X. — CONDITION LÉGALE DES FEMMES
324. — On ne saurait peut-être montrer plus clairement le progrès moral de l'humanité qu'en comparant la position de la femme, chez les sauvages, avec celle qu'elle occupe chez les peuples les plus civilisés. Ici, elle est traitée aussi cruellement quelle puisse le supporter; là, à certains égards, elle a le pas sur l'homme.
325. — Après avoir reconnu que, tant que les femmes sont enlevées de foire ou achetées, elles ne possèdent point d'individualité humaine, observons la division du travail qui en résulte entre les sexes, déterminée en partie par le despotisme absolu des hommes, et en partie par les obstacles résultant de certaines incapacités des femmes.
326. — Si nous omettons les genres d'activité dont les femmes, durant une grande partie de leur vie, sont physiquement incapables, ou qui auraient pour effet de diminuer d'une façon fatale la population, nous ne pouvons définir la division du travail autrement qu'en disant que, avant la civilisation, le sexe le plus fort impose au plus faible toutes les corvées, et quavec le progrès social la répartition du travail, un peu adoucie, se spécialise diversement, sous des conditions qui varient. On peut noter ici, à propos de cet adoucissement, que les femmes sont mieux traitées là où les circonstances imposent des occupations semblables aux deux sexes. 11 y a une autre cause probable d'amélioration dans le fait d'obtenir une femme en mariage pour des services rendus, et non plus en échange d'une propriété. Évidemment, on tiendrait plus à une femme gagnée par un long travail qu'à celle qu'on aurait volée ou achetée.
327. — Quel rapport y a-t-il entre la condition légale des femmes et le type d'organisation sociale? Nous avons répondu en partie à cette question, lorsque nous avons constaté les associations naturelles entre le militarisme et la polygynie, et entre l'industrialisme et la monogamie. Car, la polygynie impliquant une position inférieure des femmes, tandis que la monogamie est la première condition d'une position plus élevée, il doit suivre que la diminution du militarisme et l'accroissement
de l'industrialisme sontdes faits concomitants d'une amélioration de leur position. Cette conclusion paraît concorder avec le fait que nous venons d'observer. La vérité que parmi des peuples, inférieurs d'ailleurs, la position des femmes est relativement bonne, lorsque leurs occupations sont à peu près pareilles à celles des hommes, semble voisine de la vérité plus générale que leur position s'améliore à mesure que des activités industrielles remplacent les activités guerrières, puisque, lorsque les hommes se battent pendant que les femmes travaillent, la différence de leurs occupations est plus grande que lorsqu'ils sont tous les deux occupés de travaux productifs, quelque différente que soit l'espèce de ces travaux.
'32H. — H y a aussi le fait que le despotisme, caractérisant une communauté organisée en vue de la guerre, est essentiellement en rapport avec le despotisme domestique, tandis que, réciproquement, la liberté qui caractérise la vie publique dans une communauté industrielle, caractérise naturellement aussi la vie domestique qui l'accompagne. Dans un cas, la coopération forcée est la règle commune, et dans l'autre cas c'est la coopération volontaire qui prévaut.
329. — Il est, naturellement, difficile de généraliser des phénomènes dans la production desquels entrent des facteurs si nombreux et si compliqués : caractères de race, croyances religieuses, coutumes et traditions survivantes, degré de eu Huit, etc., et il n'est pas douteux: que les nombreuses causes coopérantes ne donnent lieu à des incompatibilités qui tempèrent un peu la conclusion à tirer. Mais, somme toute, celle-ci se trouve vraie en substance.