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III. — DÉVELOPPEMENT DES CONCEPTIONS

484. — Au cours des progrès de l'intelligence humaine, les idées générales ne peuvenl naître que lorsque 1rs conditions sociales rendent les expériences plus nombreuses et plus

variées; en même temps, il faut observer que ces conditions sociales elles-mêmes présupposent quelques idées générales.

485. — Une puissance médiocre de représentation implique un manque d'aptitude à reconnaître des processus qui sont lents à se compléter ; les Séquences longues ne sont pas perçues. Les hommes inférieurs sont incapables de compter des séquences plus longues que celles des saisons. Il résulte inévitablement de flà que l'homme primitif n'a que peu de prévoyance, et ne

montre aucune tendance à se prémunir contre des éventualités éloignées.

486. — Des expériences devenues plus nombreuses, plus variées, plus hétérogènes et plus complexes, à mesure que la civilisation en fournit l'occasion, et développe les facultés requises pour les apprécier, tendent toujours à élever les possibilités de la pensée, et à diminuer la rigidité de la croyance ; la modificabilité de croyance s'accroît.

-487. — A côté de la simplicité, de la pauvreté, de la rigidité, relatives, qui caractérisent la pensée primitive, il y a encore une limitation relative aux conceptions concrètes : les conceptions abstraites sont impossibles. Ce n'est qu'après que beaucoup de causes spéciales ont été séparées, dans la pensée, des classes d'action qui leur servent d'exemple, que peut se former quelque notion d'une cause en général.

488. — Des expériences comme celles qui sont reçues par l'homme primitif ne fournissent que peu de données pour la conception de F uniformité, qu'elle se manifeste dans les choses ou dans leurs rapports. Ainsi la croyance en Un ordre immuable, la croyance en la loi, qui se répand maintenant parmi les esprits les plus cultivés du inonde civilisé, est une croyance dont l'homme primitif est absolument incapable. Il ne peut penser même une seule loi, encore moins la loi en général.

489. — Le progrès dans la précision de la pensée est un desconcomitants de cette aptitude croissante à la représentation. Primitivement, il ne peut exister l'habitude d'exprimer les choses d'une façon définie, ni celle de contrôler les assertions, ni le sens exact de la différence qui sépare le fait de la fiction.

490. — La crédulité est le concomitant inévitable de cet état mental primitif. Le scepticisme et Yesprit critique ne peuvent

devenir habituels. De telles Dotions ne peuvent naître que pari passu avec l'évolution dos notions citées ci-dessus.

191. — On a déjà dit que dans les degrés inférieurs de l'évolution mentale Y imagination est faible, et qu'elle se fortifie avec chaque accroissement de progrès intellectuel, quand on a dil que

chaque accroissement de progrès intellectuel implique un accroissement de l'aptitude à la représentation delà pensée. L'évolution mentale qui accompagne la civilisation rend l'imagination plus vive, plus exacte, plus compréhensive et plus rapide.

192. — Il faut signaler ici une distinction d'une importance considérable, celle qui existe entre l'imagination reproductive et ^imagination constructive. De la première, qui est unefaculté plus ancienne et moins développée, nous passons, chez les plus civilises, à la seconde, ou plutôt c'est chez un petit nombre d'hommes parmi les civilisés que nous trouvons la seconde. L'imagination constructive est la faculté intellectuelle la plus haute, elle est le fond de tout ordre élevé de perfection intellectuelle.

493. — On retrouve les traits intellectuels de l'homme primitif chez les moins cultivés de notre propre société, et surtout chez les femmes des classes inférieures. L'ensemble des (rails qui les distingue est qu'elles adoptent rapidement des croyances très positives ;que leurs pensées, pleines d'expériences personnelles, manquent de mérités générales; qu'elles ne peuvent jamais détacher une conception abstraite, qu'on leur présente, du cas concrel : qu'elles sonl inexactes, et même qu'elles détestent la précision ; qu'elles continuent à faire les choses comme on les leur a enseignées, n'imaginant pas qu'il j ail de meilleures méthodes, si évidentes qu'elles soienl ; et qu'il leur est impossible de peser délibérément le pour et le contre.

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