‹ Résumé de l'histoire littéraire du PortgualChapitre 50 sur 61 · CHAPITRE XXXIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIl

Coup d'œil rapide sur quelques littérateurs vivans. — Jozé Agostinlio de Macedo^ V Orient, poème épique, ses autres ouvrages. — Mauziuho d^Albuquerque ; les Géorgiques portugaises. Médina e Vasconcellos; le vicomte de Sau-Lourcnço ; la comtesse de Oyeihausen , etc.

• J'ai déjà dépasse les bornes assignées à ce genre d'ouvrage, et il me reste encore à parler de l'état de la littérature au Brésil j l'espace m'oblige à ne jeter qu'un coup d'œil rapide sur les poètes vivans qui se distinguent maintenant en Portugal. 11 est malheureusement difficile de se procurer leurs ouvrages; cependant les plus remarquables nous sont parvenus. En examinant attentivement la liste des livres qui ont paru de-* puis quelques années , on voit que les poètes portugais n'ont rien perdu de leur ancienne fécondité, et l'on a une preuve nouvelle que le feu poétique, naturel à cette nation, lie peut s'éteindre, puisqu'on le trouve chez

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les liabitans des campagnes comme au sein d'une socie'té brillante.

On peut s'apercevoir, en général , de quelque tendance à une re'forme littéraire. De même que la société des Arcades s'efforçait de ramener les expressions originales du seizième siècle , en écartant les locutions françaises qui s'étaient introduites dans le langage, on voit maintenant quelques homnies dont l'imagination active tend à donner une autre direction aux rdées. Ce mouvement, qui s'est fait ^'abord sentir en France, se développe en Portugal, et les écrits de M. de Chateaubriand i n'y ont pas peu contribué sans doute. C'est une erreur, cependant, à mon avis, de regarder les auteurs du seizième siècle simplement comme d'habiles imitateurs; Camoens a survécu à l'oubli , parce que son genre d'existence lui avait donné vraiment de l'originalité, et que sa poésie, en rajeunis- ^\\\X. d'anciennes idées, en parait d'autres qui étaient entièrement neuves. Essayer

t Les Martyrs avaient été traduits, comme on l'a déjà vvi,par Francisco Manoel^ le Génie du Christianisme a paru il y a peu de temps; mais il existait déjà plusieurs traductions de René et à!AtaIa.

de; PORTUGAL. 4^1

lie donner une nouvelle impulsion aux idées scolastiques est une chose naturelle maintenant; mais ces idées se sont introduites depuis le grand siècle. Les contemporains de Sa e Miranda cherchaient l'analogue de leur génie chez les anciens; pour cela ils n'étaient point de simples imitateurs; et d'ailleurscornparée avec notre poésie éminemment classique, avant qu'elle nous empruntât une marche monotone et régulière, celle du midi avait un caractère particulier, qui la rapproche singulièrement des formes plus libres dont ou sent le besoin maintenant.

Ces réflexions m'ont été suggérées par l'examen d'un auteur moderne qui prêche la réforme dans un sens qu'on ne peut trop admettre. Comme on le verra , Camoens est son antagoniste. 11 ne le regarde que comme un habile imitateur.

Le nom de Macedo a déjà été illustré dans la littérature portugaise , et l'on se rappelle sans doute ce que j'ai dit de ce polygraphe , dont personne peut-être n'a égalé la prodigieuse fécondité. Vu ecclésiastique du Blême nom occupe maintenant une des places les plus distinguées dans les lettres en Portugal. M. Jozé Agoslinho

de Macedo a presque la facilité de son prédécesseur, à en juger par la liste de ses œuvres : il s'est exercé dans presque tous les genres; mais, comme c'est assez ordinaire, il n'a point réussi également dans tous.

Il y a chez la plupart des nations certains ouvrages dont le titre seul imprime une sorte de vénération. La puissance qu'ils ont exercée dans un siècle, ils l'exerceront dans tous les temps. Leur influence extraordinaire sur les idées est indépendante du changement qu'amènent les années : ils parlent au cœur un langage qui ne varie point; la réconnaissance eftace leurs défauts, et il fauc plaindre celui qui admire faiblement ces beautés que le génie se révèle si rarement à lui-même. Leur origine lient à une cause dont on sent le pouvoir, qu'on ne peut comprendre, et que le poète lui-même ne pourrait expliquer, mais que les nations ne méconnaissent jamais; dans leur admiration, elles leur vouent une sorte de culte.

Les ouvrages qui renferment ces nobles inspirations peuvent élre critiqués aisément; il y a certaines parties«qu'une plume ingénieuse pourrait rendre ridicules. Ces attaques sont fort innocentes , et peuvent

même être utiles; elles éclairent le goût de ceux qui ne savent point choisir ; mais quand elles s'égarent et qu'elles touchent à ce que tout le monde admire, elles excitent un gentiment qu'on ne sait trop comment qualifier, et leur plus sur effet, c'est d'exalter la gloire qu'elles cherchent à rahattre.

L'ouvrage le plus important de M. deMacedo est un poème épique intitulé : TOrient ( O Oriente), Le sujet de ce poème, c'est le sujet des Lusiades ; tout y u été soumis à de justes proportions j les divinités du paganisme n'interviennent plus au milieu des chrétiens; tout est réduit aux règles de cette sagesse à laquelle l'inspiration osequelquefois échapper. M. de Macedo dit dans sa préface qu'il ne veut point attaquer la gloire du grand po.èie; peu importe sa volonté, la gloire de Camoens est entière.

Si j'avais plus d'espace à ma disposition, je donnerais une analyse de ce poème,* car, après tout , les Portugais le considèrent comme la première épopée moderne ; et l'on doit ajouter qu'il y a souvent un vrai talent, que l'énergie s'y montre à côté de la noblesse ; mais ces ressorts cachés qui émeuvent l'âme, qui appartiennent au na-

vigateur, au soldat rempli d'enthousiasme poétique, et que quelques personnes semblent ne point appre'cier , c'est dans Camoens qu'il faudrait les chercher. Son génie et le genre de vie qu'il avait adopté lui révélaient certains secrets de composition que le raisonnement aurait dû apprendre à l'auteur de l* Orient ; il aurait du sentir qu'il enlevait une partie de Tiotérét que pouvait inspirer son héros , en lui faisant annoncer, par une vision, la destinée à laquelle il est appelé. Gama , dans Camoens , intéresse par l'ardeur avec laquelle il s'est jeté dans une entreprise dont son courage veut trouver la fin, mais que la mort peut suspendre; il court des dangers, et il ignore ceux qui l'attendent; dans ce mépris de la vie , dans cette ardeur d'aventures, il y a quelque chose qui peint le siècle où le hasard servit tant le courage. Il y a, je le répète, des beautés de style dans ï Orient, On reproche cependant à l'auteur d'avoir adopté certaines terminaisons rejetées par le goût.

Il existe un autre ouvrage de M. Macedo qui paraîtra fort extraordinaire; je me contenterai d'en ofifrir le titre traduit textuel-

lementï. Cest une lettre dans laquelle on prouve jusqu'à révidence que la plus grande incohérence de Camoens est son épisode d'Adamastor.

Si telle est l'opinion de M. de Macedo, il a raison de la faire connaître, mais peu de personnes seront de son avis.

M. de Macedo est auteur de plusieurs ouvrages en prose et en vers où son talent se montre avec avantage : le plus remarquable est un poème intitulé /a Méditation {a Meditacao)) il y a souvent de la noblesse d'image et de pensées. On peut en dire autant de Newton, poème didactique en plusieurs chants.

Je ne prétends point rappeler tous les ouvrages de cet auteur, ils sont fort nombreux. Il paraît avoir été en discussion littéraire avec plusieurs écrivains, relativement à un livre contre la secte des Sehastianistas, et qui parut, je croîs, vers 1810; la querelle fut vive de part et d'autre, et les

* Caria critica na quai se niostra até a euidencia que a niaior iiicoherencia de Luiz de Camoens , lie o epizodio de ^damastor, no canto 5°, dus Lusiadas , por J.-A. de Macedo.

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titres seuls de divers ouvrages le prouvent suffisamment.

M. de Macedo ne s'est point livré seulement à la littérature; on connaît de lui plusieurs ouvrages de philosophie.

Ces dernières années ont été signalées par Tapparition d'un ouvrage qui rappelle souvent le genre descriptif qu'on vit exercer tant d'influence sur le commencement du dix-neuvième siècle, et qui puisait la plupart de ses inspirations chez les anciens. Il y a beaucoup de talent dans les Géorgiqiies portugaises de M. Mauzinho d'Albuquerque; mais on y désirerait peut-être une peinture de son pays plus neuve pour le reste de l'Europe. Sa versification est correcte, élégante • ses descriptions sont animées, On se surprend à désirer que ce beau pays si fertile paraisse dans toute cette pompe qui doit si peu de chose à l'art j du reste, le litre de l'ouvrage rejetait peut-être ce genre de mérite. C'est l'agriculture perfectionnée que chante M. d'Albuquerque, et souvent, il faut en convenir, ses tableaux ont une grâce admirablej on sent qu'il serait doux de conte m-^ pler les paysages qu'il décrit. La plupart des journaux littéraires du Portugal ont fait

avec raison l'éloge de cet ouvrage. On dit que M. Mauzinho d'Albuquerque prépare en ce moment un poème épique sur les guerres que Pernambuco eut à soutenir contre la Hollande.

On considère aussi comme un poète distingué M. Médina e Vasconcellos, qui avait déjà acquis un nom au commencement du siècle. Né, dit-on, à Madère, accoutumé aux brillans tableaux d'un nature remplie de splendeur, il acquit assez rapidement une juste célébrité. La découverte de sa patrie îui parut mériter de devenir le sujet d'un poème épique. Un hardi navigateur, Zargo, fut son héros. La Zaï^gueida offre souvent des vers remarquables; mais un tel mérite est insuffisant pour assurer la réputation d'un poème épique.

L'épopée de M. Antonio Jozé Osorio de Pina Leitaô, publiée à Bahia en 1818^ rpule, comme je l'ai dit, sur la fondation de la monarchie portugaise ; cet ouvrage offre quelques épisodes remarquables. Enfin, je vois paraître dans ces derniers temps plusieurs poèmes épiques, dont je ne connais que les litres, mais qui prouvent toujours le goût de la nation pour cette branche de

la littérature: telle est, entre autres, /a 5mganceïda de M. Roque Carvalho Moreira.

Cet ouvrage est en deux volumes. Les traductions de poèmes étrangers se multiplient toujours, et Ton voit paraître une version nouvelle des Martyrs de M. de Chateaubriand.

La littérature portugaise s'est encore enrichie dans ces derniers temps de deux traductions en vers fort remarquables. M. T. J. Bento Maria Targini, vicomte de San- Lourenço, a d'abord fait passer dans sa langue, avec un rare bonheur, l^ Essai sur V Homme de Pope, et il a donné dernièrement une traduction du Paradis perdu, de Milton, qui dénote un grand talent. M. de San-Lourenço est auteur de plusieurs satires estimées.

On regarde comme un poète habile Luna Leitaô,rami et l'élève de Francesco Manoel, qui a publié à Rio de Janeiro une traduction complète de Virgile. M. F. de Borja Garcaô Stockler, qui s'est illustré dans un autre genre, s'occupe avec succès de la poésie. A.insi que le vicomte Palmella , MM. Pato Monitz, Pedro Lopes Feliciano, Castilho Pimentel, Maldonado Antonio Correa, elc ,

sont indiques par quelques critiques comme des poètes estimables. M. Monteiro da Rocha occupe, dit-on, un des premiers rangs dans la littérature,

On s*est plaint quelquefois en Portugal de ce que l'éducation des femmes laissait ^beaucoup à désirer; mais il semble que le même reproche ne puisse plus être fait maintenant, et plusieurs dames jouissent d'une juste célébrité par leurs ouvrages. Au premier rang on doit mettre la comtesse de Oyeihausen , qui a écrit dans tous les genres, et ^ui joint à la connaissance des langues un talent remarquable de versification. On met au nombre de ses meilleurs ouvrages une traduction de l'Oberon de Wieland. Madame Pezzolo da Costa n'a point publié tous les ouvrages dont M. Balbi indique les litres, mais elle est déjà connue par un recueil donné sous le titre de Francilia, pastora do Tejo. Cette dame s'occupait de la traduction de ;a Corine de madame de Staël. La vicomtesse deBalsamao a composé aussi des poésies agréables.

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