‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 19 sur 409 · X. — RYTHME DU MOUVEMENT · texte numérisé non relu

X. — RYTHME DU MOUVEMENT

82. — Les feuilles, les branches, les arbres eux-mêmes, frissonnants ,111 souffle des rafales, l'ondulation du blé et «le l'herbe

dans les champs, les rides à la surface des rivières et leur cours serpentant et tortueux, la vibration qui accompagne la rotation de l'hélice du vapeur, les sons d'une corde de violon, et les ondulations éthérées de la lumière, de la chaleur, de l'électricité, tout cela ne fait que mettre en lumière le mouvement r\ Mimique simple. Mais il y a un rythme composé — quand il y a coïncidence et antagonisme des rythmes primaires — qu'on observe dans les « battements » de deux notes de musique, dans l'interférence de la lumière, dans la croissance et la décroissance bimensuelle des marées quotidiennes, qui sont dues à la coïncidence et l'antagonisme alternants des altractions solaire et lunaire. Le rythme se produit partout où il y a un conflit de forces qui ne se font pas équilibre. Car la matière en mouvement ne peut conserver des relations fixes avec les sources de force qui produisent le mouvement ou y font obstacle : chaque transport dans l'espace doit altérer la proportion des foi-ces en jeu. Les probabilités sont infinies contre un rythme vraiment rectiligne, ou parfaitement circulaire. Il n'y a jamais de retour complet à l'état primitif.

s:;. — Le rythme est apparent dans les phénomènes astronomiques, dans l'arrangement spiral si général dans les nébuleuses diffuses ; dans les étoiles variables qui brillent ou pâlissent alterternativemenl : dans la périodicité des révolutions des planètes, des satellites, et des comètes; dans la variabilité de la quantité de lumière et de chaleur que chaque partie de la terre reçoit du soleil.

84. — Les processus terrestres qui dépendent directement de la chaleur solaire présentent naturellement, un rythme qui correspond a la quantité périodiquement changeante de chaleur que reçoit chaque partie de la terre. Les variations dans la quantité des sédiments laissés par les rivières qui grossissent ou diminuent, selon les saisons, doivent causer des variations dans les couches qui en résultent, des alternances dans les couleurs

ou la qualité des couches successives. Les lits formés par les détritus des rives rongées et emportées par les vagues, doivent semblablement indiquer des différences périodiques correspondant aux vents périodiques de la localité. Il y aussi des preuves que les modifications de la croûte de la terre dues à faction ignée ont une certaine périodicité.

85. — La périodicité du rythme déterminée par le jour et la nuit se manifestent chez les plantes. Les animaux le montrent dans le mouvement péristaltique des intestins, dans le sang qui circule dans les veines, les mouvements oscillatoires de la locomotion, le besoin périodique de manger et de dormir, les alternances de vigueur plus ou moins grande, et le caractère intermittent de plusieurs maladies. Les groupes de créatures vivantes offrent d'autres exemples de la même vérité générale. La paléontologie nous apprend que des espèces ont apparu, sont devenues nombreuses et ont fini par disparaître. Tout cela suffit pour prouver que la vie, sur la terre, n'a pas progressé uniformément, mais par d'immenses ondulations.

86. — Les changements qui surviennent dans la conscience ne paraissent pas rythmiques dans un sens quelconque; cependant, ici aussi, J'analyse démontre que l'état mental existant à un moment donné n'est pas uniforme, mais qu'il est décomposable en oscillations rapides; et encore que ces états de l'esprit traversent de plus longs intervalles d'intensité croissante ou décroissante. Le courant d'activité mentale révèle que le mode d'action physique de la danse, de la poésie, de la musique, n'est pas continu, mais se décompose en une série de pulsations. On peut observer des ondulations plus longues encore, dans les occasions de plaisir extrême où de douleur extrême. Même durant les heures où la souffrance physique ne cesse point, il y a des variations dans son intensité.

87. — Dans les sociétés nomades, les changements de lieu déterminés habituellement par l'épuisement ou l'insuffisance des provisions alimentaires, sont périodiques, et en beaucoup de cas la périodicité répond à celle des saisons. Dans les courants du commerce — dans l'échange, la production, la consommation, l'offre et la demande — ou dans les statistiques des prix, des naissances, des mariages, des morts, de la maladie, du crime

♦■I du paupérisme, 1<' caractère d'ondulation apparaît toujours.

Les rythmes sociaux nous offrent un bel exemple de l'irrégularité résultant de la combinaison de plusieurs clauses : car un prix redeyienl ce qu'il était auparavant, mais une réaction politique ne ramène jamais exactement l'ancien état de choses.

88. — Les seules conditions sous lesquelles il pourrait n'\ avojr pas de rythme, c'est-à-dire les seules sous lesquelles il pourrait y avoir un mouvement continu à travers l'espace en ligne droite à tout jamais, ce serait l'existence d'un infini vide, ne contenant que le corps en mouvement. Rien de cela ne peut «•ire représenté dans la pensée. L'Infini est inconcevable: et inconcevable aussi est un mouvement qui n'aurait jamais eu de commencement dans une source préexistante de force. Ainsi donc, le rythme est une propriété nécessaire de tout mouvement. Étant donnée la coexistence universelle de forces antagonistes, — postulat nécessité, comme nous l'avons vu, parla forme de notre expérience, — le rythme est un corollaire inévitable de la persistance de la force.

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