XVI. — la loi de l'évolution (suite
128. — La généralisation qui précède exprime-t-elle toute la vérité ? Comprend-elle tous les caractères essentiels de l'Évolution à l'exclusion de tout autre caractère? Un examen critique des faits nous montrera qu'il n'en est rien. Il nous faut chercher quelque autre distinction.
129. — En même temps que l'Évolution est un changement.de l'homogène à l'hétérogène, c'est un changement de l'indéfini au défini. A côté du progrès de la simplicité à la complexité, il y a un progrès de la confusion à l'ordre, d'un arrangement indéterminé à un arrangement déterminé. Et c'est là la distinction qui nous manquait. Le progrès de l'indéfini au défini se manifeste-t-il partout?
130. — Commençant comme dans la division précédente, par un exemple hypothétique, nous ferons remarquer que chaque pas de l'évolution du Système Solaire, en supposant qu'il soit
bé de la matière diffuse, a été un progrès vers une structure plus définie.
131. — Il esl facile de conclure que la transition de là terre de son étal primitif de fusion à son état actuel a dû traverser des périodes où les caractères sonl devenus de plus en plus déterminés; les différences des climats et des saisons sont devenues de plus en plus marquées à mesure que la chaleur du soleil se distinguai! mieux de la chaleur propre de la terre; et la production de conditions plus spécifiques dans chaque localité a été aidée parla permanence croissante dans la distribution des pays et des mers;
132. — Au lieu d'exemples de nature déduetive comme ceux qui précèdent, uoustrouvons dans les organismesdesfaitsinductivemenl établis et par conséquent moins exposésàla critique. Le processus du développement des mammifères, par exemple, nous fournira la preuve que les changements par lesquels la structure générale esl dessinée avec une précision lentement croissante, ont leur parallèle dans révolution de chaque organe, soit dans la silhouette générale, soit dans les détails de structure.
133. — Pour la définité croissante comme pour l'hélérogénéité croissante de la Flore et de la Faune, le manque de faits est un obstacle à la preuve. Si, pourtant, on peut raisonner d'après l'hypothèse, journellement plus probable, que les espèces sonl nées de modifications, la conclusion serait donc qu'il a dû j avoir un progrès de l'indéterminé au déterminé.
134. — Une tribu nomade de sauvages, sans localité fixe et sans organisation interne fixe, esl moins bien définie dans la position relative de ses parties qu'une uation. Dans une tribu pareille les relations sociales sonl pareillement confondues el mal réglées. L'autorité politique n'esl ni bien établie, ni précise. Et, à l'exception «les occupations différentes des hommes et des femmes, il if va pas de divisions industrielles complètes.
I '.:.*;. — Tous les résuliais organisés de l'action sociale ira\ ersentdes phases parallèles. Produits objectifs d'opérations objectives, ils doivent présenter des changements correspondants: le Langage, la Science et F Ail le prouvent.
F>(î. — En nous rappelant que la Science peut être définie comme une connaissance définie par opposition à la connaissance indéfinie que possèdent les gens non culiivés, nous savons
tt LES PREMIERS PRINCIPES
que c'est presque un truisme que de dire que la caractéristique des progrès delà scienceestdansl'accroissement de sa précision. Si la Science, ainsi que cela est certain, s'est graduellement développée dans le cours des âges, hors de la connaissance indéfinie des gens sans culture, il faut que la conquête graduelle de cette précision qui la caractérise aujourd'hui ait été le trait dominant de son évolution.
137. — Les arts industriels et esthétiques nous offrent des exemples peut-être plus frappants encore. La même vérité s'impose à nous lorsque nous mesurons la distance qui sépare les premiers outils en silex du microscope, l'idole grossièrement taillée de la statue moderne, et le conte oriental fabuleux du bon roman qui dépeint si fidèlement les mœurs.
138. — N'oublions pas que le progrès vers le défini est un phénomène secondaire. Nous arrivons à une idée plus spécifique de l'Évolution; c'est un changement d'une homogénéité indéfinie, incohérente, à une hétérogénéité définie, cohérente, accompagnant la dissipation du mouvement et l'intégration de la matière.