‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 229 sur 409 · VII. — l'homme primitif au point de vue intellectuel · texte numérisé non relu

VII. — l'homme primitif au point de vue intellectuel

39. — Rappelons-nous maintenant ces traits mentaux, que nous avons montrés comme caractérisant l'Évolution inférieure, comparée à l'Évolution supérieure {Psychologie , 484-93). Les conceptions des faits généraux échappent à l'homme primitif; il lui est impossible de prévoir des résultats éloignés ; sa croyance est relativement rigide ; les idées abstraites lui font défaut ; il n'a aucune notion de clarté, et de vérité, ni par conséquent, de scepticisme ou de criticisme ; enfin, le peu d'imagination qu'il a n'est que réminiscente, et non créatrice. En tenant

ceci présent à l'esprit, nous serons maintenant préparés à comprendre La signification des faits que nous ont décrits les \ oyageurs.

il). — Les témoignages abondent sur l'acuité des sens, et La rapidité de perception des sauvages, et sur leur finesse el pénétration d'observation. Ces traits s'accompagnent naturellement d'une grande adresse dans toutes les actions qui sont sous la direction immédiate de la perception. En vertu de l'antagonisme généra] entre Les activités des facultés simples et celles des facultés complexes, cette prédominance de La vie intellectuelle inférieure entrave la vie intellectuelle plus élevée'.

11. — Le sauvage se caractérise par l'attention qu'il donne à des détails insignifiants, et par une faible aptitude à choisir des faits d'où l'on peut tirer des conclusions: comme chez les intelligences inférieures actuelles, mais à un degré plus grand encore. Il fait incessamment une multitude d'observations simples : mais le petit nombre de celles qui ont une signification, Perdues dans la masse de celles qui sont insignifiantes, traverse son esprit sans laisser derrière elles aucune donnée pour des pensées vraiment dignes de ce nom. Ce trait d'irréflexion est généra] chez les races inférieures.

\1. — Dans la faculté d'imitation, que les membres supérieurs des races civilisées montrent le moins, et que les races sauvages inférieures possèdent le plus, on \oii encore l'antagonisme entre L'activité perceptive et L'activité réflective. Cette faculté mentale est, de moment en moment, principalement déterminée par des incidents extérieurs, el par conséquenl très peu par des cuises impliquanl le voyage de la pensée, L'imagination, les idées originales.

v.\. — En remarquant que, pour s'élever de La conscience d'objets individuels à la conscience de L'espèce, el ensuite à celle des genres, des ordres, des classes, chaque pas ultérieur implique une puissance plus grande pour grouper dans l'esprit beaucoup de choses à peu prés simultanément, nous pouvons comprendre comment, faute de La faculté de représentativité voulue, L'espril du sauvage est promptemenl épuisé par toute pensée au-dessus de La plus simple. Sa compréhension est faible.

i'i. — Le sauvage, dépourvu de connaissances «lassées el sys-

tématisées, ne s'aperçoit pas du désaccord entre une absurde fausseté qui lui est proposée, et quelque vérité générale que nous considérons comme établie ; car il n'y a pas. pour lui, de vérité générale établie. D'où suit sa crédulité.

45. — Cette absence de l'idée de causation naturelle implique l'absence de surprise rationnelle. On attribue presque unanimement aux races inférieures le dédain des nouveautés.

46. — A côté de cette absence de surprise se produit l'absence de curiosité. On peint communément le sauvage comme se perdant en théories sur les phénomènes qui l'entourent, tandis qu'en réalité il n'éprouve aucunement le besoin de les expliquer.

47. — Il est encore un trait qu'il est bon de rappeler. C'est le manque d'imagination constructive. Un esprit inventif n'est attribué qu'aux races qui présentent un développement intellectuel plus élevé.

48. — Nous voici parvenus à la vérité générale que l'intelligence primitive se développe rapidement, et atteint de bonne heure ses limites. Fait qui implique à la fois une nature intellectuelle inférieure, et un grand obstacle au progrès intellectuel, puisqu'elle rend la plus grande partie de la vie inapte à être modifiée par des expériences ultérieures. Le lecteur aura vu que les traits intellectuels du sauvage se retrouvent chez lesenfants civilisés. Comme dernier éclaircissement, nous indiquerons que le développement des facultés intellectuelles les plus élevées a toujours marché pari passu avec le progrès social, à la fois comme cause et comme conséquence. Le progrès de l'homme primitif est retardé par l'absence de capacités que le progrès seul peut faire naître.

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