Nous arrivons maintenant à la concomitance des états
sensilifs et des actes directo-moteurs. Certains actes directomoteurs inférieurs sont inconscients; mais, ceux-là exceptés, la loi est que, avec toute contraction musculaire, se produit une sensation plus ou moinsdéfinie, sensation produite directement, soïl par la décharge elle-même, soit par L'état du muscle ou des muscles excités.
47. — Ces corrélations entre les actions nerveuses et les sensations concomitantes sont-elles quantitatives ? La corrélation quantitative n'est vraie que dans des limites restreintes. Il y a de bonnes raisons de croire qu'à la place particulière dans un centre nerveux supérieur où, d'une façon mystérieuse, un changement objectif, ou action nerveuse, cause un changement subjectif ou état de conscience, il existe une équivalence quantitative entre les deux ; la quantité de sensation est proportionnelle à la quantité de transformation moléculaire qui se produit dans la substance vésiculaire affectée. Mais il n'y a pas de rapport quantitatif fixe, ni même approximatif, entre cette quantité de transformation moléculaire dans le centre sensilif, et le trouble périphérique qui le cause à l'origine, ou le trouble de l'appareil moteur qu'il peut causer.
'i8. — Les émotions se conforment, aux mêmes lois générales que les sensations. Elles varient avec la quantité et la qualité du sang. Elles durent un temps appréciable ; leur persistance est relativement remarquable. Elles laissent derrière elles une incapacité temporaire, qui dure plus longtemps que celle que laissent les sensations. Elles ont des hausses et des baisses quotidiennes de force, qui suivent la périodicité de l'usure et de la réparation. Et enfin elles ont des décharges générales aussi bien que des décharges spéciales ; et, dans le fait, les premières sont les plus appréciables.
19. - Quelle est donc la nature, à notre point de vue actuel, de la différence entre la l'orme vive de chaque sensation, que nous appelons actuelle^ el la l'orme faible, que nous appelons idéalèl ('/est que les états de conscience actuels accompagnent les excitations directes, et par conséquent fortes, des centres nerveuz ; tandis que les états faibles de conscience, Idéaux, accompagnent Les excitations Indirectes, el par suite faibles, de ces mêmes centres nerveux.
50. — Les désirs sont des états de conscience idéaux qui naissent quand les états de conscience auxquels ils correspondent n'ont pas été éprouvés pendant quelque temps. Ils sont alors sujets à être excités par diverses excitations directes réfléchies d'un endroit à l'autre du système nerveux. Ils sont d'ordinaire vifs et persistants en proportion de la période de repos antérieure, c'est-à-dire en proportion du temps que la réparation du centre nerveux s'est continuée sans être entravée par une déperdition appréciable.
51. — Ainsi, bien qu'il nous soit impossible de prouver que l'état de conscience et l'action nerveuse sont les deux faces, interne et externe, du même changement, cette hypothèse s'accorde cependant avec tous les faits observés. Et, ainsi qu'on l'a montré ailleurs {Premiers Principes, 40), aucune vérification ne nous est possible autre que celle qui résulte de l'établissement d'un accord complet entre nos expériences.
52. — Jusqu'ici nous n'avons envisagé que les données de La Psychologie, et non la Psychologie proprement dite. Des fondalions il nous faut passer à l'édifice môme. Distinguons d'abord les vérités strictement psychologiques, et celles qui ne font qu'entrer dans la composition des faits psychologiques.
53. — Ce qui distingue la Psychologie des sciences sur lesquelles elle repose, c'est que chacune de ses propositions tient compte, à la fois, des phénomènes internes liés entre eux et des phénomènes externes liés entre eux, auxquels les premiers se rapportent. Elle n'est pas la connexion entre les phénomènes internes, ni la connexion entre les phénomènes externes, mais elle est la connexion entre ces deux connexions. Supposons que A et B soient deux manifestations connexes dans le milieu, soit la couleur et le goût d'un fruit, et que a et b soient les sensations produites parla lumière particulière que reflète le fruit et par l'action chimique de son suc sur le palais. La Psychologie s'occupe exclusivement de cette connexion entre (A B) et(« b). Elle a à en rechercher la nature, l'origine, la signification, etc.
54. — On a soutenu que la Psychologie fait partie delà Biolo-
LES DONNEES DE LA PSYCHOLOGIE lit!»
gie et devrail être absorbée en elle. Cependant les propositions de la Biologie, lorsqu'elles impliquent du tout le milieu, ne traitent que de ses quelques phénomènes généraux et constants, qui, à cause de leur généralité et de leur constance, peuvent n'être pas pris en considération, tandis que les propositions de la Psychologie se rapportent à ses phénomènes multiples, spéciaux, toujours changeants, qui, à cause de leur spécialité et de leur variabilité, ne peuvent pas n'être pas pris en considération.
55. — Peut-être pensera-t-on que, en admettant que la Psychologie et la Biologie ne sont pas séparées par une ligne de démarcation bien nette, nous aurions à nier que la Psychologie soit une science distincte. Ceux qui interpréteraient ainsi cette concession comprendraient mal la nature des rapports qui unissent les sciences. Ils admettraient que ces séparations claires que les besoins de la classification nous conduisent à établir subjectivement ont une existence objective. Et la vérité estque, en dehors des divisions entre les trois ordres fondamentaux des sciences, l'Abstrait, l' Abstrait-Concret et le Concret, il n'existe, objectivement, aucune séparation claire : il y a seulement des groupes différents de phénomènes, séparés en gros, mais se fondant les uns dans les autres. Il est presque superflu de répéter ceci à ceux qui acceptent la doctrine de l'Evolution.
56. — Il reste à ajouter que, sous son aspect subjectif, la Psychologie est une science absolument unique, indépendante de toutes les autres sciences, et s'opposant souvent à elles comme une antithèse. Les pensées et les sentiments qui constituent un état de conscience, et sont absolument inaccessibles à tout autre que le possesseur de cette conscience, forment une existence qui n'a aucune place parmi les existences dont les autres sciences s'occupent.
57. — Son domaine ainsi compris, l'étude de la Psychologie proprement dite va maintenant nous occuper.