‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 261 sur 409 · IV. — EXOGAMTE ET END0GAM1E · texte numérisé non relu

IV. — EXOGAMTE ET END0GAM1E

284. — A\ani de passer a L'examen des différentes sortes de relations sexuelles, il faut répondre à une question. D'où viennent les personnes unies? Sont-elles de la même tribu, ou de différentes tribus? Ou sont-elles parfois de l'une, et parfois des autres? Dans son livre ingénieux et intéressanl sur le Mariage primitif, republié dans les Studies in Ancient History. les mots « exogamie » et « endogamie • sont employés par M. M' Lennan pour distinguer la coutume de prendre femme die/, des tribus

étrangères, de celle de la prendre dans la même tribu. Bien que beaucoup des phénomènes que M. M' Lennan décrit existent incontestablement, nous avons des raisons de mettre en doute l'ensemble de sa théorie. Examinons d'abord les objections secondaires.

285. — Admettant avec M. M' Lennan que la coutume d'enlever les femmes ait mené à l'exogamie, il n'a pas le droit d'avancer que l'infanticide des enfants de sexe féminin, et la rareté des femmes qui en résultait, aient été cause de l'enlèvement des femmes. Au premier abord il semble impossible de nier que la destruction fréquente de petites filles doit avoir été accompagnée de déficit de femmes adultes. Mais les tribus, en état chronique d'hostilité, perdent constamment de leurs mâles adultes. D'où il suit que le meurtre de beaucoup de petites filles ne fait qu'empêcher un excédent de femmes. La proposition de M. M' Lennan paraîtra inadmissible si nous trouvons que la polygynie existe clans les pays où l'enlèvement des femmes se pratique. Le fait que la polyandrie ne caractérise pas les tribus où l'on enlève les femmes combat aussi son assertion, que l'infanticide féminin, rendant les femmes rares, menait à la fois à la polyandrie dans la tribu même, et à l'enlèvement des femmes des autres tribus. [Studies, p. 75.)

286. — M. M' Lennan soutient que la rareté des femmes, causée par le meurtre des enfants du sexe féminin, forçait de recourir à l'enlèvement des femmes, dans les groupes primitifs homogènes, et il pense que ce fait s'est produit partout « à une certaine phase, chez toutes les races humaines ». (Studies, p. 75.) L'examen montre, pourtant, que si l'exogamie dominait chez beaucoup de tribus formant un groupe, cela n'empêcherait point la rareté des femmes, puisque ce qu'une tribu gagnait était perdu par une autre.

287. — On pourrait trouver une théorie plus satisfaisante de l'origine de l'exogamie dans l'hostilité des groupes primitifs d'hommes. En tous temps et en tous pays, le pillage suit la victoire, et les femmes sont enlevées avec les autres propriétés des vaincus. L'enlèvement des femmes devient un incident des guerres heureuses, et la possession d'une femme prise dans un combat devient une marque de distinction sociale. Qu'en doit-il résulter?

Si. comme on Le voit, on juge digne d'avoir une femme L'homme qui ,i conquis un trophée, quoi de [dus naturel que ce trophée soit souvent La femme enlevée elle-même ? Et, si beaucoup de guerriers se distinguent en enlevant des femmes, on juge nécessaire qu'un homme se montre digne du mariage en ravissanl une femme? De Là suivrait La Loi absolue del'exogamie.

:>ss. — Peut-on expliquer de môme L'usage presque général de la formalité de capture dans Les cérémonies nuptiales? Connue il existe encore des tribus où les hommes se battent pour la possession des femmes, la prise de possession d'une femme est la conséquence naturelle d'un acte de capture. Une autre origine de la forme de capture se trouve dans L'opposition de la femme d'abord, d'elle-même, et ensuite de ses compagnes ; un sauvage faisant de sa femme une esclave, et la traitant brutalement, on peut s'attendre à ce qu'elle résiste. Les hommes de la famille s'opposeront aussi à sa capture, car, des degrés les plus bas jusqu'aux degrés les plus élevés du progrès social, nous retrouvons, affirmé tacitement ou ouvertement, le droit du père au service de celle-ci. D'où suivent la coutume d'une compensation pour échapper à la vengeance, le don de présents, faits à l'avance, el finalement le système de l'achat. Il y a donc trois causes qui conspiraient ensemble.

289. — On peut voir aisément commenl les tribus endogames sonl aussi nombreuses que les exogames, et comment certaines sont à la fois endogames el exogames. Un groupe primitif paisible doil être endogame, puisqu'il faut un étal de guerre pour enlever des femmes à d'autres tribus. Parmi des tribus de forces égales il s a une guerre continuelle, el L'on trouve à la fois .les femmes de la tribu, el des femmes prises dans d'autres tribus. Si pourtant une de ces tribus acquiert La prépondérance, la possession dune femme enlevée devienl une preuve de bravoure : L'endogamie dei Len1 un déshonneur, et la tribu dei Lendra exogame.

290. — L'endogamie, qui, au début, a dû caractériser les groupes les plus paisibles, qui a gagné du terrain à mesure que les sociétés sont devenues moins hostiles, doit être considérée comme élément concomitant îles formes Les plus élevées de la

famille.

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