‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 196 sur 409 · X. — PROPOSITIONS DISTINGUÉES QUALITATIVEMENT · texte numérisé non relu

X. — PROPOSITIONS DISTINGUÉES QUALITATIVEMENT

420. — En toute chose, on n'arrive à des résultats exacts qu'en comparant des choses de même espèce; et quand les choses à comparer sont d'espèces différentes , l'une d'elles doit être ramenée à la même espèce que l'autre, ou bien l'on doit trouver l'équivalent de chacune dans une espèce différente des deux. Nous avons maintenant à appliquer cette méthode.

421. — Les propositions sont les unités de composition qui servent à construire et le Réalisme et l'Idéalisme; si le Réalisme et l'Idéalisme doivent être comparés rigoureusement au point de vue de leur valeur, il nous faut d'abord comparer leurs unités respectives de composition. Quelles différences qualitatives, s'il y en a, existe-t-il entre les propositions dont se composent ces deux systèmes contraires?

i22. — Parmi les nombreuses classifications de propositions possibles, deux seulement nous touchent essentiellement ici; et de ces deux nous pouvons prendre celle qui divise les propositions en simples et en complexes : par exemple, ces propositions qui affirment implicitement un peu plus qu'elles n'affirment explicitement, comme: « j'ai une douleur », et celles dans lesquelles ce qu'on affirme implicitement dépasse immensément qui est explicitement affirmé, comme lorsqu'en voyant assise une forme humaine, je dis : « voilà un vieillard ». Pour comparer des conclusions avec une rigueur scientifique, il faut non seulement résoudre les raisonnements en les propositions qui les constituent, mais résoudre chaque proposition complexe en les propositions simples qui la composent ; et ce n'est que lorsque chacune de ces propositions simples a été vérifiée isolément que. la proposition complexe qu'elles ont formée peut être considérée comme ayant approximativement une valeur égale à celle d'une proposition simple qui a été vérifiée.

423. — Il reste, en outre, à classer les propositions selon que

leurs termes sonl réels ou idéaux, ou en partie réels et en partie idéaux. Comme chaque proposition exprime quelque relation entre « I « • 1 1 x termes, il nous faut employer le même mot cognition, dans tous les cas, pour exprimer l'acte mental par lequel la relation est connue. Quand le contenu d'une proposition est la relation entre deux termes qui sont tous les deux directement représentés, comme lorsque je me pince le doigt et que j'ai simultanément conscience de la douleur, et de l'endroit où elle se produit, nous avons une simple coç/nition présentative. Si je me rappelle que mon doigt a été pincé — le fait est donné en termes faibles au lieu de termes vifs — c'est une simple cognition représentative. Si, lorsqtie je suis pincé, je m'aperçois que la chose qui me pince est un élau, le contenu de la proposition sera que, avec certaines apparences présentées, il y a les caractères formant ma conception d'un étau, et, tous étant représentés, la cognition devient présentative-représentative. Si, ensuite, sans la voir, je dis que la chose qui m'a pincé est un étau, le contenu de la proposition est en partie représentatif, et en partie re-représentatif: je représente l'impression risuelle, et je re-représente les attributs concomitants que je pense comme accompagnant cette impression. En passant ainsi par les formes représentatives et re-représentatives, les connaissances deviennent composées par construction — chaque terme renfermant plusieurs propositions qui sont tacitement affirmées. De cette phase nous passons à une antre dans laquelle les connaissances dei Lennent composées par cumulation.

\i\. — Nous arrivons maintenant à une large distinction parmi les propositions. Il en est dont les attributs coexistent toujours avec le sujet; elles expriment des connaissances telles que la chose affirmée continue d'exister dans la conscience aussi longtemps que la chose dont elle est affirmée continue d'exister dans la conscience. Et, die/ d'autres, les attributs n'existent pas toujours avec leurs sujets : ils expriment des connaissances telles que la chose affirmée peul disparaître de la conscience. tandis que la chose dont elleesl affirmée y reste.

i-23. — Laissant de côté celle dernière (Masse qui ne nous remanie pas ici. nous (minerons dans la première deux ordres distincts. Il v a d'abord les connaissances où la coexistence des

deux termes n'est absolue que temporairement. Ce sont les simples cognitions de l'ordre présentatif. Supposons que je regarde le soleil. La proposition : « je vois de la lumière », devient alors une proposition dont le sujet (moi) est invariablement uni à l'attribut (sensation de lumière). Dans le second ordre, l'union du sujet et de l'attribut est absolue d'une manière permanente, comme dans les axiomes des Mathématiques et les cognitions les plus abstraites de ia Logique. Il nous reste à noter une distinction importante dans ces sous-classes. Dans les plus simples de ces propositions, la connexion de l'attribut avec son sujet est si intime que sa coexistence ne peut être bannie de la conscience; tandis que dans les plus complexes, la chose coexistante invariablement affirmée doit être cherchée dans la conscience. Comment nous assurons-nous de cette coexistence invariable des attributs et des sujets? Nous allons chercher à résoudre cette question.

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