XVI. — LES IDÉES D'AGENTS SURNATURELS
116. — Nous devons prévenir le Lecteur que si nous emplo] mis le mol surnaturel, il a à se garder d'attribuer à L'homme primitif la conception que ce mot nous donne. Tant que l'on n'a poinl atteint L'idée decausation ordonnée que nous appelons naturelle, il ne Mimait exister aucune idée de ce qui est maintenant impliqué par Le mot surnaturel.
117. — Il a été dit que, à l'origine, on supposait les esprits ou revenants comme demeurant tout près, hantant leurs anciennes demeures, s' attardant auprès de leur lieu de sépulture, et errant dans les bois voisins. S'accumulant continuellement par suite des décès, ils forment une population répandue à l'en tour, habituellement invisible, mais dont quelques individus se montrent parfois. De cette population toujours présente, découle la possibilité d'influences surnaturelles, innombrables, capables de varier à L'infini.
118. — C'est pourquoi les interprétations primitives des phénomènes ambiants sont paturelles et, pour ainsi dire, inévitables. On comprend maintenant comment se produisent les nuages, les étoiles filantes, les métamorphoses des animaux, les orages, les tremblements de terre, les éruptions. Ces âmes des morts, a la puissance desquelles L'homme primitif ne connaît pas de bornes, sont présentes partout. Comme ils expliquent tous les changements inattendus, leur propre existence se trouve toujours vérifiée. Pour L'homme primitif aucune autre cause pour de tels changements Q'esl connue, ni concevable ; donc, ce sont les aines (les morts qui doivent en être les causes ; donc la survivance des âmes esl manifeste : ceci,' vicieux qui suffit à bien d'autres qu'à des sauvages.
119. — Naturellement, les esprits des morts, toujours présents, doivent exercer une influence sur les actions humaines. L'esprit d'un ennemi morl épie L'occasion de causer un accident ; L'esprit d'un parent mort est prêt à aider, a garder, s'il esl de bonne
humeur, ou, s'il est offensé, il fait aller les choses de travers.
120. — Enfin, et surtout, ce mécanisme de causation que l'homme primitif est conduit à former, inévitablement., pour lui-même, remplit son esprit à l'exclusion de tout autre mécanisme. Cette hypothèse de l'action des esprits emplit seule sa cervelle.
XVII. — AGENTS SURNATURELS, CAUSES PRÉSUMÉES D EPILEPSIE, DE CONVULSIONS, DE DÉLIRE, DE FOLIE,. DE MALADIES ET DE MORT
121. — Partant de nouveau de notre premier point de départ, le corps iusensihle, nous allons ohserver une nouvelle classe d'idées qui s'est développée simultanément avec l'aide de celles que nous venons d'étudier.
122. — Si les âmes peuvent quitter les corps et y rentrer, pourquoi des âmes étrangères n'entreraient-elles pas dans ces corps d'où leurs propres âmes sont absentes? Si, comme clans l'épilepsie, le corps accomplit des actes que l'homme désavoue ensuite, il n'y a pas d'autre alternative que de supposer cette action des esprits.
123. — Semblablement, si certains mouvements involontaires, comme ceux de l'hystérie, aussi bien que les mouvements plus familiers de l'éternuement. du bâillement ou du hoquet, se produisent sans qu'on puisse les empêcher, il est naturel d'en conclure qu'un esprit usurpateur est entré dans le corps du sujet, et dirige ses actions malgré lui.
124. — Cette hypothèse explique aussi l'étrange conduite remarquée dans le délire et la folie. Le fait que le corps d'un fou est possédé par un ennemi résulte de ce qu'il se fait du mal à lui-même. Son véritable propriétaire ne pousserait pas son corps à se mordre et se déchirer lui-même. En outre, le démon parle à d'autres démons qu'il voit, mais que les assistants ne peuvent apercevoir.
125. — Et ces dérangements notables de l'esprit et du corps étant ainsi effectués, la conclusion manifeste est que les troubles et indispositions d'espèces moins remarquables, tels que la maladie, la fièvre et la petite vérole, sont causés de la même manière. S'il n'y a pas un vrai démon dans le corps, il doit, du
moins, y avoir quelque ennemi invisible, tout proche, qui opère en lui ces étranges perturbations.
l-2(j. — La mort se produisant souvent après une maladie très prolongée, doil avoir la même cause que La maladie. Toutes les fois que la mort n'a pas d'antécédent apparent, celle supposition est la seule possible ; et même là où se trouve un antécédent visible, il est encore probable qu'il y a quelque intervention démoniaque. Il semble probable que l'esprit malfaisant d'un ennemi a causé un faux pas à la suite duquel un camarade a fait une chute mortelle dans un précipice, ou exécuté le mouvement particulier qui a enfoncé l'épieu dans son cœur.
127. — Considérées ainsi comme découlant de l'interprétation des rêves, et de la théorie conséquente des esprits, revenants ou démons, ces conclusions sont tout à fait logiques.