IV. — l'indestructibilité de la matière
52. — Si l'on pouvait montrer que la Matière, soit dans ses masses, soit dans ses atomes, soit jamais devenue non-existante, il faudrait ou bien constater dans quelles conditions elle est devenue non-existante, ou avouer L'impossibilité de la Philosophie et de la Science. Car, si nous avions affaire à des quantités et à des poids susceptibles d'être anéantis, il entrerail dans nos calculs un élément incalculable, fatal à tout*' conclusion positive.
;;•; — [j;, croyance en l'anéantissement possible et facile de la Matière obtient du crédit lorsque l'esprit de discernement ne
suffit pas pour distinguer entre la disparition de la matière de la place où elle était perçue, et la disparition définitive de la matière hors de l'espace; et aussi tant que la faculté d'introspection ne permet pas de voir qu'il est impossible d'anéantir la matière en pensée. Notre inaptitude à concevoir que la Matière puisse devenir non-existante est la conséquence directe de la nature môme de la pensée. La pensée consiste en l'établissement de relations. Et on ne peut poser de relations, et par conséquent penser, quand l'un des termes relatifs est absent de la conscience. Il est donc impossible de penser que quelque chose devienne rien, ou de penser que rien devienne quelque chose, et cela, parce que rien ne peut devenir un objet de conscience. Nulle vérification expérimentale du principe de l'indestruclibilité de la Matière n'est possible sans la reconnaissance tacite de cette vérité.
54. — Par l'Inde structibilité de la Matière, nous voulons dire en réalité l'indestructibilité de la force par laquelle la Matière nous affecte. De même que nous n'avons conscience de la Matière que par la résistance qu'elle oppose à notre énergie musculaire, de même nous n'avons conscience de la permanence de lamatière que par la persistance de la résistance qui se manifeste à nous, directement ou indirectement.