‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 145 sur 409 · VIII. LES SENTIMENTS · texte numérisé non relu

VIII. LES SENTIMENTS

. 209. — Si tous les phénomènes mentaux sont des incidents de la correspondance entre l'organisme et son milieu, et si cette correspondance passe insensiblement des formes les plus basses aux formes les plus hautes , il s'ensuit, a priori, qu'aucun ordre de sentiments ne peut être complètement dégagé des autres phénomènes de conscience.

210. — L'impossibilité de dissocier les états psychiques intellectuels des états psychiques émotionnels est facile à discerner, dans notre expérience journalière. L'état de conscience produit par une mélodie, ou par un seul beau son, montre combien la connaissance et l'émotion sont inextricablement jointes.

211. — L'état de conscience et l'intelligence, à travers toutes les phases de l'évolution, sont à la fois antithétiques et inséparables. Chaque sensation, pour être connue comme telle, doit être perçue, et doit ainsi, à certains égards, être une perception. Chaque perception doit être faite de sensations combinées, et doit ainsi être, à un certain point de vue, sensationnelle. Ce qui implique qu'elles ne sont que des aspects différents du même développement, et que, par suite, on doit s'attendre a les voir surgir de la même, racine par le môme processus. Ceci compris, nous pouvons maintenant considérer les états de conscience synthéliquement.

212. — Tandis qu'une absence entière de Mémoire et de Raison est accompagnée d'une entière absence d'état de conscience, le même progrès qui est l'origine de la Mémoire et de la Raison est, simultanément, l'origine de l'état de conscience. L'existence de l'état de conscience implique des états psychiques d'une certaine continuité, mais les états psychiques ayant de la persistance sont les états qui résultent de la cessation de l'action automatique. Ainsi, à mesure que les changements psychiques deviennent trop compliqués pour être parfaitement automatiques, ils commencent à devenir sensitifs. La Mémoire, la Raison et la Sensation naissent en même temps.

213. — Lorsque deux groupes très semblables de relations et attributs externes ont été suivis dans l'expérience par des phénomènes moteurs différents, et que, par conséquent, la présentation d'un de ces groupes excite, en partie, deux séries de changements moteurs, dont chacune est entravée par l'antagonisme de l'autre, alors, pendan t qu'une de ces séries de changements moteurs naissants et les impressions naissantes qui les accompagnent habituellement constituent une mémoire des changements de mouvements antérieurement accomplis et d'impressions antérieurement reçues, et qu' elle constitue aussi une prévision de l'action appropriée à cette nouvelle occcasion, elle constitue en outre le rf^//' d'accomplir cet acte; car, si différentes queces trois choses deviennent ultérieurement, elles n'en font qu'une à l'origine.

214. — Le progrès de ces formes de sentiment composées aux formes d'un degré élevé de complexité des sensations humaines est également en harmonie avec les principes généraux d'évolution qui ont été établis. Comme les connaissances, les sensations progressent du plus simple au plus complexe, ce qui s'explique par le principe que les relations externes produisent les relations internes.

218. — Un des corollaires des doctrines précédentes, c'est que, toutes autres choses égales, les états de conscience sont forts dans la proportion où ilsrenferment le plus de sensations actuelles, ou de sensations naissantes, ou des deux. Ce corollaire en a un second. Toutes choses égales d'ailleurs, plus l'évolution est élevée, plus les émotions sont fortes. Car, comme les émo-

tions d'une complexité croissante successivement développées résultenl de l'intégration de groupes préexistants de sensalions aclnelles et naissantes, le résultat total doit devenir de plus en plus grand. Un exemple frappant de cette vérité se trouve dans la passion qui unit les sexes. On en parle habituellement comme d'un sentiment simple. En réalité, elle fond en un agrégat immense la plupart des excitations élémentaires dont nous sommes capables ; de làrésulte son pouvoir irrésistible. Il se produit en môme temps, et comme résultat de la mémecause, une évolution d'émotions qui ne sont pas seulement plus complexes, mais aussi plus abstraites. L'amour delà propriété fournit un exemple de celte dernière.

216. — La loi de développement de l'activité mentale, considérée sous le rapport de la connaissance, s'applique également à cette activité considérée sous l'aspect des émotions. Celle organisation graduelle des formes de la pensée, que nous avons vu résulter de l'expérience de relations externes uniformes, est accompagnée de l'organisation de formes du sentiment résultant de même. Il est manifeste que l'hypothèse de l'expérience, telle qu'on la comprend d'ordinaire, est insuffisante pour expliquer les phénomènes émotionnels. Elle est encore plus en défaut, s'il est possible, à l'égard des émotions qu'à celui des cognilions.

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