XVIII. — DE LA PERCEPTION EN GÉNÉRAL
352. — Ainsi que les chapitres précédents l'ont suffisamment démontré, le terme de Perception s'applique à des états d'esprit infiniment variés, et même grandement différents en nature. Une perception peut varier indéfiniment en complexité, en degré de continuité, et dans la manière plus ou moins directe dont elle est perçue. A l'une de ses extrémités elle se fond dans le raisonnement, tandis qu'à l'autre elle confine à la sensation. De tello sorte que le terme Perception ne peut être compris comme répondant à aucune division vraiment scientifique.
353. — La seule distinction valable qu'on puisse tracer est celle entre la Perception et la Sensation. Quoique sous quelquesuns de ses aspects la Sensation doive être regardée comme une espèce de Perception, on verra aisément qu'elle diffère grandement de la Perception propre, de la cognition d'un objet externe. Dans l'un des cas, ce qui occupe la conscience est quelque chose qui est considéré comme appartenant au moi ; dans l'autre, c'est quelque chose considéré comme appartenant au non-moi. En généralisant les faits, il semblerait, non que la sensation et la perception varient en raison inverse, ainsi qu'on l'a affirmé, mais qu'elles s'excluent l'une l'autre avec des degrés de rigueur qui varienten raison inverse. Quand les sensations (considérées simplement comme des changements physiques dans l'organisme) sont faibles, le phénomène objectif qu'elles représentent nous occupe seul. Quand les sensations deviennent un peu plus intenses, la perception continue à être vive ; mais il faut moins d'effort qu'avant pour que les sensations deviennent l'objet de la pensée. Mais, enfin, si les sensations atteignent une extrême intensité, la conscience est tellement absorbée par elles, que ce n'est que par un grand effort qu'il est possible de penser à la chose qui les a causées, si même ceci est possible.
354. — La perception est l'établissement de rapports spécifiques entre des états de conscience ; et elle se distingue ainsi de l'établissement de ces états de conscience eux-mêmes. La sensation est connue comme un état de conscience indécomposable. L'objet extérieur est connu par un état décomposable de conscience, et
est identifié en vertu de la manière spéciale dont sont unis les états qui la composent.
355. — De la forme la plus simple et lapins rare, la conscience (l'un seul rapport, la Perception s'élève non seulement par le nombre et la complexité des rapports simultanément reconnus. mais aussi par la variété de leurs espèces.
356. — Il ne reste plus qu'à appliquer aux rapports eux-mêmes l'analyse que nous avons poursuivie jusqu'ici. Il nous faul résoudre les espèces spéciales de rapports en espèces plus générales en finissant par les espèces primordiales ; et puis, déterminer quels sont les derniers phénomènes de conscience qu'expriment ces rapports primordiaux.