XV . — LA PERCEPTION DU TEMPS
:{:>H. — Le fait que dans les premiers âges, et dans les pays non civilisés, l'homme a exprimé l'Espace en termes de Temps, et que plus tard, par suite des progrès, il a exprimé le Temps en tenues de l'Espace, peut servir à prouver la réciprocité de nos cognitions d'Espace et de Temps, et l'entière impossibilité de considérer l'un ou l'autre séparément.
337. — Le Temps et l'Espace ne peuvent être conçus autrement qu'établissant un rapport entre au moins deux éléments de conscience; la différence est que, dans le cas de l'Espace ils sont, ou semblentétre présents ensemble, taudis que pour le Temps, ils ne le sont pas. Deux événements nous sont connus par les états de conscience qu'ils ont produits. Nous les connaissons comme ayant de certaines places dans la série entière d'états de conscience éprouvés pendant, notre vie. Le temps auquel chacun d'eux est arrivé nous esl connu par sa position dans la série. El par le temps qui les sépare, nous entendons leurs positions relatives dans la série. Ainsi, un temps particulier esl un rapport de position entre deux ("lais dans la série des el.ils de conscience. Et le Temps, en général, tel que nous le connaissons, eitlerésumé de tous les rapports de positions entre des états
successifs de conscience. Ou, en d'autres mots, la forme en blanc dans laquelle ces états successifs sont présentés et représentés, et qui, servant également à tous, ne dépend d'aucun.
338. — La conscience du Temps, contrairement à l'hypothèse de Kant, n'est point connue d'abord comme séquence. Après que divers rapports de position entre des états de conscience ont été considérés, comparés, et sont devenus familiers; et après que les expériences des divers rapports de position ont été assez accumulées pour dissocier l'idée du rapport de toutes les positions particulières, alors, mais seulement alors, peut naître cette notion abstraite de relativité de position entre des états successifs de conscience qui constitue la notion de leurs places diverses dans le temps, et celte notion abstraite de positions agrégées relatives qui constitue la notion du Temps en général.
339. — Nous avons vu {Psychologie, 91) que la conscience du Temps doit varier avec la grandeur, la structure et l'activité fonctionnelles. En conséquence, la constitution héritée des ancêtres détermine le caractère général de la conscience dans des limites approximatives.
3i0. — Il suffit de dire, quant à la perception d'une période de temps, qu'elle consiste à classer le rapport des positions sérielles qui la composent, avec certains rapports déjà connus, c'est-à-dire à le connaître comme semblable à ces rapports déjà connus.