XII. — PASSÉ ET AVENIR DE LA FAMILLE
336. — Nos lecteurs ont dû s'apercevoir déjà que nos conclusions sont celles même que l'Évolution implique. Laissant de côté le fait que les arrangements domestiques et sociaux des
sociétés les plus avancées sont plus cohérents, mieux définis et plus complexes, nous trouvons que s'est réalisée de plus en plus cette conciliation des instincts tic l'espèce, îles parents et des rejetons, qui caractérise l'évolution en général. De plus, on a montré que ces traits plus élevés des rapports des sexes entre eux et avec les enfants, qui ont accompagné révolution sociale, ont été rendus possibles parées traits supérieurs d'intelligence et de sentiment que produisent les expériences et la discipline d'états sociaux en voie de progrés.
337. — La transformation des groupes sociaux inférieurs, qu'on peut à peine nommer des sociétés, en groupes plus grands, ou déstructure plus compliquée, ou en groupes qui sont à la fois l'un et l'autre, implique le développement de la coopération ; celle-ci peut être soit forcée, soit volontaire, ou être partiellement l'un et l'autre. Nous avons vu que le militarisme implique la prédominance de la coopération forcée, et l'industrialisme celle de la coopération volontaire. Nous ferons remarquer ici que la déduction comme l'induction mènent à la vérité que les relations domestiques concomitantes sont, dans les deux cas, conformes aux relations sociales nécessitées.
338. — Que peut-on inférer de l'avenir des relations de famille ? Supposant que chez les nations civilisées l'industrialisme augmente, et que le militarisme diminue, la question se pose: — quelles seront les relations domestiques qui coexisteront avec l'industrialisme complètement développé?
:;:!>. — Les sociétés qui, d'une génération à l'autre, produisent en abondance des individus qui, relativement aux conditions voulues, seront les meilleurs physiquement, moralemenl et. intellectuellement, deviendront les sociétés prépondérantes', ci tendront par le paisible processus de la concurrence industrielle a remplacer les autres. Par conséquent, les relations matrimoniales qui favorisent ce résultai au plus haut degré se propageront; les sentiments el les idées qui dominenl s'harmoniseront de façon (pie toute autre relation soit condamnée comme étanl immorale. La monogamie esl évidemment la forme ultime de la relation sexuelle, et il n'\ a de changements a attendre que dans le sens du perfectionnement ou de l'extension.
340. — Si, prenant toujours pour guide le cours de l'évolution passée, nous demandons quels changements on peut prévoir dans la condition légale de la femme, la réponse doit être qu'un rapprochement ultérieur vers l'égalité de position entre les sexes se produira. Avec le déclin du militarisme et le développement de l'industrialisme, avec la décroissance de la coopération forcée et l'accroissement de la coopération volontaire, avec un sens plus profond des droits personnels et une considération plus sympathique des droits personnels d'autrui, il doit se produire une diminution des incapacités politiques et domestiques des femmes, jusqu'à ce que l'on ait atteint le point où il ne leur restera que celles que leur imposent les différences de leur constitution. Il serait hasardeux de se livrer à des conjectures plus précises.
341. — On ne peut tirer de conclusion très précise concernant les changements futurs de la condition légale des enfants. Tout ce qui a pour but l'intérêt le plus élevé des enfants doit de plus en plus s'établir, puisque les enfants de parents inférieurs, élevés d'une façon inférieure, seront toujours remplacés par les enfants nés de meilleurs parents, élevés de meilleure façon.
342. — Il reste à considérer un dernier facteur de l'évolution domestique. Parmi les liens qui constituent la famille, le dernier sentiment qui apparaît, — le soin des parents pour leur progéniture, — est celui qui est appelé à prendre le plus de développement. La sympathie intellectuelle et morale entre parents et enfants, en se fortifiant, fera que les derniers jours de la vie seront adoucis par une plus grande sollicitude filiale qui rendra ainsi aux parents la sollicitude plus grande encore qu'ils ont montrée dans les premières phases de la vie de leurs enfants.