IV. — LA RELATIVITÉ DES RAPPORTS ENTRE LES SENSATIONS
80. — Nous avons à montrer que, de la même façon, les formes et les degrés des rapports entre les sensations sont déterminés parla nature du sujet — n'existent, comme nous les connaissons, que dans la conscience, et ne ressemblent pas plus aux connexions entre Les agents externes que les sensations qu'ils unissent ne ressemblent à cesagents externes.
90, — Notre conception des rapports il'' l'Espace ne peul être, soit dans sa nature ou son degré, semblable aux connexions entre les objets externes auxquels ils sont dus. Ces rapports changent à la fois en qualité, en quantité, avec la structure, la grandeur, l'état et la position du sujet. Et quand nous voyons qui- ce qui, objectivement considéré, forme une seule el même
connexion entre les choses, peut, en tant que rapport d'espace dans la conscience, être simple ou double ; quand nous nous rappelons que, selon que nous sommes près ou loin, celte connexion peut être trop grande pour être perçue simultanément, ou trop petite pour être perçue d'une façon quelconque, il devient impossible de supposer une identité quelconque entre cette connexion objective et quelqu'un des nombreux rapports subjectifs qui y répondent.
91. — Il est probable que les rapports composés de Séquence, de même que les rapports composés de Coexistence, ne ressemblent pas, qualitativement, aux conexions auxquelles ils répondent. Et le fait que les relations composées de Séquence, telles que nous les concevons, ne peuvent être quantitativement semblables aux connexions hors de la conscience auxquelles elles se rapportent, est prouvé par le fait qu'elles varient, dans leurdurée apparente, avec la structure de l'organisme, sa grandeur, son âge, son état constitutionnel, avec le nombre et la vivacité des impressions qu'il reçoit, et leur position relative dans la conscience. Évidemment, comme aucune de ces durées, dont l'estimation varie, ne peut être choisie comme valable de préférence aux autres, il devient impossible de supposer une égalité entre un intervalle de temps, tel qu'il est présent à la conscience, et un des nexus quelconques dont il est le symbole.
92. — Plus profonde encore est la relation complexe de Différence comparée aux rapports complexes de Coexistence et de Séquence; puisque, outre qu'elle est impliquée dans les comparaisons d'espace et de temps, elle l'est encore dans la comparaison des forces manifestées dans l'Espace et le Temps. Ce rapport complexe de Différence, tel que nous le connaissons, dépend aussi delà structure, de la grandeur et de l'état constitutionnel. Et comme nous ne pouvons indiquer un de ces rapports plus qu'un autre, comme ressemblant à la réalité hors de la conscience, il faut inférer qu'il n'y a aucune ressemblance entre aucun de ces rapports et la réalité hors de la conscience.
93. — Tous les rapports de Coexistence et de Séquence sont connus par des rapports de Différence ou de non-Différence. L;i Séquence est une Différence d'ordre; la Coexistence, une non- Différence d'ordre. Ainsi, nous n'avons délinitivement à exami-
uer que des rapports de Différence ou de non-Différence. El comme toute notre conscience est faite de sensations qui présentent ces rapports en eux-mêmes e1 dans Les sensations secondairesqui constituent la conscience de Leur ordre, toute la ques-
li I ■ La relativité des rapports entre les sensations se réduit à
La question de La relatai ité du rapport de Différence. Le rapport de Différence, en tant que présent dans la conscience n'est rien de plus qu'un changement de conscience. Ilnepeutdonc ressembler, -■ii quoi que ce soit, à sa source, placée hors de la conscience.
94. — Il est bon d'indiquer que toutes ces conclusions sonl en harmonie avec celles qu'on peut déduire directement îles données que la Physiologie fournit à la Psychologie.
(.i:>. — Bien que Le rapport de Différence, constitué comme il L'est par un changement dans la conscience, ne puisse pas être identifié avec quelque chose hors de la conscience, cependant il est dû à quelque chose qui existe au delà de la conscience: c'esl la une conclusion inévitable, car penser autrement c'est penser qu'un changement peut avoir lieu sans antécédent.