‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 243 sur 409 · XXIV. — CULTE DE LA NATURE · texte numérisé non relu

XXIV. — CULTE DE LA NATURE

184. — Sous ce titre, il nous reste à traiter des croyances superstitieuses concernant les objets et les forces organiques les plus remarquables. Nous avons d'autres imperfections du

LES DONNÉES l>K LA SOCIOLOGIE 379

langage rudimentaire à noter ici. Les énoncés relatifs à des choses non vivantes et à des mouvements, faute de mots libres de loui rapport avec 1rs choses vivantes, favorisent la personnification. Une autre cause de mésinterprétatioo naîl de l'usage variable des mots; lorsque le môme terme est employé pour exprimer le tonnerre, le ciel, le chef, ou bien un esprit ordinaire, il devient manifeste que la personnification des grands objets et des grandes forces naturelles est non seulement facile, mais presque inévitable.

is:i. h ne faut pas prendre l'opinion exprimée ici comme étant celle des mythologues. Au contraire, la personnalité humaine est l'élément primitif ; l'identification de cette personnalité avec une force ou un objet naturel vient de l'identité de nom, et par conséquent le culte de cette force naturelle prend naissance d'une manière secondaire.

486. — Même chez nous, maintenant, un seigneur écossais, appelé du nom de son domaine, est identifié avec ce lieu, et pourrait, dans les temps où le langage était vague, avoir aisément été confondu avec ce lieu, dans une légende. Même aujourd'hui, dans notre langue, le mot « descendre » signifie, ou passer d'un niveau plus élevé à un niveau plus bas, ou venir d'un ancêtre. et son interprétation dépend du contexte; il est certain que le culte des montagnes est né, dans quelques cas, de l'erreur qui fait prendre le berceau de la race pour l'ancêtre de celle-ci. {Sociologie, 179.)

187. — Le culte de l'Océan parmi avoir eu, dans quelques cas, une genèse semblable. Un peuple primitif, en voyant débarquer sur ses rivages des hommes inconnus provenanl de régions ignorées, et qui parlait des nouveaux venus comme d' « hommes de la mer » devail être très enclin à créer une tradition qui décrirait les intrus comme sortant de la mer. ou produits par elle. Cette croyance en une descendance maritime pourrait aussi naître d'une fausse interprétation de noms individuels.

188. — La coutume primitive de donner aux nouveau-nés un nom se rattachanl aus événements contemporains, a dû souvent faire nommer Aurore les enfants se présentant à l'aube ; il j a des preuves certaines que c'esl un nom propre. Les traditions concernant un de ces enfants deveau remarquable ont pu, dans

l'esprit peu critique du sauvage , conduire à l'identification de l'enfant avec l'Aurore. Les aventures de celte personne seraient interprétées de la façon que l'aube rend le plus plausible. Là où le nom d'Aurore est devenu un nom de tribu, il a dû résulter des généalogies incompatibles, et des aventures contradictoires.

189. — Les Étoiles peuvent-elles aussi être identifiées avec des ancêtres ? Si nous nous rappelons la conception du firmament reposant sur les cimes de montagnes, ou en étant voisin, et si nous nous rappelons que l'accès de ces régions adjacentes ne présente aucune difficulté à l'esprit simple du sauvage, nous comprendrons l'identification des étoiles avec les personnes. D'où naissent les rêves de l'astrologie. Le fait supposé de la bonne ou de la mauvaise fortune d'être regardé à sa naissance par telle ou telle étoile doit résulter de la supposition que cette étoile est l'ancêtre d'une tribu amie ou ennemie.

190. — Croyant les cieux accessibles, il a été, pour le sauvage, semblablement, facile d'identifier la Lune avec un homme ou une femme. Quelquefois l'être légendaire habite la lune, mais plus souvent, la lune, le soleil, etc., sont identifiés avec des êtres vivants qui ont jadis habité la terre. Identification dont l'origine est peut-être une mésinterprétation des noms; les noms de baptême dérivés des phases de la lune étant assez communs, et les identifications avec la lune, par suite, peu rares.

191. — Naturellement nous pouvons nous attendre à trouver que le Soleil, ainsi que les Étoiles et la Lune ont été personnifiés par identification avec un être humain traditionnel. Une des sources de ces mythes solaires est l'acceptation littérale des assertions figurées concernant la région d'où venait la race. Nous-mêmes, nous employons volontiers l'expression d' « enfants du Soleil » pour désigner les races tropicales. Bien plus encore, l'homme primitif dans son langage indigent, devait appeler ceux qui venaient de l'endroit où le Soleil se lève « enfants du Soleil » ou « Indiens du Soleil levant ». Il y a des preuves que les Péruviens, peuple cependant avancé, ont fait ainsi. Si l'on ajoute à cela que les Incas étaient par-dessus tout des adorateurs du Soleil, comme ancêtre, il y a lieu de conclure que cette croyance en la

descendance du Soleil était le résultat d'un malentendu sur le fait historique que la race des Incas sortait du pays où le Soleil se lève. La fausse interprétation des noms propres est une des sources des mythes solaires; car les faits prouvent que les peuples primitifs parlent un langage plus figuré que le noire, et sont très adonnés à flatter; « le Soleil •> est souvent un titre élogieux. Gomme autre source nous avons les noms propres de naissance tels que le Soleil levant, Soleil ascendant, Soleil couchant, suivant l'heure de la naissance. 11 serait étrange que si l'on se servait des phénomènes célestes pour donner les noms, l'on eût négligé le plus frappant de tous.

\'.)-2. — Dans la légende du victorieux Ramsès, à la fois roi, conquérant, taureau, soleil et enfin dieu, il y a les éléments qui, à une époque de civilisation plus ancienne, auraient donné naissance à un mythe solaire tel que celui d'Indra. Dire qu'un récit de ce genre, transmis oralement durant des générations chez un peuple moins avancé, ne serait pas devenu une biographie humaine du soleil, ce serait nier un processus conforme à tous ceux dont nous sommes témoins, et supposer une exactitude historique qui était impossible avec une langue qui ne pouvait faire de distinction entre un nom et lacté de nommer.

193. — Le culte de la Nature, comme chacun des cultes que nous avons analysés, est une forme du culte des ancêtres, mais c'est un culte qui a perdu, à un beaucoup plus haut degré que les autres, 1rs caractères extérieurs de l'original.

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