‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 170 sur 409 · X. — LA PERCEPTION D'OBJETS SPÉCIAUX · texte numérisé non relu

X. — LA PERCEPTION D'OBJETS SPÉCIAUX

314. — Il reste à montrer que les choses environnantes ne peuvent être connues que par des actes de classification ou de reconnaissance. Chaque perception d'un objet extérieur implique soit son identification comme une chose particulière, soit sa classification avec certaines autres choses de même sorte. Une perception spéciale n'est possible que par une intuition de la ressemblance ou de la dissemblance de certains attributs et rapports présents par rapport à certains attributs et rapports antérieurs.

31o. — La perception par laquelle un objet est reconnu

comme étant tel 011 tel, est toujours une perception acquis*'. Les cognilions par lesquelles nous sommes guidés à chaque moment de notre vie, sont toutes des perceptions acquises. Toutes impliquent la classification ou La récognition d'attributs, de groupes d'attributs en rapport, et de rapports entre ces groupes ; toutes contiennent des inférences, toutes impliquent des intuitions de ressemblance ou de dissemblance de rapports, ."{lii. — Et nous voyons de nouveau ici, que les divisions établies entre les divers processus mentaux ont une vérité purement superficielle. Nous sommes forcés d'admettre que ce n'est que relativement et non absolument, que le raisonnement se distingue de la perception par son caractère indirect.

XI. — DE LA PERCEPTION DES CORPS COMME PRÉSENTANT DES ATTRIBUTS DYNAMIQUES, STATICO-DYNAMIQUES ET STATIQUES

.'Î17. — Le rapport établi entre l'objet et le sujet, dans Eacte de la perception, est d'une triple espèce. Si, tandis que le sujet est passif, l'objet exerce un effet sur lui, comme par radiation de chaleur, il en résulte une perception d'une propriété dynamique du corps. Si le sujet agit directement sur l'objet, comme en le tirant tandis que l'objet réagit, c'est une propriété staticodynamique. Si le sujet seul agit, si ce qui occupe la conscience esl quelque chose qui a été discerné par le moyen de ses actions ou réactions — comme la grandeur, ou la position — c'est une propriété statique. Comme précédemment, nous commencerons par les combinaisons les plus complexes, considérant d'abord ces attributs contingents connus comme secondaires, mais que nous appelons ici <1\ m iniques.

:{1S. — Il esl aisé de voir que ces attributs sont, à proprement parler, d\ mimiques parce que ce sont, partout, si l'on étudie leur origine.des activités s'exerçant dans l'Espace, et qu'ils ne peuvent être attribués ;iu corps que dans le sens que le corps qui y esl exposé réagit sur eux, les modifie el se fail connaître ;i nous par ces modifications. A parler strictement, une de ces simples sensations de couleur, de son. d'odeur, etc., implique une série d'actions el de réactions dont l'objet qui les présente immédiatement ne manifeste que la dernière. La lumière OU la force imVa-

nique, ou la chaleur, servant de cause apparente, sont ellesmêmes le résultat d'actions et réactions antérieures, qui nous ramènent à un passé indéfini rempli de changements. Mais si nous bornons notre attention aux éléments auxquels nous avons immédiatement affaire, il y a trois choses à considérer : — Premièrement, une force, soit diffuse comme la lumière et la chaleur, ou concentrée comme un momentum ; deuxièmement, un objet sur lequel cette force s'exerce, et qui, en tant que recevant la force, est passif, mais en tant qu'il réagit contre cette force et la détermine en des formes et directions nouvelles, est actif ; et troisièmement, un sujet sur lequel se dépense un peu de la force transformée en y produisant ce que nous appelons une sensation, et qui, comme récipient de cette force transformée, est passif, mais qui peut être rendu actif par elle. Littéralement, les attributs dits secondaires ne sont ni objectifs ni subjectifs, mais tout le triple produit du sujet, de l'objet, et des forces environnantes. Le son, la couleur, la chaleur, l'odeur et le goût, ne peuvent être appelés des attributs corporels que dans le sens qu'ils impliquent dans le corps certaines puissances de réaction, que des actions externes appropriées provoquent. Ces puissances de réaction sont les propriétés inconnues en vertu desquelles le corps modifie les forces qui agissent sur lui.

»>19. — Procédons maintenant à définir la perception que nous avons d'un corps tel qu'il est perçu d'ordinaire. C'est un état de conscience qui se forme ainsi : — A côté de certaines impressions générales de résistance et d'extension, reliées inconditionnellement, entre elles, et avec le sujet, dans des rapports de coexistence dans le temps et de proximité dans l'espace; à côté de certaines impressions spécialisées de résistance et d'extension conditionnellement reliées entre elles, et avec le sujet, dans des rapports semblables d'espace, et des rapports légèrement modifiés de temps, il y a certaines impressions d'un ordre différent qui sont doublement conditionnées, dans leurs rapports avec les précédentes, entre elles, et avec le sujet, dans des rapports d'espace et de temps encore ultérieurement modifiés. Il ne faut point tenir cette définition pour complète. Elle n'a d'autre but que de représenter la parenté que, suivant nos connaissances, les attributs dynamiques du corps ont avec ses autres attributs.

320. — L'acte mental qui opère une de ces perceptions réclame ensuite notre attention. Jusqu'ici nous n'avons considéré que les éléments qui composent la perception ; et il faut maintenant

examiner par quel processus ils sont coordonnés. C'est ce qu'on peut appeler le processus de la classification organique. Car

la classification semi-consciente qu'implique toute perception complète d'un objet est nécessairement précédée par une classification moins consciente encore de ses attributs constituants, drs rapports qu'ils présentent entre eux, et des conditions dans lesquelles ces attributs et ces rapports nous sont connus. La perception d'un objet n'est pas possible autrement. La définition précédente de la perception d'un corps comme présentant les trois ordres d'attributs, a besoin d'être complétée par cette explication : que les divers attributs, les rapports qu'ils ont entre eux et avec le sujet, aussi bien que les conditions sous lesquelles seules ces attributs et ces rapports sont perçus, doivent être pensés comme des attributs déjà connus, des rapports déjà connus, des conditions déjà connues.

XII. — DE LA PERCEPTION DU CORPS COMME PRÉSENTANT DES ATTRIBUTS STATICO-DYNAMTQUES ET STATIQUES

321. — Si nous imaginons un être humain dépourvu de vue, d'ouïe, de goût, d'odorat, ou du sens de la température, les seuls attributs qu'il pourra connaître seront les attributs staticodynamiques et statiques. Ces deux classes de perception peuvent s'accompagner à divers degrés, plus ou moins incomplètement ; mais quelque connexion entre elles est invariable.

322. — Les attributs statico-dynamiques, dont nous parlerons d'abord, sont tous connus comme manifestations de force mécanique, et sont plus nombreux qu'on ne supposerait. Les mots lourd et léger indiquenl des quantités de la force de gravitation rapportées au volume. Parmi les corps qui résistent en divers modes, et à divers degrés, nous avons le Durei [eMou; \eSolide et le Fluide : le Visqueux el le Friable : le Résistant et le Fragile ; le Rigide et le Flexible; le Fissile et le Non-Fissile; le Duetile et le Non-Ductile; le Rétractile et Vlrrétractile ; le Compressible et V Incompressible ; \! Elastique et le Non-

Elastique, et (se combinant avec la figure) le Rugueux et Y Uni.

323. — Parmi les sensations qui constituent nos perceptions des attributs statico-dynamiques du corps, il en est deux que nous pouvons classer comme étant d'origine objective: les sensations du toucher, comme lorsqu'une mouche se pose sur le front, et de pression, comme lorsqu'un poids est placé sur un doigt reposant sur une table ; et deux, dont l'origine est subjective : les sensations de tension musculaire, comme lorsque le bras est tendu horizontalement, et de mouvement musculaire, comme lorsqu'on meut un de ses membres.

32 4. — Il n'est pas nécessaire d'analyser nos perceptions de tous les attributs statico-dynamiques énumérés ci-dessus. Tout ce qu'il nous convient de savoir est qu'ils consistent, les uns et les autres, dans l'établissement de rapports de simultanéité et de séquence entre nos sensations de contact, de pression, de tension et de mouvement, rapports croissants, décroissants ou uniformes, et combinés en modes et degrés divers.

325. — La perception du corps comme présentant des attributs statico-dynamiques et statiques, est un état de conscience qui a pour éléments primaires les impressions de résistance et d'extension unies inconditionnellement entre elles, et avec le sujet dans des rapports de coïncidence de temps, et de proximité d'espace ; ayant pour éléments secondaires les impressions du toucher, de la pression, de la tension et du mouvement, unies ensemble d'une manière variée en rapports de simultanéité et de séquence, qui sont les unes et les autres conditionnelles selon de la nature de l'objet et des actes du sujet, et sont toutes conditionnellement unies aux éléments primaires par des relations de séquence, et ayant, en outre, comme autres éléments secondaires, certains rapports, que nous analyserons plus tard, qui sont aussi unis conditionnellement à la fois avec les éléments primaires et avec les autres éléments secondaires. Tels étant les éléments qui constituent la perception, l'acte de la perception consiste dans le classement de ces éléments chacun avec d'autres de son ordre.

XIII. — DE LA PERCEPTION DU CORPS COMME PRÉSENTANT DES ATTRIBUTS STATIQUES

.V2(i. — Nous passons maintenant à celte dernière classe d'attributs qui ne nous sont connus que par leur activité subjective. Par rapport aux attributs d'espace — le Volume, la Figure, La Position — le corps est entièrement passif, et la perception de ces attributs est complètement due à certaines opérations mentales. L'étendue est un attribut des corps qui ne nous impressionne pas, mais que nous découvrons à l'aide de cerlains autres attributs.

327. — Les attributs d'Espace sont-ils connaissables parles yeux seuls? L'analyse montre qu'aucune image projetée sur la rétine ne peut être comprise, ni même distinguée d'une autre image entièrement différente de forme, jusqu'à ce que des rapports aient été établis entre les divers agents sensitifs dont la rétine se compose; qu'aucun rapport entre deux de ces agents ne peut être connu autrement que par la série de sensations donnée par les agents intermédiaires ; que dételles séries de sensations ne s'obtiennent que par le mouvement de la rétine, et qu'ainsi l'élément primitif d'où naissent nos idées d'étendue visible est une connaissance des rapports relatifs de deux états de conscience dans quelques séries d'états semblables résultant d'un mouvement subjectif. Ce n'est pas qu'un tel rapport entre des états successifs de conscience donne en soi aucune idée d'étendue. Nos idées d'étendue \isible sont engendrées par l'usage continue] de symboles, et l'union de ceux-ci en symboles encore plus complexes: idées qui, connue celles de L'algébriste travaillanl a une équation, sont tout à l'ait dissemblables des idées symbolisées, el qui pourtant, comme les siennes, occupent l'esprit a l'exclusion entière des idées Symbolisées. 11 nous faut nous souvenir qu'à la base de toutes les cognitions de l'étendue visible est la cognition de la position relative parmi b^ états de conscience accompagnanl le mouvement.

'A-2H. — De la perception \ ISUelle du corps, passons ;i celle que donne la perception tactile, à la perception de l'orme, de Grandeur, de Position, coin nie la possède un aveugle. .Nos perceptions

de tous les attributs d'espace du corps sont décomposables en perceptions de Positions telles que celle qu'on obtient par un seul acte de tact. Et notre connaissance des positions des objets est basée sur notre connaissance des positions de nos membres les uns par rapport aux autres. Il est presque superflu d'indiquer que cette connaissance est acquise par le contact de chaque partie" avec les autres, et par les mouvements qu'elles font l'une sur l'autre de toutes les manières possibles, et que les mouvements aussi bien que les contacts impliqués par ces explorations mutuelles, nous sont connus par leurs réactions dans la conscience. Mais il est manifestement impossible de poursuivre plus loin cette analyse sans analyser notre perception du mouvement. Pour le moment, par conséquent, nous devons nous contenter de la conclusion que. soit visuelle, soit tactile, la perception de chaque attribut statique du corps peut se résoudre en perceptions de position relative qui sont acquises parle mouvement.

329. — La perception du corps, comme présentant des attributs statiques, est un étal de conscience composé, ayant pour éléments primaires les impressions indéfinies de résistance et d'étendue, unies inconditionnellement entre elles et avec le sujet, en rapports de coïncidence dans le temps et de proximité dans l'espace; et ayant, comme éléments secondaires, diverses impressions définies de résistance, unies d'une façon variée entre elles, en rapports de simultanéité et de séquence qui sont chacun conditionnel selon la nature de l'objet et les actes du sujet, et sont tous conditionnellement unis aux éléments primaires par des rapports de séquence. A quoi il ne reste qu'à ajouter, comme auparavant, que tels étant les matériaux de la perception, le processus de celle-ci consiste à classer, inconsciemment, ces impressions, ces rapports, et ces conditions, avec les impressions, les rapports et les conditions déjà connus.

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