurt dans un hôpital le jour où la patrie succombe. Jamais je ne dirai que la vérité! Jamais je ne flatterai le pouvoir! telle est la devise du grand homme qui, en donnant les plus sages conseils à un jeune prince, lui dit que son bras est prêt à le défendre, comme sa lyre peut le chanter. Quiconque a lu Gamoens a dii

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