IX. — LE SYSTÈME RÉGULATEUR
-2W. — Nous allons voir maintenant comment l'évolution des appareils accomplissant les fonctions externes est déterminée par le caractère du milieu; comment se développent les systèmes de régulation et de dépense, nervo-moteur chez l'animal, et gouvernemental-militaire dans la Société.
250. — Les perfectionnements successifs des organes des sens et du mouvement, e1 de l'appareil de coordination interne qui les manœuvre, ont eu pour résultai indired l'antagonisme ei les compétitions réciproques «les organismes. Et partout les -nerres enire les sociétés t'ont naiire des appareils de gouvernement, et sont causes de tous les perfectioi ments de ces appareils qui augmentenl l'efficacité de l'action collective contre les sociétés environnantes. Il faut se rappeler ici «pie, de môme que dans L'organisme individuel, l'appareil neuro-musculaire, qui esl en conflit avec les organismes environnants, commence et se
développe par l'effet de cette lutte, de même l'organisation gouvernementale-militaire d'une société doit son début et son évolution à la guerre entre les Sociétés. Ou, pour parler plus strictement, c'est ainsi que se développe la partie de leur organisation gouvernementale qui a pour résultat une coopération efficace contre les autres sociétés.
251. — La subordination des centres locaux de gouvernement à un centre général de gouvernement accompagne la coopération des parties de l'agrégat composé dans ses luttes avec d'autres agrégats semblables. Tant que la subordination est établie par la lutte intérieure des divisions l'une contre l'autre et par suite implique leur antagonisme, elle reste instable; mais elle tend vers la stabilité à mesure que les agents régulateurs, de premier et de second ordre, sont habitués à une action combinée contre des ennemis extérieurs.
252. — Cette formation d'un appareil régulateur composé, caractérisé par un centre dominant et des centres subordonnés, est accompagnée, dans les deux organismes, d'un accroissement de volume et de complexité du centre dominant. Les centres supérieurs, dans les deux cas, ne sont ni les premiers à recevoir les informations, ni les organes d'où les commandements partent immédiatement, mais ils reçoivent d'organes inférieurs les faits qui guident leurs décisions, et font exécuter ces décisions par d'autres organes inférieurs. Enfin, pendant l'évolution des centres régulateurs suprêmes, individuels et sociaux, les parties les plus anciennes deviennent relativement automatiques.
23:!. — Pour coordonner les actions d'un agrégat, qu'il soit individuel ou social, il faut, non seulement un centre gouvernant, mais il faut aussi des moyens de communication par l'entremise desquels ce centre puisse affecter les parties. En remontant l'échelle animale, nous trouvons des types dans lesquels cette exigence est à peine satisfaite, et d'autres dans lesquels elle l'est complètement. Des étapes analogues sont suffisamment manifestes dans l'évolution sociale. Ce qui est, dans sa première phase, une lente propagation d'impulsions d'une unité à une autre, devient, à mesure que nous avançons, une propagation plus rapide d'impulsions le long de lignes déterminées, ce
qui permet des combinaisons rapides et adaptées à un butdéûni. Par l'intermédiaire du télégraphe, l'organisme social, bien que discret, a acquis une promptitude de coordination égale et peut-être supérieure à la promptitude de la coordination chez les organismes concrets.
254. — Dans les deux genres d'organismes, le système régulalateur se divise, pendant révolution, en deux systèmes auxquels s'ajoute enfin un troisième système en partie indépendant : el les différenciations de ces systèmes ont, dans les deux cas, des causes communes. On peut voir que les deux sortes de coordination requises dans l'organisme individuel sont très dissemblables, car Tune doit agir sur la série externe d'organes en rapport avec le milieu, nécessitant des mouvements rapides, de soudains changements de direction, et des arrêts instantanés; et l'autre se rapporte à la série interne d'organes qui subviennent à l'alimentation, où il n'est besoin d'aucune adaptation prompte, spéciale, ni exacte, mais seulement d'une proportion générale et d'un ordre passable dans des actions qui n'ont de précision ni dans leurs commencements, ni dans leur quantité, ni dans leur un. Et il en est ainsi dans l'organisme social. Le succès dans la lutte avec d'autres sociétés implique la rapidité, la combinaison, et des ajustements spéciaux à des circonstances qui varient sans cesse ; et à toutes ces fins il faut un pouvoir centra] auquel toui obéisse. Il en est tout autrement pour les appareils d'entretien de la rie; les diverses espèces de nourriture elde vêtement oui à l'aire face ,'i une consommation qui ne change que dans une limite modérée : la rapidité, la spécialité, la précision ne sont oullemenl nécessaires. Dans les deux cas. un troisième système régulateur s'établit. four qu'un organe réponde continuellement à une demande croissante, il lui t'aul un approvisionnement surabondant des matériaux employés à ses actions, il lui faut un crédit, des avances sur la fonction qu'il remplit. Le résultai esl obtenu dans l'un des cas par le système vaso-moteur nerveux, et dans l'autre par le système des banques et des associations financières qui
prèlenl des capitaux.
li.Vi. — La coopération étant impossible, dans l'un el L'autre cas, sans des appareils par lesquels les parties coopératrices
adaptent leur activité, il arrive inévitablement que dans le corps politique, comme dans le corps individuel, il naît un appareil régulateur, et celui-ci se différencie intérieurement à mesure que les séries d'organes se développent.