XIV. — LA LOI DE L'ÉVOLUTION
107. — Il faut maintenant que l'induction vérifie la déduction. Nous nous occuperons du passage des tonls existants, de l'état diffus à un état plus consolidé; toutes les parties de la masse passant concurremment par une transformation analogue où elles prennent une individualité reconnaissante ; et ces parties individualisées subissent une augmentation de combinaisons.
108. — L'exemple le plus simple et le plus clair de l'Évolution est présenté par le passage du système solaire d'un état largement diffus et incohérent à un état cohérent consolidé.
109. — L'histoire de la Terre, telle que la révèle la structure de sa croûte solide, nous ramène à cet état de fusion qu'implique l'hypothèse nébulaire; et nous avons déjà vu que les changements dits ignés sont les suites de la consolidation progressive de la Terre et delà perte du mouvement qui l'accompagne.
110. — Il suffira de rappeler au lecteur que chaque piaule grandit en concentrant en elle des éléments qui étaient auparavant disséminés à l'état de gaz, et que chaque animal croit en concentrant encore les éléments disséminés dans les plantes ou animaux environnants. Pour faire voir commenl les organismes. en général, sont dépendants les uns des autres, c'est-à-dire intégrés, nous rappellerons premièrement (pie tous les animaux vivent directement ou indirectement de plantes, et les plantes d'acide carbonique excrété par les animaux; secondement, que parmi les animaux, les carnivores ne peuvent exister sans les herbivores; et, troisièmement, qu'un grand nombre de végétaux ne peuvent se perpétuer que par le secours des insectes, et que, dans bien des cas, telles plantes ont besoin
de tels insectes. La Flore et la Faune de chaque habitat constituent un agrégat si bien intégré que beaucoup de ses espèces périssent si on les place parmi les plantes et les animaux d'un autre habitat. 11 faut remarquer aussi que cette intégration progresse en même temps que l'évolution organique.
111. — Les organismes sociaux nous offrent des exemples nombreux et clairs de changements intégratifs. L'opération par laquelle les petites tenures s'agrègent en fiefs, les fiefs en provinces, les provinces en royaumes, et les royaumes limitrophes en un seul empire, se complète lentement par la destruction des lignes primitives de démarcation. Nous voyons d'autres intégrations s'élever, par le développement, comme la jonction de Manchester à ses banlieues; par le monopole des affaires, comme les manufactures de poterie du Staffordshire ; par l'agrégation commerciale, comme la concentration des libraires dans Paternoster Row, et par l'établissement de centres communs, comme le clearing-house des Banquiers, et la Bourse.
11-2. — Dans les intégrations du langage qui progresse, se reflètent certaines intégrations delà structure humaine, individuelle et sociale, en progrès. Il y a intégration progressive dans la formation de langues supérieures tirées des langues inférieures, réduisant les polysyllabes en dissyllabes ou monosyllabes ; nous en avons une preuve remarquable dans notre propre langue, dans la fusion de God be icith you en Good Bye (1). La grammaire aussi présente cette intégration par le nombre de propositions subordonnées qui accompagnent la principale ; dans les compléments variés des sujets et attributs; et dans leurs nombreuses clauses qualificatives, toutes réunies en un tout complexe, beaucoup de phrases de nos compositions modernes présentent, un degré d'intégration qui ne se trouvait pas dans les anciennes.
113. — L'histoire de la Science présente à chaque pas des faits de même signification. La Science s'est intégrée à un haut degré, non seulement dans le sens que chaque division est faite de propositions dépendant mutuellement l'une de l'autre, mais aussi dans le sens que toutes les divisions sont mutuellement
(1) '< Dieu soit avec vous >< et a adieu ».
dépendantes entre elles el ne peuvent poursuivre leurs recherches sans s'aider réciproquement.
114. — Les Arts industriels el esthétiques ne laissent pas de nous fnurnii- aussi dos preuves également décisives. C'est un progrès d'intégration qui a remplacé l'outil grossier, petit et simple, par de \asies machines, parfaites et complexes. Un progrès aussi que les tableaux historiques modernes comparés aux fresques murales des Égyptiens et des Assyriens. Un progrès que l'oratorio sur la simple cadence, un progrès que nos belles œuvres d'imagination comparées aux simples contes primitifs des Orientaux,
115. — L'Évolution est donc, sous son aspect primaire, un passage d'une forme moins cohérente à une forme plus cohérente, par suite de la dissipation du mouvement et de l'intégration de la matière. C'est la marche universelle que suivent les existences sensibles, individuellement et dans leur ensemble, durant la période ascendante.de leur histoire.