‹ Résumé de l'histoire littéraire du PortgualChapitre 60 sur 61 · CHAPITRE Y III · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y III

GÉOGKAPIIIE, VOYAGES, GlC.

Les Portugais ont porté dans le Nouveau- Monde leur goût pour les exploratious aventureuses : malheureusement, comme je l'ai dit, une administration inquiète et soupçonneuse ne permettait point toujours la publication de ces voyages qu'on faisait continuellement dans l'intérieur pour obtenir la connaissance des terrains aurifères. Ces relations, tout imparfaites qu'elles étaient, seraient devenues d'une grande utilité pour écrire l'histoire du pays; en général, elles étaient enfouies dans les archives de la vice-royauté , ou dans les bibliothèques des différens monastères où il devenait assez difiicile d'en obtenir la publication. Quoiqu'on ait peut-être exagéré le nomhre de ces documens, il en est de vraiment précieux; les cartes qu'on leur a jointes sont souvent

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d'une bonne exécution ; j'en ai vu plusieurs entre les mains de divers particuliers, et dans les bibliothèques publiques ; il serait à désirer qu'elles ne restassent point manuscrites.

La Bibliothèque royale de Paris possède une de ces relations originales qui ont été évidemment écrites sur les lieux, et qui sont souvent, grâce à leur naïveté, plus utiles que des ouvrages où la science imparfaite de ce temps eût montré son inlluence. Le manuscrit dont je veux parler est intitulé Roteiro do Brasil^, et contient surtout des détails curieux sur les tribus indigènes; on peut y puiser des connaissances générales sur la situation staiistique du pays vers le dix-septième siècle; on y rencontre encore des détails curieux qu'on trouve rarement dans d'autres voyages. Parmi ceuxci je citerai un fait tout à la fois bizarre et cruel; qui semble avoir été particulier à la

» Je donne ici le titre complet': Roteiro gérai coin largas informmcoès de toda a -costa que pericnce a estado do Brazil e a descripcae de muitos lugares d'elle cspecialmente de Bahia de todos os santos, no 8, 172.

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nationla plus considérable duBrésil. L'auteur du Iloteiro,aprcsavoir donné unelongue description des mœurs des Tupinambas, ajoute, en parlant de Tanthropophagie de ces peuples, qu'ils ne tuaient pas toujours leurs pri sonniersà l'issue des batailles, mais qu'ils les conservaient pour les faire sacrifier à leurs enfans , qui changeaient ^lors de nom et se trouvaient revêtus de la noblesse appartenant au guerrier. A côté de cette horrible coutume, l'auteur en cite une autre, que je dois rapporter ici , puisqu'elle indique toute la vénération de ces peuples barbares pour ceux qui jouissaient des inspirations poétiques. Ces êtres privilégiés pouvaient aller au milieu des ennemis de la nation sans qu'on osât leur faire aucun mal : ils ne craignaient pas de se confier à toutes les tribus. L'éloquence et les idées poétiques de ces premiers habitans du Brésil seront du reste l'objet d'un examen particulier dans l'ouvrage dont je m'occupe en ce moment, et qui roule sur la poésie de tous les peuples sauvages.

Parmi les ouvrages de statistique qui ont paru au Brésil, il en est un surtout qui a fixé l'attention des savans, et qui leur a été

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d'une utilité véritable. Je veux parler de la Corografie brésilienne du père Manoel Ayres do Cazal i.

Il eut été vivement à désirer que cet important travail donnât un plus grand nombre de détails intéressans; la lecture n'en convient guère qu'aux personnes exclusivement livrées aipc recherches géographiques , et ces personnes peuvent se plaindre qu'on n'ait pas joint des cartes géographiques à l'ouvrage, pourl'intelligencedu texte. Toutefois , les services rendus à la science par M. Manoel Ayres do Cazal sont encore fort grands, et l'on doit se rappeler avec reconnaissance que, le premier, il a décrit d'une manière moins incertaine ces deux immensesprovinces du Brésil désignées sous le nom du Para et du Mato-Grosso. Cette dernière capitainerie était peut-être encore moins connue que le vaste pays baigné par le fleuve des Amazones, et cependant elle égale en étendue la Germanie entière: non-seulement elle recèle dans son sein les sables aurifères les plus riches, les pierreries les plus précieuses, mais ses immenses

' 3'ii'uore si cet auteur est brésilien.

DU liRLSlL. JQ-J

forets servent d'asile à une foule de tribus dont on ne connaît guère que le nom ï.

Il paraît que M. Ayres do Cazal a taché d'avoir à sa disposition tous les documens fournis au gouvernement par les ofliciers civils, et qu'il a entrepris defrëquens voyages pour les obtenir.On doit regretter qu'il n'ait pas fait plus souvent part de ses propres observations, et qu'il s'en soit tenu à une nomenclature aride de villes et de villages . sains s'occuper beaucoup de ceux qui les habitent. Son ouvrage ne manque point d'ordre, quoiqu'il règne peu de niëthode dans le style. Le plan est aisé à faire connaître, et je l'indiquerai en quelques mots. Après avoir donné, dans une rapide introduction, des notions générales sur l'histoire politique et sur l'histoire naturelle duBrésilj il parle un moment des peuples sauvages qui l'habiient encore, et là, comme dans ce qui précède, ses documens laissent beaucoup à désirer; il passe immédiatement à la description particulière de chaque capitainerie,

' J'ai donné la iraductiou des chap. consacrés à ces deux capitaineries dans les Nouv. Ann. des ■ Voy. de MM. Evrit!-s cl Maltchruu.

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et le même plan le guide partout. Avant de parler de chaque viJle et de chaque bourgade, il consacre un article particulier à l'histoire , à la géographie générale des montagnes^ des fleuves , des lacs. Il s'occupe ensuite de présenter quelques rapides documens sur la botanique, la zoologie et la minéralogie. Si l'espace me le permettait, je pourrais faire connaître la manière dont il décrit, on verrait aisément que ce n'est point un homme initié aux mystères de la science; mais il ne manque point ordinairement d'exactitude, et cette exactitude est poussée bien loin pour les étrangers dans les détails géographiques ,011 il ne fait pas grâce du moindre édifice consacré aux nombreux ordres de moines.

Quoi qu'il en soit, je me plais à le répéter icf : l'ouvrage de M. Ayres do Cazal a rendu un service éminent à la géographie j plusieurs voyageurs s'en sont servis avec avantage; on le voit surtout dans l'ouvrage de M. Henderson.

M. Adrien Balbi indique comme devant paraître nécessairement un ouvrage de la plus haute importance. 11 portera le titre de Gcograjîa statislica do Brasil. Il doit se

composer de sept à huit volumes in-8 , et l'auteur, l'abbé N. N.^ a, dit-on, parcouru presque toutes les capitaineries qu'il décrit.

Le voyageur le plus remarquable qui soit né au Brésil est mort il y a peu d'années, et la publication de ses ouvrages offrirait un bien vif intérêt; mais rien n'annonce qu'elle doive avoir lieu» M. Alexandre Rodriguez Ferreira a parcouru en philosophe et en naturaliste les immenses provinces du Para et du Mato-Grosso, et il a recueilli sur ces contrées si peu connues des détails d'une haute importance. On sent tout l'intérêt que doit avoir la relation d'un voyageur I qui a visité tant de tribus ignorées jusqu'alors.

Je ne terminerai point ce chapitre sans rappeler que les Brésiliens n'ont pas besoin de quitter leur pays pour rendre au monde savant les plus grands services. Par eux, non-seulement le Nouveau -Monde , mais l'Afrique peut être bien mieux connue. Il serait vivement à désirer que l'élude de

» La liste de ses ouvrages est immense. Voyez Fart, qui lui est consacré dans les mémoires de l'Académie des sciences de Lisbonne.

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diverses langues africaines occupât des gens instruits, qui auraientsouscerapport les plus grandes facilites. Je sais que M. Lucio , bibliothécaire de la bibliothèque publique de San- Salvador, avait appris plusieurs idiomes en interrogeant des noirs , et en comparant leurs réponses; Ja publication de ses travaux serait sans doute d'un haut intérêt pour les orientalistes.

De combien les naturalistes européens peuvent être redevables aux savans du Brésil I que d'observations importantes doit fournir ce beau jardin botanique établi près de E-io-de- Janeiro I là, les végétaux de l'Afrique et de l'Asie viennent s'acclimater insensiblement pour enrichir le Nouveau - Monde ; et l'on ne peut signaler sans admiration ce lieu enchanté, où tout ce qui est offert aux regards rappelle des idées de richesses et de bonheur, en montrant dans un avenir peu éloigné la piospérité de l'agriculture.

Sans doute il me serait doux, après avoir tracé un tableau rapide de l'état de la littérature au Brésil, de faire connaître les savans qui honorent ce pays, mais ce serait dépasser les bornes qui me sont imposées ;

qu'il me suflise de dire que, giàce à j'habiles professeurs, aux écoles et aux bibliothèques nouvellement fondées, le Brésil peut parvenir à une haute prospérité dans l'élude des sciences.

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