II. — LA COMPOSITION DE L'ESPRIT
64. — Acceptant comme réellement simples ces éléments de l'Esprit qui ne sont pas décomposables par introspection, nous avons à considérer quels sont leurs caractères fondamentaux distinctifs et les principes essentiels d'arrangement entre eux.
63. — Les éléments prochains de l'Esprit sont de deux genres très tranchés : les Etats de conscience et les Relations entre les états de conscience (appelés communément Cognitions). Chaque état de conscience est une portion de conscience qui a une individualité percevable, qui est délimitée qualitativement par rapport aux portions adjacentes de conscience, et qui, quand on l'examine introspectivement, paraît être homogène. Un rapport entre les états de conscience, au contraire, est caractérisé en ce qu'il n'occupe pas dans la conscience de place appréciable. Si vous enlevez les termes qu'il unit, il disparaît avec eux, n'ayant pas de place indépendante, pas d'individualité propre.
66. — Les simples états de conscience peuvent être divisés en états venant du centre, ou Émotions, et états venant de la périphérie, ou Sensations. Les sensations peuvent se subdiviser en deux groupes : épi-périphériques et endo-périphériques, selon qu'elles sont causées par une action à l'extérieur ou à l'intérieur du corps. En opposition avec cette classe d'états de conscience primaires ou réels, ainsi divisés et subdivisés, il faut placer la classe complémentaire des états de conscience secondaires ou idéaux, divisés et subdivisés de la môme manière.
67. — A défaut d'une analyse dernière qui ne peut être tentée à présent, nous diviserons les rapports simples entre les états de conscience, d'une manière fondamentale, en rapports de coexistence et rapports de séquence.
68. — Les séries d'états de conscience formées d'états d'ori-
LES INDUCTIONS DE LA PSYCHOLOGIE 20:i
gine centrale diffèrent grandement de celles qui sont formées de ceux d'origine périphérique. Et dans les séries des étals d'origine périphérique, les parties occupées par des étals s'élevant de l'intérieur du corps sont grandement différentes des parties occupées par les états provenant de l'extérieur du corps. Ces contrastes marqués dépendent, dans les deux cas, de la proporliun pins ou moins grande des éléments relationnels qui se trouvent présents. Tandis que, chez les états de conscience qui viennent du centre, les limitations mutuelles, soit simultanées, soit successives, sont vagues et séparées par des intervalles, et tandis que, dans les étals de conscience venant de la périphérie causés par des excitations internes, quelques-uns de ces états sont extrêmement indéterminées, il en est peu ou point qui soient bien déterminés; et les états de conscience ayant pour cause des faits externes ont le plus souvent entre eux des rapports très clairs, rapports de coexistence ou de séquence, et les délimitations mutuelles entre eux dans l'espace ou le temps, ou dans les deux, sont extrêmement précises.
69. — H y a aussi d'antres distinctions, d'une égale importance, entre ces séries d'états de conscience si différents, et leurs causes sont semblables. La présence d'éléments relationnels qui se voit dans la limitation des états de conscience simultanés et successifs est accompagnée d'une cohésion mutuelle des élats de conscience ; et l'absence d'éléments relationnels est accompagnée de leur incohérence. Ainsi les sensations visuelles sont absolument cohérentes dans l'espace et très cohérentes dans le temps; tandis qu'inversement le lien entre les émotions est si faible que chacune peut disparaître sans que les autres en soient affectées.
70. — Les domaines de conscience sont encore nettement différenciés en ce que, dans un cas, les étals de conscience composants peuvent s'unir en groupes bien liés e1 bien définis, tandis que dans l'autre ils ne le peuvent. L'état de conscience produit par la vue d'un objet est compose de lumières, ombres, et couleurs tranchées d'une façon précise, el les sensations et rapports coexistants qui entrent dans un de ces groupes forment un tout indissoluble. Les émotions sont évidemment caractérisées par l'impuissance à se combiner ainsi.
71. — Dans les domaines de conscience où l'élément relationnel domine et où les groupes se forment d'une façon prononcée, les groupes eux-mêmes entrent en rapport les uns avec les autres. Les états de conscience groupés et les rapports qui les unissent se fondent en touts, qui se combinent à leur tour avec d'autres groupes consolidés en des rapports définis. Quand les rapports sont en petit nombre et vagues, rien de tel ne se produit.
72. — Les sensations de divers ordres ne se limitent pas aussi clairement et ne se lient pas entre elles aussi fortement que celles du même ordre. Les sensations d'ordres différents qui entrent en rapports définis et se lient le plus fortement sont celles chez qui prédominent l'élément relationnel ; et il y a une facilité spéciale de combinaison entre les sensations d'ordre différent qui sont respectivement liées par des rapports de môme ordre.
73. — Tandis que chaque sensation vive est unie, tout en s'en distinguant, à d'autres sensations vives, elle se joint et s'identifie avec les sensations faibles qui résultent de sensations vives semblables antérieures. Ainsi naissent les idées. Une idée, ou unité de connaissance, se produit quand ma sensation vive s'assimile ou s'attache à une ou plusieurs sensations faibles, résidus de sensations vives précédemment éprouvées. Nous exprimons le fait que chaque sensation se fond successivement avec toute la série de celles qui l'ont précédée en la reconnaissant comme telle ou telle. Les groupes de sensations subissent une même ségrégation. Les rapports entre les sensations suivent la même marche.
74. — Le but principal que nous nous proposons est de montrer que le même processus se répète dans toute l'organisation de l'Esprit. Le processus par lequel les sensations simples et leurs rapports réciproques se compliquent en états de conscience définie est essentiellement analogue à celui par lequel les unités primordiales d'états de conscience se composent en sensations. Il en va de même dans les degrés supérieurs. La connaissance des propriétés et habitudes des choses est constituée par l'assimilation des rapports que présentent leurs actions avec d'autres rapports. Si nous ne parvenons pas à les assimiler
en tout ou on partie, nous ne pouvons avoir une vraie connaissance de leurs actions.
7o. — 11 est à peine besoin de faire remarquer comment l'évolution de l'Esprit se conforme aux: lois de l'Évolution en général. D'une sensibilité confuse nous passons à une Intégration toujours croissante de sensalions entre elles et avec des sensations d'autres espèces; à une mulliformité toujours croissante des agrégats de sensations produits, et à une différenciation de structure toujours croissante chez ces agrégats. C'est-à-dire qu'il se produit subjectivement un changement qui va a d'une homogénéité indéfinie, incohérente, à une hétérogénéité définie et cohérente, » parallèle à la redistribution de matière et de mouvement qui constitue l'Évolution dans sa manifestation objective.
76. — Si nous comparons la composition de l'Esprit et la structure nerveuse, nous voyons qu'à parler en termes généraux, les sensations correspondent aux changements moléculaires dont les corpuscules nerveux sont le siège, et les rapports entre les sensations correspondent aux changements moléculaires transmis à lia vers les fibres qui mettent en rapport les corpuscules nerveux. L'élément relationnel de l'esprit est plus grand entre des sensalions alliées qu'entre celles qui ne le sont pas, de môme que les structures nerveuses appartenant aux sensatîons d'un ordre sont plus intimemenl combinées entre elles qu'elles ne le sont avec les structures d'autres ordres. On a montré que le développement de l'esprit est, au fond, une intégration croissante d'états de conscience à des degrés de plus en plus élevés, qu'accompagnent une hétérogénéité el une netteté croissantes -. el ces traits répondent aux traits de l'évolution du système nerveux précédemment considérée.