XVI. — LA PERCEPTION DU MOUVEMENT
341. — Bien que dans notre conscience du mouvement, à l'âge adulte, les idées d'Espace et de Temps soient inextricablement enchevêtrées, il existe un autre élément dans cette conscience qui nous resterait si les idées de Temps et d'Espace étaient absentes. C'est celui de la sensation musculaire que nous avons chaque fois que nous faisons mouvoir une partie quelconque de notre corps. La conscience que nous avons du Mouvement peutelle naître de cette conscience primitive?
3-42. — Laissant de côté, pour le moment, les phénomènes visuels, toute la controverse relative à la genèse de nos idées
de Mouvement, d'Espace et de Temps, se concentre dans cette question : Gomment acquérons-nous la connaissance des positions relatives de deux points sur la surface du corps? Dans ['appréciation de la coexistence de deux points de ce genre est l'idée-germe de l'Espace. L'appréciation de deux points semblables, par doux sensations tactiles successives, renferme l'idée germe du Temps. Et les sensations musculaires par lesquelles, en se produisant, ces deux sensations tactiles sont séparées, renferment l'idée-germe du Mouvement. Dans quel ordre naissent ces idées-germes? Et comment se développenl-elles?
:»i:*. — Convenons d'appeler A et Z deux points de la surface du corps d'un être partiellement développé, qui soient à portée de ses membres. Si un membre se meut le long de cette surface entre ces points, les libres nerveuses A, B, G.... Z, sont excitées successivement, c'est-à-dire produisent des états de conscience successifs. Mais quand quelque chose couvre la surface entière entre A et Z, elles sont excitées simultanément, et produisent ce qui tend à devenir un seul état de conscience. Lorsque les états de conscience successifs entre A et Z, sont pensés comme ayant des positions relatives, la notion du Temps prend naissance. Quand ces états de conscience se produisent simultanément , leurs positions relatives , qui étaient auparavant séquenles, deviennent coexistantes, et il se produit une conscience naissante de l'Espace. Et quand ces deux rapports de positions coexistantes et séquentes sont tous deux présents à la conscience avec une série de sensations de tension musculaire, il en résulte une idée naissante de Mouvement. On verra que le développement de ces idées naissantes résultera de l'accumulation et de la comparaison des expériences.
:r<i — Il ne faudrait pas croire que le développement de cette triple conscience <\n Mouvement, du Temps et de l'Espace a procédé comme si l'un quelconque de ses éléments était plus complètement organisé que les autres, et indépendant des autres; les trois notions se développent concurremment. Il faut regarder les rapports perpétuels de l'organisme avec, son milieu, et de ses parties entre elles, par des explorations mutuelles, comme construisant, élément par élément, cette triple conscience, de même que le système nerveux lui-même es! construit, libre à libre, et
cellule par cellule. Il y a de fortes raisons de croire que cette exploration mutuelle par des surfaces du corps, contribue elle-même à la multiplication de surfaces sensitives séparées, en même temps qu'elle développe la conscience de leurs rapports.
34o. — Il reste à ajouter que la vue, en servant d'une façon distincte à établir dans nos esprits l'identité du mouvement subjectif et du mouvement objectif, nous met à même de dissocier presque entièrement le Mouvement de ces sensations musculaires par lesquelles il s'était fait d'abord connaître à nous, et qu'en ce faisant, et en réduisant ainsi notre idée du Mouvement à celle de positions coexistantes dans l'Espace occupées en positions successives dans le Temps, elle produit la connexion apparemment nécessaire entre ces trois idées.
346. — La perception du Mouvement, telle que nous la connaissons, consiste à établir dans la conscience un rapport de simultanéité entre deux rapports : un rapport de positions coexistantes dans l'Espace, et un rapport de positions séquentes dans le Temps. Et dans l'acte de la perception, ces rapports présentés ensemble sont assimilés chacun à des rapports semblables précédemment connus.