‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 242 sur 409 · XXIII. — CULTE DES PLANTES · texte numérisé non relu

XXIII. — CULTE DES PLANTES

177. — Tout état mental insolite causé par un stimulant nerveux est attribué par le sauvage ou le demi-civilisé à la présence d'un être surnaturel contenu dans le liquide ou le solide ingéré.

178. — Il s'ensuit certaines croyances relatives à des plantes qui fournissent des liqueurs enivrantes. Un exemple type nous est offert par le culte du Snma, plante qui, écrasée entre des pierres, produit un jus qui, exprimé, ûltfé e1 fermenfé, devienl une liqueur enivrante que buvaient les dévots des prêtres. Les effets exhilarants du breuvage étaienl attribués à l'inspiration «l'un être surnature] qui, néanmoins, étail supposé présenl dans le jus du Sonia. La conclusion que les plantes fournissant des agents enivranis contenaienl des ('1res surnaturels est encore soutenue par les croyances qu'on a professées quant au \in el a la coca.

179. — Les raisons qui fonl attribuer à une plante une personnalité humaine, el par suite lui fonl rendre un culte, peuvent avoir diverses origines. Par exemple, des tribus venant de lieux

caractérisés par des plantes ou des arbres particuliers, changent la légende d'après laquelle ils proviennent de ces régions en la légende d'après laquelle ils descendent de ces plantes, parce que leurs vocabulaires ne contiennent pas les mots propres à rendre cette distinction. D'où suit la croyance que ces arbres ou plantes sont leurs ancêtres, et qu'ils sont sacrés.

180. — Avant d'aborder la troisième origine du culte des plantes, qui, de même que la troisième origine du culte des animaux, se trouve dans le langage, nous rappelons au lecteur une imperfection du langage primitif, l'impossibilité où sont les conteurs de légendes d'exprimer la distinction entre une personne et l'objet d'après lequel elle est nommée.

181. — On voit aisément comment la coutume de donner aux individus des noms de plantes devient une source de confusion. Car l'identification des deux, dans la tradition, ne peut être empêchée que par l'emploi de qualifications verbales impossibles dans des langues rudimentaires ; et de cette identification que rien n'entrave naissent des idées et des sentiments à l'égard de la plante ancêtre, de même ordre que ceux qu'excite l'animal ancêtre, ou l'ancêtre représenté comme humain.

182. — Si la phytolàtrie était née d'un prétendu fétichisme primitif, si c'était une des interprétations animistes qu'on prétend résulter de la tendance d'esprits grossiers à attribuer la dualité à tous les objets, il n'y aurait aucune explication de l'idée imaginaire de la forme de l' esprit-plante. C'est donc là une preuve indirecte que la phytolàtrie a dû naître de l'une ou de l'autre des manières que l'on a indiquées.

183. — La théorie spiritiste, qui nous a donné la clef d'autres groupes de superstitions, nous donne aussi la clef des superstitions de ce groupe, superstitions qui, autrement, impliquent des absurdités gratuites qui ne peuvent légitimement être attribuées même à l'homme primitif.

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