CHAPITRE VU
ORATEirRS HISTORIENS BRESILIENS.
Manoel de Moraes, Rocha Pilta, Azeredo.
Si Ton considère le peu de moyens que les Brésiliens avaient autrefois de se livrer aux lettres, on sera surpris du nombre d'hommes distingués qu'ils eurent dans le dix-septième et le dix-huitième siècles , en mettant à part les poètes et les historiens : j'en citerai quelques-uns. Angelo dosReis, né dans l'intérieur de la capitainerie de Bahia, devint un des plus célèbres élèves de Vieira, et mourut en 1723, alors qu'il parcourait l'intérieur comme missionnaire.
R.uperto de Jéàus, né au bourg d'Iguarassou, dans la capitainerie dePeriiambuco, en 1644? professa à Rio-de-Janeiro, et devint un des plus grands prédicateurs de son temps : il mourut à Bahia en 1708. Jacob.
<îe Andradc Velosino, né à Pernambiico, de la même province, passa à Amslerdam , où il exerça la médecine avec le plus faraud succès : il publia des ouvrages de controverse. Je mettrai au nombre des hommes célèbres un auteur qui vit le jour en Amérique, mais loin de ces contrées; c'est le fameux Antonio de Léon, né au Pérou, vers i65o^ de parens portugais. Il a donné, comme on sait, un grand nombre d'ouvrages, parmi lesquels il faut distinguer sou Epîtome de la bibliotheca oriental y occi— dental. Enfin, Eusebio de Matos, mort en 169-2; et Lourenço Ribeiro , né à Culigipe, s'illustrèrent dans la chaire, et laissèrent des écriis estimés.
Je pourrais nommer ici un assez grand nombre d'auteur nés au Brésil qui se sont occupés à retracer l'histoire de ce beau pays. Mais, continuellement resserré dans mon cadre, il m.e serait difficile de les faire connaître même rapidement. Après avoir été d'intrépides voyageurs, les Brésiliens ont été souvent d'inléressans historiens. Malheureusement, comme l'attestent les biographes, toutes leurs relations n'ont pas vu le jour, et sans doute IÇs amis de la littérature doi-
vent vivement regretter la cessation complète d'un travail qui devait faire connaîjtre une grande quantité de détails curieux sur l'Asie, l'Afrique et le Nouveau-Monde. Le premier volume de cette collection fut mis sous presse en 1795 i, mais il ne parut point, et probablement qu'une fouie de mémoires curieux fournis par des Brésiliens ne purent voir la lumière. Il serait digne du gouvernement de contifiuer ces anciennes recherches, et de tirer de la poussière des bibliothèques les documens qui y ont été entassés.
On doit sans doute considérer comme l'historien le plus ancien du Brésil Manoei de Moraes , né à Saint-Paul , au seizième siècle. Il fut d'abord jésuite, mais bientôt il abandonna cet ordre ^ et il a donné une histoire de l'Amérique, dont Jean de Laet a tiré des choses fort importantes.
Mais l'homme le plus remarquable par l'imporlance et le nombre de ses documens est sans contredit Hocha Pitta. Il naquit à Bahia en 1G60, et mourut en 1738. Son ouvrage intitulé Histoire d'Aniéric/ue ren-
^ M. Correa de Serra. Coup jj'œil sur l'élat des sciences et dés lettres parmi les Portugais.
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ferme sur le Bre'sil une foule de détails inconnus à Barlœus et à Pison ; mais il faut le lire cependant avec une sorte de circonspection , car il admet certains faits merveilleux que son imagination vive et l'esprit de l'époque lui ont fait regarder trop souvent comme dignes d'une foi entière. Cest lui sans contredit qui donne les détails les plus importans sur cet empire de noirs indépendans formé au sein du Brésil sous le nom de Palmarès. Dumourier, dans son voyage, m'a paru traiter cet historien avec trop de sévérité.
Un auteur beaucoup plus moderne a brillé dans une capitainerie féconde en événemens historiques, mais il s'est contenté de retracer l'histoire du commerce , tn jetant un coup d'œil sur le sort des Indiens : je veux parler de M. de Azeredo Coutinho, évêque de Pernambuco, prélat estimé par ses travaux littéraires et par sa conduite privée. Il a donné un Essai politique sur le commerce de Portugal , dans lequel on pourrait souhaiter des détails plus circonstanciés, mais qui renferme des vues philosophiques sur certaines tribus d'indigènes. On voit que M. de Azeredo avait bien com-
590 RESUME DE l'uISTOIRE LITTe'îIAIRE
pris le génie particulier de rAraéricain , quand il dit :
«. L'Indien né dans une liberté absolue , dans une indépendance complète et sans autres besoins que ceux auxquels les bras suffisent pour se satisfaire promptement, regarde tous les hommes comme lui , il s'habitue difficilement aux idées de soumission , aussi n'a-t-il point le courage de commander aux autres *. »
Il existe plusieurs autres ouvrages historiques publiés par des Brésiliens^ mais ils ne sont pas venus à ma connaissance, ou la patrie de leur auteur n'est pas toujours suffisamment connue pour les classer ici.
Disons un mot des feuilles périodiques qui paraissent au Brésil. On doit sentir combien cette branche de la littérature peut avoir d'influence dans un empire naissant, où les dislances sont si difficiles à parcourir, et où il devient chaque jour plus indispensable de faire connaître ce qui se passe dans les principales capitaineries.
Depuis quelques années le nombre des
» Cet ouvrage se trouve traduit à la suite du Voyage de Bourgoing,
DU BRESIL. Soi
journaux s'est accru à Rio-de- Janeiro et k San-Salvador ; en général , ils sont faits avec assez de soin, mais ils s'occupent presque exclusivement de rappeler les événemeus politiques qui agitent l'Europe. Il serait à souhaiter que le Brésil devînt plus essentiellement Tobjet de leurs réflexions. J'ai lu cependant des articles remarquables sur la situation du pavs.
Pourla littérature, etsurtout pour les sciences, il serait vivement à désirer qu'il s'établît un journal hebdomadaire, où seraient consignés les mémoires curieux qu'on enverrait des provinces, demémequeles traditions orales qu'on serait chaque jour à même de recueillir; parcemoyen^ non-seulement les productions naturelles seraient mieux connues, et le commerce pourrait s'en enrichir mais on finirait aussi par avoir des notions du plus grand intérêt sur les peuples sauvages qui habitent encore cette vaste portion de l'Amérique du sud. Les habitans de l'intérieur viennent sans cesse sur le bord de la nierpoury fairedes échanges: il faudrait les interroger, et ne négliger aucune tradition intéressante, même quand elles ne satisferaient pas entièrement l'homme instruit.
5g'À RESUME DE L HISTOIRE LITTERAIRE
Cest ainsi que je me rappelle avoir lu dans un des numéros de Tldade d'Ouro un morceau extrêmement curieux sur les sauvages du Rio-Doce, et sur la manière dont on avait essayé de les soumettre : malheureusement de semblables récits sont beaucoup trop rares, et Ton ne connaît guère le Brésil que par les relations qu'ont publiées des étrangers. Le style de quelques journaux politiques est fort remarquable.