IX. — DIRECTION DU MOUVEMENT
74. — Bien que contraints de croire que les forces d'attraction et de répulsion coexistent partout, nous ne devons point les considérer comme des réalités, mais comme les symboles au moyen desquels nous représentons la réalité. Ce sont les formes sous lesquelles les opérations de l'Inconnaissable se révèlent à nous, les modes de l'Inconditionné en tant que présenté sous les conditions de notre conscience. Mais tout en sachant que les idées ainsi produites en nous ne sont pas d'une vérité absolue, nous pouvons sans réserve nous y fier comme à la vérité relative, et en tirer une série de déductions d'une vérité également relative.
75. — De la coexistence universelle des forces d'attraction et de répulsion, il résulte certaines lois générales de tous les mouvements. Nous avons maintenant à suivre ces lois générales à travers les divers changements que présente le Cosmos. Nous avons à noter comment chaque mouvement s'opère le long de la ligne de la plus forte traction, de la plus faible résistance ou de leur résultante ; comment le commencement d'un mouvement sur une certaine ligne devient une cause de continuation du mouvement selon cette ligne ; comment néanmoins le changement des relations avec les forces extérieures fait toujours dévier cette ligne ; et comment le degré de la déviation s'accroît toutes les fois qu'une nouvelle influence vient s'ajouter à celles qui s'exerçaient déjà.
76. — La résultante des forces tangentes et centripètes est la courbe que suit chaque planète et satellite, courbe qui résulte évidemment de la distribution asymétrique des forces autour de sa voie. Les perturbations nous montrent que la ligne de mouvement est la résultante de toutes les forces engagées, et celle-ci devient plus compliquée à mesure que ces forces se multiplient.
77. — La dénudation des terres, et le dépôt des terrains sédimentaires sont évidemment dé terminés parle mouvement de l'eau vers le centre de la Terre : les lignes de la plus grande traction et de la moindre résistance traçant la route. Le fait que les tremblements de terre reviennent continuellement visiter les mêmes localités ; que les volcans sont distribués le long de certaines
Lignes, el que les éruptions se reproduisent au* mêmes ouvertures, impliquent que les parties fendues de La croule terrestre cèdenl le plus facilement à la pression.
7<s. — « La formation «le la racine des plantes présente un bel exemple de la Loi par Laquelle le mouvemenl prend la direction delà moindre résistance, car elle pousse en s'insinuant, cellule par cellule, dans les interstices du sol. » (J. Hinton, Life in Natn/r, p. 104-5.) Les vaisseaux dans lesquels le sang, la lymphe, la bile et les sécrétions trouvent leur voie sont des canaux on la résistance est moindre; le l'ail est si évident qu'il esl à peine besoin de le rappeler. Au point de vue dynamique, IdLSélection naturelle implique des changements selon les lignes de moindre résistance. La multiplication d'une espèce de piaule on d'animal quelconque dans les localités qui lui sont favorables est une croissance au point où les forces antagonistes sont moindres qu'ailleurs. La conservation des variétés qui réussissent mieux que leurs voisines dans la lutte avec les conditions ambiantes est la continuation du mouvement vital dans les directions où les obstacles qui s'y opposent sont le plus facilement éludés.
79. — Il n'est pas aussi facile d'établir la loi pour les phénomènes de l'esprit. Cependant, le simple fait du rire, décharge spontanée de sentiments qui affecte d'abord les muscles disposés autour de la bouche, puis ceux des appareils vocal et respiratoire, puis ceux des membres, et enfin ceux de l'épine dorsale, suffit pour faire voir que, lorsqu'une force dégagée dans les centres nerveux ne trouve pas devant elle une route spéciale ouverte, elle produit un mouvemenl Le Long des voies qui lui offrent la moindre résistance, el si elle est trop grande pour s'échapper par ces voies, elle produit des mouvements dans les autres où elle rencontre des résistances de plus en plus fortes. Le passage de désirs spéciaux à des actes musculaires spéciaux, se conforme au môme principe. La volition, ellemême, esl um1 décharge Initiale selon une ligne qui, par l'effet des expériences antérieures, est devenue la ligne de moindre résistance. Le passage de la \ ni i i ion a L'action n'est que le complément de la décharge.