‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 234 sur 409 · XV. — LES IDÉES D'EN AUTRE MONDE · texte numérisé non relu

XV. — LES IDÉES D'EN AUTRE MONDE

109. — Par Un processus semblable à ceux que nous venons d'examiner, le lieu de résidence des morts s'éloigne lentement de celui des vivants, dans la pensée de l'homme primitif.

110. — A l'origine, ces deux résidences n'en font qu'une. Si le sauvage renouvelle les provisions du tombeau de ses parents morts, et s'efforce en d'autres manières de se les rendre propices, c'est qu'il les croit à peu de distance et suppose qu'ils reviendront bientôt.

111. — Peu à peu la région qu'on suppose habitée par 1rs âmes des morts devient plus vaste. Tout en revenant visiter leurs anciennes demeures, ils restent pourtant éloignés à quelque distance, idée engendrée par la coutume d'enterrer les morts sur des montagnes voisines. Lorsqu'on emploie les cavernes comme lieu de sépulture, elles deviennent la demeure supposée des morts ; de là naît la notion d'un autre monde souterrain.

11-2. — Comment l'idée d'un autre monde, tout rapproché, se change-t-elle eu L'idée d'un autre monde relativement éloigné ? La réponse est simple. C'est à l'aide d'une migration. Les rêves de ceux qui viennent d'émigrer préparenl la croyance eu des séjours pour la \ ie a venir ([ne les ni« >ris o'atteignent qu'après de longs voyages ; les sauvages rêvenl souvenl des personnes et du lieu qu'ils ont quittés, et liuisseui par croire qu'ils les oui réellement visités à nouveau pendant leur sommeil. Il esl évidenl que, selon l'interprétation de l'homme primitif, ou suppose qu'à la mort le double est allé a l'endroit où il allait souvent, el d'où, d'autres fois, il était revenu. Il aspirail rrvementà y retourner, il avait annoncé souvent l'intention d'\ retourner. Maintenant il a tenu parole. On rencontre cette Interprétation partoul ; comme il y a eu des émigrations dans tous les sens, il a dû. dans celte

hypothèse, se former beaucoup de croyances différentes sur la direction où se trouvait l'autre inonde. Il s'en est formé en effet. Il y a le voyage vers un monde souterrain ; croyance à un monde souterrain d'une étendue indéterminée qai devient bien explicable si l'on songe aux longs passages ramifiés que l'eau a creusés dans les formations calcaires sur toute la surface du globe, cavernes qui se terminent par quelque abîme infranchissable, ou une rivière souterraine. Il y a aussi le voyage sur terre ; ou, lorsque la tribu émigrante a dû rencontrer une rivière pour atteindre son nouvel habitat, le voyage en descendant la rivière : ce qui nous amène naturellement à la dernière espèce de voyage, une traversée sur mer. Ces divers voyages entraînaient des préparatifs divers ; par exemple, on plaçait le corps sur un canot pour descendre la rivière.

113. — Lorsque la conquête vient s'ajouter à l'émigration, il ^3st né des croyances en deux, ou même plusieurs, autres mondes. Si l'on se rappelle que les vainqueurs devenaient la classe militaire, tandis que les vaincus devenaient des esclaves incapables •de combattre, et que dans des sociétés ainsi constituées c'est le courage qui crée les distinctions, il deviendra évident que les autres mondes des classes supérieure et inférieure étaient considérés comme séjours des bons et des méchants.

114. — La conception de l'autre monde, dont il nous reste à parler, où ce inonde serait placé au-dessus ou en dehors de celui-ci, peut s'interpréter de la même manière générale. Beaucoup de peuples enterraient sur les montagnes; et il y a des endroits, comme Bornéo, où à côté de la coutume de déposer les restes d'un chef sur quelque pic difficile d'accès, se trouve la croyance que les esprits des morts habitent le sommet des montagnes. Il est probable que la coutume est la cause de la croyance. Ici, cependant, il suffit d'observer que la plus haute montagne en vue est considérée comme un monde peuplé par les morts, et que le langage rudimentaire des sauvages confond aisément le séjour sur un pic élevé dans les cieux avec le séjour dans les cieux. Du fait que, primitivement, l'homme croyait que le firmament était un dôme soutenu par ces pics élevés, il était inévitable que l'on conclût que ceux qui habitaient ces pics avaient l'accès du ciel.

1 i ri . — Ainsi, la Localité de L'autre vie passe d'un endroit parfaitement connu <'t voisin à quelque autre endroit inconnu et qu'on ne peut imaginer.

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