‹ Résumé de la philosophie de Herbert SpencerChapitre 271 sur 409 · II. — LES TROPHÉES · texte numérisé non relu

II. — LES TROPHÉES

3-49. — Les hommes des sociétés primitives étaient honorés selon leur vaillance, estimés, ici par le nombre de têtes qu'ils pouvaient montrer, là en raison de celui des mâchoires, et ailleurs par celui des chevelures. En lisant que le rang d'un homme, en quelques pays, varie avec la quantité de ces preuves de sa supériorité personnelle, nous voyons que celles-ci sont l'origine de l'influence par laquelle les rapports sociaux sont régis. En quoi consistent les trophées?

350. — De parties coupées sur le corps des morts, surtout leurs têtes, probablement parce que c'est là une preuve de victoire incontestable. Cet acte de couper la tête, comme trophée, est un moyen évident de fortifier la puissance politique. Il implique un caractère inspirant la crainte aux ennemis, l'obéissance aux

INSTITUTIONS CÉKKMONIELLES fâg

sujets. C'est aussi un facteur des cérémonies religieuses où on les offre en propitiation aux morts. Et de nombreux exemples où Ton voit l'orgueil des individus et des familles s'élever dans la proportion du nombre de trophées possédés montrenl à quel point ceux-ci influent sur les rapports sociaux.

351. — La télé d'un ennemi est d'un volume incommode ; et, lorsque le voyage de retour au logis est long, la question se pose : — Ne peut-on donner la preuve de la mort d'un ennemi en en rapportant seulement une partie ? Le sauvage conclut qu'il le peut, et agit en conséquence. On détache aisément les os maxillaires, les dents, les oreilles, et le nez, et diverses races en l'ont des trophées.

352. — La peau entière peut, de même, être utilisée comme Irophée, mais d'ordinaire on n'en prend qu'une petite partie, la condition nécessaire étant seulement que ce soit celle d'une partie qui n'est pas en double dans le corps. D'où naît la coutume de prendre la peau qui recouvre toute la tête , ou celle qui en recouvre seulement le sommet. La coutume de prendre un seul cheveu d'un ennemi est même quelquefois suffisante.

353. — Parmi les parties qu'il est facile de rapporter chez soi comme preuve de victoire, on peut citer les mains et les pieds. 11 est probable que la main ou le pied droits seuls, ou la main et le pied gauches seuls, servaient de trophée, car sans une distinction pareille on eût pu se vanter de la victoire sur deux ennemis quand il n'y en avait réellement qu'un. Il est un autre genre de trophée qui doit être nommé ici, le phallus.

354. — A côté du motif direct de prendre des trophées se plan- un motif indirect. La croyance primitive que l'esprit de chaque personne <-si répandu dans toutes les parties de son r-iiv. ci que posséder une partie du corps d'un autre c'est possède] une partie de son esprit, et par conséquent un pouvoir sur son esprit, conduit If sauvage à croire que l'espril de son ennemi peut être subjugué par Le traitemenl qu'il inflige au trophée qu'il ,-i conservé de son ennemi.

:{.*'>.">. — L'hostilité, »'l les souffrances qu'elle lui inflige, excitent chez Niouinu' primitif Le même sentiment, que L'agresseur vienne du dehors de la trihu ou du dedans; on ne distingue

point l'ennemi du criminel. D'où il suit qu'on les punit de même, et on leur prend des trophées qu'on expose ensuite.

356. — 11 nous faut encore énoncer une vérité générale. L'acte de prendre des trophées se rattache directement à la phase militante. Il se développe avec le militarisme croissant, et diminue à mesure que l'industrialisme se développe. Il reste pourtant à signaler la signification principale de l'acte de prendre des trophées. La raison pour laquelle nous en parlons ici, et le classons avec les cérémonies, bien qu'il n'en soit pas une, c'est qu'il donne la clé d'une foule de cérémonies répandues dans tout le monde, chez des races non civilisées ou à demi civilisées. De la coutume de couper et d'enlever des parties du corps mort est sortie celle de couper des parties du corps vivant.

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